Histoire du hockey à Montréal : des origines à la LNH

Le hockey a récemment reçu ses lettres de noblesse de la part du gouvernement canadien, à savoir le "sport national d'hiver", tandis que la crosse en est le pendant estival. Sous le leadership du néo-démocrate Nelson Riess, ce projet de loi privé vient confirmer ce que tous et chacun savaient depuis longtemps. La loi C-212 a été déposée le 27 avril 1994, et a reçu la sanction royale le 12 mai suivant.

Cependant, peu de gens connaissent réellement son histoire, principalement en ce qui concerne ses origines et ses débuts d'organisation. Plusieurs, en contrepartie, connaissent l'histoire de la principale ligue professionnelle, la Ligue Nationale de Hockey. Dans ce présent texte, nous tenterons de décrire les grandes lignes de son développement depuis ses origines jusqu'à la création de la LNH, tout en s'attardant particulièrement aux aspects montréalais de ce sport, car la ville de Montréal a été son berceau et son principal point central. De plus, nous étudierons les relations entre les deux groupes linguistiques importants que sont les anglophones et les francophones à l'intérieur des structures du hockey.

Le hockey est depuis plus d’un siècle une marque de l’identité canadienne. La plus ancienne formation en existence, les Canadiens de Montréal, a fêté son 100e anniversaire en 2009-2010. Les célébrations du centenaire, qui s’échelonnèrent sur trois saisons, ont constitué l’événement symbolique le plus important de la ville de Montréal depuis le 350e anniversaire de sa fondation, en 1992.

Dans le dessein de susciter un intérêt « métropolitain », la direction marketing du Club de hockey Canadien désirait hisser le Tricolore au titre de « fait culturel » premier à Montréal en en propageant « la bonne nouvelle » : le hockey est de retour et Montréal vit au rythme du hockey.

Les origines du hockey à Montréal

Le 3 mars 1875, le journal The Gazette publiait un article annonçant la présentation publique d'un nouveau jeu appelé "hockey". C'était alors la première démonstration publique de cette activité pratiquée jusqu'alors seulement par un petit groupe de jeunes gens, pour la plupart étudiants de l'Université McGill. Selon l'article, on a affaire à un groupe qui pratique ce jeu depuis quelque temps déjà.

Mais ces jeunes durent apporter quelques modifications à leur nouveau jeu. Cette partie devant se produire sur une patinoire intérieure pour la première fois, on décida d'utiliser un bloc de bois en remplacement de la balle de crosse. Puisqu'il y avait des fenêtres le long de l'édifice, et qu'il n'y avait pas de bande le long de la surface glacée, il fallait trouver un objet avec lequel on ne risquait pas de blesser un spectateur, ni de briser les vitres. La balle, utilisée sur les patinoires extérieures, avait tendance à bondir souvent.

De plus, on avait introduit les buts de la crosse, à savoir deux bâtons fixés dans la glace d'une hauteur de six pieds et séparés l'un de l'autre de six pieds. Il n'y avait donc pas de filet, ni de barre transversale, et l'arbitre ainsi que les juges de but devaient décider si le but compté était valide ou non. Une autre nouveauté était le jeu de passe arrière puisque l'on utilisait les règlements du rugby, où la passe avant est interdite. Finalement, on avait introduit une nouveauté par rapport aux autres jeux de balle et bâton britanniques connus jusque là, soit le bandy anglais, le hurling irlandais et le shinny écossais : aucun de ces jeux ne possédait un gardien de but. Utilisant les buts de la crosse, il devenait naturel d'utiliser aussi le gardien de but de crosse. Chaque équipe possédait neuf joueurs. Ce fut à partir de ces débuts modestes que le hockey commença son entrée dans le monde canadien.

Joueurs de hockey en 1896

De la liste des noms cités par The Gazette (document 2), il faut retenir celui de James George Aylwin Creighton. Originaire de Halifax, il s'établit à Montréal en 1872 comme ingénieur. Cinq ans plus tard, il entreprend son diplôme de droit à l'Université McGill. Par la suite, on le retrouve à Ottawa en 1882.

