L'Histoire du Water-Polo en Hongrie et en Croatie: Une Passion Nationale

Le water-polo, bien que moins médiatisé que d'autres sports collectifs, occupe une place de choix dans le cœur des Hongrois et des Croates. Souvent, dans de nombreux pays, c'est le football qui est le sport national. Seulement, les Hongrois sont très déçus par leur football, et la fierté nationale se reporte sur d'autres sports qui ont des résultats, comme le water-polo.

Si l'on considère les performances des sportifs de haut niveau, alors effectivement le water-polo est probablement le sport numéro un en Hongrie. Par contre si l'on entend par sport national le sport le plus pratiqué, alors ce n'est pas le water-polo, sans doute à cause des installations.

Le water-polo, en Hongrie, incarne à la fois une tradition populaire et d'excellence. Tradition née dès les années 30 et qui perdure aujourd'hui encore au XXIe siècle. Avec l'escrime, et particulièrement le sabre, c'est l'autre grande école du sport magyar. Dans aucun autre pays cette discipline ne tient une place aussi importante. "Chez nous, confiait en 2008 Miklos Martin, un des membres de l'équipe de 1956, le water-polo est le deuxième sport le plus populaire et le plus important, juste derrière le football."

Souvent éclipsé par la natation ou le handball, le water-polo est pourtant l’un des sports collectifs les plus spectaculaires et exigeants. Né en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle, le water-polo s’inspire du rugby, mais transposé dans un bassin. Aujourd’hui, il est particulièrement populaire dans les pays d’Europe centrale et méditerranéenne : Hongrie, Serbie, Croatie, Italie ou Espagne.

Pour comprendre la difficulté du water-polo, il suffit d’imaginer jouer un match de handball… en nageant sans jamais avoir pied. Le duel se joue aussi sous la surface, où les contacts sont rudes. Au-delà du physique, le water-polo est aussi un sport de stratégie. Les systèmes tactiques alternent entre jeux rapides, supériorités numériques et phases de patience pour trouver la faille.

S’il existe une terre de water-polo, c’est bien la Hongrie. Avec neuf titres olympiques chez les hommes et un palmarès mondial impressionnant, elle domine historiquement la discipline.

La Hongrie a remporté le titre de champion du monde de water-polo messieurs en s'imposant en finale contre le Monténégro 8 à 7. Les Hongrois sont sacrés pour la troisième fois de leur histoire, dix ans après leur deuxième titre, déjà à Barcelone.

Déchue il y a un an de sa triple couronne olympique (2000, 2004, 2008) à Londres, où elle avait été éliminée dès les quarts de finale, la Hongrie a pris une double revanche. D'abord en faisant chuter en demi-finale la Croatie, médaillée d'or aux jeux Olympiques 2012, avant de battre en finale les Monténégrins, qui les avaient battus en demi-finale des championnats d'Europe 2012.

La Croatie remporte son deuxième titre de champion d'Europe de water-polo. La Croatie s'est imposée chez elle à Split samedi soir en finale des Championnats d'Europe de water-polo. Les Croates l'ont emporté 10-9 (3-3, 1-0, 4-4, 2-2) au terme d'une rencontre disputée dans une ambiance survoltée. Il s'agit, après 2020, du deuxième titre glané sur la scène européenne par cette nation forte du water-polo.

Face à la Hongrie, pays-hôte des Mondiaux de water polo, la Croatie s'est imposé samedi en finale (8-6) et décroche la deuxième médaille d'or de son histoire. Dans une piscine de Budapest survoltée, les Croates ont réussi à faire fi des chants des 7000 supporters hongrois pour remporter samedi la finale des Mondiaux de water-polo. Sacrée pour la première fois de son histoire en 2007, la Croatie décroche donc un deuxième titre mondial.

Il existe une véritable histoire d’amour entre le water-polo, pourtant pas le plus médiatique ni le plus populaire des sports collectifs, et les Jeux Olympiques. En effet, avant le football, avant le handball, avant le basket ou le volley, c’est le water-polo qui a été le premier sport collectif à faire partie du programme officiel des Jeux Olympiques, lors des Jeux de Paris en 1900, en même temps que le rugby à XV. Un petit bémol reste à poser sur le fait que ceci ne concerne que la compétition masculine, la première médaille d’or féminine n’ayant été distribuée que 100 ans plus tard, lors des JO de Sydney, en 2000.

