Le Paris Saint-Germain, club emblématique de la capitale française, a une histoire riche en émotions, en victoires et en chants de supporters. Au fil des années, différents hymnes ont rythmé les matchs et les célébrations du club, reflétant l'évolution de son identité et de sa relation avec ses fans.
"Ô Ville Lumière" : Un hymne des années 90 tombé dans l'oubli avant de renaître
Le chant « Ô ville lumière » est l'un des hymnes du club de football de la capitale. On sait peu de choses sur l’origine de cet hymne. Certains attribuent sa paternité au groupe des Boulogne Boys, sans certitude. Toujours est-il qu’aux carrefours des années 2000, ce chant inspiré de l’hymne écossais Flower of Scotland est l’un des plus populaires dans les tribunes du Parc, entonné par les deux virages (Boulogne et Auteuil) chargés de l’animation.

Avec le plan Leproux, les virages aux mains des groupes d’ultras sont évincés du Parc des Princes en 2010. Après la mort de Yann Lorence, jeune supporter, à l’issue d’une rixe, le président de l’époque, Robin Leproux décide de sévir et dissout les groupes de supporters les plus violents : c’est le fameux plan Leproux. Le calme revient dans le XVIe arrondissement de Paris, mais l’ambiance s’en ressent. Les virages s’éteignent, les chants disparaissent et un nouveau public plus familial s’installe dans les tribunes.
Conscients du problème que pose ce manque de ferveur, les nouveaux dirigeants parisiens - le président Nasser al-Khelaïfi en tête - tentent de relancer la culture ultra. En avril 2015, juste avant le choc contre le FC Barcelone en quart de finale de la Ligue des champions, le club publie un communiqué dans lequel il demande aux supporters d’entonner Ô ville lumière, « véritable hymne du Paris Saint-Germain, chanté par un Parc des Princes fier de ses joueurs, du parcours réalisé, et des futures conquêtes ». Grossière erreur.
Dans la foulée, les supporters historiques du club de la capitale s’en prennent à la nouvelle direction, dénonçant une instrumentalisation d’un chant leur appartenant. « Provocation », « Hypocrisie », « Paris c’est nous ! » peut-on lire sur les réseaux sociaux à l’époque.
Mais un dramatique évènement va remettre ce chant au goût du jour. En novembre 2015, la France et sa capitale sont frappées en plein cœur par une série d’attentats. Face à l’horreur, les Parisiens brandissent leur devise comme un bouclier « Fluctuat nec mergitur », « il est battu par les flots, mais ne sombre pas » et chante les louanges de leur ville. Le 28 novembre, l’orchestre des gardiens de la paix joue Ô ville lumière juste avant un match contre Troyes. Les supporters reprennent le chant en chœur. Rebelote lors de la journée suivante contre Lyon puis en Coupe de la Ligue contre Saint-Etienne.
Depuis quelques années, Ô ville lumière a moins de succès dans les travées du Parc. Avec le retour des ultras en 2016, le CUP (Collectif Ultras Paris) a lancé de nouveaux chants notamment Tous ensemble on chantera.
"Tous Ensemble On Chantera" : L'hymne actuel, né de la contestation et devenu un tube
Au moment de l'arrivée de Qatar Sports Investments (QSI) à la tête du PSG, en juin 2011, les tribunes se pacifient au détriment de l'ambiance. Pour éviter que le stade devienne « un cinéma à ciel ouvert », le CUP lance ce nouveau refrain, qui viendra progressivement remplacer un autre, moins présent désormais.
La première fois qu'il est entonné, le 1er octobre 2016 lors d'une victoire contre Bordeaux (2-0), le PSG sort à peine d'une période sombre. La mort de Yann Lorence, un ancien membre de la tribune Boulogne, survenue le 28 février 2010 en marge d'un match contre l'OM, convainc la direction du club de frapper fort. Les associations de supporters sont dissoutes et un placement aléatoire est instauré pour tenter d'éradiquer les graves violences touchant la mouvance ultra dans la capitale.
Ces décisions sont appliquées pendant six ans. Jusqu'à la création du Collectif Ultras Paris (CUP), regroupant plusieurs groupes encore actifs issus du virage Auteuil, le 23 février 2016. « Le chant est né de leur contestation, se souvient un proche du CUP, préférant garder l'anonymat. Il a pris avec le retour progressif des ultras au Parc, après la bascule populaire, médiatique et juridique qui a mis fin au plan Leproux », du nom du président de l'époque.
