L’offre sportive rémoise est pléthorique : trente clubs de football dont un en Ligue 1, douze clubs d’arts martiaux, six clubs de gymnastique… Au milieu de tous ces clubs, un seul représente le football américain. Les Wildcats ont de bons résultats, comptent 80 membres, et pourtant, personne ne les connaît. C’est tout le paradoxe du football américain, un sport peu répandu en France mais qui a toujours eu une tradition dans la cité des sacres.
« À chaque fois que l’on fait une animation, c’est toujours la même remarque qui revient », se plaint Gilles Prieur, le président : « Ah bon, il y a du football américain à Reims ? » Soupir de lassitude. « Cela fait 30 ans qu’il y a du football américain à Reims. » Alors, comment faire pour exister ? « Dès qu’il y a une manifestation en ville, on essaie d’y participer. On fait Vital’Eté, les 100 ans de la Croix-Rouge. On a aussi participé à la semaine américaine à Fismes où l’on a fait un match. » Le moment qui leur offre le plus de visibilité reste le 10 km du RATJ. Tous les ans, les Wildcats galèrent à finir la course, harnachés de tout leur équipement.
« Pour courir le RATJ, ce n’est pas pratique, mais on le fait pour la forme et pour le côté humoristique, parce que c’est marrant de voir une équipe de football américain au milieu de gens qui sont vraiment là pour courir », explique Charles, un des membres de l’équipe junior.
Le football US reste un sport mineur en ville. « C’est vrai que ce n’est pas très commun », sourit Clément qui joue au poste de running back. Ici, on mange, on respire Rouge et Blanc et pas vraiment Bleu et Vert. Stéphane Lang, conseiller municipal délégué aux relations avec les associations sportives ne le nie pas : « Il y a une histoire exceptionnelle avec le football à Reims, ici c’est culturel. »
Et même si la mairie prône la mutualisation des clubs pour rentabiliser l’utilisation de certains équipements, la diversité de l’offre sportive fait partie intégrante de l’image de marque de la ville. « Reims est une métropole. Il est très important que l’on ait une offre sportive diversifiée pour que les nouveaux habitants qui s’installent puissent avoir le choix. Même si le football américain n’est pas un sport hyper populaire, il est normal qu’ils puissent pratiquer.
Depuis le début du XXe siècle, Reims et football de haut niveau sont indissociables. Une histoire singulière, parfois romanesque, jalonnée d’exploits, d’épopées et parfois même de périodes de disette. Premier géant du football hexagonal, le Stade de Reims a traversé les époques et se tourne vers l’avenir, au masculin comme au féminin.
Les débuts du Stade de Reims
Les origines du Stade de Reims remonte au début du 20ème siècle lorsque que le comte Maxence Melchior de Polignac fonde en 1911 la "Société Sportive du Parc Pommery" pour permettre à ses ouvriers de pratiquer plusieurs sports dont le football. Quelques années plus tard et l'arrivée du football professionnel en France, le club décide de se séparer des autres sections pour représenter les Rémois au plus haut niveau et d'afficher ses ambitions.
Après avoir grandi très tranquillement à un niveau régional, le club rémois passe la vitesse supérieure en 1935 avec la validation de son dossier de demande d’accès au professionnalisme. Le club s’installe dans le ventre mou de la D2 dans un premier temps. Car il dispose de ressources trop limitées à ce niveau pour présenter une équipe réellement compétitive. Cela va changer en 1938 à la suite d’une seconde opération de fusion réalisée cette fois avec le Sporting Club Rémois, champion amateur du Nord Est en 1937, qui postule également au statut professionnel.
Une fusion devenu obligatoire à cause de la fédération qui refusait à l'époque qu’une ville de 100 000 comptent deux clubs à ce niveau. Après avoir décroché le titre de champion de France amateur en 1935, le club évolue, est promu en deuxième division et devient un club de football professionnel.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Reims est promu en première division et connaît ses grandes heures de gloire. Les hommes d’Henri Roessler inscrivent une première ligne au palmarès, leur premier titre de champion de France de D1. À partir de là, le Stade va entamer une incroyable moisson de titres nationaux. La coupe de France l'année suivante, des titres de champion puis un superbe succès en Coupe Latine en 1953, aux dépens des Italiens du Milan AC (3 buts 0) avec, notamment, un doublé d’un certain Raymond Kopa… lui ouvre de nouvelles perspectives. Le club devient également un style de jeu caractéristique basé sur du jeu court à terre.
Lors de cette saison, il remporte son premier titre de Champion de France de D1. Le palmarès des Stadistes commence à s’élargir. La Coupe Latine a laissé place à la Coupe des Clubs Champions (aujourd’hui Ligue des Champions).