Selon un autre joueur de cette partie historique, Henry Joseph, c'est Creighton qui est à l'origine du hockey montréalais, car ce jeu est fort populaire à Halifax. Il semble que l’on y jouait une forme de shinny. Cependant, à Montréal, il transforme ce jeu pour lui donner une nouvelle forme. À Ottawa, il forme une équipe composée de fonctionnaires fédéraux, appelée Rideau Rebels, dont les deux fils de Lord Stanley sont des joueurs.

Pour quelques historiens, Creighton a importé le hockey tel que joué à Halifax dans la métropole ; mais selon plusieurs autres, les deux formes étaient très différentes l'une de l'autre. Comme nous le verrons plus loin, c'est de la forme montréalaise que dérive le hockey d'aujourd'hui. Cependant, tous s'accordent pour dire que Creighton est vraiment le père du hockey, et qu'il devrait être élu au Temple de la Renommée du Hockey comme bâtisseur.

Le hockey ne sera le fait que d'un petit groupe de jeunes gens, mené par Creighton, jusqu'au début des années 1880. C'est alors que le hockey va prendre de l'expansion, principalement grâce au Carnaval de Montréal.

Le Carnaval de Montréal et l'essor du hockey

Ce carnaval fut lancé à l'initiative des clubs de raquettes anglophones de Montréal pour la promotion de la ville à travers l'Amérique du Nord. Il fut établi entre 1883 et 1889, mais le hockey n'y fut une activité que lors des trois premiers seulement. On y organisa le premier tournoi d'une durée d'une semaine, soit à la fin de janvier ou au début de février.

Les équipes de Montréal étaient plus nombreuses que celles de l'extérieur. Lors du premier tournoi, trois équipes furent présentes : l'Université McGill, les Victorias de Montréal et Québec. Au deuxième tournoi, on comptait les Victorias de Montréal, les Wanderers de Montréal, les Crystals de Montréal, l'Université McGill et Ottawa. Finalement, en 1885, le tournoi comprenait les équipes : les Victorias de Montréal, le Montreal Hockey Club, (M.A.A.A.) le Montreal Football Club, l'Université McGill, les Crystals de Montréal et Ottawa.

L'Université McGill sortit vainqueur du premier tournoi, et remporta alors le premier trophée jamais offert pour le hockey, dont le Musée McCord est aujourd'hui dépositaire. Ottawa remporta le second tournoi, alors que le Montreal Hockey Club, équipe affiliée à la Montreal Amateur Athletic Association, gagna difficilement le dernier tournoi.

En 1886, on relance un tournoi mais sur de nouvelles bases. Quatre équipes de Montréal (M.A.A.A., Victorias, McGill et Crystals) s'affrontent dans des rencontres tout au long de la saison, au lieu d'une semaine à l'intérieur du carnaval. Le gagnant affrontera en mars le gagnant entre Ottawa et Québec. Les Crystals gagneront contre Québec dans ce qui sera le prélude à l'organisation d'une ligue.

Le tournoi du Carnaval de Montréal inaugure donc l'organisation structurée du hockey, et popularisera le hockey tel que joué à Montréal, car il existe alors plusieurs formes de jeu. Mais le hockey a subi quelques changements, dont le plus grand sera le nombre de joueurs. En 1883, Québec se présente à Montréal avec seulement sept joueurs, forçant ainsi les autres équipes à enlever deux joueurs de leur formation. Le comité organisateur de 1884 décide d'établir un règlement pour le hockey, la reconnaissance du jeu à sept joueurs, ce qui ne fait pas le bonheur de tous, dont l'équipe de McGill qui ne comprend pas pourquoi puisque l'on joue sur sa patinoire extérieure, d'une dimension de 250 pieds par 130 pieds, soit plus grande que la patinoire Victoria (200 x 85 pieds).

Avec la tenue d'un nouveau genre de tournoi en 1886, on annonce la venue d'une organisation plus structurée, et la tenue de parties tout le long de la saison, non plus seulement des défis entre équipes en dehors du tournoi du Carnaval.