Lors des éditions de 1900 et 1904, la compétition se déroulait encore entre clubs et non entre les Nations. Ainsi, la première médaille d’or de l’histoire a été gagnée par l’Osborne Swimming Club, et non pas par la Grande-Bretagne. Quatre ans plus tard, ce sont même 3 clubs américains qui ont raflé les 3 médailles, ce qui ne fait pas beaucoup de sens aujourd’hui d’un point de vue olympique. Il faut donc attendre 1908 pour voir le titre d’une Nation, et c’est encore la Grande-Bretagne qui s’impose, tout comme lors des 2 éditions suivantes. Les Jeux de 1924 à Paris marqueront le seul titre de l’équipe de France dans l’histoire de la compétition, l’équipe ayant battu la Belgique 3 à 0 en finale, à domicile qui plus est.

S’il est une équipe qui a dominé le monde du water-polo, c’est bien sûr la Hongrie. Un exploit incroyable dont même l’équipe américaine de basket-ball ne peut se targuer, ayant raté une médaille lors des Jeux de 1980. Après leur disparition dans les années 1980 et l’émergence des joueurs de l’Italie, on ne pensait jamais revoir la Hongrie à la fête.

Les Jeux Olympiques de Melbourne 1956: "Le Bain de Sang de Melbourne"

Les Jeux Olympiques de Melbourne de 1956 ont été le théâtre de nombreux boycotts. En pleine crise du Canal de Suez, l'Égypte, le Liban et l'Irak décident de ne pas participer. Les Pays-Bas, l'Espagne et la Suisse s'abstiennent aussi parce que les chars soviétiques viennent d'envahir la Hongrie.

Cet envahissement de la Hongrie par l'URSS va se répercuter dans le bassin olympique de Melbourne, pour la demi-finale de water-polo entre les deux pays. La partie a été si brutale que l'on parle aujourd'hui du "bain de sang" de Melbourne pour évoquer l'agressivité des deux équipes.

Dès la mise en jeu, des insultes et des coups s'échangent très rapidemment, à tel point que la légende affirme que l'eau du bassin olympique serait devenue rouge. À 4-0 en faveur de son équipe, le public hongrois devient hystérique, lorsqu'Ervin Zador, auteur de deux buts sort de la piscine, le visage en sang.

Il s'agit du résultat d'un violent coup de tête asséné par son vis-à-vis, le joueur russe Valentin Propokov. Tout cela n'empêchera pas la Hongrie de remporter la médaille d'or, en finale contre la Yougoslavie, mais à la fin des Jeux, plusieurs poloïstes hongrois ne rentreront pas chez eux et demanderont l'asile politique à l'Ouest.

Habituellement, les médaillés d'or sont accueillis chez eux en héros, mais le problème est qu'à Budapest, le gouvernement au pouvoir est très proche de Moscou et c'est d'ailleurs la raison principale du "bain de sang" de Melbourne.

La photo a fait le tour du monde. Une des images les plus fortes et les plus célèbres de l'histoire des Jeux olympiques. Sur ce cliché, un visage, un peu hagard, et un long et large filet de sang partant du coin de l'œil droit pour ne plus s'arrêter. Image figée depuis le 6 décembre 1956 dans la légende olympique, l'Histoire du sport, l'Histoire tout court. Ce visage et ce regard amochés, d'une étonnante douceur tranchant avec la violence du contexte, appartiennent à Ervin Zador.

A 21 ans, le jeune Hongrois va devenir le symbole de cette équipe de surdoués en passe de décrocher l'or en water-polo dans ces Jeux de Melbourne, mais dont l'engagement dépasse de très loin le cadre du sport. Métaphoriquement, ce sang est celui de tout un peuple épris d'émancipation et de liberté, velléités que l'Armée rouge est, au même moment, en train d'étouffer de manière brutale.

Ce match restera dans les annales comme celui du «bain de sang de Melbourne» ou bien encore «blood in the water». Les deux équipes en viennent aux mains et plusieurs joueurs sont blessés dans la piscine. La police australienne doit intervenir pour éviter le lynchage de l’équipe soviétique par les spectateurs.