Si les 48 000 spectateurs présents samedi et dimanche dans l'antre parisien l'ont chanté à pleins poumons pendant de longues minutes, montrant des images de communion totale pas loin d'être inédites dans ce lieu si chargé d'histoire, la ballade continue de diviser. « Aujourd'hui, tout le monde le connaît et le fredonne mais seuls les plus anciens et les plus investis savent de quoi il parle », juge Bastien. Les plus jeunes auraient tendance à assimiler les années de « galère et de combat » aux nombreuses désillusions sportives du PSG par exemple.
« On s'en moque que tout le monde sache à quoi les mots font référence, insiste celui qui a accompagné la création du chant au sein du CUP, sans se souvenir des noms de son auteur et de son compositeur. Il s'est installé de manière naturelle. C'est bien qu'il vive et prenne autant de place. Jamais un autre n'en a eu autant sur la durée. C'est tellement beau. »
Certains, à l'oreille musicale, y distinguent une ressemblance avec le « Boléro » de Maurice Ravel, dans les percussions. D'autres préfèrent y déceler un rythme guerrier ou de carnaval. Après la finale grandiose contre l'Inter Milan (5-0), à l'unanimité, le nouvel hymne du PSG sonnait cette fois comme un air de victoire.
Les paroles de « Tous ensemble on chantera »:
Paris SG,
Tous ensemble on chantera,
Cet amour qu’on a pour toi,
Qui ne cessera jamais !
Après tant d’années, de galères et de combats,
Oh pour toi Paris SG,
On va se casser la voix
Avec sa mélodie entraînante et ses paroles minimalistes, il n'a cessé de retentir tout le week-end. Et continue de résonner dans les têtes. De Munich au Parc des Princes, où DJ Snake et Marquinhos ont fait un tabac, en passant par les Champs-Élysées, le chant a accompagné le triomphe du PSG en Ligue des champions et marqué ensuite les esprits lors des célébrations.

Michael Canitrot feat. Marina Viotti "Le Cœur de Paris" (PSG)
Des origines italiennes ?
La chanson originale qui aurait inspiré le chant repris par les supporters parisiens serait « Vuoto a perdere » de la chanseuse italienne Noemi. Sa sortie remonte à 2011. Sur le même air, les tifosi de Napoli (club jumelé avec le PSG) entonnent aussi un autre chant très reconnaissable, mais aux paroles différentes : « Je serai avec vous, et vous ne devez pas abandonner, nous avons un rêve dans nos coeurs, Naples redevient champion. »
Noemi est à l’origine, malgré elle, de l’hymne des ultras du PSG "Tous ensemble, on chantera". Une grande fierté pour la chanteuse italienne de 43 ans, dont l’air du morceau "Vuoto a perdere" (sorti en 2011) a d’abord été repris par les tifosi de Naples, avant de résonner au Parc des Princes.
Les ultras du PSG en ont fait leur carte de visite depuis leur retour au Parc des Princes il y a près d’une décennie. Mais ces derniers mois, ce chant de ralliement a largement dépassé les grilles du Virage Auteuil. Avec le sacre historique des joueurs de Luis Enrique en Ligue des champions, il ressemble aujourd’hui à un tube populaire. "Paris SG, tous ensemble on chantera, cet amour qu’on a pour toi, qui ne cessera jamais. Après tant d’années, de galères et de combats, oh pour toi Paris SG, on va se casser la voix". La mélodie est entrée dans les têtes et dans les cœurs.
Le nouvel hymne parisien trouve d’ailleurs sa source de l’autre côté des Alpes. Il est inspiré du refrain de "Vuoto a perdere", un morceau de la chanteuse italienne Noemi, sorti en 2011 sur son deuxième album (RossoNoemi). Avant d’arriver dans la capitale française, il a d’abord résonné dans le stade du Napoli. Les tifosi l’ont repris pour créer "Saro con te" (Je serai avec toi). "Je serai avec toi, tu ne dois pas abandonner, nous avons un rêve dans le cœur, que Naples redevienne champion". Un chant qui a fini par leur porter bonheur dans leur quête d’un nouveau Scudetto (décroché en 2023, puis en 2025, après ceux de 1987 et 1990).
