France - Angleterre : Analyse des Statistiques et Histoire d'une Rivalité

Le "Crunch" est un rendez-vous incontournable du rugby européen, opposant la France à l'Angleterre. Ce samedi, le XV de France reçoit le XV de la Rose à Lyon, pour la cinquième et dernière journée du Tournoi des 6 Nations. Cette rencontre marque la 112ème fois que ces deux nations se rencontrent sur le terrain de rugby. Une rivalité qui a offert aux supporters des moments inoubliables, gravés dans les annales du rugby.

Ce sera la 111e fois que les deux équipes se défient. Pour l'instant, le bilan est à l'avantage des Anglais (60 victoires, contre 43 pour la France, 7 matchs nuls).

À quelques jours de la demi-finale de l’équipe de France contre l’Angleterre, il est temps de faire un point sur les statistiques de ces deux groupes jusqu’à présent dans la compétition.

Le Match le Plus Violent du Rugby | France vs Angleterre 1992

Les Débuts d'une Longue Rivalité

L'histoire de cette rivalité remonte à plus d'un siècle. Il faut remonter à 1906 pour voir le premier affrontement, sur un terrain de rugby, entre la France et l'Angleterre. Une affiche qui a souvent offert des moments mémorables depuis 1906 et la première confrontation entre les deux équipes qui avait débouché sur une large victoire anglaise (35 à 8). Les deux équipes sont alors au sommet du monde, et, paraît-il, pour corser encore plus la rivalité, le journal irlandais, le journal The Irish Times va surnommer cette confrontation le "crunch", en 1981.

19 ans après leur première rencontre, les Bleus n'ont toujours pas gagné un seul match contre le XV de la Rose. Mais ce 2 avril 1927, l'histoire bascule du côté de la France. Une victoire digne d'une rencontre de football aux vues du résultat : 3 à 0, grâce à un essai de l'ailier Edmond Vellat.

Match de rugby France-Angleterre en 1938

Premières Victoires et Grands Chelems

Le 24 février 1951, les deux nations s'affrontent dans le cadre du Tournoi des Cinq Nations dans le stade de Twickenham, à Londres. Grâce notamment à deux essais inscrits par Jean Prat et Guy Basquet, le XV de France s'impose pour la première fois de son histoire dans l'enceinte de Twickenham devant plus de 50.000 personnes.

Le XV de France affronte l’Angleterre lors du troisième match du Tournoi des cinq nations, le 24 février 1968 à Colombes. Grâce à l’essai de Jean Gachassin, trois-quarts aile des Bleus, les coéquipiers du capitaine Christian Carrère l’emportent 14-9. Ils viendront ensuite à bout du Pays de Galles le 23 mars et s’adjugeront le premier Grand Chelem (quatre victoires en quatre matchs) du rugby français.

Moments de Tension et de Gloire

Après une victoire sur le Pays de Galles lors de leur premier match dans le tournoi européen, les Français se déplacent à Twickenham le 19 février 1977. Sur le sol londonien, les Bleus sont attendus, objets de crachats et d’insultes lors de leur entrée sur le pré. Lors de cette rencontre, l’arrière anglais Alastair Hignell rate six pénalités. Du côté français, le Narbonnais François Sangalli inscrit le seul essai du match. Jean-Pierre Rives et ses coéquipiers s’imposent finalement (4-3) et conquièrent à nouveau le Grand Chelem, avec les mêmes joueurs à chacun de ces quatre matchs et sans le moindre essai encaissé.

L’Angleterre et la France comptent trois victoires chacune lors du tournoi continental de 1981, avant de s’affronter en « finale » à Twickenham le 21 mars. Le XV tricolore s’impose (16-12) et remporte son troisième Grand Chelem (après ceux de 1968 et de 1977).

Désillusions et Remontées Spectaculaires

En octobre 1991, l’Angleterre, l’Ecosse, le pays de Galles, l’Irlande, et la France coorganisent la deuxième Coupe du monde de rugby. Les Français sont vice-champions du monde puisqu’ils se sont hissés en finale de la première édition en 1987, battus par les hôtes néo-zélandais. Quatre ans plus tard, ils s’inclinent en quart de finale au Parc des Princes, le 19 octobre, devant les Anglais (19-10). Le parcours de la sélection dirigée par Daniel Dubroca reste à ce jour le plus médiocre des Bleus au Mondial.

