Le Havre et le Football Américain: Une Histoire en Devenir

Alors que Vincent Volpe se trouve en négociations très avancées pour vendre le HAC à Blue Crow Sports Group, on s'est penché un peu plus précisément sur l'identité de ce groupe d'investissement américain, fondé en 2021 et qui s'est spécialisé dans l'acquisition de clubs de football à travers le monde. Le groupe américain Blue Crow Sports Groupe devrait devenir dans un avenir proche le prochain actionnaire majoritaire du HAC.

Fondé en 2021 par Jeff Luhnow et Arvind Narayan, Blue Crow Sports Group (BCSG) pourrait se définir comme un fonds d'investissement uniquement tourné autour du football. Un groupe américain dont le siège est basé à Houston, une ville texane où Vincent Volpe, appelé à devenir le futur ex-actionnaire majoritaire du HAC (jusqu'à présent à hauteur de 96,21%) réside une partie de l'année.

Le HAC s'apprête donc à ouvrir un nouveau chapitre de sa longue et riche histoire en intégrant une organisation déjà propriétaire de quatre clubs sur trois continents différents. S'il demeure un acteur relativement neuf dans l'univers du ballon rond, Blue Crow Sports Group fait preuve d'un appétit vorace.

Et pour cause, le premier rachat de la société texane remonte à janvier 2022 avec les Mexicains du Cancún FC. Depuis, trois entités supplémentaires ont rejoint la galaxie Blue Crow : les Tchèques du MFK Vyskov* et les Doubaïotes de l'Elite Falcons FC début 2023, précédés six mois plus tôt par le CD Leganés. Jusqu'à la cession à venir des « Ciel et Marine », cette écurie espagnole est présentée comme le sommet de la pyramide de la politique en matière de football du groupe américain. Point commun entre toutes ces structures, BCSG les a acquis alors qu'ils évoluaient en deuxième division.

Une frénésie d'achats qui est certainement loin d'être finie. Dans un article paru dans le média The Athletic, en août 2024, Jeff Luhnow indiquait vouloir posséder huit clubs à l'horizon 2030. Les marchés ciblés : les premières divisions de championnats qu'on qualifiera de seconde catégorie telle la République Tchèque ou encore les D2 portugaise et danoise.

"Plus tard, j’aimerais aussi avoir un pied au Royaume-Uni, soit via un club partenaire ou avec notre propre club britannique", ambitionne l'Américano-mexicain. Depuis, la France et la Ligue 1 se sont ajoutées à sa liste tout comme l'Italie. Début juin, La Gazzetta dello Sport révélait un intérêt de Blue Crow pour Monza, qui vient de terminer lanterne rouge de Serie A.

Il ne faut pas s'y tromper, l'idée à moyen terme derrière ce système de multipropriétés (car il s'agit bien de cela) est de transférer les joueurs d'une entité à une autre, en fonction de leur niveau, de leur évolution et de leur progression.

*Bien que promu en D1, le MFK Vyskov est sorti du giron de Blue Crow Sports Group au mois de mars ; le club tchèque n'ayant pas de stade aux normes, il ne peut plus prétendre à évoluer dans les championnats professionnels de son pays.

"Le Havre ne doit être la succursale de personne. On peut avoir d'autres clubs autour, discuter avec eux. Si Blue Crow Sports Group est axé à 100% sur le football, plusieurs de ses dirigeants sont issus d'une autre discipline : le base-ball et notamment de la franchise des Astros de Houston (Jeff Luhnow, José Fernandez) ; un sport où l'utilisation des datas est incontournable. Une approche scientifique qu'ils tentent de dupliquer au monde du ballon rond.

Ainsi, ce groupe américain - qui s'est attaché les services de plusieurs collaborateurs ayant exercé en Liga espagnole et en Premier League anglaise - a lancé un système baptisé « Nest ». Il s'en sert pour le recrutement, le développement des joueurs et la constitution des équipes. "Tout est mesuré", confirme Sergio Conzalez, le capitaine de Leganés.

Comprendre le football américain : La défense

"Tous les paramètres physiques : le nombre de mètres parcourus, la vitesse maximale atteinte, les sprints effectués et aussi des donnés liées plus spécifiquement au foot : le nombre de passes courtes, de passes longues, les duels disputés (aériens, défensifs)". Une base de données que chaque entraîneur des clubs rattachés au BCSP a la possibilité de consulter.

