Haka : Histoire et Signification de la Danse Emblématique des All Blacks

Le haka, plus qu'une simple danse, est un véritable symbole de la culture maorie et de l'identité néo-zélandaise. Popularisé par les All Blacks, l'équipe nationale de rugby à XV de Nouvelle-Zélande, ce rituel impressionnant est exécuté avant chaque match, captivant les spectateurs du monde entier.

Les All Blacks ont dansé le fameux haka au Mémorial de Longueval le jeudi 31 août, dans cette région de la Somme où eurent lieu les terribles batailles des tranchées, afin de rendre hommage aux sacrifices des combattants néo-zélandais de la Première Guerre mondiale.

L'histoire du HAKA

Qu'est-ce que le Haka ?

Dans la culture maorie, le haka est le terme générique pour désigner la danse. Un rite qui peut être une démonstration de la fierté, de la force, de l'unité d'une tribu et qui permet aussi d'exprimer la joie, la colère, le désir de vengeance et même la sexualité. En langue māori, « haka » veut dire « danser ».

Les All Blacks exécutant le Haka.

Origines et Histoire du Haka

Bien avant d’être adopté par l’équipe néo-zélandaise, le haka était dansé et chanté par les Maoris, peuple d’origine polynésienne. Pendant des siècles, les clans se sont défiés en réalisant ce type de danses et de chants guerriers. C’était aussi un rituel incontournable à l’occasion des manifestations de protestation, des fêtes de bienvenue et des compétitions amicales. Son but était le même qu’aujourd’hui : impressionner l’adversaire, lui montrer son courage.

La légende de Te Rauparaha

L’histoire raconte que le haka, sous sa forme primitive, a été composé vers 1820 par un chef maori, Te Rauparaha. Fait prisonnier par une tribu ennemie, il parvient à s’évader et se cache dans une fosse. Mais il est persuadé que ses ravisseurs vont le retrouver et il répète tout bas : « Ka mate, ka mate » (« je meurs, je meurs »). Lorsqu’il comprend qu’il est hors de danger, il se met à célébrer la vie, en criant : « Ka ora, ka ora » (« je vis, je vis »).

Le haka des All Blacks, dont la version originale s’intitule Ka mate, puise directement ses racines dans cette histoire, comme en témoigne sa traduction :

« Frappez des mains sur les cuisses. Que vos poitrines soufflent. Pliez les genoux. Laissez vos hanches suivre le rythme. Frappez des pieds aussi fort que vous pouvez. C’est la mort ! C’est la mort ! C’est la vie ! C’est la vie ! Voici l’homme poilu. Qui est allé chercher le soleil et l’a fait briller. Faites face ! Faites face en rang. Soyez solides et rapides. »

Adoption par les All Blacks

Selon la Fédération néo-zélandaise de rugby, l’équipe néo-zélandaise (qui n’était pas encore surnommée « All Blacks ») s’est emparée du haka à partir de 1888. Les rugbymen ont réalisé cette danse lors de leur première tournée à l’étranger, en Angleterre. Ils étaient déjà tout habillés de noir, mais la chorégraphie n’était pas aussi coordonnée. Ils ont ensuite perpétué cette tradition durant toutes leurs tournées en dehors du pays. Le « haka moderne » a réellement été popularisé lors de la Coupe du monde de 1987 en Nouvelle-Zélande. C’est la première fois que la chorégraphie était aussi travaillée.

Cette même année, les Néo-zélandais ont remporté à domicile la première Coupe du monde de rugby. Pour les superstitieux, ce succès tient à la puissance du haka.

L'évolution du Haka au sein des All Blacks

À l’origine, les All Blacks ne faisaient le haka que lorsqu'ils jouaient à l'extérieur et avec des résultats parfois mitigés: les joueurs n'étant pas d'origine maorie étaient loin d'y être aussi à l'aise qu'avec le ballon ovale.

Ce n'est que lorsque Sir Wayne «Buck» Shelford est entré dans l'équipe des All Blacks au milieu des années 1980 que le haka a commencé à ressembler à la danse féroce que l'on connaît aujourd'hui.

Alors pendant une tournée en Argentine, Shelford et le joueur maori Hika Reid ont décidé que le haka devait être exécuté correctement ou ne pas être exécuté du tout.

Shelford a insisté pour que chaque joueur apprenne par cœur les paroles et les gestes du haka. «Tout à coup, ils se sont mis à aimer ça parce que c'était bien exécuté, et parce que nous le faisions pour une bonne raison», se souvient Shelford.

Avec le troisième ligne à la baguette, le haka est devenu, à partir de 1987, un élément essentiel des matches des All Blacks.

