Le football, sport universellement aimé, a trouvé une place de choix dans le monde des jeux vidéo. Des premiers balbutiements graphiques aux simulations ultra-réalistes d'aujourd'hui, l'évolution des jeux de football est une histoire de passion, d'innovation et de compétition acharnée.
Avant l’émergence des deux mastodontes du jeu vidéo, « FIFA » et « PES », les années 1985-1995 avaient connu une explosion créative. C’est un temps lointain, que ceux qui n’ont jamais connu l’équipe de France avant son titre mondial de 1998 ne peuvent pas connaître. Une époque reculée où FIFA et Pro Evolution Soccer (PES), les deux séries annuelles d’Electronic Arts et Konami, n’étaient pas encore considérées comme les seules et uniques références incontournables du jeu vidéo de football, voire le produit culturel le plus vendu en France.
Mercredi 14 octobre, le développeur phare des années 1980 Dino Dini a annoncé le retour en 2016 du jeu qui l’a rendu célèbre, Kick Off, sur PlayStation 4 et PS Vita. « Les jeux actuels se concentrent sur le spectacle. Je veux revenir aux fondamentaux, me concentrer sur le sport, détaille-t-il sur YouTube. Il ne s’agira pas de contrôler une vedette du ballon rond sous tous les angles, mais du sport lui-même, de la manière dont vous maniez le ballon sur un terrain. »
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Les Ancêtres : Simplicité et Innovation
En 1974, les premiers jeux de football ne permettent que d’opposer des équipes de quatre joueurs, symbolisés par de simples barres empruntées à Pong. Il faut attendre le méconnu Tehkan World Cup, en 1985, pour qu’une simulation gère vingt-deux protagonistes en même temps sur un même terrain virtuel. Les japonais Nintendo (Soccer), Konami (Hyper Soccer), Sega (World Soccer) ou encore Jaleco (Goal) suiveront le mouvement avec des jeux souvent simples, accessibles et nerveux.

L'Ère des Micro-Ordinateurs et l'Approche Européenne
La crise du jeu vidéo américain du milieu des années 1980 et la faible distribution des consoles japonaises jusqu’en 1987 ont laissé le champ libre en Europe aux micro-ordinateurs personnels et à la production amateur. C’est dans ce contexte qu’en Italie, les frères Dardari (Italy 90’s Soccer, World Cup 90) ou en Grande-Bretagne, Kevin Toms (Football Manager) puis Dino Dini (Kick Off, Player Manager, Goal) participent à l’éclosion d’une nouvelle génération de jeux de football. Ils sont conçus plutôt sur ordinateur Amiga ou Atari. Leur approche plus européenne du sport, plus lente, plus riche en clubs, et plus soucieuse de réalisme, a marqué la fin des années 1980.
« Le succès fut incroyable ! Encore aujourd’hui les passionnés se remémorent ces jeux vidéo avec enthousiasme », se félicitent les frères Dardari sur le site de leur entreprise familiale. Dans ce contexte, Kick Off en 1989 fait office de révolution, avec ses nombreuses divisions nationales et son ballon qui pour la première fois n’adhère plus automatiquement aux pieds du joueur. Un vrai travail sur la conduite de balle qui sera perfectionné avec Kick Off 2, puis Sensible Soccer, en 1993, son redoutable concurrent signé de la société Virgin.
L'Ascension des Titans : FIFA et PES
Avant que FIFA ne s’impose comme le leader incontesté du jeu de foot d’un côté, et que Football Manager n’écrase la concurrence en matière de management, nombreux se sont cassés les dents sur cet eldorado qu’est le jeu de foot.
En 1993, Electronic Arts sort « FIFA International Soccer », premier volet de ce qui allait devenir sa saga phare de jeux de football. En 1995, Konami édite en Europe le premier jeu d’une longue lignée à plusieurs embranchements : ISS (International Superstar Soccer). Celle d’une série à la personnalité forte, et qui se placera comme le principal, voire unique concurrent de FIFA.
Jusqu’au milieu des années 1990, la majorité des jeux ne possédaient pas les droits d’utilisation du nom et de l’image des footballeurs réels. En 1994, dans International Superstar Soccer, ancêtre de PES, l’équipe de France était encore composée de noms fictifs génériques (Dubois, Chatillo…) ou de clins d’œil absurde (L. de Funes…), tandis que l’équipe d’Electronic Arts avait donné le nom des développeurs à certains joueurs.