Les premières ligues organisées

En décembre 1886, les équipes qui s'affrontaient la saison précédente décident de créer la première ligue qui confirmera un calendrier de parties, l'Amateur Hockey Association of Canada. Cinq équipes entreront dans cette ligue : Crystals, M.A.A.A., McGill, Victorias et Ottawa. Québec ne joindra la ligue qu'en 1890. Quelques autres quitteront et reviendront, d'autres se joindront pour quelques saisons. Mais régulièrement, il y a quatre équipes de Montréal, en plus des équipes d'Ottawa et de Québec.

En 1893, le Gouverneur-Général du Canada, Lord Stanley, veut récompenser le champion canadien par un trophée appelé : "Dominion Hockey Challenge Trophy". La ligue possède son propre trophée, le "Canadian Senior Amateur cup", mais ce nouveau trophée sera débattu entre les champions de ligue à travers le Canada. Comme l'équipe favorite du Gouverneur-Général, les Senators d'Ottawa, ont une bonne chance de remporter le championnat de l'A.H.A.C., la coupe Stanley sera décernée aux champions de cette ligue. Malheureusement, le M.A.A.A. remporte le championnat et la coupe.

La première partie disputée pour la conquête du fameux trophée ne se fera qu'à la saison suivante quand le champion de l'A.H.A.C., le M.A.A.A., affrontera le champion de l'Ontario Hockey Association, les Capitals d'Ottawa, le 22 mars 1894. L'équipe montréalaise l'emportera pour conserver à nouveau le trophée. Cependant, le trophée change de main la saison suivante, passant aux Victorias de Montréal, nouveaux champions de l'A.H.A.C. Un règlement de Lord Stanley pour diriger les destinées du trophée stipule que l'équipe détentrice doit remettre le trophée au champion de sa ligue si cette équipe ne termine pas au premier rang. Ceci se produira en 1895, et se répétera en 1899.

Même si le M.A.A.A. a défendu un défi durant la saison 1895 contre l'Université Queen's, il doit remettre le trophée aux Victorias. La coupe Stanley est alors un trophée qui se dispute par des défis tout au long de la saison, ce qui explique pourquoi il y a deux gagnants dans une saison en quelques occasions.

Seules les équipes championnes ont droit de défier l'équipe détentrice, mais en passant par deux délégués nommés par Lord Stanley pour la direction des défis. Il s'agit alors de deux personnes d'Ottawa, le journaliste Philipp Danksen Ross, et le shériff John Sweetland. Ces deux personnes doivent par la suite nommer leur successeur, ce qui se fait toujours, bien que la LNH en soit le seul contestataire depuis 1926.

À compter de 1914, deux ligues seulement se disputaient la coupe Stanley, l'Association Nationale de Hockey, ancêtre de la LNH, et la Pacific Coast Hockey League des frères Lester et Frank Patrick. À la mort de la P.C.H.L. en 1926, la LNH a hérité des joueurs de cette ligue et la possession incontestée de la coupe Stanley.

En 2006, le Canadien lançait une campagne publicitaire associant directement l’image du hockey à celle de la ville, dans le contexte de l’après-lockout et des difficultés que connaît la Ligue nationale de hockey. Baptisée « La ville est hockey », elle associait l’équipe à des références architecturales montréalaises. La ville agirait ainsi comme support de l’image des Canadiens et le hockey ne serait plus simplement un sport, mais une marque d’identité culturelle évoluant au cœur et à l’échelle de la ville.

Des recherches nous ont permis de constater que cette campagne s’inscrivait dans un courant très répandu, à Montréal comme dans le reste du Canada : celui d’une volonté entrepreneuriale (équipes de hockey), populaire (partisans) et administrative (villes) de lier ville et hockey. Il y aurait une véritable « conquête » partisane qui se serait engagée dans l’espace public.

Nous mettrons de l’avant la quête identitaire, socioculturelle et surtout urbaine dans laquelle s’inscrit le système de la « ville de hockey ». Traduction du terme hockeytown, ce système est déterminé par quatre éléments : la hockeyisation (le transfert du hockey dans l’espace urbain), « La ville est hockey » (campagne publicitaire montréalaise), Hockeyville (un concours canadien visant à déterminer la ville la plus partisane au Canada) et la hockeyité (la passion pour le hockey).

