Au cœur du désastre des Bleus en Afrique du Sud, il est intéressant de revenir sur cet événement pour analyser l’apport à la compréhension de cette grève inédite des témoignages, récemment parus, de deux acteurs clés.
Rappelons les faits : Le dimanche 20 juin 2010, à Knysna, petite ville en Afrique du Sud, une page inédite de l’histoire du football français s’est écrite sous le regard des caméras du monde entier. Les joueurs de l’équipe de France au Mondial ont fait grève.
Les images désormais célèbres vont tourner en boucle sur toutes les télévisions du monde et sur Internet. En particulier celles du préparateur physique (Robert Duverne) dans une colère noire à l’annonce de la grève et prêt à en venir aux mains avec le capitaine Patrice Evra (calmé par Domenech, il jette de rage son chronomètre).
Pour faire cesser cette mauvaise pièce de théâtre (art dont il est féru), Raymond Domenech décide finalement de lire, face à un parterre de journalistes, le « communiqué de grève » préparé par les joueurs.
La date anniversaire de Knysna (4 ans, le 20 juin 2014) a produit un nouveau témoignage, et pas des moindres : celui de Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé et des sports, alors présente en Afrique du Sud. « Je visitais, dans une école de Soweto, une exposition d’œuvres photographiques, financée par l’ambassade de France. J’allais prononcer un discours quand Thomas Remoleur (son conseiller sport) me prévient que les joueurs font grève. »
Les éditeurs, attirés par l’impact du drame, étaient naturellement à l’affût d’une exclusivité sur cet événement à la fois sportif et politique, « sociétal » selon le vocable en vogue. Et c’est donc Raymond Domenech, personnage central de cette histoire, en cure médiatique prolongée depuis Knysna, qui a ouvert le bal.
Le livre de Domenech constitue une chronique de ses six années de sélectionneur (2004-2010) avec ses hauts - la Finale du Mondial de 2006 - et ses bas - l’élimination en poule lors de l’Euro 2008 et la grève de Knysna.
Pour le dire sans ambages, le livre du sélectionneur reste assez décevant dans ses visées explicatives. C’est, sans surprise, un plaidoyer pro domo de la part du sélectionneur qui s’exonère de presque toute responsabilité dans les fiascos de l’Euro 2008 comme du Mondial 2010.
Le scénario explicatif qu’il livre de la grève est donc de type mono-causal. Knysna, c’est exclusivement la faute de cette « génération Bosman », c’est-à-dire des joueurs choyés par le système, avides d’argent, sans respect pour les « anciens », ayant abusivement pris le pouvoir en club comme en sélection nationale (le thème de la « République des joueurs »).
À la génération de Domenech et pré-Bosman, caractérisée par une forme de naïveté, d’innocence et de fraicheur, s’opposerait la génération actuelle de footballeurs, minée par le goût du lucre, l’esprit de calcul et l’effondrement des valeurs morales.
Lors de ses onze années à la tête de l’équipe Espoirs (1993-2004), Domenech n’a pas pu rester de la même manière que les entraîneurs de club au contact des jeunes joueurs. Il les côtoie uniquement lors de stages espacés dans le temps, ne les voit pas au quotidien et surtout n’est pas aux prises avec les problèmes, sportifs et extra-sportifs, qu’un entraineur de club doit régler au jour le jour.
Cette opposition de manières d’être et de styles de vie rend largement compte du peu d’empathie entre les deux parties. Les joueurs lui reprochaient ses diverses « lubies » et son manque de légitimité sportive ; en retour, le sélectionneur pouvait ironiser sur l’inculture et l’immaturité sociale de la plupart d’entre eux.
Pour comprendre la crise de Knysna, il faut aussi se tourner vers le livre, passé lui presque inaperçu, de François Manardo. Son livre, paru dix-huit mois après celui de Domenech, apparaît avant tout comme une réponse, parfois indignée, au livre/best seller du premier.
Ayant vécu de l’intérieur deux années durant le quotidien de l’équipe de France, il restitue souvent avec finesse des scènes vues, les raconte avec un certain talent, en multipliant des saynètes prises sur le vif par l’observateur attentif qu’il était.
Arrivé jeune (36 ans) à ce poste prestigieux de « chef de presse » des Bleus, il entre en fonction plein d’espérances. Or il déchante vite, a du mal à se faire une place au sein de la cellule de communication de la Fédération, doit apprendre à gérer son employeur, le président de la FFF (qui a sa propre, et singulière, stratégie de communication), voit apparaître sur sa route une multiplicité d’obstacles et de chausse-trappes.
