L'Origine et l'Impact des Chants de Football : Focus sur le Phénomène "Hey Jude"

Chaque club de football possède ses propres traditions, ses supporters passionnés et ses chants emblématiques. Dans le nord de l'Angleterre, où la musique occupe une place prépondérante dans la vie des citoyens, il n'est pas surprenant qu'elle ait une importance toute particulière dans le milieu du football. Des airs classiques aux mélodies pop revisitées, les chants des supporters résonnent dans les stades, créant une atmosphère unique et galvanisante.

À l'occasion du « Boxing Day », jour de match au lendemain de Noël, il est intéressant de se pencher sur le lien étroit entre la musique et le football anglais. Qui de mieux que Darren Tulett, le plus français des journalistes anglais, pour comprendre l’importance des chants dans le football en Angleterre ?

« Quand j’étais petit, j’allais au stade voir les matches des « Seagulls » (les Mouettes) de Brighton. Mais je devais bosser pour y aller car, quand j’avais 12 ans, il n’y avait pas d’argent à la maison. Donc pour aller voir Brighton jouer, même en D3, j’ai commencé à laver les taxis de mon voisin, se rappelle le journaliste de 59 ans au micro du podcast « Les matchs de ma vie ». Je me souviens très bien de ces premières fois au stade, derrière le but, debout avec mon pote, à entendre les chants du public. Ce n’est peut-être pas de la musique à proprement parler mais tout le monde chantait en même temps, même quelque chose de très simple. Je me souviens avoir chanté à la gloire du buteur local qui s’appelait Peter Ward. Des chants qui prennent des fois naissance… dans les pubs.

Les Chants : Plus qu'une Simple Mélodie

Les chants des supporters ne sont pas de simples mélodies entonnées au hasard. Ils sont l'expression d'une identité collective, un moyen de soutenir son équipe, de galvaniser les joueurs et d'intimider l'adversaire. Ils peuvent naître dans les pubs, être composés par des supporters passionnés et se transmettre de génération en génération.

À l’image de Pete Boyle, supporter de Manchester United que l’on retrouve dans le documentaire de L’Équipe Explore - Manchester, des briques, du rock, du foot . Dans un bar aux abords d’Old Trafford, il fait reprendre aux supporters les chants qu’il a lui-même composés. « Ces chansons sont drôles, ridicules ou choquantes mais elles font marrer les gens », avoue-t-il à Pierre-Etienne Minonzio à l’origine de ce documentaire. « Ce type est spécialisé là-dedans. Il tente des trucs, parfois ça marche, parfois non, poursuit l’auteur du Petit Manuel Musical du Football . Il m’a raconté : “Une fois, j’étais au milieu de la tribune et il y avait un silence alors j’ai lancé : “Gary Neville is a Red, he hates Scousers” (le mot Scouser désigne les personnes venant de Liverpool). Et tout le monde l’a repris pendant dix minutes.

Jean-Daniel Beauvallet, ancien rédacteur en chef du magazine Les Inrockuptibles et qui a vécu de longues années en Angleterre, voit même dans ces pubs « une formidable caisse de résonnance. Les supporters s’inspirent et s’approprient les musiques rock et pop.