Les Différentes Versions du Haka

Avant chaque rencontre, les All Blacks interprètent une des deux versions du haka. Soit le Kapa O Pango, spécialement créé pour eux et exécuté pour la première fois en 2005, soit le traditionnel Ka Mate, qui reste le plus connu.

  • Ka Mate : Composé par le chef guerrier Te Rauparaha vers 1820, il visait alors à célébrer sa fuite d'une tribu rivale qui le poursuivait.
  • Kapa O Pango : Spécialement créé pour les All Blacks et exécuté pour la première fois en 2005. Cette nouvelle version a déclenché une polémique à l’époque : en conclusion, les Néo-zélandais miment, les yeux exorbités, ce qui s’apparente à un égorgement.

Ka Mate (à gauche) et Kapa O Pango (à droite).

La Signification du Haka

Pour le demi d'ouverture néo-zélandais Beauden Barrett, le haka est un élément important de la préparation d'avant-match. «C'est un moment pour nous rassembler et être unis», a-t-il déclaré. «Pour moi, c'est notre héritage, ce qui a été fait avant nous. Être dans l'instant, et se préparer à la bataille», explique l'aîné des fameux frères Barrett.

Pour les Néo-zélandais, le Ka Mate est réalisé «en signe de profond respect, que ce soit lors de funérailles, d'anniversaires ou de mariages», explique Taku Parai, membre de la tribu maori Ngati Toa. «Il s'agit de maintenir le 'mana' (prestige) d'un évènement.»

Le Haka dans d'Autres Cultures

D'autres nations de la zone océanienne effectuent le haka. Les Fidji font le Cibi, les Samoa le Siva tau, et les Tonga, le Kailao.

L'Importance du Leader du Haka

Le haka des All Blacks est chorégraphié et codifié dans les moindres détails. La danse, qui dure une minute et quinze secondes, est lancée par un « leader ». Ce n’est pas forcément le capitaine : il est choisi par l’équipe elle-même, si possible pour ses origines maories, mais pas obligatoirement. « Il faut qu’il soit laid et effrayant. Étant donné que 99 % des joueurs le sont, ce n’est pas un problème, ironisait, en 2013, Liam Messam, ancien joueur des All Blacks et du RC Toulon, sur la chaîne américaine ESPN . Il faut qu’il soit aussi confiant en lui-même, qu’il puisse s’exprimer librement sans s’occuper de ce que les autres peuvent penser. »

Réactions Face au Haka

Le haka des All Blacks est toujours un moment très attendu, pour les spectateurs comme pour les joueurs. Face au haka des All Blacks, l’enjeu pour l’équipe adverse est de tout faire… pour ne pas se montrer impressionnée. Le XV de France est passé maître en la matière, plus spécialement en Coupe du Monde.

En 2007, en quart de finale, ils avaient défié le Kapa o pango en s’approchant de leurs adversaires en rang serré, jusqu’à ce que les deux camps se retrouvent à quelques centimètres les uns des autres. Une image restée mythique, marquée par le regard de Sébastien Chabal, auteur d’une énorme prestation ce jour-là (20-18 pour les Bleus). En 2011, le XV de France avait récidivé, tout en restant à distance - ils n’avaient pas le droit de franchir la ligne médiane sous peine d’amende - mais en formant, main dans la main, le V de la victoire. Ils avaient ensuite été battus de justesse (7-8).

Le haka des All Blacks face au XV de France sera l’un des moments forts de l’ouverture de la Coupe du monde de rugby, ce vendredi 8 septembre 2023. Transcendés par l’esprit de leurs ancêtres, les joueurs de la Nouvelle-Zélande tenteront, comme toujours, d’impressionner leurs adversaires.

Le Haka Féminin : Le Ko Uhia Mai des Black Ferns

Alors que les All Blacks ont deux hakas différents (le Ka Mate et, depuis 2005, le Kapa o Pongo), les Black Ferns ont leur propre danse ancestrale et identitaire issue de la culture maorie : le Ko Uhia Mai (qu’on pourrait traduire par "Qu’on le sache" ou "Faisons-le savoir"), depuis 2009.

Quand les All Blacks s'accroupissent et montrent leur puissance par leur gestuelle, les Black Ferns restent debout et droites, leurs mouvements plus fluides avec les bras rappelant ceux des danses vahinés de Polynésie. Si elles font aussi le pukana (yeux exorbités) comme les hommes, elles ne tirent en revanche pas la langue.

Les paroles du haka féminin sont en outre moins guerrières et évoquent plutôt force collective et le défi.

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