Depuis le début du XXe siècle, la pratique du hockey sur glace s’est généralisée au Canada et le hockey est devenu le sport national, une identité partagée d’un océan à l’autre. La grande majorité des Coupes Stanley ont été remportées par des équipes canadiennes et, malgré l’internationalisation de la LNH aujourd’hui, plus de la moitié des joueurs qui y évoluent sont d’origine canadienne.

Dans un document portant sur l’avenir des équipes de la LNH au Canada réalisé conjointement par Industrie Canada, les provinces, les municipalités et les équipes, le Forum des politiques publiques confirmait l’impact et le rôle important joué par le hockey dans la société canadienne. Il statuait d’ailleurs sur l’importance historique et culturelle du hockey : « Toutes les parties ont admis que le hockey - et le hockey professionnel - a joué un grand rôle dans l’histoire du Canada. » Pour les participants à ce forum, il est indubitable que le hockey occupe une place spéciale dans la vie au Canada et dans la mythologie intérieure de sa population, comme son sport d’hiver national. Le même texte mentionne une affirmation de la LNH: « Canada is and always has been the heart of NHL hockey. »

Selon un sondage national mené en mars 1999 par Decima Research, 72 % des Canadiens étaient d’avis que le hockey contribue à les définir comme Canadiens. De même, dans une enquête nationale du magazine Maclean’s leur demandant quelles sont les « choses qui [les] lient ensemble », le hockey arrivait au deuxième rang, précédé seulement par le système national de soins de santé. Alors que le blogue le plus important sur le hockey au pays porte le titre évocateur de Hockeynation, le réseau CBC a capté toute l’importance du hockey dans la société canadienne en créant le concours Hockeyville. Ce concours, notable par l’engagement et l’esprit communautaires qu’il génère, consiste en l’élection de la meilleure ville de hockey au pays. Les collectivités de tout le Canada rivalisent entre elles afin de démontrer leur passion pour le hockey. Lors de l’année inaugurale du concours, en 2006, 450 municipalités ont participé, prouvant de facto tout l’intérêt pour le hockey à l’extérieur des grands centres urbains et confirmant son inscription dans la société canadienne. Chaque année, la ville gagnante reçoit 100 000 dollars pour la rénovation de ses installations sportives, en plus d’accueillir un match avant-saison de la LNH.

Quelques légendes de Montréal

  • Maurice Richard (1921-2000): Considéré comme le plus grand joueur des Canadiens, huit fois champion et premier à inscrire 50 buts en 50 matches.
  • Jean Béliveau (1931-2014): Buteur prolifique, dix titres de champion et deux fois MVP de la NHL.
  • Guy Lafleur (né en 1951): Joueur élégant, cinq fois champion et deux fois MVP de la NHL.
  • Doug Harvey (1924-1989): Défenseur exceptionnel, six titres de champion et sept fois meilleur défenseur de la NHL.
  • Jacques Plante (1929-1986): Gardien de but innovant, six titres de champion et inventeur du masque de gardien.

Maurice "The Rocket" Richard

À Montréal, les Canadiens sont plus qu'une équipe. C'est une véritable religion. Les Canadiens de Montréal sont nés en 1909. La franchise québécoise n'a pas perdu de temps, puisqu'elle a remporté son premier titre de champion dès l'année 1916, quand elle jouait pour l'Association nationale de hockey, l'ancêtre de la NHL (créée en 1917).

Montréal a ensuite régné à travers les époques. Jusqu'aux années 1990, les Canadiens ont ainsi été sacrés au moins une fois par décennie. Et aujourd'hui, ils possèdent le record de titres (24), très loin devant Toronto (13) et Detroit (11). De magnifiques dynasties ont comblé les spectateurs qui se massaient au Forum, l'enceinte des Canadiens pendant 70 ans (avant que l'équipe ne déménage au Centre Bell en 1996).

Montréal a été sacré champion cinq saisons d'affilée, de 1956 à 1960, guidé par des joueurs comme le gardien Jacques Plante, le défenseur Doug Harvey, le centre Jean Béliveau et l'ailier Maurice Richard. Les années 70 ont également été brillantes, avec six titres pour Montréal, dont quatre consécutifs entre 1976 et 1979. Les stars de la décennie s'appelaient Ken Dryden (gardien), Larry Robinson et Guy Lapointe (défenseurs), Jacques Lemaire et Guy Lafleur (attaquants).

