L'histoire du hockey à Québec : Des origines aux espoirs de renouveau

Après avoir évoqué la dernière saison des Nordiques de Québec, du rêve au cauchemar, à l’occasion du 25e anniversaire de leur déménagement à Denver, revenons sur les dates marquantes, les grands moments, connus ou méconnus, de l’équipe « fleurdelisée ».

Les origines du hockey à Québec

Bien avant les Nordiques qui ont émergé dans les années 70, Québec a eu son équipe phare à la fin du XIXe siècle. Le Club Hockey de Québec, qui deviendra par la suite le Club Athlétique de Québec, a été créé en 1880. L’équipe remportera à deux reprises la Coupe Stanley, à l’époque décernée par la National Hockey Association, l’ancêtre de la NHL.

Une équipe de Québec ancestrale, vainqueur de la Coupe Stanley?

L'équipe des Bulldogs de Québec, vainqueurs de la Coupe Stanley en 1912.

Les Nordiques de Québec : Une aventure mémorable

1972 : La naissance d'une équipe québécoise

L’aventure de ceux qui allaient devenir les Nordiques aurait dû commencer… à San Francisco. Les investisseurs n’étaient plus à même de financer l’équipe sur la côte ouest pour concourir dans la World Hockey Association. La place était donc vacante et les droits de la franchise ont été transférés à six Québécois : Marius Fortier, Jean-Marc Bruneau, John Dacres, Marcel Bédard, Jean-Claude Mathieu et Léo-Paul Beausoleil, qui ont mis la main au porte-monnaie pour installer l’équipe dans la « Belle Province ».

L’équipe va alors arborer un logo à l’identité québécoise très forte : le bleu-blanc-rouge pour l’héritage français, l’igloo en référence au nord canadien et la fleur de lys, symbole de la province du Québec.

1977 : Une année de gloire

Le 8 janvier 1977, la meilleure équipe du monde passe par Québec. La formation de l’URSS de Boris Mikhailov et Valeri Kharlamov est en effet en tournée en Amérique du Nord et s’arrête dans la cité québécoise pour y affronter les Fleurdelisés. Et surprise, les Nordiques infligent une véritable leçon aux Soviétiques : 6-1 ! Vladislav Tretiak sera même chassé du match durant la troisième période dans un Colisée en ébullition.

Cette année-là, rien n’arrête les Nordiques. Ni les Soviétiques, ni les autres équipes du championnat. Québec remporte en effet la Coupe Avco, remise à la meilleure équipe de la WHA. La finale face aux Jets de Winnipeg est serrée puisque sept manches sont nécessaires. Québec parviendra à se relever d’une déroute 3-12 (!) pour remporter le dernier match décisif… 8-2, grâce à un excellent Richard Brodeur devant les buts. 65 ans après la Coupe Stanley de 1912, Québec remporte un nouveau trophée.

Parmi les grands artisans du sacre de 1977, nous avons évoqué Richard Brodeur mais citons aussi Réal Cloutier, Marc Tardif, Jean-Claude Tremblay, Serge Bernier. Ainsi que les frères Bordeleau, dont un certain Paulin. Après un passage en NHL à Vancouver, Paulin Bordeleau rallie la WHA et Québec en 1976, inscrivant 83 points en 80 matchs de saison régulière, puis 21 points dont 12 buts en 16 rencontres de playoffs. Il restera trois saisons à Québec avant de traverser l’Atlantique pour Tours, et une nouvelle histoire d’amour avec la France. Après avoir acquis la double nationalité franco-canadienne, Paulin Bordeleau portera l’uniforme de l’équipe de France lors des Mondiaux 1986 et 1987, ainsi que les Jeux olympiques de Calgary en 1988. Son fils Sébastien évoluera également en NHL et portera également les couleurs françaises durant sa carrière.

1979 : L'entrée en NHL et la rivalité avec Montréal

La WHA était à bout de souffle, et sa disparition est une aubaine pour la NHL, qui a alors la possibilité de récupérer certains marchés : Edmonton, Winnipeg, Hartford et Québec font partie du plan d’expansion de 1979.

L’intégration de Québec en NHL devenait synonyme de rivalité… des brasseurs. La brasserie Molson achetait un an plus tôt le Canadien de Montréal tandis que les Nordiques étaient la propriété d’O’Keefe. Une profonde opposition débute… jusque dans les verres!

Le 10 octobre 1979, les Nordiques de Québec jouent le premier match de leur histoire en NHL, qu’ils perdront 5-3 face aux Flames d’Atlanta, dans un Colisée bondé avec 12 000 personnes. Le spectacle était tout de même au rendez-vous puisque, après avoir été menés 4-0 après deux périodes, les Nordiques réagiront dans le troisième tiers-temps avec un triplé de Réal Cloutier.

