L’Afrique du Sud a été un des précurseurs du football sur le continent africain. La South African Football Association (SAFA) est la première fédération non-européenne à rejoindre la FIFA, en 1910. Elle se retirera en 1926, sera réintégrée en 1951, puis suspendue en 1961 avant d’être de nouveau exclue en 1976 en raison de sa politique ouvertement raciste d’apartheid.
L’équipe nationale d’Afrique du Sud a vu le jour à la fin du XIXème siècle, mais la SAFA considère que son premier match est une rencontre contre l’Argentine disputée en 1906 à Buenos Aires dans le cadre d’une tournée en Amérique du Sud.
A l’occasion de la première rencontre post-apartheid, le 7 juillet 1992 à Durban contre le Cameroun, le journaliste Sibusiso Mseleku encourage les joueurs en répétant « Bafana Bafana », un terme zoulou que l’on pourrait rapprocher des « Boys » ou des « Ptits gars ». L’expression devient leur surnom. C’est celui avec lequel les Bafana Bafana deviennent pour la première fois champions d’Afrique en 1996. Le président sud-africain est trop heureux de reproduire sept mois après les moments historiques qui avaient suivi la finale de la Coupe du monde de rugby.
Deux ans plus tard, l’équipe sud-africaine dispute sa première Coupe du monde en France. Le 11 juin 2010 sera donné à Johannesburg le coup d’envoi de la Coupe du monde de football, organisée pour la première fois de son histoire en terre africaine. Pendant un mois, la planète tout entière va vivre au rythme du ballon rond, et les médias du monde entier auront le regard tourné vers l’Afrique du Sud, qui devra relever plus d’un défi pour être à la hauteur de tous les espoirs placés en elle.
Afrique du Sud: la Coupe du monde de foot, c'est dans 2 mois
C’est dans le stade de Soccer City, à deux pas de Soweto - le fameux township du sud-ouest de Johannesburg - que sera donné le 11 juin 2010 le coup d’envoi de la 19e Coupe du monde de football de la FIFA. Pour la patrie de Nelson Mandela, les enjeux générés par cette grande fête du football dépassent de beaucoup la sphère strictement sportive.
C’est d’abord un grand symbole pour l’Afrique, un continent qui vibre tout entier au rythme du ballon rond, mais qu’on avait jusqu’à présent laissé en marge de la planète football. Des symboles, il en est surtout pour le pays hôte, l’Afrique du Sud, qui vingt ans après la fin de l’apartheid doit relever plus d’un défi pour être à la hauteur de tous les espoirs placés en lui. Les symboles sportifs, la nation arc-en-ciel ne les connaît que trop bien.
L’image a fait le tour du globe ; les journaux, les radios et les télévisions ont salué d’une seule voix ce symbole qui devait incarner l’entrée de l’Afrique du Sud dans une nouvelle ère, celle de la démocratie, de l’égalité, de la réconciliation, de la diversité mais aussi celle de la responsabilité, du respect et de la liberté. Ainsi, après plus de quarante années d’apartheid et plusieurs siècles d’une histoire marquée par une sévère ségrégation de l’espace et des hommes, le monde voulait voir dans cette image le symbole de la nouvelle Afrique du Sud réconciliée.

Quinze ans après, l’index est toujours pointé sur le sport quand on cherche à rendre compte des transformations de la société sud-africaine, lui qui occupe un rôle important dans les sphères politiques, économiques, culturelles et sociales du pays. En Afrique du Sud, comme dans de nombreux pays ayant été marqués par une influence anglo-saxonne, le sport occupe depuis longtemps une partie importante de l’éducation et de la vie du pays. Il a donc constitué, ici plus qu’ailleurs, un terrain particulièrement propice à l’expression de l’identité des différentes communautés.
L’apartheid, en inscrivant le racisme dans la loi, avait entraîné des partages géographique, politique, économique et social de l’espace national en fonction de prétendues appartenances raciales, sans jamais chercher à favoriser l’émergence d’un État-Nation mais plutôt le développement séparé de communautés minutieusement identifiées, dans un territoire déjà caractérisé par une très grande diversité ethnique, culturelle et religieuse. Il n’était alors que l’aboutissement de pratiques mises en place depuis près de trois siècles mais restées jusque-là empiriques.
C’est ainsi que le mouvement sportif s’est logiquement développé conformément à ces conceptions racistes, et chaque discipline sportive est devenue l’exutoire des identités de chacun de ces groupes. Les sports britanniques traditionnels comme le rugby, le cricket ou le golf sont devenus l’apanage des communautés blanches, le ballon ovale s’imposant rapidement comme un des principaux piliers de l’identité afrikaner, en opposition avec la morale victorienne rattachée à l’establishment du cricket britannique, et au football perçu par les Sud-africains blancs comme le domaine culturel laissé aux classes inférieures noires.
