Les Arbitres de Rugby Français : Figures Emblématiques et Modernes

Le monde du rugby est façonné non seulement par les joueurs, mais aussi par les arbitres qui veillent au respect des règles et à l'équité du jeu. Ces hommes et femmes en noir sont des figures centrales, dont les décisions peuvent influencer le cours d'un match. Cet article met en lumière certains des arbitres les plus célèbres et respectés de l'histoire du rugby français, ainsi que des figures internationales marquantes.

Georges Domercq : Pionnier de l'Arbitrage Moderne

Considéré comme le premier arbitre de l'ère moderne, Georges Domercq est décédé à l'âge de 89 ans. Son surnom, « l'Académicien », lui a été donné par les journalistes Gilles Guérin et Jean-Louis Laffitte en raison de son approche réfléchie et érudite de l'arbitrage.

Un Arbitrage Discret et Efficace

Didier Mené, arbitre international, a souligné que « sans l'imaginaire collectif des arbitres, le nom de Georges Domercq résonne aux oreilles des jeunes directeurs de jeu. On rêve de ce type d'arbitrage qui sait s'effacer, ce qui n'est pas facile. Par rapport aux standards de l'époque, il avait un profil coureur, véloce, aérien. »

Joël Jutge, patron des arbitres européens, a ajouté : « Nous venons de perdre une grande figure du rugby. Sa philosophie de l'arbitrage était inspirante car elle était toute entière au service du jeu. »

Une Décision Audacieuse et Novatrice

En 1969, Georges Domercq a pris une décision audacieuse en acceptant qu'un joueur blessé soit remplacé en cours de match, lors d'une rencontre entre la sélection de Côte Basque et les Woulfhounds irlandais. Cette décision, bien que sanctionnée à l'époque, a poussé l'International Board à légiférer en faveur de cette modification du règlement un an plus tard.

Reconnaissance Internationale

En 1972, il arbitra la finale du Championnat de France, entre Béziers et Brive à Lyon, disputée dans une atmosphère explosive, rencontre qu'il parvint à dominer avec autorité. Son arbitrage à la fois « sobre et vigilant, devenu au fil des minutes magistral », ainsi que le signala L'Équipe dans son compte-rendu de la finale, lui ouvrit alors les portes à l'international.

Après avoir dirigé le centenaire de la fédération écossaise à Murrayfield, il fut désigné à la demande des All Blacks pour officier lors du test-match entre l'Écosse et la Nouvelle-Zélande, le 16 décembre 1972, une première dans l'arbitrage français. Sa direction fut si appréciée qu'il fut ensuite choisi pour arbitrer le match entre les Barbarians britanniques et les All Blacks à l'Arms Park de Cardiff, un des sommets du rugby.

Un Homme Engagé

Viticulteur de renom, il resta fidèle à ses racines, élu maire de sa commune d'un millier d'habitants, Bellocq, pendant quarante-trois ans - soit sept mandats - preuve de son dévouement sans faille et de la valeur de son engagement.

Marc Desclaux : Une Figure Disparue

Au dernier jour de l’année 2023, un grand serviteur du rugby s’en est allé. L’ex arbitre international Marc Desclaux est décédé dimanche à l’âge de 74 ans après un long combat contre la maladie.

Gloire à l’Arms Park

Figure de Garlin qui fut le club de sa vie, Desclaux avait été un centre talentueux avant de devenir, à la suite d’une fin de carrière prématurée (blessure à un genou), un arbitre de tout premier plan. Sa trajectoire avait été époustouflante : moins de deux ans après avoir dirigé un premier match d’équipes réserves, il avait été nommé arbitre fédéral puis jugé apte à officier en élite dès 1985. En 1989, il avait été nommé arbitre international à l’occasion d’un improbable Bulgarie - Yougoslavie du tournoi FIRA. C’était un tremplin vers les sommets : en 1992, Desclaux âgé de 42 ans, était invité à officier dans le Tournoi des 5 Nations à Cardiff pour un pays de Galles - Écosse (15-12) et en 1994, il se voyait confier la finale du championnat de France entre Toulouse et Clermont.

C’était alors la deuxième fois qu’un arbitre béarnais officiait pour le match suprême après Georges Domercq, arbitre international qui avait nommé le 21 Mai 1972 pour la finale Béziers-Brive (9-0). Parmi les 560 matches arbitrés dans sa carrière, on compte aussi une finale du championnat Honneur entre Idron et Jurançon (15-9). Figure de tout premier plan, Marc Desclaux aura œuvré sans compter au sein des instances (FFR et LNR) pour servir l’arbitrage. En parallèle, il avait aussi été entraîneur des cadets de la Section Paloise.

