Le Triomphe du Volley-Ball Français : L'Histoire d'une Équipe et d'une Star, Earvin Ngapeth

Le volley-ball français a connu un essor considérable ces dernières années, culminant avec des succès historiques aux Jeux Olympiques et sur la scène internationale. Parmi les figures emblématiques de cette réussite, Earvin Ngapeth se distingue comme une star incontournable.

Earvin Ngapeth lors des Jeux Olympiques.

Le Triomphe Olympique de Tokyo 2020

Si, cet été, l’équipe de France de volley débutera ses Jeux Olympiques à Paris avec un statut à défendre, c’est grâce à son succès historique lors des Jeux 2020 (disputés en 2021 en raison du Covid) de Tokyo. Pour arriver à la médaille d’or, les Bleus n’ont pas fait dans la facilité.

Défaits par les USA dès le premier match de la compétition (3-0), qui se jouait à huis clos, en août 2021, après le report du fait de la pandémie de Covid, la France se relançait face à la Tunisie (3-0) lors de la 2 journée. Mais la défaite face à l’Argentine (3-2) venait redoucher les ambitions tricolores. Il faudra alors se battre jusqu’au bout pour s’inviter en quarts de finale avec une belle victoire 3-1 face au Comité olympique russe (ROC), mais surtout deux sets arrachés lors de la défaite 3-2 face au Brésil.

4ème de la poule B, la France devance les Etats-Unis de justesse, mais hérite des doubles champions du monde polonais (2014 et 2018). La France réalisera un authentique exploit en remportant son quart de finale 3 sets à 2. Portée par ce nouvel élan positif, les Bleus ne feront pas de détails face à l’Argentine avant d’aller décrocher la plus belle des médailles avec un match incroyable face à la Russie (3-2).

Emmenée par une génération exceptionnelle avec notamment, Benjamin Toniutti, Kévin Tillie, Nicolas Le Goff, Barthelemy Chinenyeze, Jean Patry, Antoine Brizard, Stephen Boyer, Daryl Bultor, Trévor Clevenot, Yacine Louati, Jénia Grebennikov et bien évidemment la star des Bleus, Earvin Ngapeth.

Les Clés du Succès selon Earvin Ngapeth

« Les Jeux Olympiques, ça se prépare depuis longtemps, explique ce dernier pour dévoiler la recette du succès. C’est une échéance très importante, particulière pour les sportifs. On ne s’y prépare pas en un mois ou deux, c’est une prépa qui commence des années à l’avance. Nous les volleyeurs, on s’y prépare depuis le dernier point des JO précédent.

« Je me réveille le matin, j’y pense, c’est toujours présent. Quand je vais à l’entraînement pendant la saison en club, je prépare le prochain match de championnat, mais aussi pour les JO, parce que j’ai besoin d’être performant en club, mais aussi avec l’équipe de France. La préparation a commencé depuis pas mal de temps et se peaufine tous les jours. On affûte tout ça quand on se retrouve tous ensemble avec l’équipe de France.

« Ce chemin, cette idée de toujours penser à ça, a compté à la fin, il fallait être patients, avoir des joueurs très talentueux, mais aujourd’hui, ce ne sont pas que des joueurs talentueux, c’est une équipe qui a été monstrueuse.

« Une victoire, ça reste un rêve, mais rien n’est impossible. On y croit. En tant qu’athlète, l’objectif est toujours la victoire. C’est un grand défi. »

Mais il est évident que la présence d’Earvin Ngapeth n’a pas été anodine dans la victoire de la France lors des JO. « Earvin est toujours là pour faire quelque chose d’extraordinaire, pour le show, dévoile le libéro champion olympique de Tokyo 2020. Il nous aide, il nous pousse. C’est un joueur qui va de l’avant, qui compte sur nous pour le mettre dans de bonnes dispositions pour qu’il soit à l’aise et qu’on kiffe ensemble sur le terrain. C’est un joueur fondamental pour l’équipe de France depuis plusieurs années.

En remportant sa première médaille d’or à Tokyo, le volley-ball français s’est invité parmi les sports qui comptent dans l’Hexagone. C’est le nombre de points inscrits par Earvin Ngapeth durant la compétition. Il a seulement été devancé par l’Argentin Bruno Lima et ses 138 réussites.

