La rivalité entre l'Allemagne et les Pays-Bas dépasse depuis longtemps le simple cadre sportif. Entre Allemands et Néerlandais, elle n'en demeure pas moins toujours palpable, si la tension entre les deux sélections est considérablement retombée depuis plus d'une décennie.
Ce mercredi soir à Karkhiv (20h45), et s'affronteront pour la 39e fois de leur histoire (le bilan est favorable à la Nationalmannschaft avec 14 succès, 14 nuls et 10 défaites). Une opposition antédiluvienne et culturelle que vont se livrer une nouvelle fois les deux équipes. Les Pays-Bas rencontrant pour la 39e fois leurs ennemis intimes. Seule la Suisse a fait mieux. La bataille de ce soir oppose donc le vrai rival de l'Allemagne et n'est pas un duel de prestige comme les matches contre le Brésil, l'Italie ou encore l'Angleterre.
C'est un "Klassiker", un vrai de vrai ! Pas un de ces duels inventés sporadiquement grâce, ou plutôt à cause d'un bon jeu de mots.

Ruud Gullit et Rinus Michels lors de la finale de l'Euro 1988
L'Occupation et Ses Traces
L'occupation des Pays-Bas par l'Allemagne nazie, cinq ans durant lors de la Deuxième Guerre mondiale, a laissé des traces dans les esprits néerlandais et engendré des rencontres footballistiques explosives entre les deux nations dans les années 70 et 80. À l'époque, deux visions du football s'opposent: le trône européen est convoité par l'Ajax Amsterdam de Cruyff, adepte du « beau jeu », et le Bayern Munich du Kaiser Beckenbauer, basé avant tout sur la puissance physique.
1974: Une Finale Controversée
En 1974, les deux pays se retrouvent en finale de la Coupe du monde. La RFA (Allemagne de l'Ouest) s'impose 2-1, marquant son premier but sur un penalty plus que litigieux. Les Néerlandais ne digèrent pas. « (NDLR: Les Nazis) ont tué mon père, ma soeur et deux de mes frères. Tout cela m'angoisse.

Finale de la Coupe du monde 1974
1988: La Volée de Van Basten
Netherlands v Soviet Union: 1988 UEFA European Championship final highlights
A chaque confrontation (Mondial 1978, Euro 1980, Euro 1988, Mondial 1990), son incident. En 1988, les Pays-Bas s'offrent la RFA 2-1 en demi-finale de l'Euro disputé... en Allemagne. Le triomphe néerlandais est total. Les Pays-Bas remporteront la compétition en disposant de l'URSS en finale (2-0), grâce notamment à la reprise de volée somptueuse de Marco van Basten à deux minutes du coup de sifflet final. Un classique du football moderne, un but passé à la postérité.
Dans les tribunes en revanche, l'ambiance est lourde et chargée de sombres références. « Grand-mère, j'ai retrouvé ton vélo ! », pouvait-on lire sur une banderole, en référence à la confiscation des bicyclettes par les Nazis pendant l'occupation.
1990: Le Crachat de Rijkaard
En 1990, les deux pays se rencontrèrent en 1978 et Nanninga et Hölzenbein en vinrent aux mains. Le Néerlandais resta dans l'histoire en étant le premier remplaçant à être expulsé ! Deux ans plus tard, lors de l'Euro 80, le rapport officiel du tournoi parle d'une "aversion étrange" entre les deux équipes. Et Rummenigge de se plaindre de la rudesse néerlandaise! Rep, le gentil de Saint Etienne et Bastia, lui, mit un coup dans l'estomac de Schumacher, selon les dires de ce dernier.
Enfin, comment ne pas se rappeler le crachat du lama Rijkaard sur la crinière bouclée de Völler durant la Coupe du monde 1990 ? Les deux hommes sont expulsés. Il avoua par la suite avoir complètement perdu la raison à cause de son divorce.

Frank Rijkaard et Rudi Völler lors de la Coupe du Monde 1990
Apaisement et Rivalité Moderne
Depuis, les confrontations germano-néerlandaises se sont pacifiées. « Il n'y a qu'une saine rivalité entre nous. Beaucoup de joueurs néerlandais ont joué ou jouent en Allemagne et nos joueurs s'entendent très bien avec eux », déclarait mardi le sélectionneur allemand Joachim Löw en conférence de presse. « Il y aura peut-être une vraie bataille sur le terrain, mais il ne faut pas utiliser des termes comme la « guerre » », poursuivait-il.
Malgré les démentis de Bert van Marwijk, et pourrait peser sur la performance des Oranje. La dernière rencontre entre les deux équipes date du 15 novembre dernier. En amical, l'Allemagne avait aisément triomphé des Pays-Bas, 3-0.
Anecdotes et Citations
"Je n'aime pas les Allemands" Willem van Hanegem était l'un des plus grands joueurs bataves de la fin des années soixante et bien entendu des années soixante-dix puisqu'il fut de la grande épopée de l'équipe nationale de la Coupe du monde 74 (mais aussi troisième de l'Euro 1976) sans toutefois prendre part à la domination ajaxienne puisqu'il jouait du côté de Feyenoord, le club rival. Il fut célèbre pour son aversion envers tout ce qui pouvait lui rappeler la Germanie et certaines de ses phrases sont restées dans les mémoires : "Je n'aime pas les Allemands ! A chaque fois que j'ai joué contre eux, j'ai eu un problème à cause de la guerre".
Après la finale perdue 2-1 contre la Nationalmannschaft, van Hanegem quitta le terrain en larmes.
Simon Kuper note dans son livre (2) : "les Allemands sont décontenancés par l'hystérie hollandaise qu'ils ne comprennent pas" et qui entourent ces matches.
Michels commenta : "Nous pouvons arrêter de parler de 74, nous tenons notre revanche et nous avons gagné".
Un impétueux journaliste, devant le beau jeu produit par cette "nouvelle Allemagne" (en le comparant à celui rugueux proposé par les Oranje lors de la dernière Coupe du monde, notamment le duo de récupérateurs, De Jong, Van Bommel, bien loin du football total des années Cruyff), se vit rétorquer par le team manager Oliver Bierhoff, après quelques secondes de stupéfaction suivies d'une pause afin de ménager son effet : "Nous n'avons pas vocation à être seconds !"
Quant au jeune Thomas Müller, il en rajoute lorsqu'on lui demande si un Batave serait utile en Nationalmannschaft : "Aucun ! Leurs plus grandes stars jouent en attaque et de ce côté-là, nous n'avons rien à leur envier. De toute façon, nous sommes plus jeunes qu'eux donc nous avons de plus grandes perspectives d'avenir".