Très proche de lui, l’ancien arbitre d’élite Ricou Lalanne disait son émotion : « C’était un ami avec qui j’ai traversé tous les moments d’une vie. Il était entier, avait une forte personnalité, un gros caractère : il méritait d’être connu. C’était un excellent arbitre : il connaissait le jeu, il était pédagogue, respecté de tous. »

Jérôme Garcès : Une Carrière Jalonnée de Premières

Jérôme Garcès est un nom qui résonne dans le monde de l'arbitrage de rugby. Sa carrière est marquée par plusieurs moments clés et premières fois, faisant de lui une figure respectée et reconnue.

Jérôme Garcès a arbitré le deuxième test des Lions en Nouvelle-Zélande. (Ross Setford/Presse Sports)

Une histoire de mollet : ses débuts dans les Six Nations

La carrière de Jérôme Garcès dans le Tournoi des Six Nations n'aurait jamais dû débuter à Twickenham. Arbitre de touche lors du match entre l'Angleterre et l'Écosse, il est encore un jeune sifflet international. Mais à la 59e minute de ce choc 100 % britannique, le mollet de Romain Poite, l'arbitre central, cède. Le Français doit céder sa place et son sifflet à son compatriote.

Garcès gère une fin de match tendue et offre une pénalité aux Anglais pour creuser définitivement l'écart (78e). Une première pas banale dont le Palois pourra discuter samedi après la finale avec Ben Youngs et Dan Cole. Le demi de mêlée et le pilier anglais étaient tous deux titulaires à Twickenham. Depuis sa première titularisation officielle en 2012, Garcès est devenu un des arbitres les plus sollicités dans le Six Nations.

Caméra sur la tête : sa première finale de Top 14

« Je me sens comme un joueur qui s'apprête à disputer une finale, moi qui n'ai jamais eu la chance d'en jouer une lorsque je portais les couleurs d'Arudy (Pyrénées-Atlantiques) ». Dans L'Équipe, Jérôme Garcès ne cache pas son excitation avant de diriger sa première finale de Top 14, sept ans après ses débuts dans l'élite. Un match pour lequel le Palois doit se prêter au jeu de la « ref cam » : cette caméra installée sur la tête de l'arbitre, une idée du diffuseur Canal +.

Sur la pelouse, Garcès doit notamment surveiller le demi de mêlée Castrais Rory Kockott, qui chambre son vis-à-vis Frédéric Michalak. Kockott marque un essai juste avant la mi-temps, aidé par un léger écran d'Ibrahim Diarra sur Bakkies Botha. Mais l'arbitre valide l'essai qui lance Castres sur la route du titre. Depuis, il a dirigé deux autres finales du Top 14 (2018, 2019), personne n'a fait mieux ces dix dernières années.

Une histoire difficile avec les Springboks : sa première en Coupe du monde

Juge de touche en 2011, Jérôme Garcès dirige son premier match de Coupe du monde dès le deuxième jour de l'édition 2015. Le Palois est au premier rang de l'exploit japonais face aux Springboks. Le Français est intransigeant avec les Sud-Africains, acculés sur la ligne en fin de match avec deux pénalités (78e, 80e) et un carton jaune contre le pilier Oosthuizen.

Premier Tricolore à arbitrer une demi-finale de Coupe du monde, Garcès retrouve quelques semaines plus tard l'Afrique du Sud, pour une nouvelle défaite des Boks, contre la Nouvelle-Zélande (18-20). Sans doute le point de départ de son histoire compliquée avec les Sud-Africains. Garcès se réjouit de son expérience mondialiste. « J'ai réalisé un parcours exceptionnel, compte tenu des objectifs que je m'étais fixés. Au début, je me disais que faire un quart, ce serait fabuleux », déclare-t-il de retour en France.

Un carton rouge historique : son premier Test des Lions britanniques

Au sifflet lors du deuxième test des Lions en Nouvelle-Zélande, il adresse un carton rouge à Sonny Bill Williams, coupable d'une charge à l'épaule dans la tête d'Anthony Watson, dès la 25e minute. « Je n'ai pas d'autres options, je dois protéger les joueurs », explique Garcès au centre, premier All Black exclu depuis 1967 ! Le Palois distribue également un carton jaune au pilier des Lions, Mako Vunipola (56e), mais offre surtout la pénalité de la gagne aux Britanniques, sur un plaquage en l'air contestable (78e).