Conquis par la mélodie, les ultras du PSG l’ont adoptée pour créer leur propre version. De quoi ravir Noemi, comme elle l’a confié au Parisien. "Je suis une grande fan de foot donc j’ai été émerveillée. Je l’ai envoyée à tous mes amis, à mon père, à ma sœur… Entendre autant de personnes, dans ce très grand stade, chanter toutes ensemble cette mélodie, c’est un rêve devenu réalité."Avant de préciser: "Je suis honorée que les fans du PSG aient choisi cette mélodie, c’est incroyable, merci beaucoup (…) C’est un honneur à mon échelle de faire partie de cette grande histoire."
Écrite par Vasco Rossi, une star du rock italien, la chanson "Vuoto Perdere" parle "du sentiment de vide que nous pouvons parfois ressentir", explique son interprète aux cheveux roux, qui valide totalement le remix des habitués d’Auteuil: "J’adore! Je me fiche des changements dans la mélodie, du tempo, j’adore juste l’énergie. Quand je fais des concerts à Naples, je ne peux plus chanter la chanson originale, car quand le refrain commence, tout le monde se met à chanter la version du stade."
Dans les tribunes du Parc des Princes et lors des déplacements du PSG, le chant devenu mythique s’élève régulièrement. Porté par des milliers de supporters mais aussi par les dirigeants et les joueurs qui le valorisent, il est devenu l’hymne officieux du club de la capitale.
Le Paris Saint-Germain vient de s’imposer à domicile face au Racing Club de Lens (3-1) et de décrocher la première victoire en Ligue 1 de sa saison. Euphoriques, les joueurs et le Parc des Princes explosent en fin de rencontre, emmenés par un homme : Warren Zaïre-Emery. Au bas de la tribune Auteuil, mégaphone à la main, le jeune « Titi » alors âgé de 17 ans qui en est à ses débuts avec l’équipe professionnelle se met à entonner le désormais mythique refrain : « Paris SG ! Tous ensemble on chantera, cet amour qu’on a pour toi, qui ne cessera jamais… »

Toute l’enceinte parisienne s’arrête pour observer et accompagner, en chœur, le milieu de terrain. Rapidement, les images font le tour des réseaux sociaux et confirment que le refrain est devenu en quelques années le plus populaire des chants de supporters du club de la capitale, aussi bien auprès des fans qu’après des joueurs.
« Tous les supporters peuvent se reconnaître dans ce morceau »Le morceau, qui a progressivement envahi les tribunes depuis 2016 et le retour des Ultras au Parc des Princes, est devenu l’hymne officieux du PSG.
Avec un rythme assez lent, un ton et des mots moins provocateurs que certains entendus dans d’autres refrains, il parvient à marquer un temps d’arrêt lorsqu’il est entonné, à créer une sorte d’instant solennel qui unit l’ensemble des personnes liées au club.
Un succès marqué par la qualité du chant et surtout par ce que symbolisent les paroles. « Après tant d’années de galère et de combat, par exemple, ça met en avant les épreuves par lequel est passé le club, poursuit Clément Pernia. Tous les supporters peuvent se reconnaître dans ce morceau. »
« D’une certaine manière, chacun peut le prendre un peu comme il veut, complète-t-il. Les Ultras ont forcément pensé à leur interdiction de venir au Parc des Princes pendant plusieurs années, mais pour d’autres supporters, cela peut évoquer les périodes où Paris jouait le maintien où celles où le Parc était gangrené par la violence et les rivalités entre les tribunes Auteuil et Boulogne. Les plus jeunes qui suivent le club depuis moins longtemps pourront eux y voir à travers ce chant les défaites les plus dures à encaisser, la remontada face au Barça par exemple. »
Le club lui-même lui fait de plus en plus honneur, le mettant par exemple en scène ces derniers jours sur ses réseaux sociaux. Au moment de fêter son titre de champion de France en 2024, le PSG avait sollicité un orchestre symphonique et proposé une version plus musicale du morceau. Un succès.
Même exercice il y a quelques semaines pour le 13e titre national de l’histoire du club, avec cette fois, une adaptation électro du chant par le DJ Michaël Canitrot. Une manière aussi de saluer l’entente retrouvée entre les dirigeants et les supporters du club de la capitale.