Aujourd’hui encore, même une vingtaine d’années après la fin de l’apartheid, les représentations vont toujours bon train et on aime parler d’un sport sud-africain à deux visages : le rugby blanc d’un côté, le football noir de l’autre, le hobby des suburbs d’une part, le passe-temps des townships d’autre part. Cette dualité se retrouve également sous d’autres formes : il y a les symboles et les discours politiques de façade, ceux qui se félicitent des succès internationaux des équipes de la nation arc-en-ciel, les Springboks et les Bafana Bafana, perçus comme les marqueurs de la vitalité et de la réussite du projet national sud-africain, et il y a le revers de la médaille, avec une réalité qui apparaît bien plus contrastée.
Le Football et les Townships
L’engouement que manifeste aujourd’hui une grande part de la population noire sud-africaine à propos du football est bel et bien une réalité. Aussi même si « le soleil ne se couche jamais sur l’empire du football », il n’est pas si aisé d’expliquer comment cette pratique, importée par les Britanniques dans le sous-continent, a été si bien assimilée par cette population en particulier, au point de devenir un élément central de son identité.
Les Blancs d’Afrique australe, et particulièrement ceux qui se donneront le nom d’Afrikaners en vinrent rapidement à percevoir le football comme le domaine culturel des classes inférieures noires. En effet, ces travailleurs migrants qui quittaient les zones rurales pour s’établir dans les périphéries des grandes villes blanches comme Johannesburg, Le Cap ou Durban, devaient faire face à une perte de repères sociaux et identitaires importants. Les organisations qu’ils y établirent, comme les clubs de football, leur permettaient de s’identifier individuellement ou collectivement à leurs villes, villages ou districts d’origine.
Les compagnies minières saisirent rapidement l’intérêt que pouvait apporter le développement de ces pratiques auprès de leur main-d’œuvre et encouragèrent d’abord la stratification en mettant en œuvre une stratégie sportive divisée. Cependant, à partir des émeutes des mineurs africains des années 1920, le football influença encore plus certainement les relations industrielles, notamment dans les mines d’or.
D’une part, il apparaissait comme un booster indirect de la production, puisqu’il permettait de canaliser pendant les matchs les velléités des ouvriers les plus agités : bagarreurs, alcooliques, fumeurs de cannabis, voire prédateurs sexuels, des déviances nées de la précarité de leurs conditions de travail et de vie dans les townships. D’autre part, en sponsorisant les clubs de football, en encourageant la formation de nouvelles équipes et en organisant des compétitions, les mines espéraient aussi garder les travailleurs migrants dans les bidonvilles pendant les week-ends et vacances, où ils se socialisaient avec les résidents permanents et reconstruisaient ainsi des relations sociales qu’ils avaient perdues en quittant leur province d’origine.
Pour la classe des travailleurs noirs africains, le football était « le » sport, une pratique qui allait ainsi compter parmi les éléments fondateurs de la culture noire urbaine naissante dans la poussière des townships. Sphère d’action où l’expression de la modernité africaine pouvait être forgée, testée et négociée, le football noir devint un domaine social de loisir, d’expression culturelle, et le marqueur des relations de pouvoir pendant l’ère de ségrégation en Afrique du Sud.
Le ballon rond pouvait rassembler différentes localités, villes et villages, et forger une communauté noire sud-africaine imaginaire unie par une expérience sportive partagée. Cet engouement pour le ballon rond allait permettre le développement d’une véritable économie autour du football. Les rencontres organisées dans les townships étaient non seulement un bon moyen pour leurs populations de tisser des liens sociaux, mais aussi de vendre toutes sortes de produits dont le commerce était illicite.
Si le football influence la vie et la culture des bidonvilles, le phénomène est également valable dans l’autre sens. Un des marqueurs les plus forts de cette influence sur les identités sportives est l’émergence de styles de jeux propres à l’espace du township. Ainsi, de l’espace du township allait émerger le football marabi, avec un style de jeu et une identité dont le nom s’inspire du rythme, des mouvements et de l’improvisation des danses et traditions transportées dans ces cultures urbaines.
En l’absence de terrains et de matériels adaptés, les ruelles et les open spaces constituent donc des espaces de jeu qui allaient conditionner des styles mêlant imagination, créativité et improvisation. Les allées de Kilpruit, d’Orlando ou de Moroka inspiraient l’invention de format de jeu comme le three-drop-three, qui comblait du même coup l’absence de chronomètres pour délimiter le temps de jeu. En donnant des surnoms aux joueurs, une pratique empruntée aux traditions rurales de l’izibongo ou du lithoko, ceux-ci apposaient leur marque et celle de leurs traditions sur le jeu.
