Souvent éclipsé par la natation ou le handball, le water-polo est pourtant l’un des sports collectifs les plus spectaculaires et exigeants. Né en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle, le water-polo s’inspire du rugby, mais transposé dans un bassin. Aujourd’hui, il est particulièrement populaire dans les pays d’Europe centrale et méditerranéenne : Hongrie, Serbie, Croatie, Italie ou Espagne. Pour comprendre la difficulté du water-polo, il suffit d’imaginer jouer un match de handball… en nageant sans jamais avoir pied. Le duel se joue aussi sous la surface, où les contacts sont rudes. Au-delà du physique, le water-polo est aussi un sport de stratégie. Les systèmes tactiques alternent entre jeux rapides, supériorités numériques et phases de patience pour trouver la faille. Ce qui séduit dans le water-polo, c’est l’intensité dramatique de chaque rencontre. Ajoutez à cela la beauté des gestes techniques - tirs lobés, reprises en suspension, arrêts réflexes - et vous obtenez un cocktail explosif. Le CIO a confirmé le maintien du water-polo au programme olympique, preuve de sa valeur universelle. Le water-polo est un sport complet, exigeant et spectaculaire, qui mérite davantage de lumière. À l’heure où le sport cherche à se renouveler et à séduire de nouveaux publics, le water-polo a tous les atouts pour surprendre.
S’il existe une terre de water-polo, c’est bien la Hongrie. Avec neuf titres olympiques chez les hommes et un palmarès mondial impressionnant, elle domine historiquement la discipline. Longtemps en retrait, la France commence à se faire une place dans ce paysage dominé par les Balkans. Chez les femmes, la discipline se développe également, même si la marche reste haute face aux cadors mondiaux.
Le water-polo, en Hongrie, incarne à la fois une tradition populaire et d'excellence. Tradition née dès les années 30 et qui perdure aujourd'hui encore au XXIe siècle. Avec l'escrime, et particulièrement le sabre, c'est l'autre grande école du sport magyar. Dans aucun autre pays cette discipline ne tient une place aussi importante. "Chez nous, confiait en 2008 Miklos Martin, un des membres de l'équipe de 1956, le water-polo est le deuxième sport le plus populaire et le plus important, juste derrière le football."
Depuis les Jeux de 1928 à Amsterdam, la Hongrie a toujours décroché l'or ou l'argent olympique. Sacrée en 1932 et 1936, elle a reconquis le titre à Helsinki en 1952. Quatre ans plus tard, elle brigue donc un nouveau doublé et personne ne doute de sa capacité à y parvenir. L'immense majorité de l'équipe tenante du titre a rempilé. Miklos Martin, Gyorgy Karpati, Istvan Szivos, Antal Bolvari, le maître tacticien Kalman Markovits, alias "Le Professeur", et, surtout, Dezso Gyarmati.
Souvent considéré comme le plus grand joueur de l'histoire du water-polo, ce génial gaucher est alors au sommet de son art à 29 ans. Pour Martin, "la plupart des membres de cette équipe n'étaient pas seulement des grands joueurs, ils étaient aussi des artistes absolus et le plus grand de tous était Gyarmati". En cela, la Hongrie du water-polo ressemble de près dans ces années 50 à sa cousine footballistique, celle de Puskas, Kocsis ou Czibor.
A cette scintillante brochette sont venues se greffer quelques jeunes pousses. Parmi elles, le gardien à l'envergure phénoménale, Otto Boros, d'ores et déjà le meilleur cerbère de la planète, ou Ervin Zador. Le gamin de la bande, né en 1935. "A 12 ans, raconte-t-il, je marchais le long de la piscine olympique et j'ai vu le nom des champions olympiques gravés sur une immense plaque. Je me suis dit 'un jour, moi aussi j'aurai mon nom ici.'" L'ambition enfantine se doublera ensuite d'une autre forme de motivation : "Plus tard, j'ai compris que le water-polo serait ma seule chance de sortir de Hongrie, de découvrir autre chose. Seuls les grands champions ou les artistes reconnus avaient cette opportunité." Zador effleure la sélection avant sa 20e bougie. Non sans mal. Au milieu des stars, Ervin, issu d'un petit club, peine à se faire accepter. Mais lorsqu'arrivent les Jeux de Melbourne, il est devenu à son tour incontournable.

