Gabriel Desjardins est un athlète québécois dont le parcours est marqué par une transition du patinage de courte piste à l'ultra-endurance en roller. Son histoire est celle d'une quête de motivation, de liberté et de dépassement de soi.

Un intérêt précoce pour le roller
Gabriel Desjardins fait du patin courte piste depuis l’âge de huit ans. Il s’était intéressé toute sa vie au roller de vitesse, mais puisque cette discipline était vraiment peu développée au Québec, il ne savait pas trop où débuter. C’est alors qu’en 2008, il a trouvé les contacts nécessaires pour s’équiper et trouver des compétitions.
La perte de motivation en patinage sur glace
En 2007-2008, la saison de patin sur glace de Gabriel fut assez décevante et il se cherchait de nouveaux défis pour retrouver la motivation. Même s’il a eu une progression époustouflante ces dernières années en short track, lors de sa dernière saison (2013-2014), il a à nouveau eu une perte de motivation liée à plusieurs facteurs.
La liberté et l'autonomie du roller
Premièrement, le sentiment d’évasion et de liberté est un facteur important. En roller, il peut mettre ses patins et rouler à toute heure, se déplacer, s’entraîner lui-même. Toutes les rues sont des terrains de jeu potentiels. Puisque c’est un sport encore underground au Québec, il s’entraîne à la Rocky, sans entraîneur particulier. Comme il est quelqu’un d’assez autonome, il aime bien cette façon de s’entraîner !
Autres expériences sportives
Autres que le patin, Gabriel a également joué au soccer (foot) pendant une douzaine d’année, du cyclisme de compétition pendant deux ans, également quelques compétitions de course à pied.
Le choix de l'ultra-endurance
Lors de sa dernière saison sur glace, Gabriel a décidé d’y mettre un terme faute de plaisir. Nous étions alors au mois de janvier. De plus, il a toujours été plus à l’aise dans les épreuves d’endurance. Il a toujours eu de l’énergie à revendre. Cependant, il s’était toujours cantonné aux épreuves de sprint du courte piste. Il était enfin temps pour lui de tester ce talent qu’il soupçonnait chez lui : l’ultra-endurance.

Puisque Gabriel vient du patinage courte piste, il avait amplement la vitesse nécessaire (même trop : il a déjà fait des tours qui frisent le record de piste du circuit Gilles-Villeneuve). Il lui fallait donc développer son endurance.
Entraînement trail|Les 5 piliers pour progresser (ft. C. Malardé)
L'entraînement pour une course d'ultra-endurance
Gabriel a commencé par courir au mois d’avril. Il avait un été assez occupé avec une pleine session d’école en plus de travailler. Il a donc dû trouver des moyens de s’entraîner qui étaient compatibles avec son horaire. Ainsi, quand la neige a fondu, il se servait de ses rollers pour absolument tous ses déplacements : pour aller à l’école, au travail, chez des amis, chez ses parents… Ainsi, il roulait énormément sans que cela ne l’empêche de vaquer au reste de ses occupations. Il roulait peu importe la température, l’heure ou la distance. Ce fut très bénéfique mentalement : il devait toujours continuer peu importe les conditions, le vent, la nuit, la chaleur… Cela a constitué la majorité de son volume d’entraînement.
Il s’organisait bien sûr des sorties plus sérieuses avec intervalles. Il a également continué à courir, fait quelques randonnées à vélo et nagé, en plus de faire d’importants exercices de renforcement de chevilles et de dos à la maison.
Dix jours avant l’événement, il s’est testé pour découvrir d’éventuels problèmes. Il a fait un 150 km en six heures (non-assisté, dans des conditions exécrables) pour se rendre compte qu’il avait des problèmes d’engourdissement de pieds. Il a pu trouver une solution pour la course.
Jusqu’en janvier, il s’entraînait encore en courte piste. Par la suite, il n’a pas vraiment suivi de programme très précis. Il a suivi quelques lignes directrices : volume, cross-training, renforcement des éléments-clefs (dos, chevilles), affûtage avant l’événement. Il n’a pas le problème de certains qui doivent planifier l’entraînement à l’avance faute de quoi ils ne s’entraîneront pas ; pour sa part, bouger est une hygiène de vie et il le fait par réflexe.
L'objectif du record
Oui, depuis le début, Gabriel avait en tête de faire le record. C’est ce qui l’a motivé à faire ce défi et c’est resté son inspiration tout au long de son entraînement. Publiquement, il était modeste dans ses intentions parce qu’il n’avait aucune idée de la faisabilité de la chose. Mais à l’intérieur de lui, c’était ce qui le poussait à remettre ses rollers jour après jour. Bien des gens doutaient qu’il serait capable, certains lui disaient carrément que n’y arriverait pas.
Il avait calculé qu’avec une moyenne de 9 minutes 30 au tour, il faisait 150 tours. Le record était alors de 146 tours par Christian Beausoleil, qui venait de battre le record absolu de Philippe Coussy (qui a été le premier à dépasser les 600 kilomètres en solo).
