Deux après son test-match pré Coupe du Monde, la France va retrouver le Pays de Galles. Cette fois-ci dans un contexte très particulier : la qualification à la prochaine Coupe du Monde en Australie. Ce sera la 45ème confrontation entre ces deux équipes. Pour mémoire, la dernière rencontre en juin 2022 à Albi s’est soldée par un succès 34 à 10.
En octobre 2018 à Carcassonne, les Bleus s’étaient imposés 54-18 avec, en prime, le titre de Champion d’Europe cette même année. Un adversaire à prendre au sérieux pour les hommes de Laurent FRAYSSINOUS, puisque ces derniers avaient privés en 2015, les Bleus d’une place dans le Four Nations (défaite 14 à 6).

Les origines du rugby à XIII
L’histoire du rugby à XIII en France se calque sur celle du rugby à XIII dans notre région. Véritable puzzle à trous. Dés 1895 à l'hotel St Georges d' Huddersfield , des équipes de la région de Leeds et de Manchester font secession en créant la Northern Rugby Football Union, ancêtre de l'actuelle Rugby Football League, qui fait passer en 1906 le nombre de joueurs à 13, avec deux avants en moins.
La RFL - Rugby Football League - gère les compétitions de rugby à XIII et la RFU - Rugby Football Union - s’occupe du rugby à XV. La RFL est officiellement née en 1922 mais tire ses origines de la création, le 29 août 1895, à Huddersfield (Yorkshire), de la Northern Rugby Football Union, à la suite de la scission des clubs du nord de l’Angleterre avec la RFU. Une scission liée à la question du manque à gagner.
Les joueurs du Nord, pour la plupart ouvriers ou mineurs, n’ayant pas les moyens de ceux du Sud, étudiants issus de riches familles. Jean Galia est alors séduit par le match d’exhibition disputé le 31 décembre 1933, au stade Pershing à Paris, entre les treizistes australiens et anglais (61-13). « Un rugby pareil, ça ne se décrit pas, déclare l’athlète et homme d’affaires. Ça se déguste comme un mets rare. »
Noir et Blanc [Évolution du XV de France]
Dans le même temps, ce fils d’un maraîcher d’Ille-sur-Têt (66) est missionné par les Britanniques de la RFL, Rugby Football League, pour organiser, début 1934, une tournée d’initiation en Angleterre. Cette formation pionnière, les Galia’s Boys, rassemble 17 joueurs mis au ban de la Fédération quinziste. Tout s’accélère. Le 6 avril 1934 naît la Ligue française de rugby à XIII.
Son premier championnat rassemble dix équipes : Sport Athlétique de Villeneuve-sur-Lot XIII (le SAV XIII est né en 1934 suite à la suspension par la fédération quinziste en novembre 1932 du CAV XV qui a basculé vers le treize), Paris Rugby Treize, Union Sportive Lyon Villeurbanne, Racing Club de Roanne, XIII Catalan (Perpignan), Racing Club d’Albi, Pau XIII, Côte Basque XIII, Bordeaux XIII, Sport ou Stade Olympique (ou Olympien) Bittérois XIII.

Le rugby à XIII en France sous le régime de Vichy
Durant l'occupation, certains de ses dirigeants profitent de leurs accointances avec Vichy pour obtenir, en 1940 , l'interdiction du XIII dont les instances sont dissoutes et les biens saisis. Ce terme est faible pour évoquer la décision du gouvernement Pétain d’interdire le rugby à XIII en 1941 (décret du 19 décembre). Fait unique et fait inique. Le texte stipulait : "L’association dite Ligue française de rugby à XIII, dont le siège social est à Paris, 24, rue Drouot, est dissoute, l’agrément lui ayant été refusé."
En renforçant l'autorité de l'Etat, en organisant les professions sous forme de corporations, en restaurant la prééminence de l'Eglise, en célébrant les vertus de la mère au foyer, Vichy affichait son refus de l'individualisme. Cet interdit était l'un des piliers de la révolution nationale en marche. Le rejet du professionnalisme sportif s'inscrivait dans le droit fil de cette politique.
« Le treize était le seul sport à s'être lancé dans cette voie. Il responsabilisait les joueurs et leur reconnaissait un statut qui ouvrait droit à rémunération », insiste Robert Fassolette. Le rugby à XIII introduit en France par Jean Galia n’avait plus droit de cité. Derrière ce coup de Jarnac, il y avait des quinzistes évidemment, dont un certain Joseph Pascot, colonel de l’armée de terre et ancien demi d’ouverture international (six capes entre 1921 et 1927).
La renaissance et les défis du rugby à XIII
Réhabilité après la guerre, le rugby à XIII renaît de ses cendres lors du congrès fédéral à Arcachon, du 2 au 4 juillet 1948, certes sans récupérer ses biens spoliés en 1941. Jusqu’en 1993, il s’appellera Jeu à XIII. France - Kiwis (équipe de Nouvelle-Zélande), match de rugby à XIII, au stade Lescure à Bordeaux, le 30 décembre 1951.

