L'histoire des confrontations entre la France et l'Argentine au rugby est jalonnée de moments mémorables, de victoires surprenantes et de désillusions amères. Des matchs amicaux aux rencontres cruciales de Coupe du Monde, chaque affrontement a contribué à forger la légende de ces deux nations du rugby.

Match de rugby France-Argentine en 2018. Source: Wikimedia Commons
Le Tournant de 1985: La Première Victoire Argentine
C’est un peu difficile à imaginer maintenant, mais il fut un temps où l’Argentine courait après sa première victoire face à la France. Et puis, il y eut ce 22 juin 1985 au Stade Ferrocaril Oeste de Buenos Aires sous un soleil d’hiver austral. Ce jour-là, le 22 juin, dans cette arène bondée (35 000 personnes), les Pumas avaient rendez-vous avec l’Histoire, les Français jouaient, eux, un simple test estival avec une équipe pourtant brillante. Les Argentins préparaient ce match depuis des semaines car ils sentaient qu’une porte pouvait s’entrouvrir.
Les Pumas étaient commandés par Hugo Porta l’ouvreur de Banco Nacion, ils étaient entraînés par Hector Silva, qui avait disait-on, passé des heures à visionner toutes les combinaisons françaises pour peaufiner les montées défensives de ses hommes, dont pas un ne jouait en Europe. Le magnétoscope entrait massivement dans l’arsenal des staffs. Jacques Fouroux était à la baguette et Philippe Dintrans au capitanat.
Depuis trois ans environ, les Argentins avaient cueilli quelques victoires de prestige : contre les Sud-Africains alors exclus du circuit mondial (ils les retrouvaient dans des tests non-officiels sous l’appellation Jaguars) : contre les Australiens (1983) plus un match nul face aux Anglais (en 1981, avant la guerre des Malouines). À l’automne suivant, les Pumas feraient aussi match nul face aux All Blacks.
Un Match Révélateur
On a rarement autant senti, dans un affrontement, le poids de la fraîcheur physique et de l’envie. Les avants français encore amateurs n’étaient pas dans le rythme tout simplement. Ces Pumas-là ne se livrèrent pas à une orgie de jeu. Ils pratiquaient ce rugby de l’époque, fait pour provoquer les fautes de l’adversaire ou ses énervements. Leurs deux essais n’évoquèrent ni le tango ni le fandango, pas même le paso doble.
Sur le premier, on vit la mêlée française clairement chahutée devant sa ligne alors que Pierre Berbizier avait introduit. La première ligne tricolore se releva et le ballon sorti côté argentin pour le troisième ligne Ernesto Ure qui partit seul derrière la ligne visant Berbizier et Lescarboura sentinelles impuissantes d’un pack désemparé. De mémoire d’Yves Noé, manageur, jamais les Bleus n’avaient été ainsi humiliés dans l’histoire.
Le second essai fut le fruit d’une chandelle cynique balancée par Porta côté fermé et cafouillée par Eric Bonneval (seul Toulousain de l’équipe malgré le brillant titre de champion) à la lutte avec Juan Lanza. En avant du Français devant l’en but, et le centre Federico Turnes surgit pour un essai à zéro passe. Un essai de série régionale, selon nos critères actuels.
Voilà comment les Pumas surent mener 15-6 à la pause, une sacrée option à l’aune du rugby d’alors, où chaque point se payait cher. Les Pumas gardèrent l’avantage jusqu’au bout (24-16), jusqu’à ce que M. Francis siffle la fin des débats et que la foule envahisse la pelouse.
Les Pumas n’avaient pas marqué d’essai en seconde période, mais ils avaient légèrement plus "joué" au ballon avec une belle attaque sur l’aile gauche vers la 62eme. On vit aussi à la 51e, une belle percée du centre Fabien Turnes mais il venait de commettre un en-avant grossier totalement ignoré par l’arbitre, tellement grossier que les défenseurs français s’étaient arrêtés de jouer. Mais le soutien fit défaut. Le même Fabian Turnes réussi une autre jolie relance en fin de match, vingt-cinq mètres en solo sous les grondements du public avec un soutien potable cette fois. Voilà ce que les Pumas proposèrent en termes d’offensive. Il fallut s’en contenter.
Ce Turnes avait vingt ans, il faisait ses débuts internationaux aux côtés de son camarade de Banco Nacion, Hugo Porta. Les Français étaient ressortis vexés de ce traquenard évidemment car en Europe, ils se sentaient un cran au-dessus des Britanniques et puis, comme l’avait fait remarquer Yves Noé, ces Argentins « n’étaient pas des monstres. ».
