Florence Hardouin, âgée de 52 ans, a dirigé d'une main de fer l'administration de la Fédération Française de Football (FFF) pendant six ans. La FFF est la plus puissante du pays avec 2,1 millions de licenciés, un budget annuel de 250 millions d'euros, 320 salariés et une image au zénith depuis la victoire des Bleus en Coupe du monde l'été dernier.
Cependant, des enquêtes journalistiques et des témoignages de femmes l'accusant de comportements sexistes et inappropriés ont secoué la FFF. Le président Noël Le Graët a été mis en retrait, et Florence Hardouin a été mise à pied à titre conservatoire.
Portrait de Florence Hardouin, modèle de reconversion de sportive
Un Parcours Éclectique
Florence Hardouin a été membre de l’équipe de France d’escrime de 1989 à 1996. Elle a appris, à la pointe de l'épée, la patience et l'opportunisme. Avant d'être sacrée vice-championne du monde par équipes en 1991, mais sans réussir à décrocher ensuite une qualification pour les Jeux olympiques, son seul regret.
Issue d'une famille où le père était pharmacien et la mère laborantine, elle a mené de front une carrière sportive de haut niveau et des études. Elle a obtenu une maîtrise d'économie-gestion à Paris-Dauphine en parallèle de ses entraînements à l'Insep (l'Institut du sport de haut niveau, situé dans le bois de Vincennes) puis un cycle de trois ans à Rome.
Elle a conservé de cette époque un groupe de copains italiens, allemands ou hongrois qu'elle revoit encore deux fois par an, à dates fixes. Et une réputation de très bonne vivante.
Elle venait de passer cinq semaines au contact permanent de l'équipe de France et de son staff. Cette séquence russe lui a d'ailleurs valu à la rentrée des reproches de la part de ses directeurs de service, restés à Paris pendant le Mondial sans recevoir, semble-t-il, beaucoup de nouvelles de leur patronne. La principale intéressée conteste ce dernier point et ne regrette rien de cette longue parenthèse.
Didier Deschamps développe l'argumentaire : « Florence a supervisé tous les aspects extra-sportifs de notre séjour en Russie, de l'aménagement du camp de base à la logistique en passant par la gestion du déplacement des familles des joueurs. »
Avant de diriger l'administration de la FFF, Florence Hardouin a travaillé chez Bouygues, Canal + et SFR, puis a été directrice du service marketing à la FFF.
Elle a été promue au grade de chevalier de la Légion d'honneur le 1er janvier dernier.
La Directrice Générale de la FFF : Entre Réussites et Controverses
On nous l'avait présentée à l'avance comme pragmatique, experte en marketing sportif mais dénuée d'intérêt pour le foot amateur, très impliquée dans son travail, parfois brutale dans son management, lestée aussi par une certaine timidité en public.
Florence Hardouin est reconnue pour son efficacité et sa capacité à mener à bien des projets. « Florence a réussi à créer une vraie dynamique entre le secteur sportif et les salariés et, plus difficile encore, avec les politiques », assure Pauline Gamerre, directrice du développement à la FFF, l'une de ses proches.
Elle est capable d'utiliser parfois un langage très fleuri, sans filtre.
Au retour de la Coupe du monde, celle qui a été auparavant directrice du service marketing à la FFF après des expériences chez Bouygues, Canal + et SFR décide d'imposer une idée nouvelle. Désormais, le logo de la Fédération ne portera plus les deux étoiles, symboles des victoires en Coupe du monde 1998 et 2018. Une décision symbolique qui heurte la sensibilité « service public » des représentants du football amateur, le socle électoral du président Le Graët.
Attachée à la mixité et à l'égalité des salaires entre hommes et femmes, Florence Hardouin abhorre le principe des quotas dans le monde de l'entreprise.
Son style de management a été critiqué, jugé « brutal » par certains. Un rapport d'audit interne évoquait un style « à la limite de l'acceptable, voire dépasse ce qui est acceptable ». Cette critique a été relayée par la mission d'inspection diligentée par le ministère des Sports.
Les inspecteurs de l'IGESR ont également pointé des relations « toxiques » entre Florence Hardouin et Noël Le Graët, évoquant des « logiques claniques » de management et une « vision très autocentrée du pouvoir ».
Selon les médecins, la charge émotionnelle reçue à la suite de cette éviction et le stress auraient provoqué cet infarctus.
Les Enjeux Actuels et Futurs
Le comité exécutif de la Fédération Française de Football a frappé fort ce mercredi en écartant Noël Le Graët et Florence Hardouin. Le président de l’instance fédérale est « mis retrait » - avant une mise en retraite ? - alors que la directrice générale a été mise à pied à titre conservatoire, avant un probable licenciement. Ils sont tous deux remplacés par Philippe Diallo, vice-président de la FFF depuis un peu plus d’un an après l’élection de Brigitte Henriques à la tête du CNOSF.
Les enquêtes en cours et les conclusions des rapports d'audit pourraient avoir des conséquences importantes sur l'avenir de Florence Hardouin au sein de la FFF. Son avenir à la tête de l'administration de la « Fédé », elle sait qu'il ne tient qu'à un fil. Celui qui la relie solidement à l'actuel président. Tout dépendra ensuite de l'identité du possible successeur de Noël Le Graët, fin 2020.
L'affaire des deux étoiles : Florence Hardouin a souhaité effacer les deux étoiles du logo de la FFF.

Le rapport provisoire de la mission d’audit sur la FFF, dont l’AFP a obtenu une copie lundi 30 janvier, constate par ailleurs que la politique de l’instance à propos des violences sexistes et sexuelles n’est « ni efficace ni efficiente ».
La mission, qui propose 18 recommandations à la FFF, épingle aussi la politique de l’instance en matière de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, qui « n’est pas une priorité déployée rationnellement par la FFF dans les territoires », selon elle.
Recommandations de la mission d'audit de la FFF :
| Thème | Recommandations |
|---|---|
| Gouvernance | Améliorer la transparence et l'éthique |
| Violences sexistes et sexuelles | Renforcer la prévention et la lutte |
| Management | Promouvoir un management plus respectueux |