Hugo Boumous : Le Breton qui a conquis le Championnat Indien de Football

Quand il débarque en Inde, en plein hiver, à l'âge de 22 ans, Hugo Boumous pense y rester six mois. Huit ans après, le Franco-marocain est juste devenu le meilleur joueur de l'histoire de l'Indian Super League.

Vainqueur du Championnat à deux reprises (2021 et 2023), élu meilleur joueur en 2020 et meilleur passeur de la compétition toutes saisons confondues (43), le natif de Rennes a conquis toute une nation. Par sa technique mais pas seulement.

« Nous les Bretons, on est des grands explorateurs », s'amuse-t-il à rappeler. Au Pays des mille couleurs, la curiosité initiale s'est transformée en expérience de vie.

L'aventure commence début 2018, quand son ancien entraîneur au MA Tétouan (D1 marocaine), l'Espagnol Sergio Lobera, l'invite à le rejoindre au FC Goa. « Ça s'était super bien passé avec lui au Maroc. Il m'a proposé l'opportunité d'aller là-bas, raconte l'ancien Lavallois (2010-2016), demi-finaliste de la Coupe Gambardella en 2014 avec Nordi Mukiele et Serhou Guirassy, après avoir débuté en jeunes au Stade Rennais. J'ai été agréablement surpris. Je me suis dit pourquoi pas rester et y faire un petit bout de chemin. »

Au fil des saisons, des voyages, des rencontres et des transferts (200 000 € à Mumbai City FC en 2020, 300 000 € à Mohun Bagan en 2021), Boumous, tour à tour partenaire de Bartholomew Ogbeche et Florentin Pogba, se prend d'affection pour un monde où le football est noyé dans l'immensité.

« Je dis tout le temps que ce n'est pas vraiment un pays. Ça s'apparente plus à un continent, estime ce passionné d'histoire, autant attiré par l'inconnu au départ que par les multiples richesses observées depuis. D'une région à une autre, on change totalement d'univers culturel, de langue, de tradition, de religion, de peuple... On apprend beaucoup humainement, on relativise. »

De Mumbai à Calcutta, jusqu'à Bhubaneswar où il vivait encore il y a quelques semaines, le baroudeur apprend à se fondre dans la masse. « Oui, c'est surpeuplé (environ 1,43 milliard d'habitants au 1er juillet 2023), mais on s'y fait avec le temps, assure l'expatrié, habitué à quitter sa résidence, sur son temps libre, pour aller s'imprégner de l'environnement local.

Oui, c'est une société moins évoluée à beaucoup de niveaux. Oui, c'était considéré comme un pays pauvre il y a encore une ou deux décennies. Son image est désastreuse dans le reste du monde, c'est triste. Mais l'Inde est en pleine phase de développement. C'est aujourd'hui un pays puissant économiquement. »

Hugo Boumous sous les couleurs d'Odisha (2024-2025). (DR)

L'Indian Super League : Un Show à l'Américaine

Avant son arrivée, de gros moyens avaient été dépensés pour le lancement de l'Indian Super League en 2014, à grand renfort de stars, notamment françaises comme Nicolas Anelka, Florent Malouda, Robert Pirès ou encore David Trezeguet. Si les joueurs étrangers y sont aujourd'hui moins nombreux, le Championnat équivalent au niveau National en France reste « un vrai show, un peu à l'américaine ou Bollywood, plutôt ».

« Selon les clubs où tu joues, il y a une ferveur incroyable dans les stades où tout joueur rêve d'évoluer », témoigne Boumous, conscient que le cricket, sport national, occupe toujours « 99 % de la place, avec la meilleure Ligue qui génère beaucoup d'argent ».

Foot: Calcutta vainqueur du 1er match de l'Indian Super League

« Mais ça démontre le potentiel que le foot pourrait avoir dans ce pays. La Ligue est une belle vitrine pour essayer de rendre le football populaire », insiste l'ambassadeur tricolore, vite attaché à cette patrie d'adoption. Le Breton, rejoint régulièrement par sa femme sur place et qui revient chaque été pendant deux mois en France, envisage même de finir sa carrière en Inde. « Jamais je n'aurais imaginé que tout cela arrive, c'est beau », confie le milieu offensif de 30 ans.