Puis la NHL a changé, avec l'arrivée d'un plus grand nombre d'équipes et l'émergence de nouvelles générations, comme les Edmonton Oilers dans les années 1980 et les Pittsburgh Penguins, lors de la décennie suivante. Les deux derniers titres des Canadiens remontent ainsi à 1986 et 1993, avec le gardien de but Patrick Roy comme figure de proue. Depuis, plus rien, jusqu'à la qualification pour la finale 2021 décrochée jeudi dernier.

1976-1979: L'HISTOIRE DE LA FABULEUSE DYNASTIE DES CANADIENS DE MONTRÉAL (RDS 2009)

Il est intéressant de noter que le championnat de France de la Ligue Magnus s’apprête à vivre un grand événement cette saison. En effet, à la fin de la compétition sera décerné le centième titre de champion de France ! Ce sera une motivation supplémentaire pour les douze clubs de l’élite qui vont participer cette année à la Ligue professionnelle « Synerglace ».

Ce fut le cas peu après la création du championnat avec une organisation très erratique à cause du nombre très limité à l’époque des clubs en France, puis surtout à cause des interruptions pendant les deux guerres mondiales. Pour toutes ces raisons, il ne faut pas confondre le centième titre qui sera décerné cette saison avec l’anniversaire du « centenaire » que la FFHG a commémoré en 2008 puisqu’il s’agissait des cent ans du calendrier depuis le premier titre décerné au siècle dernier (1907-2008). Concernant cette nouvelle saison 2022/2023, quel nom sera donc le centième à s’inscrire dans le palmarès du championnat de France au mois d’avril prochain ?

Pour commencer, cela fait exactement 130 ans cette année que le hockey sur glace a fait sa toute première apparition informelle en France dans un environnement inattendu et un cadre grandiose. En effet, à la fin de l’année 1892, le Baron Pierre de Coubertin proposa à un ami canadien d’initier quelques patineurs parisiens au « hockey sur la glace » comme on appelait encore à l’époque ce sport inconnu, en jouant sur le grand canal du château de Versailles qui était en partie gelé.

Pour l’occasion ces pionniers utilisèrent une simple balle et des cannes courbées de Bandy, une forme de hockey ancestral jouée sur des « champs de glace » aux Pays-Bas dès le XVIe siècle.

La même année, le 12 octobre 1892, une première patinoire artificielle, baptisée le « Pôle Nord », fut construite et inaugurée au numéro 18 de la rue de Clichy à Paris, non loin de la gare Saint-Lazare. Malgré ses petites dimensions (40 mètres sur 18) son succès populaire fut extraordinaire même si cette patinoire ne durera que six ans seulement pour des raisons financières. Elle utilisait un nouveau système pour produire de la glace mis au point par l’entreprise Stoppani à savoir une matière synthétique pour faire la glace. Pas moins de douze mille personnes se ruèrent dans la patinoire le jour de son inauguration !

En effet, un an après l’ouverture du « Pôle Nord », la ville de Paris s’équipa d’une deuxième patinoire sur le rond-point des Champs-Elysées qui avait la particularité cette fois d’avoir une petite piste de glace circulaire de 900 mètres carrés. Mais il faut se rappeler qu’à cette époque les hivers étaient beaucoup plus froids qu’aujourd’hui et de nombreuses étendues d’eau, qui se trouvaient en plein air, étaient parfois complètement prises par les glaces pendant la saison hivernale.

On notera que lors de l’année 1894, un canadien venu de Kingston dans l’Ontario, qui s’appelait George Alfred Meagher, arriva à Paris avec dans ses bagages plusieurs crosses de hockey sur glace. Ce furent les prémices de notre futur championnat national. Car, pendant son séjour de sept mois dans la capitale, ce joueur, qui avait participé au premier match de hockey sur glace de l’histoire en 1875 à Montréal, en profita pour donner des cours et initier ainsi ce sport jusqu’ici inconnu en France.