Le 13 juin, le club champenois disputait la première finale de l'histoire de la Coupe d'Europe des Club Champions, devenue depuis Ligue des Champions. Les Rémois s'inclinent 4 buts à 3 face au Real Madrid au terme d'une rencontre qui a laissé beaucoup de regrets. En effet, les hommes d'Albert Batteux ont touché de près leur rêve. En menant 2 buts à 0 après seulement 10 minutes de jeu, le Stade de Reims semblait s'ouvrir la voie vers un succès facile. Raymond Kopa avait même une balle de 3 buts à 0 repoussée par un défenseur espagnol. Mais les Merengues ont eu le talent nécessaire pour revenir à deux buts partout. Et même si Michel Hidalgo redonnait espoir aux Rémois à 28 minutes de la fin en inscrivant un troisième but, Madrid a encore su réagir et finalement s'imposer 4 buts à 3.
Reims est finaliste de la compétition face au Real Madrid et mène 2-0 après 10 minutes de jeu, avant de finalement s’incliner 4-3 face aux Espagnols. A nouveau opposé au Real Madrid en Coupe des Clubs Champions, le SDR doit faire face à se bête noire.
Sur la troisième place du podium la saison précédente, les Rémois empochent un sixième titre de Champion de France de D1… à l’arraché ! Tout se joue sur la dernière journée et les Rouge et Blanc se retrouvent finalement à égalité parfaite avec le Racing Club de Paris. Fait exceptionnel, c’est au goal average que les deux équipes doivent se départager… Avec une moyenne de 1,383 contre 1,365, Reims l’emporte. Le Stade de Reims remporte son tout dernier titre de champion de France, dans un final fou qui le verra sacré… pour un but!

Le football féminin à Reims
Reims voit naître le football féminin grâce à… une annonce parue dans l’Union. Un peu moins de deux mois plus tard, en août 1968, les Rémoises disputent leur premier match face au FC Schwindratzheim, en lever de rideau de Reims-Valenciennes et l’emportent facilement 3-1 au terme des soixante-dix minutes et devant 6000 spectateurs.
Les années de disette
Les temps changent. Il y a d’abord le refus, en 1963, de continuer de confier à Albert Batteux les commandes de l'équipe. À cela s’ajoute une santé financière de plus en plus précaire. Au moment où l’équipe, vieillissante, aurait eu besoin d’une cure de rajeunissement, les moyens viennent à manquer.
Les conséquences sont immédiates: descente en Division 2 et ouverture d’une période d’instabilité sportive qui durera jusqu’en 1970, date de retour parmi l'élite. Malgré les exploits de la star argentine Carlos Bianchi, symbole de l’époque "Tango" des Rouge et Blanc, caractérisée par sa filière de joueurs sud-américains (Delio Onnis, César Laraignée, Santiago Santamaria) joue le haut du classement en D1, remplit Delaune plus souvent qu’à la grande époque… mais ne gagne rien. Aucun titre, aucune qualification européenne ne viendront récompenser les investissements consentis entre 1972 et 1976. Après une nouvelle finale de Coupe de France perdue en 1977, le club redescend à l'étage en-dessous en 1979.
Après des belles heures en D2 entre 1981 et 1988, avec deux demi-finales de Coupe de France atteintes en 1987 et 1988, le club dépose le bilan en 1991. Sans aucun projet de reprise en vue, le Stade de Reims cessera administrativement de vivre le 11 mai 1992. Mais pas son cœur de battre. Le club renaît de ses cendres sous l'appellation Stade de Reims Champagne. La nouvelle équipe présidée par Jean-Claude Hérault démarre en Division d'Honneur. Il faudra l’aide de quelques anciens pros revenus au Stade pour relancer la machine. Reims va finir par retrouver la lumière. Montée en National en 1999, retour en D2 et du statut professionnel en 2002.
Après 33 années de purgatoire, le club rémois renaît de ses cendres et remonte parmi l'élite. Jonquet, Kopa, Muller, Onnis ou Bianchi, vont donc enfin avoir des successeurs. Pour revenir en Ligue 1, le Stade a livré une saison quasi-parfaite dans l’antichambre de l’élite. Au terme d’une saison record (88 points, 28 victoires, + 50 de différence de buts) les Rouge et Blanc deviennent Champions de France de Domino’s Ligue 2 !

STADE DE REIMS - STADE LAVALLOIS MFC (4-0) - 16ème journée - Ligue 2 BKT 25/26
Collyns Laokandi: Un exemple de persévérance
Formé au Stade de Reims, Collyns Laokandi n'a pas réussi à signer un contrat professionnel en France. Qu'à cela ne tienne, le Franco-Tchadien de 21 ans a traversé l'Atlantique pour rejoindre une équipe universitaire à New York. C’est l’histoire d’un jeune footballeur, comme il en existe des milliers en France, qui tente depuis des années de vivre de sa passion. Mais contrairement à ses nombreux homologues qui écument les divisions inférieures de l’Hexagone dans l’espoir de signer un contrat professionnel, Collyns Laokandi a tenté un pari à l’étranger.
