Les Critères de Gabarit en Troisième Ligne au Rugby : Évolution et Importance

Depuis l'avènement du rugby professionnel, le poids est devenu un élément déterminant dans la description d'un sportif, au même titre que l'âge et la taille. Jusqu’à présent, il était même crucial. Plus un joueur pesait lourd, plus il était considéré comme puissant, et donc à même de franchir la ligne d’avantage, Graal du jeu de balle ovale.

Le poids a longtemps été une relation quotidienne du rugbyman. « Le sportif se disait : "Si je suis lourd, je vais gagner les impacts et dominer mon adversaire." » C’est l’époque, à la fin des années 90, où les Springboks, carrures imposantes, dominent le rugby mondial à grands coups d’épaule.

Cependant, la notion de poids a évolué au fil des années. Entre temps, regrette Vincent Etcheto, entraîneur des lignes arrière de Bordeaux-Bègles, «on a perdu une génération de joueurs talentueux, dans ces années-là, qui ont abusé de produits pour prendre du poids. Ils y ont laissé les genoux et les tendons...»

La lubie du poids a commencé avec Grenoble au début des années 90, se souvient le troisième-ligne international Olivier Magne. Quand j’entraînais Brive, aussi (2007 et 2008), il y avait cette envie de recruter des joueurs de poids. Mais ça a évolué…

L'Évolution de la Préparation Physique

A partir de 2006, on a davantage insisté sur le train moteur, à savoir le bas du corps, que sur le haut, précise Thibault Giroud. Mais surtout, depuis 2010, le travail de musculation s’effectue en fonction des profils et non plus en fonction des positions.

Les gabarits se sont uniformisés, alors on tient compte des spécificités physiologiques. Un ailier, par exemple, peut avoir besoin de la qualité musculaire d’un pilier, alors qu’il y a trois ans, on n’aurait pas pensé ça.

On parle aujourd’hui de puissance relative, en fonction de la vitesse de déplacement d’un joueur et de sa masse, et non plus de puissance absolue. C’est pourquoi les préparateurs physiques, en rugby, ont fait évoluer la notion de poids.

La Polyvalence et la Tonicité

Plaquages, déplacements, accélérations, implications dans les rucks : le rugby moderne est constitué d’une addition de polyvalences, un pilier et un ailier étant, par exemple, parfois amenés à permuter en fonction de leur position sur le terrain et de leur proximité avec le ballon et l’action en cours.

Cette révolution du jeu est apparue avec le Stade Toulousain dès le milieu des années 80, sous la houlette du duo Villepreux-Skrela, phénomène qui s’est amplifié pour toucher aujourd’hui la plupart des équipes nationales.

On peut dire qu’avec la pratique régulière de la musculation dans le rugby pro, les joueurs ont gagné naturellement en poids, glisse Olivier Magne. Mais le jeu aussi a évolué. Il y a de plus en plus de déplacements. On est passé de 30 à 40 minutes de temps de jeu effectif en dix ans. Regardez les All Blacks, ils dominent le rugby mondial et ne sont pas monstrueux. Ils se déplacent vite et enchaînent les taches.

La clé serait donc la tonicité, davantage que la puissance. Reste que dans le jeu un peu restrictif et très physique pratiqué dans le Top 14, les rucks sont très importants, note Thibault Giroud.

Clermont et Toulon, par exemple, ont compris cet aspect tactique, spécifique au rugby français dans les clubs, et dominent les zones de ruck. Assurer la possession de la balle, la récupérer dans les mains de l’adversaire, accélérer son jeu, ralentir celui de l’adversaire : l’équipe qui maîtrise les rucks maîtrise le jeu.

Le poids, dans ce domaine tactique, a son importance car il est alors associé au centre de gravité des joueurs. Et plus il est bas, plus l’efficacité d’un joueur est grande, à l’image de Steffon Armitage, le troisième-ligne anglais du RC Toulon.

La Recherche de Différence

Contrairement aux années précédentes, la notion de poids, aujourd’hui, est une valeur que l’on retranche, car ce qui compte c’est la puissance relative, liée au poids de corps. Si un joueur de 120 kilos développe 3500 watts, un joueur de 100 kilos qui développera la même puissance sera plus rapide à l’impact et donc plus efficace.