Match de water-polo entre la Hongrie et l'URSS aux Jeux olympiques de Melbourne en 1956.
Le Bain de Sang de Melbourne
Les Jeux olympiques de Melbourne de 1956 ont été le théâtre de nombreux boycotts. En pleine crise du Canal de Suez, l'Égypte, le Liban et l'Irak décident de ne pas participer. Les Pays-Bas, l'Espagne et la Suisse s'abstiennent aussi parce que les chars soviétiques viennent d'envahir la Hongrie. Cet envahissement de la Hongrie par l'URSS va se répercuter dans le bassin olympique de Melbourne, pour la demi-finale de water-polo entre les deux pays. La partie a été si brutale que l'on parle aujourd'hui du "bain de sang" de Melbourne pour évoquer l'agressivité des deux équipes.
Dès la mise en jeu, des insultes et des coups s'échangent très rapidemment, à tel point que la légende affirme que l'eau du bassin olympique serait devenue rouge. À 4-0 en faveur de son équipe, le public hongrois devient hystérique, lorsqu'Ervin Zador, auteur de deux buts sort de la piscine, le visage en sang. Il s'agit du résultat d'un violent coup de tête asséné par son vis-à-vis, le joueur russe Valentin Propokov.
Tout cela n'empêchera pas la Hongrie de remporter la médaille d'or, en finale contre la Yougoslavie, mais à la fin des Jeux, plusieurs poloïstes hongrois ne rentreront pas chez eux et demanderont l'asile politique à l'Ouest. Habituellement, les médaillés d'or sont accueillis chez eux en héros, mais le problème est qu'à Budapest, le gouvernement au pouvoir est très proche de Moscou et c'est d'ailleurs la raison principale du "bain de sang" de Melbourne.
La photo a fait le tour du monde. Une des images les plus fortes et les plus célèbres de l'histoire des Jeux olympiques. Elle peut trôner sur ce podium-là, aux côtés des poings dressés et gantés de noir de Tommie Smith et John Carlos dans le ciel de Mexico ou du tableau d'affichage de Montréal en panique devant la révolution Comaneci. Sur ce cliché, un visage, un peu hagard, et un long et large filet de sang partant du coin de l'œil droit pour ne plus s'arrêter. Image figée depuis le 6 décembre 1956 dans la légende olympique, l'Histoire du sport, l'Histoire tout court. Ce visage et ce regard amochés, d'une étonnante douceur tranchant avec la violence du contexte, appartiennent à Ervin Zador.
A 21 ans, le jeune Hongrois va devenir le symbole de cette équipe de surdoués en passe de décrocher l'or en water-polo dans ces Jeux de Melbourne, mais dont l'engagement dépasse de très loin le cadre du sport. Métaphoriquement, ce sang est celui de tout un peuple épris d'émancipation et de liberté, velléités que l'Armée rouge est, au même moment, en train d'étouffer de manière brutale. Politique et sport font rarement bon ménage. Géopolitique et olympisme pas davantage. Mais par une double onde de choc résonnant d'un bout à l'autre de la planète, ils vont se percuter en cette fin d'année 1956.
Ce match restera dans les annales comme celui du «bain de sang de Melbourne» ou bien encore «blood in the water». Les deux équipes en viennent aux mains et plusieurs joueurs sont blessés dans la piscine. La police australienne doit intervenir pour éviter le lynchage de l’équipe soviétique par les spectateurs.
Peu de temps après la compétition, Ervin Zador décide de mettre un terme à sa carrière alors qu’il est tout juste âgé de 21 ans. En avril 2006, un documentaire intitulé «Freedom’s Fury» produit par Lucy Liu et Quentin Tarantino à partir d’images d’archives et d’interviews des acteurs de l’époque a été créé.