JEUX OLYMPIQUES - Le replay intégral de la finale France-ROC en volleyball à Tokyo (2020)

L'Analyse des Joueurs Clés de la Finale Olympique France-ROC

Retour sur les performances individuelles qui ont marqué la finale historique contre le ROC :

  • Earvin Ngapeth (note 9/10) : 26 points (dont 3 aces) à 52 % de réussite sur une finale olympique avec des genoux bien entamés, c'est simplement hallucinant. Ses deux premiers sets et demi sont même tout proches de la perfection. Petite diagonale, pipe, attaque, block-out, Earvin Ngapeth a tout fait bien à ce moment-là. Il a tenu la réception, il a réclamé les ballons, il a appelé « Toinou » (Antoine Brizard), il a harangué, il a été le premier Français à contrer (Egor Kliuka, 6-3 dans le 2e set). Il a même défendu un ballon jusque sur le banc des photographes ! Il a chambré aussi, après un ace flottant, s'est marré tout le temps, même sur ses temps de frustration dans le quatrième set (2 pts à 1/4). Revenu en pleine lumière dans le tie-break avec une pipe désaxée sublime, une attaque qui casse le block à trois en même temps que le mini-break russe (6-6), il a sorti ce service lifté court de roublard pour offrir aux Bleus une balle d'attaque décisive dans le money time. Bref de l'unique et du très grand Earvin Ngapeth sur cette finale olympique.
  • Antoine Brizard (note 8/10) : Il a terminé son tournoi en apothéose et s'est peut-être installé pour un moment dans le costume de meneur de jeu français. Le futur passeur de Piacenza a encore été samedi redoutablement efficace. Au-delà de sa qualité de main et de ses choix bien sentis, Antoine Brizard a posé son physique sur le terrain et cela a pesé de manière décisive. À 19-22 dans le premier set, sa rotation au service est clairement un tournant du match. Il inscrit quatre points dont deux aces (4 au total) et inverse le momentum. Ultra présent défensivement, il est allé chercher une balle dans le camp russe, a mis le poing pour en sauver une autre, a relancé les centraux à bon escient en attaque, trouvant Chinenyeze en fixe dans le tie-break (11-10). Et puis, il y eut surtout cette première main pleine de culot et de sang-froid pour donner aux Bleus deux balles de match historiques.
  • Jenia Grebennikov (note 7/10) : Après avoir bien installé ses camarades de la ligne arrière, Earvin Ngapeth et Trévor Clévenot en réception, le libéro français a défendu son terrain avec un acharnement et une justesse qui ne se sont jamais démentis tout au long du tournoi. Il a sorti une défense de titan sur un missile de Kliuka au premier set, a dévissé un ou deux ballons, mais a rendu tous les autres souvent très propres pour mettre son passeur dans le confort. Il a aussi réussi une passe « rainbow manchette » incroyable dans le troisième set, avant de ne pas trembler d'un pouce sur un service canon de Victor Poletaev dans le tie-break. Bref, à Tokyo, Grebennikov a gardé le temple, n'y laissant entrer que l'or olympique.
  • Nicolas Le Goff (note 7/10) : Le central montpelliérain (8 pts à 60 % en attaque, deux contres) a fini très haut ce tournoi olympique. Sa présence et son activité au block ont longtemps perturbé la mécanique offensive russe, freinant pas mal de ballons. Le Goff y est aussi allé de quelques fixes, pas toujours tonitruantes mais gagnantes. Son contre sur Mikhailov avec la mimine droite en redescendant est une spéciale et son timing avec Brizard s'est aiguisé au fil du match. Même s'il s'est fait défendre dans le tie-break et que les Bleus furent alors au bord du précipice (3-6), son passage au service sur la rotation suivante a été décisif, avec trois points inscrits et le doute installé pour de bon dans les esprits russes.
  • Jean Patry (note 6/10) : Ce fut match d'attaque plutôt compliqué pour le pointu milanais, entamé par deux smashes out et une faute directe au service. Mais Patry n'a jamais lâché et a surtout été d'un investissement remarquable hors de son domaine de compétence. Il a notamment sorti une défense solide dans le deuxième set et s'est mué en passeur sur une situation mal embarquée. Il est venu bloquer Yaroslav Podlesnykh pour faire le mini-break dans le troisième set. À la peine face au mur russe dans la quatrième manche et au début du cinquième set (15 pts à 37 % au final), il a joué comme il faut les mains à 11-11 et surtout sorti l'ace au meilleur moment pour faire 13-11 dans le tie-break.
  • Barthélémy Chinenyeze (note 6/10) : Il n'a pas vu beaucoup de ballons en attaque (9 au total). Mais le central français a été actif et efficace à la finition (7 pts à 6/9), même s'il ne fut pas souvent décisif au block (1 contre). Une défense valeureuse en manchette, son contre qui valide une défense irréelle de son compère Ngapeth et qui entretient la dynamique. Une ou deux roublardises sur des passes tendues avec son ex-compère de Toulouse, Antoine Brizard. Et surtout un grand sang-froid sur la fixe gagnante dans le tie-break (11-10).
  • Trévor Clévenot (note 5/10) : Ultra-précieux et efficace tout le tournoi, où il a pris la place de titulaire au poste de réceptionneur-attaquant à Kevin Tillie, le futur joueur d'Ankara n'a pas eu sa réussite habituelle en attaque. Très vite attrapé, il a commencé le match par un 0/5 qui l'a contraint à forcer un peu choses ensuite. Mais Clévenot a eu le mérite de conclure les deux premiers sets en jouant le haut du contre.

