L'équipe nationale de football d'Iran, en particulier son équipe féminine, a été confrontée à des défis uniques et à des controverses, notamment en ce qui concerne le genre de ses joueuses. Cet article explore l'histoire de la gardienne de but iranienne et les problèmes de genre qui ont affecté l'équipe.

La Polémique autour de Zohreh Koudaei
Le 25 septembre dernier, l’Iran s’est qualifiée pour la première fois de son histoire pour la Coupe d’Asie de football féminin après avoir vaincu l’équipe de Jordanie à l’issue d’une séance de tirs au but. Et ce, grâce à deux arrêts décisifs de la gardienne iranienne, Zohreh Koudaei.
Plusieurs semaines après ce match, la Fédération jordanienne de football a officiellement demandé à la Confédération asiatique de football (AFC) de diligenter une enquête pour vérifier le sexe de la portière iranienne. La lettre de la fédération a été rendue publique par son président, le prince Ali ben Al-Hussein, l’un des fils du roi Abdallah de Jordanie.
Le prince Ali ben Hussein, 45 ans, troisième fils du défunt roi Hussein et de sa seconde épouse, la reine Alia, est président de la Fédération de football de Jordanie. Très impliqué dans le football au niveau national, il n’a pas manqué de réagir à la polémique actuelle concernant Zohreh Koudaei, la gardienne de but de l’équipe nationale d’Iran.
Dans cette lettre, l’association jordanienne écrit qu’elle «comprend qu’une vérification de genre n’est pas obligatoire pour les joueuses», toutefois, des articles du règlement permettent «de prendre des mesures appropriées s’il y a des doutes quant à l’éligibilité de participation d’une joueuse».
La Fédération jordanienne a demandé une enquête pour vérifier le sexe de la gardienne iranienne Zohreh Koudaei, qu’elle soupçonne d’être un homme. L'Iran a battu la Jordanie aux tirs aux buts, lors d’un match de qualification pour la Coupe asiatique féminine. La Jordanie a commencé à émettre des doutes quant au sexe de la gardienne de but iranienne.
«Le personnel médical a soigneusement examiné chaque joueuse de l’équipe nationale» pour vérifier les «hormones» et «éviter tout problème», a-t-elle déclaré dimanche au média sportif iranien Varzesh3. Maryam Irandoost, la sélectionneuse de l’équipe nationale, a déclaré : "Le très discuté sujet du sexe de notre gardienne est juste une excuse pour ne pas accepter la défaite face aux Iraniennes. Après leur défaite, c’était normal pour eux d’essayer de trouver des faux prétextes."
Zohreh Koudaei, interviewée par le quotidien turc Hurriyet, maintient être une femme : «Je suis une femme. C’est de l’intimidation que la Jordanie m’inflige.»
La sélectionneuse de l’équipe nationale, Maryam Irandoost, a déclaré : «L’équipe médicale a soigneusement examiné chaque joueuse de l’équipe nationale en termes d’hormones pour éviter tout problème à cet égard, et je dis donc à tous les fans de ne pas s’inquiéter.»
Réactions et Soutiens
“Zohreh Koudaei me ressemble”, peut-on lire sous la plume d’une journaliste égyptienne spécialisée dans les sujets liés aux femmes sur le site panarabe Raseef22. Un cri du cœur en soutien à la gardienne de but de l’équipe de football féminine d’Iran, soupçonnée d’être un homme par les autorités jordaniennes.
Comme le commentateur jordanien, la “masculinité” du prince “ne lui permet pas d’accepter l’existence d’une femme capable de repousser les tirs”, estime Daraj. Ainsi, “pendant et après le match, le talent de Koudaei a fait l’objet de brimades et provoqué des remises en question de son sexe”, renchérit la journaliste Samia Allam sur Raseef22. “’Tu dois être un homme, alors !’ C’est ce que suppose la mentalité masculine arabe”.
Ce qui s’est passé avec la gardienne iranienne est le produit des mentalités réactionnaires et masculines imposant une certaine forme et des critères spécifiques pour la femme. Les personnes qui ne répondent pas à ces critères sont ‘imparfaites’.”
Comme le note la journaliste, à qui, dit-elle, ses amis reprochent de porter des vêtements “masculins” et une démarche “non féminine”, la polémique autour de Zohreh Koudaei a “provoqué une vague de sympathie mais aussi des moqueries […] sur son apparence”.
Iran's keeper Zohreh Koudaei accused of being a man |Taar
Antécédents de Controverses de Genre dans le Football Féminin Iranien
Dans la missive datée du 5 novembre, la fédération jordanienne affirme que l’équipe de football d’Iran avait un “passif concernant les questions de genre”.
En 2014, quatre joueuses de la sélection iranienne dont les opérations de changement de sexe n’étaient pas complètes avaient dû être exclues. Auparavant, en 2015, pas moins de huit joueuses de l'équipe d'Iran furent accusées d'être des hommes. Idem en 2014 : quatre joueuses étaient en fait des joueurs !
L’affaire questionne la présence des femmes transgenres au sein de l’équipe nationale d’Iran, souligne Daraj. Et ce, depuis le milieu des années 1980, grâce à la campagne menée par l’Iranienne transgenre Maryam Mulkara, notamment auprès du guide suprême de la Révolution, l’imam Rouhallah Khomeiny.