Trois jours plus tard, l’équipe fleurdelisée dispute sa deuxième rencontre… au Forum de Montréal. Le Canadien est quadruple champion en titre et certains de ses joueurs prédisent même une raclée. Il n’en sera rien. Montréal s’imposera dans la douleur 3-1, et les Nordiques auront leur revanche deux semaines plus tard par un score de 5-4 sur la glace du Colisée. Le début d’une profonde rivalité que résumait ainsi la star des Nordiques Alain Côté à Radio Canada : « Nous avions beaucoup de francophones, Montréal en avait beaucoup aussi. Deux compagnies de bières comme propriétaires, ainsi que d’autres paramètres. Mais cela a été une belle expérience.

1980 : L'arrivée des frères Štastný

C’est une histoire digne des plus grands films d’espionnage. Deux jeunes Tchécoslovaques, issus d’un pays muselé par le communisme, profitent d’un tournoi en Autriche pour fuir vers l’Amérique du Nord et jouer dans la grande NHL. Le Slovan Bratislava dispute en août 1980 à Innsbruck la phase finale de la Coupe d’Europe. Le propriétaire Marcel Aubut et le directeur du développement Gilles Léger avaient planifié l’affaire, se rendant en Autriche pour récupérer les deux garçons. Les contrats sont signés en catimini, les joueurs fuient alors leur hôtel surveillé par des agents du KGB pour filer vers Vienne afin de se réfugier dans l’ambassade canadienne, aidés par la police locale. Ces deux garçons, ce sont les frères Anton et Peter Štastný, futures stars à Québec. L’aîné Marian les rejoindra un an plus tard.

Gilles Léger était déjà à l’origine d’une exfiltration, celle de Václav Nedomanský, lui aussi tchécoslovaque, vice-champion olympique aux JO de Grenoble en 1968, champion du monde en 1972 et… idole des frères Štastný. Léger officiait pour les Toronto Toros en WHA en 1974 quand il est parvenu à ses fins en faisant venir Nedomanský.

L'épopée des Nordiques (documentaire)

Le déménagement et l'espoir d'un retour

25 mai 1995. Cette date résonne encore tristement dans les mémoires de la Ville de Québec : l’officialisation du déménagement des Nordiques vers le Colorado pour devenir l’Avalanche. Alors que les « Fleurdelysés » avaient réalisé une excellente saison NHL, premiers de la conférence est avant de s’incliner en playoffs face aux Rangers champions sortants, c’est toute une ville qui a subi un coup de massue.

Les Nordiques avaient fait les frais d’un contexte économique difficile, le dollar américain était en forte hausse, les joueurs et les gros marchés étaient sortis gagnants du lock-out qui a précédé la saison. Les Québécois perdaient alors un fleuron de leur sport national, un symbole du Canada francophone et de l’alternative à Montréal. Le triomphe un an plus tard des ex-Nordiques devenus Avalanche qui brandissaient la Coupe Stanley a élargi une cicatrice béante.

Québec est devenue candidate pour réintégrer le circuit en 2015, seule face à… Vegas, qui a remporté la mise. Gary Bettman et la ligue ont préféré le dossier des Golden Knights… puis Seattle. Bettman avait alors annoncé que Québec n’était pas un point d’intérêt, et que la situation géographique de Vegas et Seattle permettait d’équilibrer les deux conférences, la relocalisation des Coyotes dans l’Utah l’a ensuite corroboré.

Le coût d’une nouvelle franchise a également refroidi les investisseurs de la Belle Province. Le montant des droits d’entrée en NHL pour les Vegas Golden Knights s’élevait à près de 500 millions de dollars, 650 millions pour Seattle.

Québec a bien accueilli deux rencontres des Kings de Los Angeles en pré-saison mais l’événement a vu son image écornée. Leur venue a fait débat car elle a fait l’objet de subventions publiques. Le Ministre québécois des Finances Éric Girard aurait d’ailleurs débourser 5 à 7 millions de dollars canadiens pour couvrir la différence entre les dépenses et les revenus générés par le séjour des Kings. « Deux matchs sans importance », « gaspillage de l’argent public » a-t-on pu lire.

L'espoir renaît avec la PWHL

L’annonce d’une expansion de deux équipes en 2025 sur le circuit PWHL simultanément à celle d’un match organisé à Québec a fait monter en température l’idée du retour du hockey « professionnel » dans la capitale de la Belle Province. Et le dossier de Québec a bon nombre d’arguments pour faire revivre la flamme.

Dix ans après son inauguration, le Centre Vidéotron de Québec ouvrira donc ses portes à un match PWHL sur « glace neutre » en accueillant la Victoire de Montréal et l’Ottawa Charge le 19 janvier prochain. L’enceinte attend toujours d’accueillir une équipe « professionnelle ».

