France-Espagne : Un Match Olympique Historique

A l’issue de prolongations arrachées à des Espagnols coriaces vendredi, les Bleus de Thierry Henry sont passés à côté du titre olympique, qui leur échappe depuis quarante ans.

Trimballés la majeure partie du match par une équipe espagnole d’une fluidité collective à hurler, les Bleus se sont débrouillés pour ne tomber qu’en prolongations (3-5) au terme d’un match merveilleux, plus intense que tout ce que le dernier Euro organisé en Allemagne aura pu nous offrir. Même chez un spectateur neutre et ouvert, le cœur a menacé parfois de sortir de la poitrine, la puissance expressionniste et la dramaturgie secouant les présents du sol au plafond. Voilà pour le foot olympique : il est tout simplement ce que les acteurs en font.

On disposait vendredi d’un solide repère d’une équipe à l’identité affirmée : la Roja espagnole. Deux (le milieu Alex Baena, l’attaquant Fermín López) de ceux qui ont sorti les Bleus en demi-finale de l’Euro voilà un mois étaient là mais les autres sont taillés dans le même bois, l’art du contrôle-passe et du déplacement sans ballon comme points cardinaux. Dès lors, l’objectif tricolore était net : faire rentrer les manieurs de ballon espagnols dans le duel. Les choper, en langage trivial.

Après un match à suspens, les Bleus de Thierry Henry s’inclinent lors des prolongations face à l’Espagne (5-3) et repartent avec la médaille d’argent.

Maghnes Akliouche et Loïc Badé après la défaite française contre l'Espagne, le 9 août. (Isabel Infantes/REUTERS)

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Un Scénario de Folie au Parc des Princes

A la mi-temps, les Bleus faisaient une tête épouvantable et cette finale olympique semblait partie pour un score de tennis. Après l’ouverture du score sur une double erreur espagnole (relance puis faute de main du gardien Arnau Tenas) scellée par Enzo Millot (1-0, 11e), Pau Cubarsi et consorts ont démarré le manège. Une symphonie de passes et de mouvements sans ballon, tous plus subtils les uns que les autres et conclus à deux reprises par Fermín López (18e et 25e, 1-2), puis un coup franc enroulé d’Alex Baena après que Loïc Badé a découpé un Juan Miranda trop rapide pour lui (3-1, 29e) et l’Espagne était aux manettes.

Et rien, mais alors rien ne laissait présager de ce qui allait suivre. La Roja naviguait en eaux calmes. Elle mangeait le chrono à ses heures, se montrait dangereuse quand elle le voulait. Bref : elle voguait paisiblement vers un titre olympique suave, élégant.

Au fond, les tricolores auront passé la seconde période à faire la seule chose qui vaille. S’accrocher aux branches, y mettre du cœur. Un arrêt phénoménal de Tenas sur une frappe de Manu Koné (72e) a montré l’acharnement de Philippe Mateta & co, la haute conscience du match sans lendemain, de l’occasion d’une vie qui ne repassera jamais. Un coup franc dans le tas repris avec un certain bonheur par Maghnes Akliouche a remis les tricolores dans le jeu (2-3, 79e). Et, surtout, donné une prise au public du Parc des Princes, qui l’a saisie à pleines mains.

On jurerait que l’ambiance, indescriptible, fut pour quelque chose dans la consultation du VAR durant les arrêts de jeu, l’arbitre brésilien Ramon Abatti envoyant ensuite Mateta égaliser en force sur penalty (3-3, 90e + 3) sous les trombes d’eau.

On ne sait pas par quel prodige collectif et mental la Roja est parvenue à remettre la main sur le match. Peut-être se sont-ils dit que c’était du foot, un match comme tous les autres, et qu’ils étaient plus forts à ce jeu-là. L’attaquant du Rayo Vallecano Sergio Camello a d’abord sanctionné un oubli de la défense tricolore (3-4, 100e) avant d’aller fermer la porte quand toute l’équipe de France était à l’abordage (3-5, 120e + 1). Les Bleus devront se contenter de l’argent et il n’est pas dans l’habitude des joueurs de foot français de s’en contenter.