L’engouement des townships sud-africains pour le football reste inextricablement lié aux changements sociaux, politiques et culturels plus larges apportés par l’urbanisation massive et l’expansion.
Les Symboles du Football Sud-Africain
Tout le monde connaît désormais la fameuse vuvuzela, cette corne qui brise les tympans. Mais le folklore du football en Afrique du Sud a bien d'autres facettes.
Alfred Baloyi est un homme heureux. Si aujourd'hui 2 000 couvre-chefs indispensables à tout bon fan de foot local sortent de son usine fraîchement ouverte à Johannesburg, jamais il n'aurait pensé en arriver là. Le père du makarapa ne sait ni lire ni compter. Ses 40 employés sont des jeunes amoureux du ballon rond débusqués au détour des townships et des camps de squatteurs.

Le makarapa est né en 1979, de ses mains, ou plutôt de sa tête, fatiguée de recevoir des projectiles lancés par les supporteurs intenables du stade de Soweto. « J'ai vu quelqu'un être sérieusement blessé par une bouteille et j'ai décidé de porter un casque. Ensuite, j'ai commencé à les peindre, puis les découper », raconte-t-il.
Le succès arrive vite et Alfred Baloyi commence à vendre ses makarapas autour des terrains. Mais la réussite noire ne plaît pas au régime blanc d'alors. Il est licencié de son emploi à la municipalité de Pretoria et, sans ressources, doit quitter son logement. Il s'installe alors dans un camp de squatteurs au nord de Johannesburg et poursuit son business de création et vente de makarapas. La Coupe du monde a porté un sérieux coup d'accélérateur à sa notoriété, il est aujourd'hui une mascotte du folklore footbalistique sud-africain. La Fifa lui a commandé 2 000 casques.
Lancée il y a un an, la Diski Dance s'enseigne dans les écoles, les entreprises et les administrations. En costume-cravate, en uniforme ou en bleu de travail, écoliers comme ouvriers se déhanchent au rythme d'une musique typiquement sud-africaine. Inspirée des mouvements du foot et des danses de townships, elle permettrait de ressentir la passion, l'énergie et le rythme des joueurs de foot sud-africains.
Wynand Viljoen est un Afrikaner blanc dans un monde du foot réputé noir. Pourtant, il déploie une énergie hors norme pour soutenir les Bafana Bafana. Ce modeste garagiste de Pretoria fut un jour rattrapé par la question qui taraude son pays depuis la chute de l'apartheid au début des années 1990 : comment fédérer tous les Sud-Africains ?
Depuis quelques mois, il a installé sa maison dans son garage pour être sûr de terminer sa cinquième Coccinelle avant le coup d'envoi du 11 juin. L'une arbore une immense vuvuzela, l'autre un ballon de foot, une autre encore un makarapa. Déjà, une de ses créations a servi dans une publicité et les autres sont utilisées par des entreprises ou des écoles lors des fameux « friday football ».
Si pour le moment seuls des touristes et des entreprises ont sollicité les services de ses Coccinelle limousines, Wynand croit en la magie du football.
Anciens Joueurs Emblématiques
Un exemple de joueur emblématique est un latéral intelligent très technique qui a réalisé le doublé coupe-championnat en 1995 avec les Cape Town Spurs. Après avoir évolué aussi au Orlando Pirates et au Kaizer Chiefs, il rejoint l'Europe et joue à Tenerife en Espagne, à Saint-Gall en Suisse et à Cagliari en Italie.
Il raccroche les crampons en Turquie en 2000 après une très courte carrière, avec seulement neuf saisons au compteur. Il a passé l'essentiel de sa carrière au Kaizer Chiefs avec en point d'orgue une victoire en Coupe des Coupes africaines en 2001. Le 18 janvier 1998, il inscrit un but décisif sur la pelouse de l'Inter de Ronaldo, alors leader de Série A, pour un succès 1 but à 0.
Quelques mois plus tard, il participe à la Coupe du monde en France avec l’Afrique du Sud (c'est lui qui avait inscrit le but de la qualification quelques mois plus tôt contre le Congo). Il y dispute les trois matchs de poule, dont celui face aux Bleus. Il a également fait partie de l'équipe victorieuse de la Coupe d'Afrique des Nations en 1996. L'attaquant boucle sa carrière internationale avec 18 buts en 58 sélections entre 1992 et 2001. Pendant sa carrière, il a évolué chez lui en Afrique du Sud, en Angleterre (Leeds), en Suisse (Saint-Gaal) et en Italie (Bari et Salernitana) avant de raccrocher les crampons en 2002 aux Emirats arabes unis à Al-Wahda, à 33 ans.