Autre preuve de l'implication de la data dans leur conception du football, chaque joueur reçoit un rapport détaillé après chaque match. Arvind Narayan et Jeff Luhnow, les co-fondateurs du Blue Crow Sports Group.

A l'échelle du base-ball et du sport américain, l'affaire avait fait grand bruit. En novembre 2019, le lanceur Mike Fiers révélait un système de triche lors du sacre des Astros de Houston aux World Series (le championnat professionnel des USA) deux ans auparavant.

Pour résumer, la franchise texane a été accusée d'avoir utilisé une caméra pour observer les signaux des receveurs adverses en direction des lanceurs avant de les transmettre, via un système de signaux sonores, à leurs batteurs ; ces derniers bénéficiant du coup d'un avantage certain pour adapter leurs frappes au lancer. Le club a notamment écopé d'une amende de 5 M$. Directeur général des Astros au moment des faits, Jeff Luhnow, tout comme d'autres dirigeants de la franchise, a été suspendu de ses fonctions en 2020 avant d'être licencié.

Le 2 juillet, le PDG de Blue Crow, Jeff Luhnow (58 ans), ancien dirigeant de baseball, a confirmé l'organigramme mis en place par son prédécesseur Vincent Volpe - le président Jean-Michel Roussier, le directeur sportif Mathieu Bodmer et l'entraîneur Didier Digard -, crédité du maintien en L1 arraché sur le fil. « Ils ont fait un bon boulot, soulignait Luhnow. Ils méritent d'avoir l'opportunité de continuer. » Mais avec des moyens financiers toujours aussi limités.

« En épurant la dette, Blue Crow nous apporte la sécurité financière dont on avait besoin », appuie Roussier, même si la direction sportive a dû composer avec une enveloppe maigrelette et des impératifs drastiques (0 indemnité de transfert, réduction de 15 % de la masse salariale) pour signer onze recrues cet été (9 joueurs libres, 2 en prêt). Cette sobriété est la marque de fabrique de BGSC qui avait déjà déboursé 0 euro en transferts à Leganés à l'été 2022 (6 joueurs libres, 6 en prêt), après le rachat du club de la banlieue madrilène.

« Une de nos priorités est d'accroître nos recettes » Eduardo Cosin, vice-président en charge de la stratégie de BGSC Peu présent au Havre, Luhnow, qui coiffe aussi la casquette de président du club espagnol, ne rate aucun match au stade Océane où il peut se montrer « assez expansif », gl...

Jeff Luhnow, co-fondateur de Blue Crow Sports Group

Football Américain en France : Un Essor Progressif

Le football américain, longtemps considéré comme un sport exotique en France, connaît une croissance remarquable ces dernières années. Ce sport spectaculaire, mêlant stratégie complexe et action intense, séduit de plus en plus de Français, passionnés par son dynamisme et sa dimension tactique.

Des terrains de banlieue aux stades professionnels, le football américain s’implante progressivement dans le paysage sportif hexagonal, bousculant les codes et les habitudes. Le football américain a parcouru un long chemin depuis son introduction en France dans les années 1980. Initialement perçu comme un sport de niche, il a progressivement gagné en visibilité et en popularité.

Au fil des années, le nombre de licenciés a connu une augmentation significative, passant de quelques centaines dans les années 1990 à plus de 23 000 en 2023. Cette croissance témoigne de l’intérêt croissant des Français pour ce sport dynamique et stratégique . L’engouement pour le football américain s’est également manifesté par l’organisation d’événements d’envergure sur le sol français.

Des matchs de démonstration entre équipes professionnelles américaines ont attiré des foules impressionnantes, suscitant l’intérêt des médias et du grand public. La Fédération Française de Football Américain (FFFA) joue un rôle crucial dans le développement et la structuration du sport en France. Créée en 1983, elle est l’organe de gouvernance officiel reconnu par le Ministère des Sports.

Grâce à son travail de fond, la FFFA a contribué à professionnaliser la pratique du football américain en France. Elle a mis en place des programmes de formation rigoureux pour les coaches, améliorant ainsi la qualité de l’encadrement technique. Le championnat Elite représente le plus haut niveau de compétition de football américain en France.