Après un Grand Chelem au Tournoi des six nations en 2004, l’équipe de France débute l’édition suivante par une victoire contre l’Ecosse (16-9). Le 12 février 2005, elle se déplace à Londres. Privée de Pieter De Villiers et d’Aurélien Rougerie, la sélection de Bernard Laporte est menée (17-6) à l’issue de la première période. Revanchards au retour des vestiaires, les coéquipiers de Serge Betsen ne laisseront plus leurs adversaires inscrire le moindre point. Dimitri Yachvili marque quatre pénalités en seconde période (sur un total de six passées) pour une victoire finale de 18-17.

Match de rugby Angleterre-France en 2015

Le "Crunch" de 2009 et les Confrontations Récentes

Le "crunch" de 2009 est resté dans les mémoires pour la performance anglaise. Au bout de deux minutes de jeu, le XV de la Rose mène déjà 7 à 0 après un essai transformé. Les supporters français s'attendent à une réaction en deuxième mi-temps, elle débutera de la même manière que la première. Les Anglais inscrivent un nouvel essai, 34 à 0 à la 41e minute de jeu. Les Bleus parviennent à inscrire deux essais sans les transformer. Score final, 34 à 10.

Le Tournoi des Six Nations 2015 sera le cadre de la 99e confrontation entre la France et l'Angleterre. Deux sélections vont offrir un match d'une rare intensité. 12 essais et 90 points seront inscrits lors de cette rencontre dans un stade de Twickenham présent comme jamais derrière les joueurs. L'Angleterre s'impose finalement 55 à 35 face aux hommes dirigés à l'époque par le sélectionneur Philippe Saint-André.

Twickenham sera le théâtre d'une nouvelle performance de la part du XV de la Rose contre les Bleus lors de l'édition 2019 du Tournoi des Six Nations. Comme en 2009, les Bleus démarrent très mal la rencontre, encaissant le premier essai après 65 secondes de jeu. Les Anglais maintiennent la pression sur des Bleus qui ne parviennent pas à enrayer la dynamique. Aux retours des vestiaires, les Anglais reprennent de plus belles et parviennent à plaquer le ballon à deux reprises.

Le Mémorable Match de 2023

Samedi 11 mars 2023, quatrième journée du Tournoi des Six Nations. Les Bleus arrivent à Londres avec un lourd fardeau. 18 ans que la France ne s'est pas imposée en terre anglaise. Les hommes de Fabien Galthié veulent mettre fin à cette série noire. Le premier est marqué dès la deuxième minute par Thomas Ramos. Les Bleus maintiennent la pression sur des Anglais étouffés. La domination des joueurs de Galthié est totale. Après un essai de Flament, Ollivon enfonce le cloue. La deuxième mi-temps est une copie de la première. Les Bleus marquent encore grâce à des essais de Flament, Ollivon et deux inscrits par Penaud.

Le XV de France a obtenu à Twickenham la plus large victoire de son histoire contre l’ennemi héréditaire anglais (10-53). À seulement 26 ans, Damian Penaud est entré dans l'histoire à sa manière. L'ailier clermontois, aligné pour la 41e fois en équipe de France, a inscrit un doublé qui lui permet de devenir le meilleur marqueur d'essais français du Tournoi des 6 nations en dépassant Vincent Clerc avec un total de douze réalisations. Toutes compétitions confondues, son total s'élève désormais à 24 essais avec les Bleus.

Jamais depuis dix-huit ans, les Français n'avaient décroché un succès aussi large dans l'histoire du Tournoi des Six Nations. Antoine Dupont et ses partenaires ont égalé la différence de points datant de 2005 contre l'Italie et une démonstration 56-13 à Rome. Ça reste moins bien cependant que le carton de Wembley contre le pays de Galles, un historique 51-0 de 1998 dans le cadre du Tournoi des Cinq Nations.

Le quinze de France n'avait plus gagné à Twickenham dans le Tournoi depuis 2005, soit 18 ans, grâce notamment à la botte de Dimitri Yachvili (18-17). Hors Tournoi, il fallait remonter à un match de préparation à la Coupe du monde 2007 pour trouver la trace du dernier succès français à Twickenham depuis 2005.

C'est la différence de points record entre les deux équipes après ce 110e Crunch de l'histoire. Le précédent record détenu par les Bleus datait de 1972 et 2006. Dans les deux cas, les Bleus s'étaient imposés, à domicile, avec une marge de 25 points (37-12 en 1972 à Colombes et 31-6 en 2006 au Stade de France).