Peu de temps après la compétition, Ervin Zador décide de mettre un terme à sa carrière alors qu’il est tout juste âgé de 21 ans. En avril 2006, un documentaire intitulé «Freedom’s Fury» produit par Lucy Liu et Quentin Tarantino à partir d’images d’archives et d’interviews des acteurs de l’époque a été créé.

Les supporters hongrois, nombreux dans les tribunes, trouvent des alliés de circonstance, le public australien prenant fait et cause pour eux. L'hymne soviétique, couvert par les sifflets, est à peine audible. La rencontre débute dans un climat délétère.

Sportivement, la confrontation ne présente qu'un attrait limité. La supériorité hongroise, incontestable, tue tout suspense. A deux minutes de la fin, les Magyars, dont la défense de zone étouffe les Soviétiques, mènent 4-0, avec deux buts de Zador.

Mais l'évolution du score est éclipsée par les coups. Ils pleuvent. Des deux côtés. Au-dessus et en-dessous de l'eau. Les Hongrois ne sont pas les derniers à jouer la carte de la provocation. C'était même une stratégie bien réfléchie, comme l'avouera Zador à la BBC en 2011: "L'idée, c'était 'si on les énerve, ils commenceront à vouloir se battre. Et s'ils pensent à se battre plutôt qu'à jouer, ils rateront leur match. Et s'ils ratent leur match, nous le gagnerons.' On leur disait 'espèces de salauds, vous tuez nos frères, vous bombardez notre pays.' Ils nous traitaient de traitres. Les coups pleuvaient. C'était incroyablement violent."

Si Zador est devenu la cible, ce n'est pas un hasard. Il avait 10 ans en 1945. Il a largement grandi dans le système éducatif communiste et a très vite appris le russe, qu'il parlait mieux et depuis plus longtemps que la plupart de ses coéquipiers. Le "privilège" de sa jeunesse. A la différence des autres, quand il chambre, insulte et provoque les joueurs soviétiques, c'est donc dans leur langue maternelle. Zador avouera d'ailleurs avoir évoqué "la maman" de Prokopov, peu avant de se faire frapper.

Le sang coule dans le bassin, teintant le bleu chloré d'un rouge brunâtre. Un simple filet, d'abord, puis une guirlande, perceptible depuis les tribunes. Des supporters hongrois descendent alors et menacent directement des membres de l'équipe soviétique. La scène est surréaliste. Le match est interrompu avant son terme.

"Si la police australienne n'avait pas été aussi bien préparée, je ne sais pas comment tout cela se serait terminé", confie Gyorgy Karpati dans le documentaire Freedom's Fury. Il faut une escorte de police pour ramener les Soviétiques jusqu'à leur vestiaire et éviter le lynchage collectif.

"L'arbitre savait qu'un tel incident était susceptible de se produire vu le contexte, mais il n'a pas osé mettre fin de lui-même au match. Une minute avant l'interruption définitive de la rencontre, un membre du jury a déclaré que celle-ci était terminée et les Magyars ont été proclamés vainqueurs. La photo du visage tuméfié de Zádor sortant de la piscine s'est immédiatement retrouvée à la une des journaux du monde entier, devenant ainsi l'icône de la résistance héroïque hongroise”, commente le portail historique Mult Kor.

Quelques semaines avant les Jeux, en Hongrie, des mouvements citoyens sont massivement descendus dans les rues, pour tenter de renverser la République populaire hongroise, considérée comme totalement soumise au pouvoir soviétique.

Les étudiants hongrois prennent d'assaut le bâtiment de la radio Magyar, pour diffuser une liste de 16 revendications contre la politique du gouvernement de Matyas Rakosi. Ce mouvement révolutionnaire a été rapidement coupé dans son élan et brutalement réprimé par les autorités hongroises et avec l'aide de l'Armée Rouge.

Sur ordre de Nikita Khrouchtchev, à 4 heures du matin, le 4 novembre 1956, les chars soviétiques franchisent la frontière et écrasent sans aucun ménagement la contestation impulsée par les étudiants hongrois. La répression fera plusieurs milliers de victimes avec un chiffre de 30 000 morts évoqué.

Le traumatisme est profond pour une partie de la population et à son arrivée à Melbourne, à la mi-novembre, la délégation hongroise découpe, retire les symboles soviétiques présents sur le drapeau national et suspend ces étendards aux fenêtres du village olympique. C'est le premier message adressé par les athlètes au mouvement révolutionnaire hongrois et ce soutien sans limite imposera à l'équipe de water-polo de passer par un "bain de sang" contre l'URSS pour décrocher la médaille d'or.