L’incertitude sur l’origine des premiers chants dans les stades de football contribue un peu plus à sa légende. Elle remonterait, néanmoins, à 1898 - oui, si loin que ça - lorsque l’un des plus grands compositeurs de musique classique anglais, Sir Edward Elgar, fut le premier à écrire un hymne en l’honneur d’un joueur. Après avoir assisté à une rencontre à Molineux, entre Wolverhampton et Stoke, Elgar tomba sous le charme d’un titre du journal local, le lendemain, consacrant l’attaquant des Wolves, Billy Malpass ("He banged the leather for goal") et composa aussitôt un morceau. Cette œuvre, aujourd’hui oubliée, a inspiré nombre de supporters à créer leurs chansons avec leurs propres mots. Elles s’inspirent de l’opéra, du music hall, de berceuses ("We’re gonna win the league" sur l’air de "The Farmer in his dell") mais le plus souvent de titres de pop rock, des Beatles ("Hey Jude" pour Giroud) aux Beach Boys ("Sloop John B") en passant par Depeche Mode ("Just can’t get enough", je vous conseille celle des fans de Liverpool sur Suarez), et même parfois de l’Eurovision comme le célèbre "Volare" de Franco Migliacci en 1958 sacrant Patrick Vieira à Highbury ("Vi-ei-ra, oh oh oh oh… He comes from Senegal, he plays for Arsenal"). Elles sont écrites sur un coin de table d’un bar, parfois planifiées une semaine à l’avance et même réservées à un adversaire, puis répétées les jours de match dans ces pubs où vous n’avez pas le droit d’y mettre le pied si vous n’êtes pas membre avant d’être dévoilée en plein match. Les moins bonnes ne survivent pas à la vox populi des tribunes.

Chanter dans un stade est aussi important que d’acheter le fanzine ou l’écharpe du club. C’est même devenu une signature chez certains clubs qui n’hésitent pas à s’attaquer aux étreintes modernes et silencieuses comme l’Etihad ou l’Emirates, moquée pour son ambiance de "bibliothèque" et où les supporters adverses lancent régulièrement : "Shall we sing a song for you ?" Dans ce domaine, les fans de Liverpool restent les plus créatifs comme en témoignent leurs chansons sur Gerrard, Torres, Suarez et Benitez. Manchester United est également à l’honneur avec son célèbre "eeeeeeeee" (prononcez "i"), première lettre du "Weeeeeee’ll drink, a drink, a drink, to Eric the king, the king, the king… ", créé par Pete Boyle et apprises aux autres dans son repère, The Bishop Blaize. Il arrive assez souvent que les kops des différents clubs s’accusent mutuellement de se voler les idées. Les supporters de West Ham, dont la chanson sur Dimitri Payet ("We got Payet… " sur l’air de Achy Beaky Heart de Billy Ray Cyrus) était un tube à Upton Park, ont ainsi accusé leurs homologues d’Arsenal de les avoir plagiés en reprenant l’air et les paroles en l’honneur de Mesut Özil. Or, bien avant les Hammers, Newcastle avait déjà utilisé cette chanson pour Yohan Cabaye ("Don’t sell Cabaye…") et bien avant eux encore Cardiff pour leur sauver la tête de leur manager ("Don’t sack Mackay… ").

Le Rôle de l'Humour dans les Chants Anglais

Les Anglais, ou plus largement les Britanniques, se distinguent par leur humour, souvent corrosif, dans leurs chants de supporters. Ces chants peuvent épingler l'adversaire, rendre hommage aux qualités ou aux défauts d'un joueur, ou même s'attaquer à son physique ou à sa vie privée. Ils sont écrits sur un coin de table d'un bar, parfois planifiés une semaine à l'avance et même réservés à un adversaire, puis répétés les jours de match dans ces pubs où vous n’avez pas le droit d’y mettre le pied si vous n’êtes pas membre avant d’être dévoilée en plein match. Les moins bonnes ne survivent pas à la vox populi des tribunes.

Dans les années 90, les supporters des Glasgow Rangers s'amusaient à chanter à propos de leur gardien, qui souffrait de schizophrénie : "There's only two Andy Gorams" ("Il n'y a que deux Andy Goram"). Les supporters de Fulham rendaient honneur à leur attaquant Bobby Zamora, plus habile de la tête que des pieds ("When you’re sat in row Z, and the ball hits your head, that’s Zamora, that’s Zamora", "quand tu es assis au dernier rang et que le ballon heurte ta tête…"). Les fans de MU moquaient la dentition de Suarez ("Your teeth are offside", "Luis Suarez, tes dents sont hors-jeu"), ceux de Newcastle les rondeurs de Hasselbaink à Chelsea ("You’re just a fat Eddie Murphy") et ceux de Liverpool la taille de Peter Crouch ("He’s big, he’s red, his feet stick out the bed - ses pieds dépassent du lit -, Peter Crouch").

