Les Critères du MVP en NBA : Mythes et Réalités

La NBA, plus que tout autre ligue de basketball, est riche en traditions et en idées reçues. L'attribution du trophée de MVP (Most Valuable Player) est un sujet de débat constant, alimenté par des critères souvent subjectifs et mal définis. Profitons-en pour rappeler que le fait de décerner les trophées de saison régulière au beau milieu de la campagne de playoffs, lorsque plus personne ne s’y intéresse, est une sacrée mauvaise idée.

Qu'est-ce qu'un MVP ? Comment quantifier le côté « Valuable » d'un joueur ? Dans le cas de la NBA, c'est le terme « valuable » qui porte souvent à confusion. Même si on parle très bien anglais, traduire Most Valuable Player n’est pas tâche facile. Et les critères d’attribution ne sont pas listés de manière précise dans un PDF sur le site de la NBA. Pour être MVP il faut certes être très fort au basket. Gagner pas mal des matchs ça aide aussi. Mais ensuite ? Quels détails vont départager deux saisons de mastodontes ? On sait qu’historiquement, être déjà double MVP en titre, avoir trop de coéquipiers All-Stars ou être considéré trop jeune, ça peut - par exemple - jouer contre un bon dossier. Aujourd’hui, nous allons tenter de répondre aux questions que tout le monde se pose, même LeBron James.

Le MVP NBA (Most Valuable Player) est une récompense prestigieuse décernée chaque année au meilleur joueur de la saison régulière de la NBA. Le trophée porte le nom de Maurice Podoloff, le premier commissaire de la NBA de 1946 à 1963, de sa création jusqu'en 2022 puisqu'il est renommé au nom de Michael Jordan. Ce trophée met en lumière les performances exceptionnelles d'un joueur, ses statistiques individuelles et l'influence qu'il possède sur les résultats de son équipe.

Avant d’énoncer les résultats de nos recherches et de tenter d’en tirer des conclusions, il nous faut procéder à deux rappels importants. En premier lieu, le trophée de MVP n’existe pas depuis 1947 et la création de la NBA. En effet, il faut remonter à 1956 (fin de la saison 1955-56) pour y trouver la première trace, avec le premier des deux sacres de Bob Pettit. Jusqu'à la saison 1979-1980, le MVP est désigné par le vote de joueurs de la ligue. À partir de la saison suivante, les votants sont issus d'une sélection de journalistes sportifs et de commentateurs américains et canadiens. Chacun nomme cinq joueurs, classés par ordre de préférence. Une première place vaut dix points ; une deuxième en vaut sept ; une troisième en vaut cinq ; une quatrième en vaut trois et une cinquième en vaut un seul. Depuis 2010, un bulletin représentant le vote des internautes est ajouté au scrutin.

En second lieu, nous allons apprécier à quel stade des playoffs s’est arrêté le MVP de la saison régulière. Il faut garder à l’esprit qu’en 2024, le second tour de la post-season fait référence à la demi-finale de conférence. En 1958, pourtant, il s’agissait d’ores et déjà des finales NBA.

Critères d'Attribution du Trophée MVP

L’attribution du MVP ne repose pas uniquement sur des chiffres : c’est aussi le poids de la victoire, le leadership, la constance et l’impact collectif qui comptent. Le MVP se distingue avant tout par ses statistiques individuelles exceptionnelles (points, rebonds, passes décisives, interceptions, etc.).

Le MVP de saison régulière peut connaître, ces dernières années à tout le moins, six résultats collectifs distincts :

  • Une non-qualification en playoffs, tout d’abord.
  • Au-delà, il peut connaître une défaite au premier tour des playoffs (0 série remportée).
  • En demi-finale de conférence (1 série remportée).
  • En finale de conférence (2 séries remportées).
  • Ou en finale NBA (3 séries remportées).

Six résultats collectifs distincts, donc. Faites vos jeux.

Le futur MVP est souvent un joueur doté d'une forte personnalité et d'un leadership reconnu par ses coéquipiers et médias. Cet aspect du leader charismatique est tout aussi important que les statistiques. Une stratégie efficace consiste à suivre de près l'actualité médiatique autour d'un joueur, car la popularité et le soutien médiatique influencent les votes.

Évidemment, être un bon défenseur vous aide à gagner des points pour le trophée de MVP. En d'autres termes, pour aller plus loin et mettre toutes les chances de votre côté, étudiez la dynamique d'équipe lors des matchs opposant directement deux candidats potentiels au trophée MVP.

