Le paysage sportif de la Suisse romande est riche et varié, allant des sports d'équipe comme le handball aux exploits individuels. Cet article explore un épisode méconnu de l'histoire sociale suisse, ainsi que l'actualité sportive, notamment le mondial de hand féminin et les performances d'athlètes suisses.
La Révolte des Cigarières d'Yverdon: Un Épisode Marquant de l'Histoire Sociale Suisse
C'est un épisode méconnu et pourtant majeur de l’histoire sociale suisse : la révolte, en 1907, des "petites mains" de la fabrique de tabac Vautier Frères & Cie, aujourd’hui disparue.
Les cigarières d'Yverdon, dans le canton de Vaud, ont été en effet les premières, de l'autre côté de la frontière, à organiser une grève entièrement menée par des femmes. Plus d'un siècle après, Eric Burnand et Fanny Vaucher s'en emparent et signent un roman graphique de 208 pages, La révolte des cigarières, publié aux éditions Antipodes.
La manufacture emploie à l'époque près de 500 ouvrières, à Yverdon et Grandson. Elles travaillent 64 heures par semaine. Elles sont payées en moyenne 20 centimes par heure et se voient souvent infliger des amendes pour leurs retards ou leurs erreurs.
Le 22 mai 1907, Lucie Zingre, l'une d'entre elles, fait circuler un tract dans les ateliers. Elle lance un "Appel à toutes les ouvrières" et les invite à rejoindre le syndicat qu’elle vient de créer pour défendre leurs droits. En représailles, dès le lendemain, Henri Vautier renvoie sept travailleuses, considérées comme "les plus échauffées", les meneuses. En signe de solidarité, une soixantaine de cigarières cessent aussitôt le travail. La grève est lancée.
Plusieurs tentatives de conciliation échouent. Les patrons restent inflexibles. Les gendarmes et l'armée sont déployés devant l'usine, les sept licenciées sont menacées d’emprisonnement et condamnées à une amende de cinq francs. Un ultimatum patronal met fin au conflit après huit jours de grève. 57 ouvrières au total sont licenciées. Le travail reprend.
Mais les cigarières d'Yverdon ont gagné le soutien de toute la presse syndicale et de gauche. Un boycott des produits Vautier est organisé dans tout le pays, qui va coûter très cher à l'entreprise. Quelques mois plus tard, en mars 1908, une poignée d'anciennes employées créent une coopérative à Yverdon pour produire et distribuer leur cigarette, "la Syndicale".
Vautier finira par plier et par accepter de signer une convention collective contre la promesse de la fin du boycott par l’Union syndicale suisse (USS).
"Cette histoire, je la connaissais un peu, grâce à un documentaire de la TSR de 1978, intitulé Militer ou subir, qui retrace le parcours de femmes suisses engagées dans l’action syndicale", confie Eric Burnand à France 3 Franche-Comté. L'image que j'en avais, c'était essentiellement celle d'une grève syndicale, et je me méfiais d'une lecture trop féministe de cette histoire."
Mais l'ancien journaliste, devenu entre autre scénariste de BD, va faire une incroyable trouvaille qui va tout changer.
La grève des cigarières a naturellement marqué l'histoire d'Yverdon. La ville en a conservé précieusement tous les documents dans ses archives. C'est là qu'Eric Burnand a mis la main sur le fameux Appel de Lucie Zingre.
"Je suis tombé dessus par hasard, j'étais très ému, car j'étais le premier à voir ce document inédit, raconte-t-il. Même l'archiviste ne savait pas qu'il était là. On ne sait pas s'il y a eu plusieurs exemplaires de ce tract car les ouvrières n'avaient pas les moyens de l'imprimer. Lucie Zingre venait d'une famille de paysans-horlogers du Jura neuchâtelois. Elle avait été bonne à tout faire, puis cigarière. Elle n'avait pas de passé politique. Et pourtant, c'est écrit avec emphase, avec lyrisme. Elle parle de l'oppresssion des femmes, de sang et de larmes, de ceux qui portent rubis et dentelles. C'est presque Hugolien !", raconte Eric Burnand, scénariste de "La révolte des cigarières".
"C'est là que j'ai compris qu'il y avait vraiment une dimension féministe à ce mouvement", reconnaît l'ancien reporter de la TSR, la télévision suisse romande (aujourd'hui appelée RTS).
"Je l'appelle le détective de l'histoire, sourit sa complice. Il va chercher tout ce qui est disponible sur le sujet pour s'en inspirer !" Même si elle a passé ses années de lycée à Yverdon, Fanny Vaucher, elle, ne savait "rien du tout" de ces modestes ouvrières et de leur lutte.