Certains vont même jusqu’à puiser dans les révélations des tabloïds : les fans de Chelsea sur les aventures extraconjugales de leur capitaine John Terry ("Wherever you may be, keep your wife from John Terry") ou ceux de Villa sur le goût prononcé de leur attaquant John Carew pour les bars de striptease ("John Carew, he likes a lap-dance or two, he might even pay for you"). L’une des plus drôles à laquelle j’ai directement assisté était lors d’un match de Cup, à Vicarage Road, en 2012, lorsque les fans de Watford s’en étaient pris au manager de Tottenham, Harry Redknapp, rattrapé par une affaire de fraude fiscale : "Stand up if you pay your tax…" Et tout le monde s’était levé pendant que Redknapp était assis sur son banc.

Les Anglais savent aussi se moquer d’eux-mêmes et notamment de leurs accents respectifs. Les fans de Newcastle s’en prennent à ceux de Londres ("You’re soft southern bastards") et ces derniers leur répondent ("Speak fucking English, why don’t you speak fucking English"). C’est drôle et tous ceux qui ont rencontré dans leur vie une personne originaire de Newcastle ou Liverpool comprendront. Mais c’est pourtant là un stéréotype sur l’accent de l’une ou l’autre région.

Il ne s’agissait pas d’un acte de rébellion contre l’interventionnisme de leur club mais simplement une manière de contester l’intérêt parfois partial de Kick It Out. Par exemple, personne ne s’était offusqué lorsque certains fans de Tottenham chantaient eux aussi à la gloire de la taille du sexe de leur défenseur Jan Vertonghen.

Durant de longues années, la rivalité entre Liverpool et Manchester United a dépassé le cadre du sportif et certains des chants prononcés par l’un et l’autre camp dépassaient clairement les limites de l’intolérable. Certains fans des Reds, ne faisons pas une généralité, déployaient leurs bras comme les ailes d'un avion en référence au crash de Munich (l’avion des joueurs de United qui s’est écrasé en 1958) tandis qu'à Manchester, on moquait le drame de Hillsborough en scandant "Ninety-six is not enough" ("96, ce n'est pas assez"), en référence au nombre de supporters des Reds ayant péri lors de la tragédie de 1989. Durant de nombreuses années, à chacun de ses déplacements à Old Trafford, Arsène Wenger a eu droit à l’effroyable refrain : "Sit down you pedophile !" ("Assieds-toi le pédophile !"). Et je ne m’aventurerai pas sur le terrain des hooligans qui suivent l’équipe d’Angleterre et ont dérapé sur la seconde guerre mondiale lors de rencontres face à l’Allemagne.

Les supporters de LiverpoolCrédit: Panoramic "Stand up if you pay your tax", les supporters de Watford à Redknapp

La polémique liée aux paroles dédiées à Romelu Lukaku par les supporters de Manchester United appartient davantage à ces stéréotypes, ou préjugés si vous préférez, qu’à du racisme. Dans la chanson incriminée - "Romelu Lukaku, He’s our Belgium scoring Genius, He’s got a 24 inch pénis, Scoring all the goals, b***** to his toes " -, il est question des talents de buteur et de la taille du pénis de l’attaquant belge d’origine congolaise. Des paroles jugées "offensantes et discriminatoires" ayant pour but de "promouvoir les stéréotypes", selon Kick It Out, une organisation qui combat toutes les formes discriminatoires en Angleterre, et qui a été la première à pousser les dirigeants du club mancunien à agir. Malgré la menace de ces derniers, les fans de United ont continué à chanter le week-end suivant au St Mary’s Stadium de Southampton, ajoutant : "We sing what we want" ("On chante ce qu’on veut").