L'importance de l'équipe de support
Oui, Gabriel s’était très bien organisé pour la course. Il s’est carrément entouré d’une entière équipe de support, équipe constituée d’amis patineurs qu’il connaissait bien. L’idée pour eux était de passer l’épreuve des 24h dans une ambiance amicale et pour le plaisir en le draftant et le supportant tout au long de l’événement. Cette équipe l’a drafté tout le long de l’événement, prenaient les temps, le ravitaillait en nourriture à chaque tour, transportait ses bouteilles de liquide, l’encourageait… sans eux, il n’y serait jamais arrivé. C’est surtout cela qui a fait la différence : il était super bien préparé.
Le déroulement de la course
Lors des premières heures, son équipe de support (qui était constitué de patineurs de haut niveau) allaient toujours plus vite que le temps prévu. Ses 40 premiers tours étaient en 8:32 de moyenne. Il avait déjà 25 minutes d’avance sur le record. Certains membres de son équipe s’inquiétaient de cette vitesse de croisière qu’ils jugeaient excessive ; cependant, ses jambes étaient fraîches. Il savait qu’éventuellement ce serait son dos qui lui causerait du mal. À ce moment il se disait que 30 secondes par tour n’allait pas changer quoi que ce soit sur la fatigue de son dos. Comme les jambes tenaient et que l’énergie était là, il a préféré garder cette vitesse, profitant d’une avance de plus en plus confortable sur le record.
Les pauses n’étaient pas prévues ; il allait gérer lorsque j’en aurais besoin. Finalement, il en fait deux arrêts. Vers minuit, il commençait à avoir de la difficulté à manger, et il commençait à ralentir. Il a donc pris une pause toilette de 20 minutes vers une heure du matin. Il en a profité pour avaler un grand café.
Après quelques autres heures à rouler à bonne allure, il commençait à avoir sérieusement mal au dos malgré toutes les techniques qu’il avait prévu pour limiter ce problème. Il avait étudié les temps intermédiaires (splits) du précédent record, il savait que Christian s’était arrêté autour de 6 heures du matin. Il a donc fait comprendre à son équipe de support qu’il allait en profiter pour se faire masser le dos sans perdre son avance. Après cette pause-massage nécessaire vers 6 heures trente du matin et son second café, il a terminé la course d’un trait.
Leçons apprises et conseils
On sort transformé de ces épreuves, qui sont une sorte de pèlerinage moderne. C’est presque spirituel. Cependant, pour réussir, il faut vraiment se commettre et se lancer à fond. La satisfaction d’après course est proportionnelle à l’effort pour y arriver. Il ne faut surtout pas sous-estimer l’importance de l’organisation : on ne peut pas être trop préparé.
Il dirait aussi de ne pas se laisser distraire par les nombreux « accessoires » d’entraînement (moniteur cardiaque, GPS, suppléments). Bien que ce sont des outils utiles pouvant être bien utilisés, il faut toujours mettre l’accent sur les bases (efficacité technique, volume d’entraînement, équipement). Par exemple, il n’a jamais utilisé de moniteur cardiaque ou de GPS -pour la vitesse-, ni en entraînement ni pendant la course. Écouter son instinct est le plus important. Il ne dit pas qu’utiliser ces outils est néfaste, mais il est facile d’en oublier les bases et c’est ce qui est dangereux.
Bien qu’il soit un geek du sport et il aime bien s’informer à propos de ces gadgets pour optimiser la performance, il garde en tête que 95% de ses performances sont attribuables aux bases, il met donc 95% de son énergie à travailler les bases.
Vie personnelle et études
Gabriel est encore étudiant. Il a son diplôme de technicien informatique en main, il est en train de terminer son baccalauréat en Génie logiciel à l’École de technologie supérieure (ÉTS). Il était technicien de Photo-finish pour les Mardis cyclistes de Lachine cet été. Il s’agit de la série de courses cyclistes la plus relevée en Amérique du Nord. Présentement il est en stage chez Doculibre, qui offre des solutions de moteur de recherche pour les entreprises.
C’est vrai mais plus sérieusement, il a toujours eu à concilier école et patinage, qui, de son expérience, est encore plus difficile. Quand on travaille, on a pas à se taper trois heures d’étude en revenant à la maison. Concilier école et entraînement de haut niveau demande une très bonne organisation couplée avec une efficacité d’apprentissage redoutable, deux qualités qu’il a développées à travers les années.
Il veut continuer à progresser en roller.
Préférences
- Musique favorite : Électronique et Rock
- Jeux vidéos : J’aime bien les jeux de Valve (Half-life, Team fortress)
- Team : J’étais avec les Rockets avant mon solo
- Alcool ou jus de fruit ?
- Patinage sur glace ou roller-skating ?
- Route ou piste ?
- Sprint ou marathon ?
- Roues dures ou roues tendres ?
- Plage ou montagne ?
- Matin ou soir ?
- Fromage ou dessert ?
- Rap ou techno ?
- Football ou rugby ?
- Simple ou double poussée ?
Qu'est-ce que l'ultra-endurance ?
Le terme d’ultra-endurance désigne l’ensemble des pratiques sportives qui dépassent les formats « classiques » d’endurance. Ces épreuves se caractérisent par une durée, une distance ou une intensité nettement supérieures aux compétitions traditionnelles. C'est notamment le cas des compétitions de type Ironman en triathlon ou encore des 100 km en course à pied. En roller, les distances supérieures au double marathon peuvent être considérés comme entrant dans cette catégorie.
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