Celui-ci, “ému par son histoire”, avait émis une fatwa autorisant les opérations de changement de genre.
L'Iran, c'est ce pays particulièrement strict sur les questions de mœurs... qui a autorisé le changement de sexe au détour d'une fatwa émise en 1987 par feu l'ayatollah Khomeiny. En résulte cette situation ubuesque où des hommes dont l’opération de changement de sexe n’était pas encore aboutie, ont tout de même pu intégrer l'équipe féminine.
Il faut généralement au moins deux ans, plusieurs traitements hormonaux et une intervention chirurgicale pour que le processus arrive à son terme.
La Position de la Fédération Iranienne de Football
"Si ces personnes peuvent résoudre leurs problèmes grâce à une intervention chirurgicale et ainsi obtenir la bonne qualification médicale (de femme, donc), elles pourront à nouveau intégrer des équipes de football féminin", assure en effet Ahmad Hashemian, le directeur du comité médical de la Fédération iranienne de football (FFIRI).
Laquelle a néanmoins mis en place depuis février des contrôles inopinés, en fait des tests de genre, que les clubs féminins n’ont pas le droit de refuser.

Le Cas de Sosha Makani
À des années-lumière de la sextape, ou d’un sexto, Sosha Makani s’est laissé photographier en bonne compagnie. Des photos contraires aux mœurs de la charia de la République islamique iranienne qui interdit aux hommes de poser en compagnie d’une tierce autre que l’épouse ou extérieure à la famille.
Or, Sosha Makani est, aux yeux de l’État, toujours un homme célibataire. Véritable figure d’une jeunesse iranienne toujours plus décomplexée et occidentalisée, l’homme traîne derrière lui la réputation d’un cupidon, le romantisme en moins, les paillettes en plus.
Chahla Chafiq, sociologue iranienne, exilée en France depuis 1983, a suivi de près l’évolution des mœurs de la jeunesse de son pays. « Presque tout leur est interdit sur la scène publique. Donc ils la désertent.
Le 2 janvier, peu après les fêtes de fin d’année, célébrées en Iran par quelques parties privées, Sosha Makani devient l’attraction majeure des réseaux sociaux. Les photos de sa petite soirée en bonne compagnie font le tour du net.
Alors histoire de dégonfler l’affaire, Sosha fait une vidéo où il explique ignorer la provenance des clichés et l’identité du photographe. En vain, la Gasht e Ershad, dite « police de la vertu » , mise au parfum par la cyber police, ouvre une enquête et défère le gardien international iranien en détention provisoire.
Peu ménagé par la justice, ni par les médias locaux, qui se régalent de « l’affaire Sosha » , le natif de Bandar-e Anzali perd le soutien de son club. Souvent sanctionné en interne pour ses frasques, son énième mésaventure prend cette fois une autre dimension. Sans doute bien trop politique pour une prise de position franche de la part du Persepolis FC.
Au lendemain de l’affaire, Shoot, populaire magazine de football iranien, signe un saignant édito titré : « Nous ne voulons pas de joueurs dépravés. » Et histoire d’en rajouter une couche, toujours selon le même canard, le Persepolis FC activerait, en ce moment même, la piste pour un nouveau gardien.
Contacté pour en savoir plus sur l’affaire, le téléphone de l’attaché de presse du club de Téhéran sonne désespérément dans le vide.
Le bad boy devrait cependant ne pas rester longtemps derrière les barreaux d’Evin. Son avocat passe la seconde. Aux juges, il justifie la photo par un vilain hack de son Telegram Messenger tout en balayant cependant la rumeur d’un maître chanteur. « Ils planifiaient de se marier incessamment sous peu » , a-t-il déclaré aux médias.
Autre soutien de poids, la supposée prétendante de l’intéressé, présente sur la fameuse photo. Cette dernière vient de riposter sur son compte Instagram, déterminée à sortir son « futur mari » de prison.
Roozbeh*, jeune Iranien de 24 ans, a connu la taule pour la même raison. Quelques photos avec sa petite amie, et paf, la colère de sa belle-famille : « Résultat : trois mois de prison, au milieu de criminels et de voleurs. Ça va, mes conditions de vie n’étaient pas mauvaises. Mais je sais que Sosha a sa cellule pour lui.
Si elle ressemble à un mauvais épisode de Plus Belle la Vie à la sauce persane, « l’affaire Sosha » rappelle que la Team Melli reste sous les radars de la République islamique d’Iran.
Les Bracelets Verts de 2009
Le 17 juin 2009 déjà, alors que la sélection affronte la Corée du Sud lors d’un match crucial pour la Coupe du monde 2010, d’immenses manifestations ont lieu partout en Iran pour protester contre la réélection d’Ahmadinejad.
Six joueurs de l’équipe portent alors des bracelets verts en soutien à la protestation. Lors de la mi-temps du match, au vestiaire, les joueurs sont sommés de retirer leurs bracelets.
L’affaire sera étouffée et on prétextera « un hommage à l’imam chiite Hossein » , mais la star Ali Karimi, le capitaine Mehdi Mahdavikia et leurs quatre autres camarades seront radiés à vie de la sélection.
Soutien des Anciens Internationaux
Les anciens internationaux Ali Daie et Ali Parvin n’ont certainement pas oublié ce mois de juin 2009. Les deux légendes du football iranien ont apporté publiquement leur soutien à Sosha Makani.