"Park, tu manges des chiens dans ton pays mais ça pourrait être pire, tu pourrais être de Liverpool… "

Il n’est en aucune manière, ici, question d’excuser ou justifier les propos de certains supporters de United. Le racisme, sous toutes ses formes, doit être combattu et éradiqué des stades de football. Scott Patterson, supporter de United et auteur du blog Republik of Mancunia, a d’ailleurs condamné la chanson qualifiée de "stéréotype gratuit et insultant". Mais, pour être honnête, le chant dédié à Lukaku ressemble davantage à une blague graveleuse de fin de soirée au pub qu’à du racisme. Paul Ince, joueur de couleur et ex Red Devil, a d’ailleurs contesté le caractère raciste : "Si j’avais été sur le terrain, ça m’aurait fait rire. Les supporters chantent des chansons depuis des années et certaines étaient bien pires encore…"

Que dire des chants sur Emmanuel Adebayor repris par les supporters d’Arsenal : "Ton père lave des éléphants et ta mère est une prostituée", pour rester poli, ou encore "It should have been you… shot in Angola !" ("Cela aurait dû être toi, tué en Angola"), en référence à la fusillade qui avait visé le bus du Togo lors de la CAN 2010 et fait deux morts. Où était Kick It Out lorsque les fans de… United chantaient à la gloire de leur joueur Park Ji-sung : "Park, Park, wherever you may be, you eat dogs in your country, it could be worse, you could be scouse, eating rats in your Council house…" ("Park, Park, où que tu sois, tu manges des chiens dans ton pays, ça pourrait être pire, tu pourrais être de Liverpool et manger des rats dans ton HLM") ? Racisme ou stéréotype ? Le joueur, lui, ne s’en est jamais plaint.

"Hey Jude" : Un Chant Universel Adapté au Football

Parmi les chants repris dans les stades, "Hey Jude" des Beatles occupe une place particulière. Sa mélodie entraînante et ses paroles réconfortantes en font un hymne parfait pour galvaniser les supporters et soutenir leur équipe. Le tube "Hey Jude" est d'ailleurs devenu le hit de l'été 2024 en Allemagne, en raison de son association avec le prénom de Bellingham.

À l'origine, Paul McCartney avait écrit "Hey Jude" après une autre rupture : celle de son acolyte John Lennon avec sa première femme Cynthia, à la suite de ses infidélités avec l'artiste japonaise Yoko Ono. Cette chanson sur la douleur lancinante reste à ce jour le plus grand succès des Beatles. Hey Jude , un morceau écrit et chanté par Paul McCartney pour Julian, le fils de John Lennon, parce que l'enfant, âgé de cinq ans à l'époque, se sentait très seul après la séparation de ses parents. À l'origine, la chanson devait s'appeler Hey Jules, d'après le surnom de Julian. Mais pour éviter une allusion trop évidente, McCartney l'a transformée en Hey Jude. Aujourd'hui, beaucoup fredonnent encore les paroles réconfortantes de ce morceau relatant le traumatisme de Julian Lennon.

Si son passage à Arsenal fut contrasté, Olivier Giroud a longtemps eu le soutien du public. Un chant à sa gloire, sur l’air de Hey Jude des Beatles, a même vu le jour.

Si Oasis fait partie intégrale du folklore anglais et citizen, les Beatles ne sont pas en reste non plus. Originaire de Liverpool, ils ne devraient pas logiquement figurer dans la liste des chants populaires de l'équipe mancunienne. Pourtant, "Hey Jude" retentit avant chaque match à travers l'Etihad Stadium. La chanson, sortie en 1968, coïncide avec la montée de City en première division anglaise. Première dans le top des charts en début de saison, elle a rapidement été adoptée par les supporters pour son côté accrocheur et répétitif. Résultat : deux hymnes sont représentent les Skyblues. L'un largement repris par l'un des héros locaux, l'autre créé par l'un des groupes de rock le plus connu dans le monde. Au Stade Olympique Atatürk ce samedi, ou bien dans les rues adjacentes, il est certain que l'esprit rock'n'roll résidera.