Mais c'est bien elle qui a eu l'idée de cette nouvelle aventure graphique. Car le duo n'en est à son coup d'essai. En 2019, la dessinatrice et le journaliste avaient déjà cosigné Le Siècle d'Emma, une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle.
Cette bande dessinée historique raconte les évènements politiques et sociaux dans la Confédération "à travers la famille d'Emma, née en 1900".
En fait, c'est grâce à l'iconique Margarethe Faas-Hardegger qu'elle a proposé à Eric Burnand cette troisième collaboration. En découvrant sa vie et en apprenant que la Bernoise avait activement aidé à organiser cette grève et inlassablement soutenu les cigarières.
Anarchiste, syndicaliste et féministe, Margarethe Faas-Hardegger était la secrétaire syndicale féminine de l'Union syndicale suisse (USS) entre 1905 et 1909. C'est aussi elle qui a fondé L'Exploitée, "l'organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages", le seul journal syndical francophone adressé aux femmes qui ait jamais paru en Suisse jusqu'en 1997.
Tiré à 10 000 exemplaires, il sera publié du 1er mai 1907 à octobre 1908. "Quand on lit aujourd'hui L'Exploitée, on trouve ce journal incroyablement précurseur, souligne Eric Burnand. On y parle des salaires et des conditions de travail bien sûr, mais aussi de l'égalité hommes femmes, du contrôle des naissances, de l'avortement et même de l'amour libre !"
Mais pas question pour les auteurs de faire trop de place à cette célèbre militante, ni d'écrire non plus une simple biographie de Lucie Zingre.
"Je ne voulais pas faire un biopic de Lucie Zingre, je n'aime pas romancer l'Histoire", avoue Eric Burnand. On a très peu d'informations sur elle et je ne voulais pas inventer. Avec des personnages clairement annoncés comme fictifs, on peut donner un peu plus de chair et d'humanité à ces femmes. Cela permet aussi d'élargir la problématique, aux Yéniches ou aux abus sexuels par exemple."
La révolte des cigarières n'est donc pas (seulement) un livre d'histoire, mais un vrai roman. Avec ses héroïnes : Sara, la Tsigane arrachée à sa famille, et Berthe, l'enfant abandonnée à la naissance, qui vont se retrouver toutes deux chez Vautier et traverser chacune à leur manière les événements.
"C'est cet équilibre qu'on a cherché. On voulait rester au plus près de ce qui est connu et vérifié mais on ne voulait pas de notes en bas de pages ou de renvois. On voulait quelque chose de lisible, un récit rythmé et une histoire qui emporte ! Cela donne plus de liberté", explique Fanny Vaucher, dessinatrice de "La révolte des cigarières".
Toujours au pinceau, "à l'ancienne" comme elle dit, avec son trait léger à l'encre de Chine et ses couleurs posées à l'aquarelle, Fanny Vaucher brosse un portrait touchant de ces femmes simples, confrontées à la dureté de leur époque. "J'ai pris beaucoup de plaisir à le faire", insiste la dessinatrice. Comme elle se réjouit que son travail ait même inspiré à son tour la ville d'Yverdon-les-Bains.
C'est grâce à sa BD en effet qu'une "Passerelle des cigarières" a été officiellement inaugurée en juin 2025 au cœur de la cité vaudoise. L'ouvrage mène juste à l'emplacement où se trouvait l'ancien site de la fabrique Vautier.
Un mois après la sortie de l'album en Suisse, les critiques sont élogieuses et les ventes déjà très encourageantes. "Ce qui m'épate surtout, c'est le nombre de personnes qui viennent dans les réunions publiques, explique Fanny Vaucher. À Yverdon, on s'y attendait un peu, mais à Genève, ou dans le Jura, la salle débordait ! C'est une histoire qui semble parler au-delà de la région. Et on a beaucoup de personnes qui ont travaillé dans les fabriques et les usines qui prennent la parole pour témoigner."
"En Suisse, il y a une très grande méconnaissance du passé, ajoute Eric Burnand. Il y a une histoire mythologique de la Confédération, avec Guillaume Tell etc., mais l'histoire récente a été peu enseignée. Même si cela change depuis quelques années. Yverdon, par exemple, a mis en avant son passé industriel prestigieux avec les caméras Bolex ou les machines à écrire Hermès.

Yverdon-les-Bains, ville marquée par l'histoire industrielle et sociale.
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Ces exemples illustrent la diversité et la richesse du paysage sportif en Suisse romande, marqué par des histoires de résilience, de passion et de succès.