C'est le nombre de mètres parcourus avec le ballon par Grégory Alldritt durant ce Crunch. Un chiffre particulièrement élevé pour un troisième ligne.

Huit joueurs de l'équipe de France ont porté le ballon sur plus de 40 mètres (Ramos : 96 m, Penaud : 87 m, Fickou : 41 m, Dumortier : 50 m, Dupont : 46 m, Flament : 48 m, Ollivon : 60 m, Alldritt : 93 m) durant cette rencontre, preuve que les Bleus ont particulièrement profité des espaces anglais.

Les Bleus ont réalisé 9 franchissements, contre un seul pour les Anglais.

Les Anglais ont concédé 7 pénalités sur des phases de jeu au sol (sur 11 pénalités concédées au total).

L'Angleterre a concédé la troisième plus lourde défaite de son histoire. Seules deux corrections ont été encore plus sévères par le passé : contre l'Australie en 1998 avec un mémorable revers 76-0 à Brisbane puis face à l'Afrique du Sud en 2007 sur le score de 58-10 à Bloemfontein. Twickenham n'avait jamais connu une telle claque. À domicile, le plus lourd revers du quinze de la Rose datait de 2008 (défaite 42-6 face aux Boks).

Voici un tableau récapitulatif des statistiques clés du match de 2023 :

Statistique France Angleterre
Différence de points 43 -43
Essais marqués 7 1
Mètres parcourus par Alldritt 93 N/A
Franchissements 9 1
Pénalités concédées au sol N/A 7

Nul doute que le XV de France souhaitera réitérer l'exploit.

Statistiques de la Coupe du Monde Féminine

Cela peut paraître logique que les quatre nations demi-finalistes dominent le classement des points dans cette compétition, mais l’équipe en tête reste tout de même les Red Roses. Les Anglaises ont inscrit 248 points selon les statistiques du tournoi, se plaçant juste devant les Black Ferns (202 pts), et le Canada, qui complète ce podium avec 193 points. Ces chiffres montrent l’efficacité des Anglaises ainsi que leur dominance sur chaque rencontre, s’imposant avec de larges écarts. Les Françaises se placent juste au pied de ce podium avec 183 points, loin d’être un mauvais total.

Les Anglaises dominent le classement des points, sûrement parce qu’elles sont les plus efficaces quand il est question d’inscrire des essais, 38 en quatre matchs. Les Bleues, quatrièmes de nouveau de ce classement, sont également performantes sur ce domaine mais encaissent tout de même un écart de dix essais puisqu’elles n’ont aplati le ballon "que" 28 fois dans l’en-but adverse.

Si la France réalise plus de courses avec le ballon que l’Angleterre, elle n’est pas première du classement pour autant. Ce sont les Canadiennes qui dominent la discipline avec 622 courses, suivi de l’Afrique du Sud et de l’Irlande, deux pays désormais éliminés. Puis arrive la France avec ses 524 courses, talonée par les Anglaises (466).

Un classement logique si l’on se concentre sur le jeu des deux équipes : les Red Roses sont bien plus physiques et se concentrent sur les avancées lentes, dans la défense, avec beaucoup de passages au sol. C’est un des domaines où la France domine largement les autres demi-finalistes, pas forcément pour le meilleur. Puisque si les 788 plaquages tricolores restent un signe positif de la défense des Bleues, cela montre également que les joueuses de Gaëlle Mignot et David Ortiz n’ont pas forcément la possession du ballon. À l’inverse, les Anglaises quatrièmes avec leurs 656 plaquages, ont moins la nécessité de plaquer puisqu’elles restent en maîtrise de leur jeu.

La statistique la plus intéressante pour comparer le style de ces nations est sûrement au niveau des passes après-contact. La France mène avec un total de 69, aux côtés du Canada (66) et des Black Ferns (48), trois équipes qui veulent jouer assez vite, sans forcément avoir peur de passer par le cœur de la défense, tout en ayant une volonté de rester debout. Un domaine presque délaissé par les Anglaises qui n’en ont réalisé que 24. Preuve que le jeu anglais est peut-être un peu plus lent mais surtout que les joueuses du XV de la Rose n’ont aucun doute sur leurs capacités physiques qui ne les trahissent jamais.

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