Aux Etats-Unis, plus précisément, puisque ce solide défenseur (1,93 m, 86 kg) né au Tchad évolue depuis deux ans à l’université Saint Francis College, située dans le quartier de Brooklyn, à New York. Un changement radical par rapport à ses années de formation, qu’il a passées au Stade de Reims.
Né le 9 octobre 1995 au Tchad, Collyns Laokandi débarque en France à l’âge de 8 ans, seul, sans sa famille. Si la séparation est difficile, son objectif est clairement établi : jouer au football. Placé en famille d’accueil chez un dirigeant du Stade de Reims, il rejoint le club à 10 ans, bien encadré dans son nouveau foyer. « C’était compliqué d’arriver en France aussi jeune, séparé de mes proches, se remémore le footballeur. Mais la famille dans laquelle j’étais m’a tout de suite mis à l’aise. Je me suis rapidement senti comme un membre de la famille car ils m’ont donné beaucoup d’amour et m’ont traité comme leur propre enfant. »
Sur les terrains, le jeune homme, qui obtient son bac ES à seulement 16 ans, gravit brillamment les échelons. Grâce à son physique de colosse et ses qualités, il est régulièrement surclassé jusqu'à se hisser en finale de la Coupe Gambardella, en 2014.
« On s’entraînait tous ensemble, dans une bonne ambiance et ça a payé cette année-là, se souvient Collyns, suspendu lors de la finale perdue face à Auxerre. Mais sur le dernier match, j’ai senti qu’ils n’étaient pas libérés. Certains joueurs avaient été contactés par des clubs et ils jouaient gros sur ce match. Un moment difficile également pour la carrière personnelle du jeune Rémois d’adoption, qui connaît plusieurs blessures cette saison-là. « Les autres poussaient et ont pris ma place, raconte-t-il. Je ne peux pas en vouloir aux coaches, David Guion et Franck Chalençon, qui m’ont beaucoup appris en deux ans sur le plan tactique et technique. »
Jeune joueur prometteur, Collyns s’était attaché les services d’un agent qui ne lui donne plus de nouvelles. Il atterrit finalement à Prix-lès-Mézières, en PH. Avec trois déplacements par semaine à faire dans les Ardennes, la vie de l’ancien Stadiste est « galère », d’autant qu’il n’a aucune rentrée d’argent. C’est alors que les choses s’accélèrent. Son ancien coéquipier, Louis Dargent, est parti tenter l’aventure Outre-Atlantique et lui conseille de l’imiter puisque son nouveau club cherche un défenseur.
Pendant ce temps, Collyns est sélectionné en équipe nationale du Tchad. « Je sentais qu’il se passait quelque chose. J’ai été contacté par le programme FFF-USA qui m’a proposé de partir aux Etats-Unis. » Ce partenariat entre la Fédération française et la Ligue étasunienne place dans des universités des jeunes footballeurs qui n’ont pas signé un contrat pro en France.
Le jeune homme part alors seul, direction Saint Francis College, à Brooklyn. Il se voit octroyer une bourse afin d'étudier le Business Management et jouer pour les Terriers, l’équipe universitaire. Le changement est radical. « C’est complètement différent de la France. Ici, c’est le travail, le travail, le travail… Tu n'as pas le choix. Au départ, c’était compliqué car je ne parlais pas un mot. J’ai dû m’adapter très vite en regardant des films en anglais, même si je ne comprenais rien ! Car si tu n'as pas de bonnes notes, tu ne joues pas. »
Sur le terrain aussi, le défenseur central doit s’acclimater. « En France, il y a beaucoup d’individualités, là, tout le monde joue et défend ensemble. Ils sont très axés sur le physique, plus que sur la technique. C’est l’armée ! » Le rythme, également, est très différent. Après un championnat d’été, les matches de saison régulière se déroulent de septembre à novembre, avec deux à trois rencontres par semaine. Puis, plus rien pendant cinq mois, mise à part la draft de janvier, durant laquelle les clubs professionnels recrutent les joueurs universitaires.
Collyns n’a pas eu cette chance mais il continue de croire dur comme fer en son rêve. Après deux saisons pleines, durant lesquelles il a remporté le titre de champion de la Conférence Nord-Est et été élu meilleur défenseur, le Franco-Tchadien attend son heure, alors qu’il lui reste deux semestres à valider. Il s'entretient, joue au foot en salle et fait de la muscu. Sa vie n'est pas une sinécure. « La vie à New York est bien à condition d’avoir beaucoup d’argent. Comme je ne suis pas top financièrement, je dois faire des petits boulots à l’université. J’espère qu'un jour ma famille pourra me rendre visite car tu peux rencontrer tous les gens du monde, tant que tu n’as pas ta famille, ça n'est pas pareil. »
Bien loin des stars du ballon rond et des millions d'euros qu'elles génèrent, à l'ombre du Brooklyn Bridge, Collyns Laokandi continue à travailler dur, comme il l'a toujours fait.