En matière de publicité, les Allemands aussi savent faire, même lorsqu’il s’agit de propulser au premier plan l’Angleterre, l’un des autres favoris de cet Euro 2024. Le 13 juin, Adidas a diffusé un nouveau spot, à la gloire de Jude Bellingham, l’une de ses stars sous contrat, quand bien même l’Angleterre est équipée par son rival Nike.

Depuis, cette vidéo de près de deux minutes a été visionnée plus de cinq millions de fois sur le réseau social X.Il faut dire que cette bande-annonce rassemble tous les sentiments qu’un supporter de football peut traverser, surtout ceux des Three Lions, tourmentés par des décennies vierges de trophée et pleines d’espoirs déçus. Pendant une minute, la déception se lit sur le visage des fans anglais, mais aussi ceux de Frank Lampard ou de David Beckham, alors que les noms de Teddy Sheringham, Alan Shearer ou de Paul Gascoigne sont cités par le commentateur en arrière-plan.

Le remix habile du célèbre tube des Beatles « Hey Jude » (1968), à l’origine une chanson de réconfort pour Julian Lennon après le divorce de ses parents, accompagne la tristesse de tout le peuple anglais. Jusqu’à l’apparition de Jude Bellingham, d’abord sur des images de ses premières arabesques d’enfant balle au pied.

Cela commence toujours par une voix, courageuse, qui s’élance, seule, reprise par une dizaine, puis une centaine et enfin tout ou partie du stade. C’est un air qui descend des terraces, ces tribunes où on se tenaient debout, donne force et courage à son équipe et envoute son adversaire. Une vieille tradition britannique. Oui, je sais, une de plus. Elle entretient encore aujourd’hui la légende des stades anglais, écossais, gallois et irlandais comme ont pu l’observer mes confrères suivant le PSG et qui ont allègrement tweeté leur découverte et amour du "You’ll never walk alone" au Celtic Park.

A l’occasion d’un reportage sur les liens entre la musique et le football anglais, j’avais été amené à me rendre du côté de Tranmere, ville faisant face à Liverpool sur l’autre rive de la Mersey. Et, croyez-moi, il faut vraiment aimer le football pour aller assister à un match de Championship (D2) dans le nord de l’Angleterre un soir de novembre ! Un vieux supporter des Rovers m’avait raconté que, de son temps - je vous parle d’un temps, les années 60, que les plus jeunes ici ne peuvent pas connaître -, le public chantait avant tout pour se réchauffer face à la dureté des journées d’hiver au stade. Théorie qui n’a jamais pu être vérifiée au grès de mes rencontres, certains vantant davantage le passage au pub et de quelques pintes dans le gosier pour se réchauffer.

Les musiques "It's Coming home, Hey Jude, Can't start a fire" sont chantées par des milliers de supporters anglais durant cet Euro 2024. Cela pourrait être encore le cas face à l'Espagne ce dimanche en finale à Berlin.

À l'origine, "It's Coming home" est un morceau qui a été composé en 1966 pour célébrer le retour du football "à la maison", c'est-à-dire dans le pays qui l'a vu naître et qui a inventé les règles en 1863. Interprété par David Baddiel, Frank Skinner et les Lightning Seed, le morceau avait à l'époque atteint la première place des charts au Royaume-Uni. Le nom du titre est devenu une partie de rigolade pour les fans en y ajoutant parfois un "we still believe", autrement dit "On croit encore que le football peut revenir à la maison".

L’Emirates moqué pour son ambiance de "bibliothèque"

LES CHANTS LES PLUS DRÔLES DES SUPPORTERS DE FOOTBALL ANGLAIS 2024/25 (Avec paroles)

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