Le rugby moderne a connu une évolution significative, marquée par une préparation physique poussée à l'extrême et une course à la musculation, surtout depuis le passage au professionnalisme en 1995. Les contacts sont devenus des secousses, suscitant des inquiétudes quant à la sécurité des joueurs.

L'évolution des protections
En l'espace de vingt ans, les protections sont devenues incontournables. Protège-dent (obligatoire depuis deux saisons en France), protège-tibias, épaulières, casque… Les rugbymen bénéficient désormais d’une seconde peau parfaitement encadrée.
On a beaucoup travaillé pour unifier les protections. A une certaine époque, on faisait un peu n’importe quoi en ayant des éléments vraiment dangereux comme sur les avant-bras, rappelle Bernard Lapasset, Président de World Rugby de 2007 à 2016.
On a imposé des normes pour avoir une forme régulière d’expression. Dans les rangs du corps arbitral, la volonté est d’encourager ces protections pour les adapter au changement de morphologie.
Le rôle des instances et des équipementiers
Il faut se poser les questions sur l’équipement qui peut être ajouté pour préserver l’intégrité physique, souligne Franck Maciello, Directeur Technique National de l'Arbitrage Adjoint depuis 2012. Par des équipements adaptés qui ne blesseront pas les adversaires, les joueurs devront avoir recours à ce type de protection.
Un discours préventif partagé par le Syndicat des Joueurs. Il y a quelque chose de fondamental à envisager au niveau des protections pour l’avenir de notre sport, insiste Robins Tchale-Watchou, Président de Provale.
Comme dans le vélo, peut-être que tous les rugbymen doivent porter un casque et un certain nombre d’éléments pour atténuer la violence des chocs. Pour les équipementiers, la difficulté est de protéger les joueurs en respectant les normes de World Rugby mais sans nuire à l’expression des acteurs sur le terrain.
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Les innovations technologiques
Nos évolutions suivent les changements de règle, nous explique Laurent Gaya, Directeur Gilbert France. Actuellement, sur les casques et les épaulières, nous travaillons sur des matériaux intelligents avec des reprises de mémoire de forme qui diffuse totalement le choc.
A l’impact, quand on tape sur un morceau de la mousse, le choc se diffuse pour éviter une grosse pression. Et pour la saison prochaine, nous développons une nouvelle mousse qui absorbera encore plus les chocs. Nous avons aussi des protections pour le torse avec une plaque en titane au niveau du plexus et des cotes flottantes. Il faut penser au nombre de petits chocs dans un match. Ils sont incalculables.

Les risques et les limites des protections
Dès qu’il s’agit d’évoquer l’équipement des rugbymen, le parallèle avec le football américain est immédiat. Quand je vois les chocs dans le rugby, je me dis qu’il y a une forme d’inconscience, confie Jean-Philippe Dinglor, ancien joueur puis entraîneur de football américain.
Le rapport poids/vitesse est devenu énorme. Les dégâts sont terrifiants. Si on n’adapte pas le matériel à l’évolution des athlètes, dans dix ans, ce sport sera confronté aux mêmes problèmes que le football américain. Il faut adapter le matériel comme le proposent des sociétés américaines avec l’étude d’un nouveau casque déformable qui absorbe les chocs et distribuer l’impact plus efficacement.
Pour l’heure, le recours à ces équipements est l’objet d’un débat au niveau international. Mais jusqu’où doit-on aller ? Un point de vue souvent partagé par le corps médical. Les protections à outrance vont générer des joueurs bibendums qui vont taper encore plus fort sur les impacts, prévient Jean-François Chermann, Neurologue, Responsable de la consultation commotion cérébrale et sport à l'hôpital Léopold-Bellan de Paris.
La caricature serait de dire: J'ai été commotionné tel jour, la semaine prochaine je vais mettre un casque comme ça je serai protégé. Depuis que le casque est obligatoire sur les pistes de ski aux Etats-Unis, on relève 20% de traumatismes crâniens en plus. On prend tout simplement davantage de risques. Mais n’oublions pas qu’aujourd’hui, il n’y a aucun équipement qui peut éviter les commotions.
Si le rugby doit sans doute échapper à une course au suréquipement dénaturerait ce sport de combat et transformerait peu à peu les rugbymen en des gladiateurs cuirassés, une donnée - martelée par les médecins - ne peut pas échapper aux réflexions des instances internationales : le corps humain n’est pas fait pour encaisser ces impacts.
Tableau récapitulatif des protections au rugby
| Type de protection | Obligatoire/Facultatif | Objectif |
|---|---|---|
| Protège-dent | Obligatoire | Protéger les dents et la mâchoire |
| Protège-tibias | Facultatif | Protéger les tibias des impacts |
| Epaulières | Facultatif | Protéger les épaules |
| Casque | Facultatif | Protéger la tête |