Mais ils avaient donné aux Bleus une leçon de vaillance ajouta-t-il immédiatement. C’est vrai, le pack des Bleus si apathique, si dispersé s’était englué dans des actions stériles. Les Français s’étaient préparés pour un rugby de tranchées, mais sur un mode pépère, « embourgeoisé » diront certains.
Les Conséquences d'une Défaite Historique
De cet après-midi chargé d’histoire, on a vu le Waterloo de certains glorieux maréchaux, on pense au numéro 8 Jean-Luc Joinel ou à Pierre Dospital, le Bayonnais pilier de mêlée par excellence, clairement dépassé. Il avait 35 ans, ce fut son dernier match. Jean-Pierre Garuet aussi perdit sa place sur ce naufrage (mais il la retrouvera plus tard). Même Philippe Dintrans, capitaine brave et fougueux, avait aussi eu droit à sa volée de bois vert. En revanche, le "petit" nouveau, le Toulonnais Eric Champ, avait reçu les encouragements du jury.
Mais ce pack vaincu n’avait pas su mettre sa ligne de trois quarts si talentueuse en situation de faire la différence. Elle était composée de Lescarboura, Codorniou, Sella, Lafond, Blanco, Bonneval. De cette rencontre, on se souvient aussi des mots d’Albert Ferrasse, qui dans les couloirs du Ferrocarill fit parler son sens de l’autorité paternaliste : "C’est notre plus mauvais match depuis quatre ans. Aucun engagement physique, deux essais offerts comme autant de cadeaux. On a été bouffés, fébriles, incapable de construire quoi que ce soit. On aurait dit une équipe de deuxième division opposée au champion de France. C’était une équipe de touristes et j’estime qu’on n’avait pas le droit de trahir ainsi Jacques Fouroux. Dorénavant, le laxisme, c’est terminé. J’en ai déjà secoué quelques-uns et je vais continuer d’ici samedi (allusion au second test, NDLR)."
Il forçait le trait évidemment, car les Bleus avaient marqué deux essais dans les grands espaces après le repos, Blanco impérial en première main derrière mêlée et Jean-Baptiste Lafond sur une autre offensive de grand champ relayée par Bonneval. Mais ces Argentins n’étaient pas des passagers clandestins pour autant. Mais on ne les connaissait pas ou peu, ils étaient si isolés, condamnés à une quasi-autarcie dans un rugby de classe.
Un jeu de diplômés, formés dans des collèges chics et des clubs huppés qui s’accrochaient avec orgueil à leur conception sans concession de l’amateurisme. Mais ce rugby avait trouvé sa propre fécondité. On savait que les Pumas ou les Jaguars travaillaient quand même avec l’Afrique du Sud, dont ils étaient des alliés traditionnels par-delà toutes les polémiques.
Hector Silva après avoir embrassé chacun de ses héros avait confié ceci après la rencontre : "Nous vivons un grand jour pour le rugby argentin. Il est la conséquence logique d’un sérieux rodage que nous avons fait en octobre dernier en Afrique du Sud. C’est là-bas que se sont révélés de nouveaux joueurs comme les frères Miguens, Turnes, Cuesta Silva, Cash et même Cubelli, notre talonneur, un ancien à qui on ne faisait plus confiance."
Cette victoire argentine avait été le fruit d’un rugby plus opportuniste que créatif. À ce sujet, Philippe Dintrans exprima cet hommage un peu ambigu : "On est tombés sur quinze plâtriers qui étaient les maîtres du rugby." Non, ce n’était pas le Grand Lourdes, ni les Wallabies d’Alan Jones. Mais en ce 22 juin historique, foutraque et génial, nous avions été frappés par la personnalité et l’influence d’Hugo Porta, 33 ans, architecte de formation, futur ambassadeur, qui avait pesé si lourd.
Il savait ce qu’il faisait. Il savait où il allait. Il savait contre qui il jouait. Quand il recevait le ballon, il "balançait" loin devant, y compris dans l’en-but adverse. Avancer, coûte que coûte pour mettre ces Français si doués sous pression. Hector Silva lui avait aussi donné des consignes défensives particulières : monter sur les centres français pour aider Turnes et Cuesta-Silva à contenir le duo Sella-Codorniou.
Et puis, ce Porta était un sacré buteur, et un bon droppeur, ce qui dans les années 80 pouvait faire la différence. Après la rencontre, il avait implicitement assumé ce plan de jeu sans fioritures. "Nous avions une technique inférieure, mais plus de cœur. Nos jeunes passaient un sacré examen aujourd’hui et ils l’ont réussi."