Coupe du Monde 2022 au Qatar : Polémiques et Audiences
À l’occasion de la coupe du monde au Brésil, quatre ans après les faits, il n’est pas sans intérêt de revenir sur cet événement - non pas comme nous avons essayé de le faire dans un premier livre [1], écrit presque « à chaud », pour en donner un éclairage sociologique - mais pour analyser l’apport à la compréhension de cette grève inédite des témoignages, récemment parus, de deux acteurs clés.
Malgré les polémiques entourant l’organisation du Mondial par l’émirat et les appels au boycott, le ballon rond conserve sa puissance télévisuelle. De la France au Japon en passant par les Etats-Unis, les audiences télévisées du Mondial de foot au Qatar restent puissantes, en dépit des appels au boycott et de la saison durant laquelle la compétition a lieu, la France ne faisant pas exception.
« La Coupe du monde est toujours aussi populaire », s’est félicitée dès la semaine dernière la FIFA, s’appuyant sur les audiences du match d’ouverture, Qatar-Equateur, en hausse dans certains pays par rapport à celui du Mondial 2018, qui eut lieu en Russie. Ce fut le cas par exemple au Brésil (24,3 millions de téléspectateurs en moyenne, + 6 %), au Royaume-Uni (6,3 millions, + 57,5 %), en Colombie (5,5 millions, hausse non précisée) et en France (5,1 millions, + 30 %).
Cette édition de la compétition suscite pourtant de nombreuses polémiques depuis décembre 2010, lorsqu’elle fut attribuée au Qatar, que ce soit au sujet du respect des droits humains, plus particulièrement de ceux des personnes LGBTQ +, de l’exploitation des travailleurs immigrés, ou encore de la protection de l’environnement.
Pourtant, à l’heure où la durée d’écoute du petit écran baisse inexorablement au profit d’Internet et des plates-formes de vidéos en ligne, « les grands événements sportifs restent parmi les dernières grands-messes » très fédératrices, souligne auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Christophe Lepetit, du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges.
En France, les Bleus ont rassemblé entre 11 et 13 millions de téléspectateurs pour leurs deux premiers matchs. « Clairement, il n’y a pas d’effet boycott », assure par ailleurs à l’AFP Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil.
Ces scores, proches de ceux de 2018, sont à nuancer, prévient toutefois Christophe Lepetit, qui note qu’ils sont plus faibles au regard de l’audience totale, c’est-à-dire que la part d’audience - la part des téléspectateurs du match sur toute la population regardant la télévision - est moindre.
La passion des Français pour leur équipe nationale ne semble pas résister aux différents appels au boycott lancés par des associations et des municipalités.
La victoire de l’équipe de France contre la Pologne (3-1) en huitièmes de finale a été suivie par 14,3 millions de téléspectateurs dimanche après-midi sur TF1, c’est la meilleure audience des Bleus depuis le début du tournoi, selon les chiffres de Médiamétrie publiés lundi 5 décembre.
La part d’audience de ce match est de 68,9 %, ce qui signifie que plus de deux tiers des téléspectateurs qui regardaient la télé à ce moment-là le suivaient.
A titre de comparaison, la victoire des Bleus en huitièmes de finale du Mondial 2018, contre l’Argentine, un samedi à 16 heures, avait été suivie par un nombre moins important de téléspectateurs (12,5 millions), même si la part d’audience était supérieure (72,1 %).

Le Gabon et les Primes Impayées : Grève Avant un Match Crucial
Ce soir à 21 heures, le Gabon affronte le Burundi dans le cadre des éliminatoires à la Coupe du Monde 2026. Les coéquipiers de Pierre-Emerick Aubameyang ont préparé ce rendez-vous important dans une ambiance très tendue.
En effet, les joueurs ont refusé de s’entraîner hier selon AFC Sports et Gabon Media Time. La raison ? Les Gabonais sont frustrés car ils n’ont toujours pas perçu des primes de qualification à la CAN 2025.
Thierry Mouyouma, le sélectionneur national, a confié sur le sujet : « la qualification a été acquise en novembre 2024, nous sommes en octobre 2025, et elle n’a pas été payée. Les joueurs attendent depuis presque un an. Ils ne comprennent pas.»
De plus, ils ont aussi pointé du doigt les conditions dans lesquelles ils sont hébergés et les équipements. Ils sont par exemple contraints de porter les mêmes tenues d’entraînement pendant plusieurs jours sans qu’elles soient lavées.