Statistiques et Performances

Notre confrère s'est « amusé » à calculer toutes les moyennes des joueurs ayant reçu ce trophée afin de nous donner une sorte de MVP type. Les intérieurs ont longtemps dominé cette récompense, mais la tendance s’est inversée ces dernières années. L’âge moyen des MVP est stable à 27,4 ans environ. Très peu de joueurs l’ont remporté avant l’âge de 25 ans. Au contraire, il est même de plus en plus rare des voir des joueurs de moins de 25 être nommés MVP. Le taux de réussite au shoot est un paramètre important pour décrocher le titre. Les intérieurs dominent le classement grâce à des statistiques impressionnantes en rebond : plus de 10 par match pour les meilleurs d'entre eux. Le joueur ayant remporté le plus de points remporte le titre de MVP.

Pour la petite histoire, sachez que Magic Johnson (1988-89) possède la meilleure moyenne de passes pour un MVP avec 12.8 caviars distribués par match auxquels il faut ajouter 22.5 points et 7.9 rebonds. Cette moyenne de passes relativement faible contraste avec le grand nombre de rebonds mais s’explique notamment par le fait que les intérieurs ont glané 35 trophées depuis 1956.

À ce jour, il n'y a que quatre équipes qui soient au-dessus de la barre symbolique des 72.3%, il s'agit de San Antonio, Boston, Dallas et Miami. Rapporté à une saison de 82 matchs cela donne une moyenne de 59.3 succès alors, par pitié, arrêtez de nous demander d’ajouter Blake Griffin ou Kevin Love.

Le Parcours en Playoffs et l'Impact sur le Titre de MVP

À entendre les gens gueuler comme des ânes lorsqu’un 6ème de conférence est sacré MVP, on comprend bien qu’il est quasiment impossible, de nos jours, que le meilleur joueur des 82 premiers matchs de la saison ne dispute pas les playoffs. Ironie de la chose, le MVP en question est l’un des trois joueurs qui est le plus fréquemment cité dans la si pénible course du GOAT : Kareem Abdul-Jabbar.

Attention, encore une fois, le premier tour de playoffs n’a pas toujours existé. Si l’on s’en tient à la définition que nous lui donnons aujourd’hui, le MVP s’est ramassé d’entrée de jeu en playoffs à 5 reprises. On se souvient, par exemple, que Dirk Nowitzki a récupéré son trophée de meilleur joueur de la saison 2006-07 en tongs (littéralement), après l’élimination des Mavericks au premier tour face aux Warriors version We Believe, 8ème de la conférence ouest. C’est d’ailleurs, pour l’anecdote, la seule et unique fois de l’histoire qu’un MVP, doté de surcroît du meilleur bilan de la Ligue en saison régulière (pas seulement de sa conférence, Dallas avait remporté 67 matchs), prend la porte dès le premier tour.

Dans le format « premier tour, demi-finale, finale de conférence, finale NBA », le MVP s’est donc pris les pieds dans le tapis dès le premier tour à 5 reprises, soit 7,25 % du temps. On trouve ce résultat dans quasiment toutes les décennies, hormis 1960 et 1990 (si l’on excepte 1950, qui est bien écourtée). Sachez que dans d’autres formats de playoffs, plus anciens, il est arrivé à 4 autres reprises que le meilleur joueur de la régulière soit éliminé à la première série, qu’il s’agisse de ce qui était alors appelé la demi-finale de conférence (Bob McAdoo en 1975, Wes Unseld en 1969, Wilt Chamberlain en 1966) ou la finale de conférence (Bob Pettit en 1959).

Au final, ce sont 14 MVP qui ont échoué en demi-finale de conférence, soit 20,29 % d’entre eux. Cette fois-ci, la répartition au cours des décennies est totale : 1 occurrence dans les années 1950, 1980, 2000 et 2010, 2 occurrences dans les années 1960, 1970 et 1990 et, déjà, 4 occurrences au cours de la décennie 2020.

La finale de conférence constitue le palier absolu de certaines légendes, comme Steve Nash par exemple, qui s’y est arrêté à deux reprises en tant que MVP de saison régulière en 2005 et 2006. Spoiler, parmi tous les résultats collectifs que nous avons cités depuis le début de cet article, le stade des finales de conférence est celui qui est, pour l’heure, le plus représenté : 17 fois, soit 24,64 % du temps. Encore une fois, cette élimination en finale de conférence est d’une récurrence métronomique, puisqu’on la retrouve chaque décennie, hormis celle en cours. On la rencontre tout particulièrement en 21ème siècle : 9 fois sur 17. En somme, depuis 2001, le MVP arrête sa campagne printanière en finale de conférence 37,5 % du temps, contre seulement 17,7 % du temps au siècle dernier.