Les Tentatives Manquées et les Pépites Oubliées
Voyant Konami et EA Sports surfer seuls sur la vague du jeu de foot, Ubisoft s’essaye en 2010 à l’exercice. Sorti peu avant la Coupe du Monde en Afrique du Sud, Pure Football est une horreur sur tous les points. Dans des terrains sans âme, deux équipes de 5 joueurs s’affrontent dans une sorte de football de rue sans fautes ni hors-jeu mais avec des sorties de buts et des touches quand même. Si vous avez compris le concept, c’est qu’on vous a mal expliqué. La bande-son est atroce, l’ambiance inexistante et le gameplay souffre de gros bugs de collisions et n’amène rien de nouveau. Malgré un prix de 30€, le jeu n’a (heureusement) pas trouvé son public. Ubisoft, de son côté, a renoncé à l’idée de faire son jeu de foot.
Après un premier titre pas si nul que ça et deux autres opus moyens mais tolérables, le « jeu officiel de l’Equipe de France » revient en 2004 sur PS2. Et là, c’est le drame. Le gameplay est atroce (appréciez le côté « ballon collé au pied » au niveau des dribbles), les graphismes sont immondes et le jeu affiche des bugs de collision scandaleux. Le duo Larqué-Roland, seul argument marketing du jeu, n’est même pas présent dans cette version 2004 et laisse place à un commentateur mou comme Daniel Lauclair. En 2004, alors que PES et FIFA montent en puissance depuis quelques années, le jeu fait un bide retentissant.
Dans la même lignée que Le Monde des Bleus, Three Lions se présente comme « le jeu officiel de l’équipe d’Angleterre ». Sorti en 1998, le jeu espère surfer sur la hype de la Coupe du Monde pour trouver son public. Manque de pot, les Anglais se font éliminer par leur rival argentin en huitièmes de finale. Raté pour le coup marketing. Du côté du jeu en lui-même, ce n’est pas fameux comparé à l’excellent Coupe du Monde 1998, sorti en même temps et largement meilleur dans tous les domaines.
Si l’on part du principe qu’un bon jeu de foot est un jeu qui ressemble à la réalité, alors Red Card est effectivement un très mauvais jeu. En dehors de ça, il est considéré comme une perle par beaucoup de joueurs. Et pour cause : sorti en 2002 sur PS2, Xbox et Gamecube, Red Card est un peu le Cyril Rool du jeu de foot : l’important, ce n’est pas les buts, c’est la violence du tacle. Dans Red Card, pas de fautes, pas de cartons. Les tacles à la gorge sont encouragés, y compris sur l’arbitre. Pire encore, dans le mode Conquête du Monde, il est même possible d’affronter une équipe de dauphins. Ne me demandez pas pourquoi.
Après une transition réussie sur PS3 et Xbox One, c’est en 2007 qu’EA Sports tente de porter FIFA sur Wii. Face à une console moins puissante que ses deux concurrentes et à un public relativement jeune, EA a bien du mal à savoir quoi faire de sa licence phare. Le résultat est catastrophique : les développeurs reprennent le moteur graphique de la PS2 et tentent d’adapter les contrôles à la manette de la Wii. Le jeu est totalement injouable, le mode Carrière passe à la trappe et les mini-jeux « exclusifs » à la Wii sont sans intérêt. Malgré un échec commercial quasi-total, Electronic Arts n’a pas abandonné et a continué de sortir des FIFA toujours plus mauvais sur Wii, et ensuite sur Wii U.
Le Top 10 des Jeux de Football Selon les Fans
Voici une liste des jeux de football les plus appréciés, selon les amateurs :
- FIFA 12
- FIFA 08
- Pro Evolution Soccer 6
- Football Manager 2014
- International Superstar Soccer
- Sega Soccer Slam
- Coupe du Monde 98
- FIFA Street
- Mario Strikers Charged Football
- Virtual Striker 3 Ver.2002
Chaque jeu de cette liste a marqué son époque, que ce soit par ses graphismes, son gameplay innovant ou son ambiance unique.
Finie, l’époque des simulations bricolées à deux ou trois étudiants dans un garage. « Pour les gros jeux de sport, aujourd’hui, on parle d’environ 30 millions d’euros de budget de développement et autant en marketing, auxquels s’ajoutent les frais de licence, très difficiles à calculer », estime Richard-Maxime Beaudoux, analyste chez Bryan, Garnier & Co cité par Les Echos en septembre. Résultat, FIFA et PES atteignent année après année un niveau de finition qu’aucun nouveau venu ne pourrait proposer du jour au lendemain, sauf à bénéficier de moyens titanesques. Dino Dini l’a d’ailleurs bien compris. La surenchère n’étant pas possible, en 2016, le « retour aux fondamentaux » semble la seule stratégie viable pour un vieux dinosaure du jeu vidéo.