FFFA

Cette ligue regroupe les meilleures équipes du pays et offre un spectacle de qualité aux fans du sport. Le niveau de jeu du championnat Elite s’est considérablement amélioré au fil des années, attirant même des joueurs étrangers talentueux.

Parallèlement au championnat Elite, les ligues régionales jouent un rôle essentiel dans le développement du football américain en France. Ces compétitions permettent aux équipes locales de s’affronter et de progresser, créant un vivier de talents pour les niveaux supérieurs. La formation des jeunes talents est devenue une priorité pour de nombreux clubs et pour la FFFA.

Des programmes spécifiques ont été élaborés pour initier les enfants et les adolescents aux techniques et aux règles du football américain. La National Football League (NFL), la ligue professionnelle américaine, a joué un rôle important dans la promotion du football américain en France. Des partenariats ont été établis entre la NFL et la FFFA pour organiser des événements, des camps d’entraînement et des échanges culturels.

La NFL a également contribué à la formation des entraîneurs et des arbitres français, partageant son expertise et ses ressources. Le football américain se distingue par la richesse et la complexité de ses tactiques offensives. En France, les équipes ont progressivement adopté et adapté les systèmes de jeu les plus sophistiqués.

La formation Spread , par exemple, vise à étirer la défense adverse en utilisant des formations avec plusieurs receveurs écartés. Le système West Coast , popularisé par les équipes de NFL, a également trouvé sa place dans le jeu français. Cette tactique repose sur des passes courtes et précises, permettant aux receveurs de gagner des yards supplémentaires après la réception.

En défense, les équipes françaises ont également adopté des formations variées pour contrer les attaques adverses. La formation 4-3 , avec quatre joueurs de ligne et trois linebackers, reste populaire pour sa polyvalence. La défense 3-4 , utilisant trois joueurs de ligne et quatre linebackers, gagne en popularité en raison de sa flexibilité tactique.

Elle permet de varier les blitz et de créer la confusion dans l’attaque adverse. Le football américain se caractérise par une forte spécialisation des rôles. En France, les joueurs développent des compétences spécifiques pour exceller à leurs postes.

Le quarterback , véritable chef d’orchestre de l’attaque, doit combiner vision du jeu, précision des passes et leadership. Les wide receivers affinent leurs techniques de réception et leurs tracés pour devenir des cibles fiables. En défense, les linebackers jouent un rôle crucial, devant être capables de lire le jeu, de plaquer efficacement et de couvrir les passes courtes.

Les special teams , souvent négligées, jouent un rôle crucial dans le football américain français. Ces unités, responsables des kicks, des punts et des retours, peuvent changer le cours d’un match en un instant. Les kickers et les punters français travaillent leur précision et leur distance, tandis que les retourneurs développent leur vitesse et leur capacité à lire les blocs.

L’adaptation des infrastructures au football américain représente un défi majeur en France. Contrairement aux États-Unis, où les stades dédiés sont nombreux, les équipes françaises doivent souvent partager leurs installations avec d’autres sports. Les clubs et les collectivités locales investissent progressivement dans des équipements spécifiques, tels que des poteaux amovibles et des lignes de marquage adaptées. L’équipement individuel des joueurs a également dû être adapté au marché français.

Les fournisseurs spécialisés se sont développés, proposant des casques, des épaulières et des protections conformes aux normes européennes de sécurité. La diffusion des matchs de NFL sur les chaînes françaises a joué un rôle crucial dans la popularisation du football américain en France.

Des chaînes comme beIN Sports et L’Équipe TV ont acquis les droits de diffusion, offrant aux fans français un accès régulier aux meilleures rencontres de la ligue américaine. Le Super Bowl, en particulier, est devenu un événement médiatique majeur en France. Diffusé en direct chaque année, il attire un nombre croissant de téléspectateurs, fascinés par le spectacle sportif et le show de la mi-temps.

La couverture médiatique du championnat Elite et des équipes nationales françaises s’est considérablement améliorée ces dernières années. Les médias spécialisés et les plateformes en ligne offrent une couverture détaillée des matchs, des analyses tactiques et des interviews de joueurs. Les performances des équipes nationales françaises, notamment lors des compétitions européennes, bénéficient également d’une attention médiatique croissante.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans la popularisation du football américain en France. Les influenceurs et les créateurs de contenu spécialisés dans le football américain ont émergé, offrant des explications accessibles sur les règles et les tactiques du jeu. Le NFL Game Pass, service de streaming officiel de la ligue américaine, a révolutionné l’accès au contenu pour les fans français.