C’est vrai qu’à la révision, le match nous apparaît vraiment désordonné, haché, assez pauvre dans les constructions. Ce succès à l’emporte-pièce, incontestablement, fut un tournant dans l’histoire du pays des Gauchos. Hugo Porta déclara même euphorique : "Désormais nous pouvons traiter d’égal à égal avec tout le monde."
Il s’était un peu enflammé, l’entrée de l’Argentine dans le cercle des nations fortes prit encore plus d’une décennie, si on analyse bien les résultats.
Domination Française Récente
Huit ans sans défaite contre l'Argentine : le XV de France a su s'imposer comme une force dominante. Depuis huit ans, l'équipe de France de rugby n'a pas connu la défaite face à l'Argentine. La dernière rencontre entre les deux équipes en terre argentine remonte à juin 2016, lors d'une tournée marquée par une victoire de chaque côté.
Depuis cette tournée, le XV de France a aligné trois victoires consécutives contre les Pumas.
L'Ombre de la Coupe du Monde 2007
Une affiche qui rappelle le match d'ouverture du Mondial français en 2007 et qui avait vu les français souffrir. Retour vers le passé. La France, opposée à l'Argentine, en ouverture d'une Coupe du monde de rugby, l'affiche renvoie au mondial de 2007. Il y a douze ans, sur les terres françaises, les Bleus, entraînés par Bernard Laporte, veulent remporter leur première Coupe du monde. Mais l’Argentine gâche la fête lors du match d’ouverture (17-12). "Un rendez-vous manqué", reconnaît Imanol Harinordoquy.
D'autant que ces argentins là connaissaient bien les français. Et pour cause : 80% de l'effectif albiceleste évoluait en Top 14, à des postes clés et dans les plus grands clubs du championnat français. "C'était un match entre frères-ennemis", se remémore Harinordoquy. "C'était un match virile, ils ont joué avec nos nefs et ils ont réussi à nous faire sortir de nos gonds."
Dans le groupe des "Pumas", un joueur connait le Pays basque. "On sentait depuis plusieurs mois la pression, très importante, trop peut-être, autour de cette équipe. On avait une bonne équipe et on les a pris à la gorge [...] très vite, on s'est rendu compte que ce qui devait être un point fort pour eux, l'engouement, est devenu un poids."
Quelques heures plus tôt, lors de la promenade d'avant-match à l'hôtel, Bernard Laporte fait lire la lettre de Guy Mocquet à Clément Poitrenaud. "Ça a plombé l'ambiance", explique Jérôme Thion. "Mourir pour son pays [...] ça a ajouté un pression déraisonnée sur ce match, ajoute Imanol Harinordoquy. Et on n'a jamais su et pu réagir".
Les Argentins confirment leur supériorité face aux Français en remportant la petite finale (10-34), ils dominent la rencontre en marquant cinq essais, contre un seul pour les Français.
L'enfant de Mauléon, Camille Lopez, a offert aux Bleus un succès inestimable face à l'Argentine lors du premier match des tricolores dans la Coupe du Monde 2019 grâce à un drop à la 70e minute de jeu.

Camille Lopez célèbre son drop décisif contre l'Argentine en 2019. Source: Eurosport
Analyse Récente: France-Argentine en 2024
Non, le XV de France est devenu clinique. Et une semaine après avoir sorti le scalpel et les aiguilles pour piquer les All Blacks à certains moments clés, les Bleus ont ressorti leur blouse blanche du parfait petit légiste pour disséquer des Pumas certes entreprenants, mais bien trop maladroits et indisciplinés.
« Les Français sont très pragmatiques ». Plus que le score, c’est la capacité des ouailles de Fabien Galthié à marquer sans grand-chose en main qui impressionne. Plus besoin de camper de longues minutes chez l’adversaire pour faire gonfler le tableau d’affichage. On vient, on marque et on s’en va. « On a réussi à les faire déjouer, en première période, on a été très efficaces, se réjouissait l’arrière du Stade Français Léo Barré, de nouveau titulaire après avoir vu la grosse perf face aux Blacks depuis la tribune. Dès qu’on entrait dans leur camp, on repartait avec des points. »
« Quand ils rentrent dans les 22, ils sont difficiles à stopper, déplorait Felipe Contepomi, le sélectionneur des Pumas. Les Français sont très pragmatiques, ils ont bien pris les opportunités.