En effet, pour Thibault Giroud, passé par le rugby à XIII, l’athlétisme et le foot américain, c’est l’explosivité qui aujourd’hui, fait gagner les duels. Ce que confirme Fabrice Landreau, le manager général de Grenoble.

La taille et le poids évoluent, certes, mais le gabarit, aujourd’hui, est associé à la notion d’appuis. Le rugby est basé sur le duel à "un contre un" et il s’agit de faire la différence avec trois paramètres : poids, vitesse et appuis, cocktail qui constitue l’explosivité.

Ainsi, la forme du jeu est elle aussi en perpétuelle évolution. On retrouve souvent treize joueurs sur une seule ligne, comme à XIII, précise l’ancien talonneur international. Le but est de passer derrière les épaules de l’adversaire, et réussir ce qu’on appelle un offload. Sonny Bill Williams personnifie cela.

Il a le physique des troisièmes-lignes des années 90. On voit aussi des piliers, comme Choirat, Ducalcon, Ben Arous ou Domingo, réussir des doubles appuis comme des trois-quarts. Alors qu’avant, cela était réservé à des joueurs comme Jean Gachassin, Jack Cantoni et Phil Bennett.

Mutation que valide Vincent Etcheto, entraîneur des lignes arrière de Bordeaux Bègles : Je ne considère pas le poids comme important mais comme superflu. Voire même insignifiant. Le premier critère, en rugby, du moins derrière, c’est la vitesse : vitesse de réflexion, vitesse de déplacement.

L’ailier Blair Connor, par exemple, pèse 82 kilos mais il est puissant car il va vite. Et il gagne ses duels grace à ses appuis. Aujourd’hui, il faut être capable de changer plusieurs fois d’appuis sur dix mètres : c’est ce qui permet de faire la différence.

Mais il faut tenir compte de la spécificité du rugby à quinze, car il y a beaucoup d’informations à trier au moment de la prise de balle, alors qu’à XIII et à 7, c’est différent. On peut jouer davantage sur certains espaces.

Du coup, ainsi que le précise Thibault Giroud, s’effectue en amont, à l’entraînement, un gros travail pour parvenir à transférer la puissance du joueur de la verticalité à l’horizontalité.

En effet, note Giroud, on s’est aperçu que les joueurs avaient rarement les deux pieds au sol quand ils recevaient la balle. Les préparateurs physiques, chargés de développer la performance athlétique, se sont posé la question suivante : Comment, à la façon des sprinteurs, utiliser les appuis sur les dix premiers mètres pour ne pas perdre de puissance ? La réponse a été : En travaillant sur le train moteur.

Ce qui explique pourquoi, aujourd’hui, l’accent est mis sur l’explosivité, les appuis, les changements de direction, davantage que sur la simple dimension musculaire.

Didier Retière, encore : Le tout physique a vécu, reconnait le directeur technique national, ancien talonneur. Les critères de sélection correspondent aujourd’hui à l’évolution du jeu. On cherche, par exemple, des troisièmes-lignes plutôt grands, sauteurs et coureurs et pas obligatoirement des perforateurs-gratteurs.

Même chose pour la ligne de trois-quarts, c’est-à-dire les centres, les ailiers et l’arrière : On s’est aperçu que les petits gabarits râblés et toniques posaient des problèmes aux défenseurs. A l’image de Brice Dulin (1,77m, 83kg), tout sauf un gros gabarit, élu meilleur joueur français, la saison dernière, à l’arrière.

Statistiques Anthropométriques

Une étude réalisée par ROBERTI Kévin en 2020 a analysé les statistiques anthropométriques (taille et poids) de 1945 rugbymen évoluant de l’Équipe de France à la Fédérale 1. L'objectif était d'avoir un support pour comparer où se situent les rugbymen en fonction de leur niveau.

L'étude a révélé que les joueurs étrangers ont une densité physique, en moyenne, plus imposante que les joueurs français puisqu’ils sont toujours plus grand et/ou plus lourd que les joueurs français respectivement dans leur catégorie.

Cependant, il est important de noter que ces indices sont à prendre à titre indicatif et qu'il aurait été judicieux de prendre en compte la masse musculaire et la masse graisseuse de chaque joueur pour une analyse plus précise.