Malgré un bassin de population moins important que les grandes villes américaines, estimé à 800 000 habitants dans l’agglomération, Québec demeure un vivier de connaisseurs, en témoignent les plus de 9000 personnes qui assistent régulièrement aux matchs de l’équipe junior des Remparts. Et la vente des tickets pour la rencontre PWHL est un véritable coup de force : 17 000 places ont été réservées en deux jours ! Cela signifie que l’affluence devrait atteindre les guichets fermés, soit 18 259 spectateurs, ce serait alors plus que les deux matchs des Kings de Los Angeles qui se sont joués devant 17 320 et 17 334 personnes.

L’arène est l’une des exigences de la PWHL en vue de l’expansion. Et il y en d’autres que Québec remplit. Le Canada connaît déjà un contexte économique plus favorable qu’en 1995. Son économie a certes subi un ralentissement mais le pays n’est pas entré en récession.

Le dossier de Québec a en plus l’appui d’un allié de poids. Québecor, géant des médias et des télécommunications, est gestionnaire du Centre Vidéotron. Martin Tremblay, qui est président d’une des filiales de Québecor, Gestev, a indiqué à Radio Canada que les représentants de la PWHL avaient visité les installations du Centre Vidéotron durant l’été.

Hormis les partenaires financiers, le dossier PWHL de Québec a également le soutien des élus locaux. Une personnalité est d’ailleurs au centre de ce dossier. Jackie Smith est une élue du district de Limoilou, l’un des six arrondissements de Québec, elle est cheffe du parti Transition Québec et future candidate aux élections municipales. En janvier, elle interpelait déjà politiques et grand public à voir la réalité en face, à abandonner « leur rêve nostalgique et pas réaliste » d’un retour en NHL, lui préférant un projet bien plus réaliste d’une expansion dans la nouvelle ligue féminine.

Smith est une enthousiaste de ce projet, elle s’est impliquée sur la tenue du match le 19 janvier tout en ayant à l’esprit qu’il pourrait servir de rampe de lancement. Jackie Smith travaille sur le dossier de candidature depuis des mois avec toute une équipe autour d’elle, et elle est en lien avec le maire actuel, Bruno Marchand. « La communauté est prête et le marché est là, c’est ça, la démonstration à faire » a martelé Jackie Smith.

Le projet a le soutien des élues, l’intérêt de partenaires économiques, et le soutien des joueuses originaires de la capitale de la Belle Province. La gardienne superstar de Montréal Ann-Renée Desbiens, qui a été formée dans les environs, n’a pas été choisie au hasard pour être l’une des porte-paroles à l’annonce du match au Centre Vidéotron. « C’est loin d’être mon domaine mais je le souhaite fortement.

L’un des critères qui est retenu par la PWHL est l’existence d’un niveau amateur de hockey féminin. C’est le cas avec le Cégep Limoilou, qui évolue en Ligue collégiale du Québec et qui est l’un des meilleurs programmes de formation de la province.

Le marché canadien de la PWHL a démontré beaucoup de solidité lors de la première saison, en termes d’audience et d’affluences. Ottawa, Toronto et Montréal ont tour à tour affiché des records, jusqu’au record absolu du Centre Bell avec ses 21 105 spectateurs le 20 avril dernier.

L’exposition médiatique est en plus potentiellement importante avec deux grands quotidiens implantés à Québec, le Soleil et le Journal de Québec.

Deux nouvelles équipes sont attendues pour 2025, mais il est peu probable que la PWHL mette le cap à l’ouest, Vancouver, Seattle et la Californie ne devraient pas être à l’ordre du jour avant des années. Contrairement à la NHL qui priorisait un équilibre entre l’ouest et l’est, la PWHL doit avant tout créer une passerelle entre l’excentrée Minnesota et les autres équipes. À ce titre, Détroit, avec sa situation géographique et qui a établi un record d’affluence pour une ligue féminine de hockey sur le sol américain le 16 mars dernier avec 13 736 spectateurs, sera en position de force.

Québec a toutefois, vous l’aurez constaté, beaucoup d’atouts dans sa manche. La création d’une équipe PWHL permettrait également d’instaurer de nouveau la rivalité sportive Québec / Montréal, qui a connu son apogée en NHL de 1979 et 1995. Cette rivalité jusque dans les veines a déchaîné les passions, c’est peu de le dire.

La PWHL a une occasion en or de pouvoir capitaliser sur l’histoire et le puissance de cette rivalité déchue mais jamais oubliée.

Affluences comparées : Kings de Los Angeles vs PWHL
Événement Affluence
Matchs des Kings de Los Angeles 17 320 et 17 334
Match PWHL (prévision) 18 259
Le Centre Vidéotron de Québec, prêt à accueillir le hockey professionnel féminin.

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