Quand on le récupère, on essaie de le poser dans des zones qui nous permettent de jouer efficacement. On a des joueurs capables de faire la différence individuellement. Avec la vitesse qu’ils mettent et leur intelligence de jeu, c’est plus facile pour nous. On arrive à scorer rapidement grâce à tous ces ingrédients-là. »
Le grand raïs Fabien Galthié aimerait bien que ses joueurs aillent à dam à chaque fois qu’ils entrent dans le camp adversaire, et n’a pas hésité à le souligner à la fin de la rencontre. « On peut faire mieux, souligne l’ancien demi de mêlée. On a des temps forts qu’on ne convertit pas. Sur les trois dernières fins de match, c’est nous qui avons la main. »
Même chose du côté du capitaine Dupont, qui a bien récité la leçon :« On peut progresser dans plusieurs secteurs. On peut être plus consistant dans notre secteur offensif. On a su être pragmatiques en étant efficaces sur nos attaques. Mais on peut être meilleur sur le jeu au sol ou sur notre jeu au pied, même si on gagne les trois matchs. »
L'Affaire Jegou-Auradou: Une Ombre sur le Rugby Français
Quatorze mois après l'affaire qui a lourdement secoué le rugby, le flanker du XV de France Oscar Jegou a évoqué pour la première fois publiquement l'affaire de Mendoza. Lorsqu’éclata l’affaire de Mendoza, la Fédération Française de rugby avait dû avancer les frais de justice concernant Oscar Jegou et Hugo Auradou.
On a appris ce mardi que dans l’affaire de Mendoza, le recours de la plaignante avait aujourd’hui été rejeté par la chambre d’appel de Mendoza. Le dossier est-il désormais clos ? En Argentine, la femme qui avait accusé les deux rugbymen français Oscar Jegou et Hugo Auradou de viol aggravé avait fait appel du non-lieu décidé par la justice en décembre 2024.
Fabien Galthié et son staff ont donc décidé de rappeler Oscar Jegou et Hugo Auradou, malgré la polémique. Alors que Fabien Galthié annoncera la liste des 42 joueurs retenus pour préparer l’édition 2025 du Tournoi des 6 Nations ce mercredi, une question subsiste. Alors que la justice argentine a acté un non-lieu dans l’affaire dite "Jegou-Auradou" au début du mois de décembre, la plaignante a immédiatement fait appel de cette décision.
Rafael Cuneo Libarona, qui a défendu les joueurs en Argentine, fut l’un des grands artisans de la libération d’Oscar Jegou et Hugo Auradou. Bénéficiant désormais d’un non-lieu dans leur affaire pour accusation de viol aggravé, Oscar Jegou et Hugo Auradou sont de nouveau déclarés à disposition du XV de France.
Ce mardi, les avocats de la plaignante dans l’affaire Mendoza ont déposé une demande de récusation contre la juge Eleonora Arenas.
En début de semaine, les avocats de la plaignante dans l'affaire qui concerne Oscar Jegou et Hugo Auradou, ont déposé une demande de récusation contre la juge Eleonora Arenas.
Pour la troisième fois, l’audience de non-lieu dans l’affaire Jegou - Auradou a été repoussée à une date encore inconnue.
Des faits qui se seraient déroulés dans une chambre d’hôtel de Mendoza, où logeaient les joueurs. Les accusés, Hugo Auradou et Oscar Jegou, tous deux âgés de 21 ans, assurent que la relation sexuelle avec la plaignante, une femme argentine de 39 ans rencontrée en boîte de nuit, était consentie.
L’un des avocats argentins des deux rugbymen français, Me Rafael Cuneo Libarona, reçoit la demande du ministère public « avec satisfaction ». « Il faut beaucoup protéger les femmes, les femmes argentines et du monde entier. Mais je crois qu’il faut aussi protéger les hommes qui souffrent de fausses accusations », affirme-t-il au Monde, clamant l’innocence et « le courage » de ses clients.
Voici un tableau récapitulatif des rencontres marquantes entre la France et l'Argentine :
| Date | Événement | Score | Notes |
|---|---|---|---|
| 22 juin 1985 | Test Match | Argentine 24 - 16 France | Première victoire de l'Argentine contre la France |
| 7 septembre 2007 | Coupe du Monde (Match d'ouverture) | Argentine 17 - 12 France | Défaite de la France à domicile |
| 26 juin 2010 | Test Match | Argentine 41 - 13 France | Plus grosse défaite de la France contre l'Argentine |
| 21 septembre 2019 | Coupe du Monde | France [score] - Argentine | Victoire de la France grâce à un drop de Camille Lopez |