Habitué à la stagnation, aux forfaits ou aux suspensions ponctuelles ces dernières années, le football tchadien traverse une période de profond changement.
Après un interminable processus électoral conclu par l’élection de Tahir Oloy Hassan à la tête de la FTFA (Fédération tchadienne de football association), plusieurs refontes ont débuté, de la LINAFF (Ligue national de football féminin) à l’organisation des équipes nationales.
Le rôle des pouvoirs publics et du mouvement associatif
S’inscrivant dans le cadre partenarial d’une action publique, l’organisation du sport au Tchad est assurée par les pouvoirs publics et le mouvement associatif. Cette gestion, suivant deux logiques différentes (logique du service public et logique associative), reste très marquée par la reconversion des dirigeants associatifs qui traversent les frontières de l’économique au sportif, du politique au sportif et du sportif au politique.
C’est pourquoi, après la restructuration du mouvement associatif en 1986, de nouveaux dirigeants issus des champs politique, économique ou militaire sont apparus. Aussi, cette analyse de la porosité de l’espace sportif tchadien vise à saisir les transformations de l’organisation sportive à travers la mobilité des dirigeants en quête de profits politiques, économiques et symboliques.
En effet, l’organisation du sport au Tchad reste très marquée par la reconversion des dirigeants qui traversent les frontières de l’économique au sportif, du politique au sportif et du sportif au politique.
Cette traversée des frontières de l’espace sportif tchadien s’inscrit dans un contexte particulier lié à l’évolution sociohistorique de l’organisation sportive et à son fonctionnement quotidien. Le sport est également considéré comme un enjeu de pouvoir, une opportunité d’intégrer des groupes de pression et d’avoir une emprise sur l’État perçu comme une source de pouvoir.
Évolution sociohistorique de l'organisation sportive au Tchad
Au Tchad comme dans la plupart des pays francophones d’Afrique, l’organisation des activités physiques et sportives relève essentiellement de l’action publique pilotée par le ministère en charge des sports et ses différents services.
Cependant, cette action publique dans le domaine du sport va connaître des modifications lors de son évolution, étant donné la diversité des enjeux et des acteurs en présence :
- L’introduction des activités physiques et sportives durant la période coloniale (1920-1960) sous forme d’éducation physique et sportive à l’école, mais également dans la formation militaire.
- La tentative de rupture avec l’héritage colonial (1960-1975) : le sport doit avant tout servir à affirmer une certaine identité nationale nécessaire à la construction d’un jeune État.
- Le sport sous la dictature (1982-1990) : cette période est marquée par le désir des pouvoirs publics d’utiliser le sport afin de mobiliser les masses en faveur du parti unique au pouvoir. Le sport est encadré essentiellement par des pratiquants. Le contexte politique est marqué par la terreur, ce qui se traduit dans le domaine sportif par un dirigisme brutal non masqué. Pourtant, malgré l’insuffisance des ressources matérielles, financières et humaines, les différents acteurs s’accordent à reconnaître que cette gestion était assez satisfaisante en ce sens qu’elle a engendré des résultats sportifs indéniables.
- Le sport à l’ère « démocratique » (1990 à nos jours) : cette époque est marquée par une augmentation des associations sportives grâce à la promotion des libertés associatives. L’espace sportif s’ouvre à d’autres acteurs non sportifs comme les politiciens, les entrepreneurs et les militaires. Durant cette période, les subventions publiques sont augmentées.
Ce bref aperçu sociohistorique permet de constater que les transformations de l’organisation du sport au Tchad sont d’abord le fruit de son histoire, avec notamment son héritage colonial du fait de sa structuration et son fonctionnement.
En effet, le modèle du sport au Tchad est calqué sur le modèle français, lui-même fondé sur des relations contractuelles entre l’État et le mouvement sportif.
Au Tchad, avec la réorganisation du mouvement sportif en 1986, l’État a délégué une partie de ses prérogatives aux fédérations sportives nationales.
Afin de faire face au manque de ressources, ces dernières vont faire appel à de bonnes volontés pour se faire aider dans la promouvoir du sport de leur ressort. Cette opportunité permet ainsi à des acteurs non sportifs, venant d’autres domaines comme la politique, l’économie et l’armée, d’intégrer l’espace sportif pour contribuer à le gérer, et la plupart d’entre eux vont même finir par prendre le contrôle des fédérations sportives nationales en tant que dirigeants bénévoles.
Le tandem État/fédérations sportives, qui doit désormais gérer le sport dans un cadre partenarial, va ainsi se retrouver très vite pourfendu par deux logiques institutionnelles différentes : une logique de service public menée par l’État et une logique associative incarnée par les fédérations sportives nationales.