C’est dans une ambiance électrique que le Gabon va donc jouer ce mardi. « Le mental des joueurs reste intact. Cette situation n’a aucun impact sur leur concentration pour le match de demain, décisif», a assuré le sélectionneur national.
Malgré la victoire rocambolesque décrochée sur le terrain de la Gambie (3-4) grâce à un quadruplé de Pierre-Emerick Aubameyang vendredi dernier, les Panthères se sont retrouvées dans un climat délétère pour ce rassemblement du mois d’octobre.
Selon les informations de plusieurs médias locaux, dont Gabon Media Time, ces derniers ont refusé de s’entraîner lundi, en veille de match, pour protester contre les primes impayées par l’État après leur qualification pour la Coupe d’Afrique des nations 2025.
3 MATCHS qui ONT MARQUÉ la LIGUE DES CHAMPIONS ! ⚽
Retour sur Knysna : Un Épisode Douloureux

Le 20 juin 2010, l’équipe de France faisait la grève de l’entraînement en pleine Coupe du monde en Afrique du Sud pour protester contre la parution dans la presse d’insultes lancées par Nicolas Anelka à la mi-temps, la veille, du match France - Mexique (2-0).
Attaché de presse des Bleus à l’époque et donc au cœur du « scandale de Knysna », François Manardo revient sur cet épisode douloureux de l’histoire du football français.
J’avais le communiqué (qui annonçait la grève) entre les mains mais il était hors de question que je lise ce bout de papier. Ma préoccupation était de dire à Patrice Evra, qui me l’avait donné et m’avait demandé de le lire, qu’il était absolument hors de question que je le fasse.
Compte tenu de l’atmosphère qui régnait dans cette bulle, je les ai laissés se démerder. Je suis descendu du bus et je n’y suis plus jamais remonté.
Concernant la lecture du communiqué, je n’ai absolument aucun regret. C’était un moment de lucidité total et absolu. Ce communiqué s’opposait directement à mon employeur et à l’équipe de France.
Aussi prestigieuse que soit l’équipe de France, si on grattait le vernis à cette époque-là, c’était un bourbier. Un bourbier assez flou, même pour quelqu’un de l’intérieur.
Nous étions dans une crise de gouvernance majeure, considérable. Elle était latente au début mais au fil des semaines, des mois, elle s’est amplifiée et on en est arrivé là… J’ai déjà été dans d’autres sociétés avec des situations compliquées, des luttes de pouvoir et d’influence.
Raymond Domenech et Jean-Pierre Escalettes (le président de la Fédération à l’époque) ont été les acteurs majeurs de cette situation. Même si les joueurs ne doivent pas être absous de ce qu’il s’est produit, à l’époque, il ne fallait pas être grand clerc pour deviner qui avait semé les graines de cette crise.
Ma conviction est que tout ça devait arriver. Pour l’avoir vécu de l’intérieur, et même si on peut tomber sur des leaderships assez ubuesques dans des entreprises, on était à un niveau assez exceptionnel.
Les joueurs sont plus responsables que coupables. On ne peut pas tout leur mettre sur le dos car la faillite de la gouvernance n’était pas de leur fait.
En 2010, ce brassard n’était pas un brassard mais un boulet à porter. C’est tombé sur lui mais cela aurait été aussi un boulet pour n’importe quel autre joueur.
Quand vous ne respectez pas le sens de l’histoire, c’est l’histoire qui se charge de vous le faire payer, mais elle ne vous annonce pas le mode opératoire.
Il n’a pas fallu attendre longtemps pour qu’ils s’aperçoivent de ce qu’ils venaient de faire. Mais, sur le moment, non.
Le seul avec qui je suis resté longtemps en contact après, c’est Nicolas Anelka, quelqu’un que j’apprécie. Il nous est arrivé d’en reparler mais Nicolas n’avait pas tenu le même rôle, il avait déjà été renvoyé avant la grève.
Quant à la disparition du rapport rédigé par la Fédération concernant les événements de Knysna révélée par le Monde, Manardo répond : « Ah non, pas du tout ! Quand on prend les gens pour des cons, il faut un peu mettre les formes. »
L’idée d’un boycott de la 22ème édition de la Coupe du monde de football, organisée au Qatar du 20 novembre au 18 décembre 2022 par la Fifa (Fédération internationale de football) ne s’est pas imposée. Il est pourtant difficile de trouver un événement aussi calamiteux, à la fois en termes économiques, environnementaux, sociaux et sociétaux.