Le Graal européen : sa seule finale de Coupe d'Europe

Loin des cinq finales européennes de Nigel Owens, son seul concurrent pour la finale de la Coupe du monde, Garcès a dû patienter jusqu'à l'édition 2019 pour diriger le dernier choc continental de la saison. Une attente largement due aux belles performances des clubs français, présents en finale sans interruption de 2013 à 2018.

Mathieu Raynal et Romain Poite : Nouveaux Leaders de l'Arbitrage Français

Mathieu Raynal et Romain Poite sont désormais les deux personnages forts de l'arbitrage français. Ils sont à la tête de cette nouvelle cellule technique de la haute performance de l'arbitrage français. Outre les nominations des arbitres pour les matchs de Top 14 et de Pro D2, ils ont mis en place un projet pour améliorer la qualité de l'arbitrage français.

Comme le communiquaient conjointement la FFR et la LNR en juin dernier, "cette cellule doit permettre une structuration de l’encadrement des arbitres, un accompagnement financier des arbitres, un renforcement des échanges avec les clubs et la mise en place d’une gouvernance partagée FFR/LNR pour évaluer et anticiper les nouveaux projets."

À peine sa riche carrière terminée, l'arbitre catalan Mathieu Raynal a donc construit ce projet avec Romain Poite, autre ancien arbitre international. Pour Mathieu Raynal, le but est bien d'améliorer la qualité de l'arbitrage français, à tous les étages : "C'est ce qu'on va s'attacher à faire. Quand on a été sollicités, en fin d'année dernière et qu'on a répondu favorablement, on a constitué notre équipe pour composer cette cellule technique. Pendant cinq mois, on a travaillé sur le projet en s'appuyant sur notre expérience, sur ce qui nous a manqué quand on était arbitres. On s'appuie aussi sur les expériences de Max Chalon et Romain Poite qui ont passé plus de deux ans dans des staffs, ils ont aussi une vision proche des clubs et sur mon expérience, en ayant terminé à World Rugby, j'étais au fait de ce qui se faisait. On a donc eu la chance d'avoir cette complémentarité entre nous, ça nous a permis d'avoir un projet assez étoffé sur la structuration de l'arbitrage en France."

En ce qui concerne la partie de l'arbitrage professionnel, cette cellule veut travailler en étroite collaboration avec les clubs, et notamment les entraîneurs. "On les a invités au stage de rentrée des arbitres : 26 clubs sur 30 étaient représentés. On leur a dit qu'on avait 80 % de certitude sur ce qu'on faisait, sur la manière dont on arbitrait et qu'on avait 20 % qu'on souhaitait discuter avec eux et trouver un consensus. Il y a eu beaucoup d'énergie positive. Discuter avec eux, pour nous, c'est essentiel. Cette co-construction du projet de l'arbitrage dans laquelle on invite les entraîneurs est, pour nous, primordiale et on continuera de le faire à l'avenir."

Après avoir arbitré à tous les niveaux de compétitions et jusqu'aux plus grands matchs internationaux, Mathieu Raynal connaît la pression, que ce soit celles des médias, des clubs, des staffs internationaux ou du public. Il est bien conscient que ces nouvelles fonctions vont de nouveau continuer à l'exposer : "Il y a plus de 400 matches à gérer en secteur professionnel. On se doute bien que les arbitres ne passeront pas au travers des gouttes. On ne peut pas sortir indemne de l'arbitrage de 450 matchs en division professionnelle. Il y aura forcément des contre performances et donc des polémiques et des frustrations. Ça, on le sait. Mais, comme on a dit aux entraîneurs : '"Est ce qu'ils acceptent la contre performance de leurs joueurs ?" Oui, alors on accepte aussi la contre performance de nos arbitres, même si on travaille pour qu'ils soient les meilleurs possibles."

Une première décision concernant l'arbitrage des matchs de Top 14 et Pro D2 a déjà été prise : "Avec Romain (Poite), on a décidé, et l'ensemble de la cellule, de désigner nos arbitres sur des blocs de quatre matchs et de ne pas les changer peu importe ce qui se passe. C'est à dire que si un arbitre est contre performant au premier match du bloc, s'il en a trois autres derrière, il les fera quand même. On ne va pas l'écarter du groupe sur une contre-performance. Donc pour nous, c'est essentiel, comme les entraîneurs le font, on accepte ça. On sait qu'il y aura des contre performances et puis on est bien évidemment prêt à les gérer."