Les supporters hongrois, nombreux dans les tribunes, trouvent des alliés de circonstance, le public australien prenant fait et cause pour eux. L'hymne soviétique, couvert par les sifflets, est à peine audible. La rencontre débute dans un climat délétère. Sportivement, la confrontation ne présente qu'un attrait limité. La supériorité hongroise, incontestable, tue tout suspense. A deux minutes de la fin, les Magyars, dont la défense de zone étouffe les Soviétiques, mènent 4-0, avec deux buts de Zador.
Mais l'évolution du score est éclipsée par les coups. Ils pleuvent. Des deux côtés. Au-dessus et en-dessous de l'eau. Les Hongrois ne sont pas les derniers à jouer la carte de la provocation. C'était même une stratégie bien réfléchie, comme l'avouera Zador à la BBC en 2011 : "L'idée, c'était 'si on les énerve, ils commenceront à vouloir se battre. Et s'ils pensent à se battre plutôt qu'à jouer, ils rateront leur match. Et s'ils ratent leur match, nous le gagnerons.' On leur disait 'espèces de salauds, vous tuez nos frères, vous bombardez notre pays.' Ils nous traitaient de traitres. Les coups pleuvaient. C'était incroyablement violent." Le public en rajoute, à coups de "go home", adressés aux joueurs soviétiques et de "Budapest ! Budapest !".
Toute la partie, Antal Bolvari a été le chien de garde de Valentin Prokopov. A l'approche du dénouement, il cède ce rôle à Ervin Zador. "Pas de problème, je m'occupe de lui". En réalité, c'est surtout Prokopov qui va s'occuper de Zador. Un coup de sifflet retentit. Le jeune Hongrois a tourné la tête un instant vers l'arbitre pour contester la décision. Il n'aurait pas dû. Il n'a pas le temps de voir Prokopov surgir de l'eau droit comme un I. Avec le revers de sa main droite fermée, il lui assène un violent coup de poing qui transpire la colère et la frustration. Dans son dos, Zador a "senti" que quelque chose se tramait : "Quand je me suis retourné, j'ai juste eu le temps de le voir, le bras tendu, et ce bras qui arrive sur mon visage. Alors j'ai compris que j'avais commis une grave erreur. J'ai entendu un grand 'crac' et j'ai commencé à voir des étoiles partout."
Si Zador est devenu la cible, ce n'est pas un hasard. Il avait 10 ans en 1945. Il a largement grandi dans le système éducatif communiste et a très vite appris le russe, qu'il parlait mieux et depuis plus longtemps que la plupart de ses coéquipiers. Le "privilège" de sa jeunesse. A la différence des autres, quand il chambre, insulte et provoque les joueurs soviétiques, c'est donc dans leur langue maternelle. Zador avouera d'ailleurs avoir évoqué "la maman" de Prokopov, peu avant de se faire frapper.
Le sang coule dans le bassin, teintant le bleu chloré d'un rouge brunâtre. Un simple filet, d'abord, puis une guirlande, perceptible depuis les tribunes. Des supporters hongrois descendent alors et menacent directement des membres de l'équipe soviétique. La scène est surréaliste. Le match est interrompu avant son terme. "Si la police australienne n'avait pas été aussi bien préparée, je ne sais pas comment tout cela se serait terminé", confie Gyorgy Karpati dans le documentaire Freedom's Fury.
"L'arbitre savait qu'un tel incident était susceptible de se produire vu le contexte, mais il n'a pas osé mettre fin de lui-même au match. Une minute avant l'interruption définitive de la rencontre, un membre du jury a déclaré que celle-ci était terminée et les Magyars ont été proclamés vainqueurs. La photo du visage tuméfié de Zádor sortant de la piscine s'est immédiatement retrouvée à la une des journaux du monde entier, devenant ainsi l'icône de la résistance héroïque hongroise”, commente le portail historique Mult Kor.

Ervin Zador sortant de la piscine, le visage ensanglanté.
Une Révolution Sanglante
Quelques semaines avant les Jeux, en Hongrie, des mouvements citoyens sont massivement descendus dans les rues, pour tenter de renverser la République populaire hongroise, considérée comme totalement soumise au pouvoir soviétique.