C’est ainsi que le premier match de hockey sur glace en France fut organisé le 12 décembre 1897 dans la patinoire du Pôle Nord contre le Prince’s club de Londres. Il y eut en fait deux rencontres dans cette même journée historique. Les jeunes patineurs parisiens, qui étaient encore des néophytes, furent nettement dominés par des adversaires beaucoup plus aguerris et ils encaissèrent deux sévères défaites 23-6 et 15-1.

Par la suite d’autres rencontres amicales en plein air, pour faire uniquement un spectacle de démonstration, furent organisées suite à la création spontanée et éphémère de plusieurs petites équipes de hockey sur glace comme celle des Patineurs de Versailles ou… des footballeurs du premier arrondissement de Paris ! Il faut savoir qu’à l’époque une équipe de hockey n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Elle était composée uniquement de sept joueurs pour les rencontres disputées sous abri et neuf joueurs au maximum lorsque le match se jouait en plein air.

La nouvelle étape importante dans l’histoire de la création du futur championnat de France de hockey sur glace fut l’ouverture d’une patinoire, baptisée le « Palais de glace », inaugurée cette fois à Lyon dès 1898 dans une grande salle qui se trouvait à l’entrée de l’ancien musée Guimet.

Au mois de décembre 1905, les choses se précisèrent pour la création du championnat de France. En effet, un petit groupe de patineurs parisiens et lyonnais, parmi lesquels se trouvait Louis Magnus (futur quadruple champion de France de patinage artistique de 1908 à 1911), discutèrent jusqu’à 1 heure du matin dans la capitale pour définir les règles de jeu et surtout la définition exacte de la crosse et du palet.

Du coup, après cet accord historique, la saison 1906-1907 fut donc celle de l’organisation de la première compétition officielle dans l’histoire du championnat de France de hockey sur glace qui opta au départ pour l’appellation « Première Série ».

Au début du siècle dernier, c’est dans la ville de Lyon, où trois équipes de hockey concurrentes avaient été créées, que ce championnat de France embryonnaire fut organisé pour la première fois. Ensuite, le 26 janvier 1907 eut lieu, toujours dans le Palais de Glace de Lyon, la grande finale du championnat de la « Première série » contre l’unique équipe de la capitale, le Club des Patineurs de Paris. La presse de l’époque relate que 3000 spectateurs enthousiastes assistèrent à cette première finale.

Un article de l’époque indique que six buts furent marqués par le capitaine de l’équipe de Lyon qui s’appelait Albert Kimmerling. On notera que ses coéquipiers avaient pour noms : Switzer (gardien), Lehmann et Delon (défenseurs), Gros (demi) ainsi que Grillet et Aubert qui jouaient tous les deux en attaque avec Kimmerling. L’arbitrage de cette finale fut assuré par Daniel Binding, le président du Sporting Club de Lyon, qui se montra « irréprochable ».

L’attaquant parisien Lacroix, qui marqua les deux seuls buts de son équipe, reconnut d’ailleurs sportivement que le club de Lyon avait été incontestablement le plus fort.

Si l’équipe du Sporting Club de Lyon était aussi redoutable à l’époque, elle le devait en grande partie à son capitaine très charismatique, Albert Kimmerling, surnommé affectueusement « Kiki », car ce joueur fut incontestablement le meilleur hockeyeur français du début de siècle dernier.

En effet, Albert Kimmerling, féru de mécanique depuis ses études au lycée Ampère de Lyon, fut un grand pionnier dans l’aviation qui n’avait alors que quelques années d’existence. Par la suite, Albert Kimmerling contribua également à la formation d’élèves pilotes et à la création de l’école nationale d’aviation de Bron.

Je rappelle qu’Albert Kimmerling est né en 1882 à Saint-Rambert-l’ÎIle-Barbe une ancienne commune française du département du Rhône, annexée à la ville de Lyon depuis le 7 août 1963. Membre d’une famille de banquiers suisses, il avait donc la double nationalité franco-suisse et fut ainsi considéré également comme le premier pilote helvétique de l’aviation. Après des études au lycée Ampère à Lyon, il se lança dans les études mécaniques.

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