Cette plateforme permet de regarder tous les matchs en direct ou en replay, offrant une flexibilité appréciée par les passionnés. L’adoption croissante du NFL Game Pass en France témoigne de l’engagement des fans et de leur volonté d’approfondir leur connaissance du sport.

Malgré sa croissance impressionnante, le football américain en France fait face à plusieurs défis. La concurrence avec des sports plus établis comme le football et le rugby reste forte, tant pour attirer les talents que pour capter l’attention médiatique.

Cependant, les perspectives d’avenir sont prometteuses. L’intérêt croissant des jeunes pour le football américain laisse présager une base de joueurs et de fans en expansion. L’éventuelle organisation de matchs de saison régulière de NFL en France, à l’instar de ce qui se fait à Londres, pourrait donner un coup de boost significatif à la popularité du sport.

Les Défis et Perspectives d'Avenir

Le football américain en France est à un tournant de son histoire. L’un des principaux défis reste la formation continue des entraîneurs et des arbitres français. Pour maintenir la qualité du jeu et assurer la sécurité des joueurs, il est crucial d’investir dans des programmes de formation de haut niveau.

Le développement des infrastructures demeure également un enjeu majeur. La création de centres d’entraînement spécialisés et l’amélioration des terrains existants sont essentielles pour permettre aux équipes de s’entraîner dans des conditions optimales. Sur le plan de la compétitivité internationale, les équipes françaises doivent continuer à progresser pour rivaliser avec les meilleures formations européennes.

L’aspect financier reste un défi de taille. Attirer des sponsors, augmenter les revenus des clubs et professionnaliser davantage la gestion des équipes sont des objectifs prioritaires pour assurer la pérennité et le développement du sport. Enfin, la sensibilisation du grand public et l’éducation des nouveaux fans restent des enjeux cruciaux.

En définitive, le football américain en France se trouve à un moment charnière de son développement. Avec une stratégie claire, un engagement continu de tous les acteurs du sport et le soutien croissant du public, il a le potentiel de s’imposer comme une discipline majeure dans le paysage sportif français.

Les Premiers Pas du Football Américain en France

Le football américain n’est pas une chose toute à fait nouvelle dans le paysage sportif français des années 30. C’est le premier match connu de ce sport sur le vieux continent. Deux rencontres en 15 ans c’est peu… Le sport réapparaît brièvement au sortir de la Première Guerre Mondiale.

Malgré cette présence réduite, la presse française évoque régulièrement le cas du ‘rugby américain’ comme elle aime à appeler le sport. Généralement, le public sait qu’il existe une forme de ‘rugby’ jouée aux Etat-Unis, On sait que c’est un jeu violent et très important là-bas. Et c’est à peu près tout.

Et puis, il y’a 1924 et cette finale du tournoi olympique de rugby entre la France et les Etats-Unis restée célèbre pour toutes les mauvaises raisons possibles et qui vaudra - en plus de l’éviction de la chose ovale du jeu olympique pendant près d’un siècle - la plus fantastique des phrases jamais écrites à propos de sport: « C’est ce qui se fait de mieux, sans couteau ni revolver« . Rares sont ceux qui essaient d’évoquer le sport en d’autres termes que ceux évoqués plus haut.

Curt Riess en est un. Ce juif allemand exilé en France à l’arrivée des Nazis au pouvoir est correspondant sportif pour le quotidien France-Soir. Contrairement à la plupart de ceux qui parlent de football américain, lui, l’a vu être pratiqué aux Etats-Unis où il a vécu. Gaston Bénac son directeur des sports au quotidien le soutient et consacre en 1937 une série d’articles à ce sport pratiqué par des ‘super-athlètes’.

Il le décrit comme « le plus spectaculaire du monde » mais aussi le « plus violent et le plus meurtrier » qui soit. En 1938, Riess fonde à Paris l’Union de Football Américain Amateur (UFAA). Son idée première est de composer une équipe française faite de rugbymen, de leur apprendre - rapidement - les règles de ce nouveau jeu et de leur faire affronter une sélection venue des Etats-Unis.