Les étudiants hongrois prennent d'assaut le bâtiment de la radio Magyar, pour diffuser une liste de 16 revendications contre la politique du gouvernement de Matyas Rakosi. Ce mouvement révolutionnaire a été rapidement coupé dans son élan et brutalement réprimé par les autorités hongroises et avec l'aide de l'Armée Rouge.
Sur ordre de Nikita Khrouchtchev, à 4 heures du matin, le 4 novembre 1956, les chars soviétiques franchisent la frontière et écrasent sans aucun ménagement la contestation impulsée par les étudiants hongrois. La répression fera plusieurs milliers de victimes avec un chiffre de 30 000 morts évoqué.
Le traumatisme est profond pour une partie de la population et à son arrivée à Melbourne, à la mi-novembre, la délégation hongroise découpe, retire les symboles soviétiques présents sur le drapeau national et suspend ces étendards aux fenêtres du village olympique. C'est le premier message adressé par les athlètes au mouvement révolutionnaire hongrois et ce soutien sans limite imposera à l'équipe de water-polo de passer par un "bain de sang" contre l'URSS pour décrocher la médaille d'or.
Les membres de l'équipe nationale de water-polo sont regroupés pour un stage préparatoire à une vingtaine de kilomètres de Budapest, sur les hauteurs. De là, ils ont entendu les coups de feu et aperçu des nappes de fumée monter de la capitale. Leur départ pour l'Australie est prévu pour le 6 novembre. Ervin Zador prend alors une décision folle : dans la nuit du 4 au 5, il décide de quitter le camp d'entraînement. "Je ne savais pas si mes parents étaient encore en vie, explique-t-il dans Freedom's Fury. Nous n'avions que des bribes d'informations et, souvent, elles étaient contradictoires. Alors j'ai décidé de rentrer chez moi. J'avais très peur, j'étais même terrifié, mais j'ai marché, marché." Les balles sifflent, les chars canonnent, mais il finit par atteindre le 6e arrondissement de Budapest et le 60 Rue Aradi, où habitent ses parents. Ils vont bien, eux aussi. Mais l'accueil n'est pas celui qu'escomptait Zador. En le voyant arriver, sa mère, Joséphine, lui colle une gifle à la Lino Ventura. "Idiot, pourquoi as-tu pris un tel risque ?", lui lance-t-elle. "Maman, je devais venir, je risque de ne pas rentrer avant longtemps". Il ne croit pas si bien dire. Après avoir effectué le chemin inverse, soit plus de 40 kilomètres au total aller-retour, le jeune Zador rejoint ses coéquipiers. Le cœur un peu plus léger. Les autres n'ont pas cette chance. "Comment vont mes parents ?", s'interroge dans son journal Istvan Hevesi à la date du 7 novembre, alors que l'équipe est en transit en Tchécoslovaquie sur la "route" de Melbourne. Nous partons pour les Jeux olympiques, mais tout cela semble avoir perdu de sa beauté, de son importance, à cause de ce qui arrive à la maison."
Après leur périple, ce n'est qu'en arrivant aux Antipodes que les membres de la délégation hongroise découvrent l'ampleur du drame qui s'est noué dans leur pays. Miklos Martin, que tout le monde appelle "Nick", est le seul à lire et parler l'anglais. A Melbourne, il sert de traducteur au reste de l'équipe. Les 5 000 civils tués. La répression permanente. Les arrestations. Le 22 novembre, jour de la cérémonie d'ouverture, Imre Nagy est arrêté par le KGB. Incarcéré, il sera exécuté un an et demi plus tard au terme d'un simulacre de procès.
