Le football américain, sport emblématique aux États-Unis, est de plus en plus pointé du doigt pour sa violence et ses conséquences sur la santé des joueurs. Au cœur des préoccupations se trouve l'encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie neurodégénérative liée aux traumatismes crâniens répétés.

Comparaison d'un cerveau sain et d'un cerveau atteint d'encéphalopathie traumatique chronique (ETC)
L'affaire Shane Tamura : un drame révélateur
Lundi soir, dans un gratte-ciel de Manhattan, Shane Tamura a ouvert le feu, tuant quatre personnes, avant de retourner l’arme contre lui. Selon les autorités locales, ce jeune homme de 27 ans aurait ciblé la National Football League (NFL), persuadé de souffrir d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie qu’il associe à sa pratique du football américain au lycée. « Étudiez mon cerveau, je suis désolé », a-t-il écrit dans un mot glissé dans son portefeuille, révélé mardi 29 juillet. Selon les médias locaux Shane Tamura, 27 ans, n’a jamais joué en NFL, mais avait occupé le poste de quarterback au lycée.
Le mobile de celui-ci pourrait être lié à une hostilité envers la Ligue professionnelle de football américain (NFL), le grand championnat de football américain, selon le maire de la ville, Eric Adams. Le tireur, qui s’est suicidé, a été identifié comme Shane Tamura, un résident de Las Vegas âgé de 27 ans, qui présentait des antécédents de problèmes psychiatriques et aurait agi seul, après avoir traversé le pays en voiture. « Il semble qu’il voulait s’en prendre aux employés de la NFL » qui travaillent dans cette tour, a-t-il déclaré à l’antenne de la chaîne locale Fox. « Il a laissé une note de suicide […] à ce stade il semble qu’il pensait avoir développé l’ETC en jouant en NFL », a renchéri le maire. « Un acte de violence insensé ». Trois hommes dont un policier, ainsi qu’une femme, ont été tués lundi soir par un homme armé qui a pénétré dans un gratte-ciel du quartier d’affaires de Midtown.
« J’ai été informé de la fusillade tragique qui s’est produite à Manhattan, un endroit que je connais et que j’aime », a écrit mardi le président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. « J’ai confiance dans nos forces de l’ordre pour faire toute la lumière sur les raisons qui ont poussé ce cinglé à commettre un acte de violence aussi insensé », a-t-il ajouté. D’après le maire, Shane Tamura avait fait le trajet entre Las Vegas et New York avant d’entrer dans la tour située au 345 Park Avenue muni d’un fusil automatique, pour semer la mort et finalement retourner son arme contre lui. « Il s’est tiré une balle dans la poitrine » et non dans la tête, a précisé le maire.
Qu'est-ce que l'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) ?
Cette pathologie cérébrale, qui a déjà bouleversé la vie de nombreux joueurs de football américain, est au cœur de plusieurs scandales ayant ébranlé la NFL. Il s’agit d’une maladie neurodégénérative provoquée par des traumatismes crâniens répétés, y compris des impacts ne provoquant pas de commotions. Ses effets peuvent apparaître plusieurs années après l’arrêt de l’exposition aux chocs, souvent aux alentours de la trentaine. Les symptômes sont aussi multiples que destructeurs : dépression, anxiété, pertes de mémoire, insomnies, impulsivité, hallucinations, agressivité, pensées suicidaires… Côté physique, les victimes décrivent des maux de tête chroniques, des vertiges, une hypersensibilité sensorielle ou encore des troubles moteurs.
Connue depuis les années 1920 sous le nom de démence pugilistique (dementia pugilistica) chez les boxeurs, l’ETC est reconnue en 2002 grâce au docteur Bennet Omalu. Ce médecin légiste nigérian découvre une dégénérescence cérébrale inhabituelle en autopsiant le cerveau de Mike Webster, ancienne vedette du club de football américain Pittsburgh Steelers, décédé à l’âge de 50 ans. Il observe une accumulation anormale de protéines Tau dans les tissus cérébraux, qui aurait entraîné la destruction progressive des cellules nerveuses. Un processus qui ressemble étrangement à celui de la maladie d’Alzheimer. Il nomme alors ce mal et lui donne enfin une définition scientifique.
L’ETC devient un sujet de recherche et de controverse qui fait régulièrement la une des journaux. À tel point qu’une adaptation cinématographique avec Will Smith, Seul contre tous, est diffusée au cinéma, en 2015. L’affaire Webster va ouvrir la voie à une série de révélations accablantes.
POURQUOI LES SPORTIFS DEVIENNENT FOUS ?
Prévalence de l'ETC chez les joueurs de NFL
En 2017, une étude menée par la UNITE Brain Bank de l’université de Boston - une banque de cerveaux dédiée à la recherche sur les traumatismes crâniens - montre que sur les 111 anciens joueurs de NFL autopsiés, 110 étaient atteints d’ETC. En 2023, ce chiffre s’élevait à 345 cas sur 376 cerveaux analysés, soit plus de 90 % des cas.

Réaction de la NFL et controverses
Face à la pression croissante, la NFL a réagi. En 2013, elle conclut un accord à l’amiable avec 4 500 anciens joueurs de football américain, pour un montant total de 765 millions de dollars pour clore des milliers de plaintes. Mais cet arrangement est vivement critiqué. Pour espérer une indemnisation, les joueurs doivent fournir une IRM attestant d’une dégradation de leurs capacités cognitives. Or, jusqu’en 2021, la fédération s’appuyait sur la méthode controversée du race-norming, qui reposait sur l’idée infondée que les Afro-Américains ont, en moyenne, des fonctions cognitives inférieures à celles des Blancs. Ce biais réduisait considérablement leurs chances de démontrer un déclin cognitif anormal, et donc d’être indemnisés. Face à l’indignation, la NFL a fini par renoncer à cette pratique.
Diagnostic et traitement de l'ETC
À ce jour, aucun test ne permet de diagnostiquer formellement la maladie chez un patient vivant. Seule une autopsie post mortem permet de confirmer l’ETC. Toutefois, des programmes de recherche explorent des pistes prometteuses, comme l’imagerie par tomographie à émission de positrons. En 2019, des chercheurs ont réussi à différencier les protéines Tau spécifiques de l’ETC de celles de l’Alzheimer, ouvrant une possible voie au diagnostic ante mortem.
En l’absence de traitement curatif, la prise en charge de l’ETC repose sur la gestion des symptômes. Généralement, les médecins prescrivent des antidépresseurs, des anxiolytiques ou des médicaments destinés à l’Alzheimer. Mais ces traitements ne ralentissent pas la progression de la maladie et peuvent provoquer des effets secondaires sévères. La seule réponse véritablement efficace reste la prévention de ces chocs répétés.
L'ETC et les autres sports
Or, l’ETC n’épargne aucun sport de contact. Rugby, hockey sur glace, boxe, base-ball, arts martiaux… Même le football est concerné. Au Royaume-Uni, une étude a estimé qu’un joueur de football professionnel pouvait réaliser plus de 10 000 têtes sur l’ensemble de sa carrière. Une statistique qui a conduit la fédération à interdire cette pratique chez les moins de 12 ans.
En France, Raphaël Varane, ancien défenseur des Bleus, appelait en 2024 dans L’Équipe à une remise en question de cette pratique. En avril, Sébastien Chabal, figure emblématique du rugby français, a lui aussi tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences des chocs à la tête, affirmant ne conserver « aucun souvenir d’un seul match » de sa carrière.