La cellule se consacre aussi à l'arbitrage du rugby féminin et du rugby à 7. Mathieu Raynal se consacre désormais pleinement à ce projet, tout juste après avoir ranger son sifflet. Il a arbitré son dernier match international en juillet au Chili (contre l'Ecosse). Ce projet si capital et moderne pour l'arbitrage français lui a permis de vite passer à autre chose : "Je ne cache pas que, comme toutes les fins, c'est compliqué de se dire qu'on arrête quelque chose qu'on a aimé profondément et qu'on a fait avec passion pendant tant d'années. C'est difficile mais j'ai eu la chance de basculer tout de suite sur un nouveau projet avec des personnes que je connais très bien, avec qui j'ai l'habitude de travailler et le projet est passionnant. J'ai basculé sans m'en rendre compte sur autre chose et je ne reviendrais pas en arrière. Je suis très heureux de ce qu'on fait."

Les Arbitres Modernes : Un Top 5 Mondial

Le site spécialisé britannique Ruck a établi un classement des 5 meilleurs arbitres de rugby au monde. Ce classement met en lumière des arbitres contemporains qui se distinguent par leur compétence et leur influence.

  1. Luke Pearce (Angleterre): Plus jeune arbitre du panel national de la RFU en 2009, il a supervisé son premier match de Premiership en 2011 et son premier test international en 2013.
  2. Angus Gardner (Australie): Nommé meilleur arbitre du monde en 2018, il a commencé à arbitrer dès l'âge de 15 ans et a officié lors de la Coupe du monde 2019 au Japon.
  3. Wayne Barnes (Angleterre): L'un des arbitres les plus célèbres, il a arbitré des matchs de la Coupe du monde, du Tournoi des 6 Nations et du Rugby Championship. En 2022, il a dirigé son 100e match international, égalant le record de Nigel Owens.
  4. Ben O’Keeffe (Nouvelle-Zélande): Il a commencé à arbitrer à 19 ans et a fait ses débuts au niveau international lors de la Pacific Nations Cup 2015. Il était le plus jeune arbitre de la Coupe du monde de rugby 2019.
  5. Mathieu Raynal (France): Seul arbitre central tricolore lors de la Coupe du monde 2023 en France, il a officié pour la 3e fois dans un Mondial.

Nigel Owens : Une Figure Emblématique et Inspirante

Le Gallois Nigel Owens, est l'un des arbitres les plus célèbres de la planète rugby. Il a mis un terme à sa carrière internationale après 17 ans et 100 rencontres arbitrées au plus haut niveau.

10 Minutes of Nigel Owens being Nigel Owens | The Referee Grand Master

Owens, qui a notamment dirigé la finale de la Coupe du monde 2015 remportée par la Nouvelle-Zélande face à l'Australie, aura arbitré son dernier match international au Stade de France le 28 novembre, pour la rencontre de Coupe d'automne des nations entre la France et l'Italie (36-5). Sa carrière internationale avait débuté par un Portugal-Géorgie en février 2003 à Lisbonne.

Un Palmarès Exceptionnel

Le Gallois, qui a participé à 4 Coupes du monde (2007, 2011, 2015, 2019) détient un palmarès exceptionnel : 19 rencontres de Coupe du monde, 21 du Tournoi des Six Nations, 24 matchs des Bleus dont un test face aux Sud-Africains en novembre 2018 qui avait provoqué la colère du sélectionneur Jacques Brunel.

Un Coming Out Courageux

Nigel Owens est le premier arbitre de haut niveau à évoquer publiquement son homosexualité. « Arbitrer une finale de Coupe du monde entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, devant 85 000 personnes au stade et des millions de téléspectateurs, qui examinent la moindre de vos décisions, cela vous met une pression folle. Mais tout ça, ce n'était rien par rapport au fait de m'accepter moi, tel que je suis », avait-il confié.

Sa phrase la plus illustre sur un terrain, « This is not soccer » (« on n'est pas au foot ici »), lâchée en janvier 2012 à l'encontre d'un joueur de Trévise, Totias Botes, parce que ce dernier contestait trop ses décisions, a lancé la popularité de Nigel Owens.

Autres Arbitres Notables

Outre les figures mentionnées ci-dessus, de nombreux autres arbitres méritent d'être reconnus pour leur contribution au rugby :

  • Romain Poite: Arbitre français reconnu pour ses compétences en management et en prise de décision.

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