Horrifiés, les athlètes hongrois décident de retirer leur drapeau frappé du symbole communiste pour hisser une bannière "Hongrie libre". La centaine d'athlètes qui compose la délégation magyare aborde les compétitions sans savoir le sort réservé à leurs familles, à leurs amis. C'est dans ces conditions, pour le moins pénibles, que la sélection de water-polo débute son tournoi. La tête ailleurs, la bande à Zador possède néanmoins une marge si importante sur la concurrence qu'elle avance sans heurts. Lors de la première phase, la Hongrie écrase la Grande-Bretagne (6-1) puis les Etats-Unis (6-2). Il n'y a pas de matches à élimination directe à Melbourne. Le titre et les médailles sont décernés à l'issue d'une seconde phase de poules entre les six meilleures équipes. Le champion sortant y balaie encore l'Italie (4-0) et l'Allemagne sur le même score. En tête du groupe, les Hongrois sont maintenant à deux matches du sacre. S'ils battent l'URSS, il leur restera une rencontre pour l'or, contre la Yougoslavie. L'enjeu du duel face aux Soviétiques se suffit toutefois à lui-même. Il n'est pas ici question que de victoires ou de médailles, mais de fierté et de conscience. Un enjeu presque philosophique. Et une affaire personnelle. Avant ce choc du 6 décembre 1956, le CIO peine à masquer son inquiétude. Elle sera justifiée.
"Les matches face à l'URSS étaient traditionnellement tendus. Mais à Melbourne, c'était une autre dimension. Nous ne jouions pas seulement pour nous, mais pour nos frères, pour nos familles qui souffraient au pays. Il nous fallait absolument gagner l'or et punir les Russes", se souvenait Zador en 1996. Face à eux, ils ne voient pas sept joueurs, comme eux, mais "ces salauds qui avaient mis notre pays à feu et à sang et massacraient les nôtres", résume Markovits.
Tableau des Médailles Olympiques de Water-Polo Hongrois (Hommes)
| Jeux Olympiques | Médaille |
|---|---|
| Amsterdam 1928 | Argent |
| Los Angeles 1932 | Or |
| Berlin 1936 | Or |
| Helsinki 1952 | Or |
| Melbourne 1956 | Or |
Les Héros Aquatiques Hongrois
Boros, Gyarmati, Hevesi, Bolvári, Markovits, Jenei, Kanisza, Mayer, Kárpáti, Szivós, Zádor. Ces noms n’évoquent rien en France, mais les Hongrois âgés et/ou férus de water-polo seraient capables de les citer presque tous de tête. Surtout le dernier de la liste.
Car Zádor est devenu un mythe quand il a reçu un coup de poing du Soviétique Prokopov, agacé d’être traité de “perdant”. Pour l’opinion publique de l’époque, son visage en sang a incarné la souffrance des insurgés de Budapest.
En cette Saint-Nicolas de l’année 1956, Zádor et sa bande savent mieux que personne ce que leur pays endure. Certains ont hésité avant de prendre l’avion les menant vers les Antipodes. L’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse ont boycotté les festivités en solidarité avec la révolution hongroise.
L’Egypte, l’Irak et le Liban ont fait de même pour dénoncer la présence d’Israël en pleine crise du canal de Suez. Dans ces conditions, il est difficile, pour les Magyars, de ne penser qu’au sport alors que, dans la piscine, ils défient l’occupant soviétique.
Près de 8 000 supporters se sont massés dans des tribunes prévues pour 6 000. Dès le début des hostilités, la foule a ostensiblement encouragé les Hongrois et sifflé copieusement leurs adversaires chaque fois qu’ils récupéraient le ballon. La puissance du symbole a convaincu le réalisateur Quentin Tarantino et l’actrice Lucy Liu de produire un documentaire (Freedom’s Fury) qui revient sur l’odyssée marquée par ce pugilat et couronnée par un nouveau titre olympique contre la Yougoslavie quatre ans après celui d’Helsinki.
Zádor, décédé en 2012, s’était ensuite exilé aux Etats-Unis où il a formé un certain Mark Spitz (sept fois médaillé d’or aux JO de Munich en 1972). L’image de son arcade sourcilière ensanglantée reste l’un des clichés sportifs les plus marquants du XXe siècle.
Début novembre, Freedom’s Fury a été projeté à l’ambassade de Hongrie à Washington en présence de l’ancien poloïste professionnel Dénes Kemény, entraîneur de la sélection de 1997 à 2012. Le souvenir de Melbourne est toujours intact dans la capitale magyare, où l’université polytechnique a organisé une cérémonie en présence de Bolvári et Kárpáti.
Outre le poète et patriote Sandor Petöfi et le dirigeant politique Lajos Kossuth, Budapest a aussi ses héros aquatiques.