Gilets Jaunes : Origines et influences footballistiques d'un mouvement social

Le mouvement des "Gilets Jaunes", initialement né d'une grogne sociale, a rapidement fait du gilet jaune un objet emblématique. Ce vêtement de sécurité, obligatoire depuis 2008, est devenu un signe distinctif porté lors des manifestations et des blocages. Mais quelle est l'origine de ce mouvement et comment le football s'y est-il associé ?

Manifestation des Gilets Jaunes sur les Champs-Élysées.

Fabrication et demande des gilets jaunes

Alors que la demande est en forte hausse, on a cherché à savoir où sont fabriqués les gilets jaunes. Une multitude d’entreprises se partagent le marché en France. Deux d’entre elles, T2S et Delta Plus, approvisionnent des réseaux de distribution et des grands groupes (Engie, SNCF, Orange…) avec plusieurs modèles de vêtements de sécurité. L’entreprise belge SIOEN fabrique aussi les gilets jaunes pour les automobilistes français.

Si le fabricant T2S, basé dans le département de la Loire, « n’a pas ressenti sur ses ventes » les conséquences du mouvement social en France, des vendeurs se sont retrouvés face à une demande inédite et croissante depuis le début du mois de novembre, notamment en Bretagne. Le magasin Norauto de Brest est ainsi « en rupture de stock. Tous les gilets jaunes sont partis. La semaine dernière, on n’avait plus rien en magasin. Ça représente environ 70 ventes. En temps normal, on en vend 4 ou 5 par semaine.

Le réseau France Sécurité, approvisionné par T2S, écoule des gilets jaunes auprès des particuliers et des professionnels. À l’antenne de Brest, c’est plutôt le gilet orange qui a connu un certain succès : « Tout notre stock est parti en une matinée la semaine dernière. Deux personnes sont venues, elles ont pris le stock et elles sont parties ».

Autre conséquence de la « hype » gilet jaune, les prix sont en forte hausse sur le site de vente en ligne Amazon. Et il ne serait pas étonnant que ce symbole de la grogne sociale se retrouve cette année sous le sapin de Noël, un cadeau en forme de message politique ou de clin d’œil humoristique. En attendant peut-être des goodies en tout genre : le mug gilet jaune, la Barbie gilet jaune... Le porte-clés est déjà pris. Un manifestant de Carhaix (Finistère) vient d’en fabriquer grâce à une imprimante 3D.

L'influence du football dans le mouvement

En cet automne de revendications diverses et variées, les stadiers n'ont plus le monopole du gilet jaune. Dimanche dernier au Vélodrome, chasuble fluo sur le dos, beaucoup se gondolaient en nous voyant arriver : «Attention, on va te bloquer, toi !».Parmi les 7 200 Winners, la plus grosse association de supporters de Marseille, de France et de Navarre, plus de 1 500 jaunes, dont le fondateur Rachid Zeroual, qui s'agitent, sautent, crient.

Cette fois, en jaune, en orange ou en bleu ciel, tous les Winners entonnent un chant à l'attention du locataire de l'Élysée, sur l'air du fameux tube du printemps 2018 dédié à Jean-Michel Aulas : «Emmanuel Macron, Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi !»

«Notre association n'a pas de couleur politique, confie un cadre des Winners. Pour cette histoire de gilets jaunes, ce sont des adhérents qui sont venus nous en parler après avoir vu ce qu'il se passait à Nice, au stade. On a trouvé l'idée sympa, nous nous voulons toujours proches des classes populaires, au ras du bitume, et nous avons aussi concocté une banderole : ''Winners avec le peuple''.»

Quelques jours après le match, cette bannière a été accrochée en haut de la gare de péage de La Ciotat, sur l'A 50. L'initiative de membres du coin, qui ont demandé la permission à la direction du groupe. Jamais avares d'un coup d'éclat, les Winners suivent l'actualité de près.

À Nice, la Populaire Sud fait, elle, un lien direct entre le ras-le-bol du mouvement ultra et celui d'une partie des Français. Des restrictions, voire des annulations de déplacement ? Ces personnes ne sont-elles pas celles qui s'indignent à propos des gardes à vue abusives que subissent tous les week-ends les ultras ? Des bavures policières ? Des atteintes à la liberté d'expression et même de libre circulation? Alors oui, le groupe n'est pas politique et le restera. Mais nous sommes citoyens à part entière et nous manifesterons notre désaccord à notre manière. Tous en jaune !»

À Nîmes, samedi dernier, à quelques heures du match face à Amiens (3-0), le stade des Costières a été le point de départ d'un cortège de 2 000 gilets jaunes, en direction de la préfecture du Gard. À Saint-Étienne, où le mouvement a un large écho, des barrages filtrants ont été érigés près du centre d'entraînement de L'Étrat. Dans la capitale, des membres du Collectif Ultras Paris ont pris part à des manifestations, l'un d'entre eux a d'ailleurs fait quelques heures de garde à vue samedi dernier. Des fans du Paris FC ont aussi défilé.