Le Retour d'Earvin Ngapeth en France

Treize ans à l’étranger… puis un retour à la surprise générale dans un championnat de France de volley pourtant délaissé par ses internationaux. Le double champion olympique et vedette des Bleus, Earvin Ngapeth, s’est engagé, jeudi 19 septembre, avec le club de Poitiers pour une saison - avec une option pour partir à la fin de l’année 2024 en cas d’offre intéressante.

« Ça fait maintenant plus de dix ans que je suis à l’étranger. Je suis papa de trois enfants, ils grandissent, il y a l’école », a expliqué Earvin Ngapeth au micro de la station locale. « Je me laisse la possibilité, si quelque chose se passe, de partir à la fin du mois de décembre. Ce qui est sûr à 100 %, c’est que toute la phase aller, je serai là », a-t-il ajouté.

Mais ce club est celui de sa ville de cœur, celle où vit toujours sa mère et où il a effectué ses premiers smashes et ses premières manchettes. Son père Eric avait offert au SPVB son premier titre de champion, en 1999.

« J’ai grandi dans cette salle, avec cette équipe, dans cette ville, a insisté l’intéressé sur France Bleu Poitou. Mes premières grandes émotions de volley-ball ont été ici. Je savais que ça arriverait, mais pas aussi vite. »

Son retour dans l’Hexagone braque les projecteurs sur le SPVB, comme sur le championnat de France, déserté par ses internationaux de premier plan, faute de moyens. Le central Nicolas Le Goff, qui évolue à Montpellier, était jusqu’à présent le seul Bleu parmi les médaillés de Paris à jouer en Ligue A la saison à venir. Il sera donc rejoint par le plus illustre d’entre eux, sacré meilleur joueur du tournoi olympique en 2021 puis en 2024.

« Vous ne rêvez pas... Earvin Ngapeth sera bien le 15e homme sous les couleurs d'Alterna SPVB cette saison », s’est réjouie la formation sur son site Internet lors de l’annonce.

L'Impact Économique et Populaire

Au-delà, Ngapeth est venu offrir un sacré coup de projecteur à un championnat de France de volley toujours en mal de notoriété, principalement parce que très peu d'internationaux français y jouent. Nicolas Le Goff (Montpellier) s'apprête ainsi à redevenir le seul médaillé d'or olympique à évoluer dans l'Hexagone, les clubs de Ligue A disposant de moyens financiers bien inférieurs à leurs homologues italiens, polonais ou turcs.

Mais les affluences ont aussi grimpé en flèche dans toutes les salles où Ngapeth s'est déplacé. Lors de la deuxième journée à Chaumont, la billetterie a été "prise d'assaut pendant quelques minutes, si bien qu'il était compliqué de s'y connecter", a raconté le club haut-marnais.

Résultat : une affluence en hausse de 33% lors de Chaumont-Poitiers et même de 180% lors du déplacement des Poitevins à Montpellier, a détaillé la Ligue nationale de volley, précisant que les salles s'étaient davantage remplies partout où Poitiers est allé.

Avant son départ, Ngapeth a disputé son dernier match avec le Stade Poitevin le 27 décembre à l’Arena Futuroscope contre Tours, sa première formation chez les professionnels quittée en 2011 pour entamer un parcours de 13 ans à l’étranger, en Italie, Russie et Turquie.

Premières Années et Évolution du Joueur

Les premières années d’Earvin Ngapeth racontent l’histoire d’un jeune volleyeur qui peine à se situer sur le terrain. Passeur d’abord, pointu ensuite en équipe de France cadets avant de s’imposer au poste de réceptionneur-attaquant.

« Il avait eu une poussée de croissance autour de ses quinze ou seize ans, retrace encore Kévin Le Roux. On voyait qu’il avait énormément de talents, sans doute via son père (Éric, qui a été international camerounais et français dans les années 80-90). Ce n’était pas le plus grand mais c’était de loin le plus rapide, le plus technique et le plus créatif. Très vite s’impose le constat suivant. Le natif de Saint-Raphaël a de l’or dans les mains et n’est définitivement pas un volleyeur comme les autres.

« Quand on invente des gestes dans sa discipline, c’est qu’on a quelque chose de plus que tous les autres », résume Pascal Foussard. L’emblématique dirigeant du Tours VB sait de quoi il parle.

L'équipe de France masculine de volley-ball.

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