Les Défis et l'Avenir du Football Indien

Pourtant, fin décembre, il a bien fallu se rendre à l'évidence. Confrontée à de graves problèmes financiers, l'ISL cherche à se séparer de ses plus gros salaires. Boumous est prié par son club d'Odisha FC, avec lequel il reste sous contrat jusqu'en 2027, de se trouver une porte de sortie. Du moins provisoire. Approché par des pays du Golfe, par l'Indonésie ou encore la Thaïlande, le joueur de 30 ans est finalement prêté au Selangor FC, le deuxième meilleur club de Malaisie.

Depuis Kuala Lumpur, l'Indien dans l'âme dresse un constat : « En venant ici, je me suis rendu compte à quel point l'Inde est isolée. Sa géographie ne favorise pas son développement dans le football. Ce sera un travail de longue haleine. » Auquel il ne renonce pas de participer, si les conditions venaient à être réunies.

Un Format Raccourci en 2026

Après la victoire du Mohun Bagan, club basé à Calcutta, en finale du Championnat la saison dernière (2-1 contre Bengaluru, club de Bangalore, le 12 avril), l'Indian Super League a connu une longue pause. La faute à un imbroglio contractuel qui a longtemps bloqué l'organisation de la 12e édition. Celle-ci débutera samedi et se déroulera jusqu'au 17 mai, suivant un format raccourci.

Chacune des 14 équipes s'affrontera de façon aléatoire à domicile ou à l'extérieur. Le champion sera désigné à l'issue de la phase unique. Sans demi-finales ni finale.

Depuis sa création en 2014, en parallèle du Championnat national (I-League), l'ISL bénéficiait du soutien d'un partenaire commercial (FSDL, propriété du groupe Reliance), dont le contrat a pris fin début décembre. Le nouvel appel d'offres n'a pas donné satisfaction.

« Ça négociait depuis le mois d'août alors en octobre, avec tous les capitaines, on s'est réunis pour avoir des réponses, on a même envoyé un message commun à la FIFA, raconte Hugo Boumous, acteur influent de cette crise majeure au niveau local, avant de quitter le pays cet hiver face à une situation qui n'avançait pas. Les clubs rejetaient la faute sur la Fédération (AIFF) et vice-versa. Ils n'ont jamais réussi à se mettre d'accord. »

Après l'intervention du ministère des Sports et de la Cour suprême indienne, une solution temporaire a fini par être trouvée début janvier. Avec un budget global réduit, l'annulation de l'épreuve a été évitée. Dans l'attente de nouvelles annonces cet été.

Valeur Marchande des Équipes de l'Indian Super League

Sur la page d'accueil de la compétition, les équipes participantes d'une saison (sélectionnables dans le menu déroulant) sont d'abord classées en fonction de leur valeur marchande totale. Outre les actualités, un aperçu des journées de match et la liste des buteurs, le tableau fournit des informations supplémentaires.

Équipe Âge moyen Valeur totale
Mohun Bagan Super Giant 26,1 ans 6,88 mio. €
East Bengal FC 27,3 ans 6,35 mio. €
FC Goa 26,8 ans 4,50 mio. €
Jamshedpur FC 25,9 ans 3,33 mio. €
Bengaluru FC 27,9 ans 2,93 mio. €
Punjab FC 25,7 ans 2,58 mio. €
Chennaiyin FC 25,4 ans 2,50 mio. €
Mumbai City FC 27,0 ans 2,33 mio. €
Kerala Blasters FC 26,0 ans 2,28 mio. €
NorthEast United FC 25,2 ans 2,15 mio. €
Inter Kashi FC 25,4 ans 2,08 mio. €
Odisha FC 27,0 ans 2,03 mio. €
Sporting Club Delhi 26,0 ans 1,53 mio. €

Infographie sur le football en Inde.

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