En cette Saint-Nicolas de l’année 1956, Zádor et sa bande savent mieux que personne ce que leur pays endure. Certains ont hésité avant de prendre l’avion les menant vers les Antipodes. L’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse ont boycotté les festivités en solidarité avec la révolution hongroise.

L’Egypte, l’Irak et le Liban ont fait de même pour dénoncer la présence d’Israël en pleine crise du canal de Suez. Dans ces conditions, il est difficile, pour les Magyars, de ne penser qu’au sport alors que, dans la piscine, ils défient l’occupant soviétique.

Près de 8 000 supporters se sont massés dans des tribunes prévues pour 6 000. Dès le début des hostilités, la foule a ostensiblement encouragé les Hongrois et sifflé copieusement leurs adversaires chaque fois qu’ils récupéraient le ballon.

La puissance du symbole a convaincu le réalisateur Quentin Tarantino et l’actrice Lucy Liu de produire un documentaire (Freedom’s Fury) qui revient sur l’odyssée marquée par ce pugilat et couronnée par un nouveau titre olympique contre la Yougoslavie quatre ans après celui d’Helsinki.

Zádor, décédé en 2012, s’était ensuite exilé aux Etats-Unis où il a formé un certain Mark Spitz (sept fois médaillé d’or aux JO de Munich en 1972). L’image de son arcade sourcilière ensanglantée reste l’un des clichés sportifs les plus marquants du XXe siècle.

Outre le poète et patriote Sandor Petöfi et le dirigeant politique Lajos Kossuth, Budapest a aussi ses héros aquatiques.

Les femmes hongroises ont fini cinquième. Dans leur poule, elles ont obtenu le bilan suivant : une victoire, un nul et une défaite. Ensuite, elles ont perdu en match de classement contre la Russie avant de battre l'Espagne pour le gain de la cinquième place. Quant aux hommes, ils ont fini quatrièmes. Ils ont notamment battu l'Allemagne et surtout la Serbie, leur bête noire, et la Russie, une autre bête noire, pour finir premiers de leur poule (avec quatre victoires et un nul).

Le bain de sang de Melbourne de 1956 : la revanche par le sport sur la géopolitique

Palmarès des Équipes de Water-Polo Hongroises et Croates
CompétitionHongrie (Hommes)Croatie (Hommes)
Jeux Olympiques9 titres2 titres
Championnats du Monde3 titres2 titres
Championnats d'Europe12 titres2 titres

Ce résultat semble bon, pourtant on attendait plus. L'histoire du sport ne retient que les noms des vainqueurs. Alors, pourquoi les Hongrois ne sont pas satisfaits de cette quatrième place aux championnats d'Europe? Ensuite, la victoire renforce la confiance en soi. Et être le premier ou être le quatrième, ce n'est pas la même chose. Si tu es quatrième, c'est que d'autres t'ont battu. Et, l'histoire du sport ne retient que les noms des vainqueurs.

Ces champions qui arrivent à gagner sont comme des icônes, des modèles, qui font espérer. Parlons aussi de la psychologie du succès : une fois que l'on a obtenu un succès et que l'on a ressenti l'état d'euphorie qui va avec, on accepte difficilement que cette euphorie diminue ou disparaisse. Il est possible ici de comparer le sport avec l'enseignement hongrois : les élèves hongrois ont été éduqués dans un monde déjà compétitif .

De plus, la victoire renforce aussi l'enthousiasme collectif et contribue à la cohésion de la nation. Après la victoire, voir le drapeau hongrois et écouter ensemble l'hymne national y aide aussi. Ceci nous amène à nous demander aussi pourquoi on attend généralement des joueurs de water-polo qu'ils aient un diplôme. Après la carrière sportive aussi, il y a une vie et cela aide la reconversion des joueurs dans la société. Il faut avoir un but après sa carrière, cela permet l'élaboration d'un modèle de vie. Ajoutons qu'il est scientifiquement prouvé que le sport régulier, avec sa rigueur, aide à faire des études.

Ervin Zador lors du "Bain de Sang de Melbourne" aux Jeux Olympiques de 1956.

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