Une autre étude a observé une progression fulgurante de la taille et du poids des joueurs de rugby entre 1988 et 2005, due à la professionnalisation du rugby en 1996. La taille des avants a augmenté de 3.28% en 30 ans, soit 2,3cm tous les 10 ans, tandis que la taille des arrières a augmenté de 4%, soit 2,33cm tous les 10 ans.

Le rugby, sport de combat collectif où la stratégie se mêle à la puissance physique, repose sur l'organisation précise des rôles de chaque joueur. Le pack d'avants représente la force brute d'une équipe de rugby, formant un ensemble cohérent de huit joueurs.

Cette formation d'avants exige une maîtrise technique irréprochable et une coordination parfaite entre les joueurs. La réussite d'une mêlée repose sur plusieurs aspects techniques essentiels. Le placement des appuis, la position du dos et l'alignement des épaules constituent les fondamentaux à maîtriser.

Le pilier moderne travaille sa posture basse, maintient une pression constante et coordonne ses mouvements avec le reste du pack. Le rugby contemporain impose une évolution constante du rôle du pilier. Les changements de règles et l'accélération du jeu transforment ce poste traditionnel.

Le pilier actuel développe sa mobilité, participe au jeu courant et améliore ses capacités de déplacement. La préparation physique s'intensifie, combinant travail de force et exercices d'explosivité.

Dans le rugby actuel, la mêlée nécessite une technique raffinée et une coordination millimétrée. Les avants adoptent une approche plus propre et précise, transformant cette phase en une opportunité de lancement de jeu. Les piliers modernes s'adaptent à cette évolution, privilégiant la stabilité et la maîtrise technique.

Les avants développent une mobilité accrue dans le jeu moderne, sans négliger leur rôle fondamental. Ils alternent entre les phases de contact et les séquences de jeu ouvert, créant des options offensives variées. Cette polyvalence s'exprime par leur capacité à enchaîner les actions, à maintenir la possession du ballon et à générer des opportunités pour leurs coéquipiers.

Le rugby représente une alliance parfaite entre force et finesse, où l'interaction entre avants et arrières définit la qualité du jeu. Les avants, piliers de l'équipe, assurent la conquête du ballon tandis que les arrières exploitent ces possessions pour créer des opportunités offensives.

Les avants ne se limitent pas aux phases de conquête mais participent activement au jeu d'attaque. Le numéro 8, par exemple, joue un rôle pivot en assurant la transition entre les avants et les arrières. Cette polyvalence des avants modernes enrichit les options offensives de l'équipe.

Les deuxième lignes, grâce à leur gabarit, créent des brèches dans la défense adverse, permettant aux trois-quarts d'exploiter ces espaces. Le rugby moderne exige une préparation physique minutieuse des avants, particulièrement pour les phases de mêlée.

La performance des joueurs de première ligne nécessite un programme d'entraînement structuré, combinant force, technique et stabilité. Les avants suivent un régime d'entraînement spécifique ciblant les zones sollicitées en mêlée. Le travail se concentre sur le renforcement du tronc, du dos et des jambes. Les séances alternent entre exercices de force pure et mouvements fonctionnels.

L'entraînement technique des avants intègre des exercices spécifiques sur machine de mêlée et des sessions de répétition en groupe. Les joueurs travaillent leur placement, leur angle d'engagement et leur coordination. La formation aborde aussi les aspects tactiques comme l'adaptation aux différentes situations de jeu.

L'alignement du corps constitue la base d'une mêlée réussie. Les piliers adoptent une posture basse, jambes fléchies, dos droit et tête relevée. Les appuis au sol sont essentiels : les pieds doivent être écartés à la largeur des épaules pour assurer une assise stable.

La position des épaules et le placement du cou nécessitent une attention particulière pour absorber la pression adverse tout en maintenant une poussée efficace. La synchronisation des mouvements entre les joueurs de première ligne définit la qualité de l'engagement.

Le timing de l'entrée en mêlée requiert une coordination millimétrée entre le pilier gauche, le talonneur et le pilier droit. Les trois joueurs doivent maintenir une liaison solide et exercer une poussée simultanée. Cette cohésion permet de créer un bloc compact et de générer une force collective optimale.

La Minute Technique avec Raphaël Lakafia : Le Troisième Ligne

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