Le cri de ralliement "Ahou !"

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, les manifestants battent le pavé au son des "Ahou ! Ahou ! Ahou !". Ce cri galvanisateur qu'ils entonnent est tout droit tiré des dialogues du film "300", un blockbuster américain sorti en 2006.

Pour connaître l'origine de ce brame galvanisateur, apparenté aux Gilets jaunes, il faut remonter dans le temps. Le "Ahou !" est tiré du film 300, un péplum sorti en 2006 qui revisite l'histoire grecque et raconte la bataille épique des Thermopyles (480 av. J-C). À cette date, le roi Léonidas et 300 de ses guerriers spartiates se sacrifient pour retarder l'avance du tyran perse Xerxès. Dans le blockbuster américain, signé Zack Snyder, le cri est précédé d'une question du roi Léonidas à ses hoplites : "Spartiates, quel est votre métier ?", leur lance-t-il pour les motiver avant d'aller au combat. Réponse des guerriers spartiates à leur chef : "Ahou ! Ahou ! Ahou !"

Sur le macadam, l'allusion au film 300 est très souvent explicite. "Gilets jaunes, quel est votre métier ?", peut-on entendre, suivi du cri "Ahou ! Ahou ! Ahou !" en signe de réponse des manifestants.

En France, le mugissement a fait son apparition au milieu des années 2010 dans les stades de football. Les Bad Gones, un groupe de supporters de l'Olympique lyonnais, en ont fait leur hymne maison. Mais le brame se serait vraiment disséminé lors de l'Euro 2016 par le biais de la sélection islandaise. Les Vikings ont importé leur "Ahou !" footballistique et le clapping qui l'accompagne.

Les supporters islandais popularisant le "Ahou!" lors de l'Euro 2016.

Ce brame galvanisateur est devenu à peu près unitaire au Parc OL (on dit aujourd'hui "Groupama Stadium"). Mais historiquement, il est plutôt amarré virage Nord, et à un groupe de supporters en particulier : les Bad Gones.

Si les Bad Gones en ont fait leur cri, c'est parce qu'un film l'avait popularisé : 300. C’est cette référence aux guerriers spartiates, qui charrie un idéal d’insoumission, de résistance et aussi l'idée d'une bonne vieille bravoure virile, qui est aujourd’hui réactivée par les “gilets jaunes” lorsque démarre un "Ahou" dans un cortège.

Le chant "On est là"

Ce chant claironné à chaque rassemblement trouve en fait son origine chez les supporteurs de football, dans les tribunes du RC Lens et de l'OM, avant que les gilets jaunes ne s'en emparent."On est là! On est là! Même si Macron ne veut pas nous on est là. Pour l'honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, même si Macron ne veut pas nous on est là". Entonné systématiquement dans les rassemblements contre la réforme des retraites, cet air fait désormais partie des classiques des chants de manifestations.

Entraînant, l'air a été adapté et popularisé avec les rassemblements des gilets jaunes, qui ont commencé il y a plus d'un an. Ce chant prend ses origines dans les stades de football, depuis plusieurs années déjà, avec les supporteurs du Racing Club de Lens mais aussi de l'Olympique de Marseille. Il n'est alors pas politique.

Une variante se retrouvant dans les tribunes de l'OM déjà en 2012 donne: "On est là! Même si vous l'méritez pas nous on est là".

Mais la popularisation de cet air lors des manifestations qui ont suivi revient semblerait-il aux cheminots. Lors d'une grève historique en 2018, des cheminots lyonnais ont repris à plusieurs reprises ce chant, avec des paroles encore une fois différentes:"On est là, même si vous ne voulez pas, nous on est là. Pour l’honneur des cheminots et l’avenir de nos marmots, même si vous ne voulez pas, nous on est là. On est là, même si vous ne voulez pas, nous on est là. Pour les usagers du rail, on continue la bataille, même si vous ne voulez pas, nous on est là".

Comme le précise CheckNews, dès le deuxième weekend de mobilisation des gilets jaunes, l'air a été entonné, mais par les cheminots, "qui apportaient leur combativité pour recharger les batteries des gilets jaunes" écrit Révolution Permanente, site d´information du Courant Communiste Révolutionnaire du NPA, en novembre 2018.

D'après le média étaient entonnées les paroles suivantes, très approchantes de celles entendues actuellement: "On est là. On est là. Même si vous ne le voulez pas, nous on est là. Pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur. Même si vous ne le voulez pas, nous on est là".

Anasse Kazib, cheminot syndiqué à Sud Rail, avait raconté à Révolution Permanente de quelle façon le chant était arrivé dans les manifestations parisiennes.

Il se souvient comment un collègue "a pensé une version plus adaptée pour manifester avec les gilets jaunes.

Sa chanson sur les "gilets jaunes" cartonne sur Internet : "Les médias parlaient de nous d'une ma…

tags: #gilet #jaune #football