Mais grisé par son succés populaire , le XIII français rate le train de la diffusion télé et laisse le champ libre les samedi aprés-midi bercés par les << Allez les petits! Totalement absent des écrans français de 1981 à 2001, le XIII peine à s'y refaire une place. Le championnat de France est retransmis parcimonie sur des chaines cablées ou régionales. La NRL , le championnat pro.
Le rugby à XIII féminin
Il fallait faire oublier le déconvenue subie en Angleterre au mois d’avril dernier. Avec un groupe qui se rodait, les Françaises s’étaient inclinées 64-0 à Warrington. Des enseignements ont été tirés depuis par le staff tricolore, pour repartir rapidement de l’avant et faire progresser ce groupe. Stage après stage, les Bleues se sont trouvées et ont offert une belle rencontre au public carcassonnais venu remplir Domec.
Même si le match a été entaché par quelques imprécisions, les françaises ouvrent la marque par Laureane BIVILLE (11’) suite à un bel enchaînement collectif. Les équipes vont s’observer jusqu’à la mi-temps sans faire évoluer le tableau d’affichage. Le second chapitre de cette rencontre repart sur ces mêmes bases et les deux équipes se neutralisent.
La conduction physique des françaises est mise à rude épreuve durant les vingt dernières minutes. Le Pays de Galles va trouver la faille après plusieurs chaînes et inscrire un essai non transformé à la 76ème. Mi-temps : 10-0. Pour la France : Biville (11ème), Sammara D. (19ème), Ramazeilles (59ème).
Les compétitions et l'avenir
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le XIII de France n’a pas encore disputé sa demi-finale du Challenge Européen ce mardi face à l’Ukraine (19h30, en baisser de rideau de Galles-Serbie à 17 heures). Une affiche inédite à Carcassonne, entre deux nations treizistes aux antipodes l’une de l’autre. D’un côté, les Français, certes loin du niveau de jeu des nations majeures de la discipline (Australie, Nouvelle-Zélande, Angleterre), mais assurément d’un autre calibre que les Ukrainiens.
Si la France remporte ces deux rendez-vous, elle sera intégrée au Final 4 en 2025, parmi les Îles-Cook, l’Afrique-du-Sud et la Jamaïque. Des Bleus amenés à nouveau par l’ancien coach des Dragons Catalans puis de Saint-Helens jusqu’à ces dernières semaines, le sélectionneur Laurent Frayssinous. « C’est certain que nous sommes largement favoris et il faut l’assumer. Je ne connais pas du tout cette équipe de l’Ukraine, mais il va falloir faire un match sérieux pour atteindre une finale samedi prochain. Très certainement, face au Pays-de-Galles. »
En 1935, le SAV - USV XIII en 1944, Léopards d’Aquitaine en 1998, Villeneuve XIII Rugby League en 2011 (en Élite 1) - remporte le premier de ses neuf titres de champions de France (10 finales perdues). Il est le 3e club inscrit au tableau de la fédération, le 2 juin 1934, après le Quartier Étudiants Club de Paris, les 28 et 29 mai. Le premier adhérent, les 25 et 26 mai, est le SA Tonneinquais, resté incontournable dans le paysage treiziste.