Les Moments Clés du Match

Les Bleus n'ont rien lâché et y ont cru plus d'une fois dans cette finale, finalement remportée par l'Espagne (5-3 a.p.). Agressifs dès les premières minutes de jeu, les hommes de Thierry Henry n'ont pas laissé les Espagnols mettre leur jeu en place et ont ouvert le score dès la onzième minute. Après une mauvaise relance de la défense espagnole et une faute de main du gardien du PSG Arnau Tenas, Enzo Millot a ouvert le score et les espoirs des Bleus dans cette finale (11e).

Puis, malgré l'ambiance et l'euphorie du Parc des Princes, les joueurs de Thierry Henry se sont endormis et ont laissé ceux de Santi Denia prendre le dessus techniquement. L'Espagne, sérieuse et réaliste, a égalisé sur sa première occasion dans ce match. Fermin Lopez, très bien placé dans la surface des Bleus, a repris le centre d'Alex Baena en une seule touche pour permettre à son équipe de revenir au score (18e). Passifs, les Bleus ont laissé le milieu espagnol de 21 ans inscrire un doublé quelques minutes plus tard (25e). Et la France a été punie une troisième fois pour leur manque d'agressivité après un sublime coup franc d'Alex Baena (28e).

Un peu plus de dix minutes avant la fin du temps réglementaire (79e), le but de Maghnes Akliouche, sur un coup franc de l'incontournable Michael Olise, a tout relancé. Les Bleus ont sonné la révolte et les supporters français présents au Parc des Princes se sont réveillés. Après la réduction du score, les hommes de Thierry Henry ont continué à provoquer jusqu'à pousser les Espagnols à la faute dans leur surface. Jean-Philippe Mateta a tenu son rôle de meilleur buteur des Bleus (cinq buts) pour transformer le penalty qui a permis à son équipe d'arracher les prolongations (90e + 3).

Alors qu'ils pensaient avoir repris le dessus sur les Espagnols, les Bleus ont été une nouvelle fois punis pour avoir laissé la Rojita reprendre le contrôle du ballon. Cela a permis à Sergio Camello d'inscrire le quatrième et cinquième but espagnol (100e, 120e + 1), synonymes de médaille d'or olympique.

Les Héros du Match : Alex Baena et Fermin Lopez

Les deux joueurs espagnols ont fait très mal à l'équipe de France olympique. Fermin Lopez et Alex Baena ont tous les deux été décisifs au cours de cette finale. Le premier était le joueur le plus attendu avec la Rojita et il a tenu son statut avec une certaine aisance technique qui a fait mal aux Bleus à deux reprises coup sur coup (18e, 25e). Le second Alex Baena, également indispensable à son équipe, a, quant à lui, délivré une passe décisive et marqué un magnifique coup franc (28e).

Avec cette médaille d'or et après leur participation (28 minutes de jeu pour Fermin, 25 minutes pour Baena) à l'Euro 2024 en Allemagne, les deux joueurs ont réalisé la même année le doublé Euro-JO. Avec cet exploit, les deux hommes sont devenus les deuxième et troisième joueurs à réaliser ce doublé. Le premier était le Français Albert Rust qui a fait partie de l'équipe qui a remporté l'Euro 1984 en France et les JO de Los Angeles la même année.

Les Réactions d'Après-Match

Thierry Henry sur France 2: "On s'est battus jusqu'à la fin, cette équipe s'est toujours battue. On a eu des moments de flottement qui nous ont coûté cher mais on s'est battus jusqu'à la fin. La médaille, j'ai du mal à réaliser mais c'est quand même une très belle histoire."

Désiré Doué sur France 2: "C'est cruel mais c'est le football. On s'est beaucoup donné dans la compétition, encore une fois ce soir. On a donné le maximum, on a peut-être manqué d'efficacité. Il y a la médaille, le coach l'a dit, c'est quelque chose d'historique. On est fiers de notre parcours mais déçu d'avoir raté la dernière marche."

Les chiffres clés du match France - Espagne

Voici un aperçu des statistiques des confrontations entre la France et l'Espagne :

Statistique France Espagne
Matchs joués 40 40
Victoires 13 19
Nuls 8 8
Défaites 19 13
Buts marqués 48 77
Différence de buts -29 +29

Les joueurs espagnols célèbrent leur victoire.

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