La tournée des joueurs américains est officialisée pour le mois de décembre 1938. Le très renommé Jim Crowly, l’un des four horsemen de l’université Notre Dâme dans les années 20 et désormais en charge du programme universitaire de Fordham, prendra la tête de cette équipe. Malheureusement de son côté, Jean Galia trouve porte close aussi bien chez ses anciens amis du XV que ses nouveaux du XIII.

Ses accointances avec le néo-néo-rugby lui sont même reprochées, il en perd son poste de sélectionneur unique de XIII de France. La mise sur pied d’une équipe française est compliquée, pour ne pas dire impossible. Tant pis, les Américains formeront deux équipes et joueront entre eux.

Le 30 novembre 1938, les 24 joueurs américains et Jim Crowley s’embarquent à bord du Manathan, direction le Havre et profitent du voyage pour peaufiner leur forme physique. Le 7 décembre, la douane est passée, ils sont enfin là, les ‘colosses-gentlemen’ comme les appellent Paris-Soir. Une bonne partie de la presse parisienne les attend à leur arrivée. Pas un en dessous de 180cm. Formidable. Près de 2 mètres et 110 kg pour le plus impressionnant, surnommé le ‘Bagarreur’. Génial.

Tous sont jeunes et fraîchement diplômés. Leur pedigree universitaire est souvent impressionnant: Princeton, Boston College ou Columbia. On répartit les joueurs. Une équipe portera le nom de New-Yorkers, elle représentera les joueurs des universités de l’Etat du même nom, l’autre s’appellera les US All Stars et sera composée du reste de la troupe. Enfin, pas tout à fait, enfin, pas vraiment, enfin, peu importe. Le sort des rencontres n’a aucun intérêt.

Du Havre, les américains prennent immédiatement la direction de Saint-Germain où ils installent leur camp de base. Pour leurs grands débuts hexagonaux, les joueurs américains sont accueillis par une foule de 20 à 25.000 spectateurs au Parc des Princes. Des hauts-parleurs tentent d’expliquer à cette masse de béotiens ce qu’il se passe (ou ne se passe pas) sur le terrain. La foule est d’abord silencieuse, sous le choc, saisie par l’incompréhension de ce nouveau jeu.

Le lendemain, toute la presse évoque le match. Paris-Soir l’affiche à sa une, forcément. Le reporter de l’Auto déborde particulièrement d’enthousiasme, et croit savoir que football américain a « conquis le public parisien » et prédit que le sport va s’implanter durablement en France. Il nous dit aussi que l’ambiance du Parc des Princes lui a rappelé celle du Yankee Stadium à New-York. En réalité, la plupart des chroniqueurs ne partagent pas cette emphase délirante.

Si la qualité athlétique des joueurs impressionne et qu’on loue l’esprit de corps des équipes, que l’on devine aussi les possibilités tactiques du nouveau jeu, on s’y ennuie aussi un peu, beaucoup. « Un sport qui manque d’envolée » résume l’Excelsior. On regrette que le jeu soit si souvent arrêté par « d’inutiles parlotes ». et on doute que ce rugby « monotone, automatique, simpliste et naïf par instant » soit adapté au tempérament national.

Et puis, il y a déjà bien assez de sports en France. On voit avec quelle difficultés deux rugbys tentent de coexister, alors un troisième. La tournée continue. A Lyon, ils sont 10.000, sans doute autant à Marseille, laissant une recette de près de 110.000 francs. Narbonne qui s’était greffé à la dernière minute au programme est un échec. A Toulouse, ils sont moins nombreux, la faute… à la neige.

Si les affluences ne sont pas formidables, elles le doivent pour beaucoup au temps exécrable qu’affronte la France en ce mois de décembre 1938. Les recettes demeurent satisfaisantes: entre 30 et 110.000 francs à chaque match. Parmi les spectateurs venus à la découverte de ce nouveau sport, on note la présence de nombreux dirigeants de soccer ou de rugby quinziste ou treiziste qui se plaisent à jauger des forces et des faiblesses de leur éventuel futur concurrent.

Durant ces quelques jours de décembre, Curt Riess se veut rassurant sur les suites qu’auront la tournée. Il promet des clubs, le recrutement de grands joueurs partout en France, la création d’une ‘Ligue Française de Rugby Américain’ aussi, et enfin la naissance d’une équipe de France qui traversera l’Atlantique pour une tournée inaugurale à l’automne prochain chez les maîtres du jeu.

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