À l’inverse de la catégorie précédente, aucune disparité notable ne peut être effectuée en fonction des siècles. Au 21ème, trois MVP se sont inclinés en finale NBA (soit 12,5 %) : Allen Iverson en 2001, face aux imbattables Lakers de Shaq et Kobe, ce même Kobe Bryant en 2008, face au rival de Boston et, bien sûr, Stephen Curry en 2016, à l’issue de l’incroyable remontada des Cavaliers. Au 20ème, le résultat est quasi-identique : 13,33% des saisons de MVP se terminent par une défaite cruelle en finale NBA, soit 6 occurrences.

MVP et Titre NBA : Un Mythe Réel ?

La plus forte probabilité est la suivante : le MVP de saison régulière remporte, dans la foulée, le titre NBA. Les calculs sont simples. Si l’on cumule les hypothèses d’élimination en demi-finale de conférence et en finale NBA, on tombe sur le même ratio que le nombre de victoire finale. Il en va de même si l’on additionne les défaites au premier tour, en finale de conférence et le cas de la non-qualification.

Déjà, il est à noter que lorsque le MVP se hisse jusqu’en finale NBA, il l’emporte 71,88 % du temps. Clutch. Ensuite, à nouveau, on retrouve des Most Valuable Player bagués la même saison à toutes les époques.

Cette victoire collective du MVP reste donc rare de nos jours. On la retrouve bien plus fréquemment au cours des 50 premières années de la Ligue (42,22 % du temps) que depuis le changement de millénaire (16,67 %). Il faut dire que certaines locomotives, telles que Bill Russell, Michael Jordan ou Kareem Abdul-Jabbar, ont fait grossir les chiffres.

Remarquons également que, le plus souvent, les joueurs à n’avoir été qu’une seule fois MVP dans leur carrière n’ont pas, la même saison, remporté le titre NBA. Il y a là une forme de logique, puisque plus on est MVP, plus on multiplie la possibilité d’être, la même saison, champion NBA.

Au final, seuls Bob Cousy (1957, avec les Celtics), Willis Reed (1970, avec les Knicks), Hakeem Olajuwon (1995, avec les Rockets) et Shaquille O’Neal ont réussi ce tour de force.

Cela nous permet de donner une réponse tranchée à la question posée par notre titre : voir le Most Valuable Player de saison régulière soulever le Larry O’Brien trophy n’a rien d’un mythe, c’est même l’hypothèse la plus récurrente, d’assez loin. Le propos peut néanmoins être nuancé si l’on analyse la question à travers le prisme du 21ème siècle, puisque dans ce cas, le chiffre chute drastiquement : le MVP remporte le titre NBA que 16,67 % des saisons, soit 1 sur 6.

Historiquement, le MVP remporte fréquemment le titre NBA la même année mais, récemment, l’hypothèse est rare, voire inexistante.

Les Facteurs Clés : Bilan Collectif et Dynastie

Il est euphémistique de dire que les critères retenus par les votant... L’ailier-fort de Dallas n’est toutefois pas le seul MVP à n’avoir remporté aucune série de playoffs la même année. Cela a été le cas, en 2022, pour les Nuggets de Nikola Jokic, défaits 4-1 ensuite par les Warriors. Toutefois, l’élimination pouvait se sentir, puisque Denver n’avait alors que le 9ème bilan de la Ligue.

Sur les 78 saisons de l’histoire (en tenant compte des 9 MVP officieux), le MVP de l’exercice régulier a possédé l’un des trois meilleurs bilans de la Ligue à 64 reprises, soit 82,05 % du temps. D’ailleurs, il est à noter que parmi les MVP qui ont gagné le titre la même saison, seul LeBron James 2012 n’avait pas l’un des deux meilleurs bilans de NBA (4ème). En somme, lorsqu’un tel scénario se réalise, il peut le plus souvent être anticipé. Par exemple, malgré l’inexpérience globale de l’équipe, personne ne serait véritablement surpris si Shai Gilgeous-Alexander - probable MVP 2025 - venait à remporter le titre NBA en juin prochain.

Au-delà, l’on s’aperçoit que les « MVP / champion la même année » appartiennent le plus souvent à une équipe bien spécifique : une dynastie. Rares sont finalement ceux qui y sont parvenus dans un effectif qui n’a remporté qu’un seul titre au cours d’une période donnée. Certes, définir avec exactitude ce qu’est une dynastie n’est pas aisée. Que penser, par exemple, des Spurs de Tim Duncan ?

Parfois, le titre collectif remporté par le MVP de saison régulière est d’ailleurs celui qui lance la dynastie en question. En somme, si la probabilité la plus forte, pour le MVP de saison régulière, est de remporter le titre NBA, il y a deux raisons majeures : le bilan collectif l’année considérée, qui l’a aidé à être MVP et qui démontre qu’il évolue dans une équipe très compétitive et, en sus, le fait qu’il soit très fréquemment la tête de gondole d’une équipe historique.

tags: #mvp #saison #nba