Parallèlement à ces logiques institutionnelles se sont développées de part et d’autre des stratégies d’acteurs liées à des intérêts individuels - la recherche de profits économiques et politiques -, faisant de l’espace sportif un lieu de négociation permanente entre les acteurs pouvant aboutir à des tensions conflictuelles.
Cadre juridique et réglementaire
Dans la mise en œuvre de l’action publique du sport au Tchad, les rôles, les responsabilités, les limites dans les actions des différents acteurs apparaissent insuffisamment « normalisées ».
En effet, le secteur du sport y est peu réglementé et peu contraignant. Seules l’ordonnance no 27/INT/SUR du 28 juillet 1962 révisée par l’ordonnance no 23/PR/2018 du 27 juin 2018 et la loi no 07-026-2007-12-18 PR du 18 décembre 2007 portant sur la charte nationale du sport, sont censées réguler l’offre sportive.
Dès lors, l’univers du sport est considéré par beaucoup de dirigeants sportifs comme un monde qui n’est pas assez structuré, qui manque de contrôle, et dans lequel tout est permis. Cet espace est perçu comme un terrain de jeu, un terrain d’amusement à l’image de ce que serait la pratique sportive.
Cette perception de l’espace sportif permet alors à des acteurs non sportifs d’intégrer ce milieu en vue de participer à la gestion du service public du sport.
Ainsi, il n’est pas rare de constater que certains dirigeants sportifs se retrouvent avec des responsabilités à la fois au sein du mouvement sportif et dans des postes de direction au sein du ministère en charge des sports.
Cela leur confère une position ambiguë où ils sont en même temps juges et partie lors de certaines prises de décisions. C’est le cas par exemple d’un président de fédération qui est simultanément à la tête de la direction générale des sports. Cette position lui donne une certaine supériorité face au directeur des sports de haut niveau qui a pourtant la charge de gérer toutes les fédérations sportives nationales.
Le football tchadien : entre espoirs et défis
Comme dans tous les Etats indépendants, la promotion de la jeunesse et le développement du sport figurent en bonne place dans les programmes d’actions du gouvernement.
Au Tchad le sport n’est plus une simple activité de distraction mais un ferment de l’unité nationale et un instrument d’exaltation du patriotisme. Il n’existe pas un sport mineur et un sport majeur car toutes les disciplines sportives contribuent à l’épanouissement de ceux qui les pratiquent.
Le mouvement sportif tchadien est organisé à travers les associations et les fédérations. On compte actuellement 19 fédérations sportives au Tchad.
C’est en 1965 que le Tchad est devenu membre du Comité International Olympique (CIO).
Le mouvement sportif national est bien organisé mais force est de constater que le hasard, la navigation à vue pénalisent sérieusement le mouvement sportif tchadien et ne favorisent pas l’éclosion des talents et pourtant le Tchad regorge de talents dans toutes les disciplines sportives.
En football, même si le onze national, les Sao du Tchad, connait une évolution en dents de scie, des individualités ont permis au Tchad de se faire connaitre.

Japhet N’doram, véritable gloire du football appelé « le sorcier de la Beaujoire » a marqué 73 buts en 8 saisons avec le Football Club de Nantes. Il a fait ses armes à Tourbillon (Tchad) et au TKC (Cameroun) avant de s’envoler pour la France où il a fait les beaux jours du FC Nantes. Nommé capitaine de l’équipe pour la saison 1990-1991, il devient double champion de France avec son club. N’doram a aussi été sociétaire du FC Monaco. L’histoire du football tchadien est également marquée par le nom de Nambatigué Toko.
Aujourd’hui, de jeunes talents éclosent depuis quelques années et tentent de tracer leur voie. C’est le cas de Marius Mbayam ou encore de Mahamat Azarack qui évolue en première division espagnole avec l’Espagnole de Barcelone. Rien qu’en France entre la Ligue 1, Ligue 2, jusqu’au National 3, pas moins de 7 joueurs tchadiens évoluent. Nous citons entre autres C. Mbaiam, L. Wadar, C. Ninga, S.
Sous la direction de Tahir Oley Hassan, la Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA) s’apprête à gérer sa troisième trêve internationale depuis son installation.
Après avoir tenu en échec le Ghana à domicile, une performance qui a ravivé l’espoir au sein du public tchadien, le Tchad se prépare désormais à recevoir les Aigles du Mali et la République Centrafricaine (RCA) au stade olympique Maréchal Idriss Déby Itno.
Depuis son arrivée à la tête de la FTFA, Tahir Oley Hassan s’attache à mettre en place une vision à long terme, combinant ambition sportive et développement structurel.
« Nous construisons pas à pas. Notre priorité est de donner une identité solide au football tchadien, en préparant l’avenir à travers la formation et la rigueur. Avec une volonté affirmée de moderniser la gestion du football et de faire émerger une nouvelle génération, la FTFA entend inscrire durablement le Tchad sur la carte du football africain.
Si les féminines ont remporté en novembre le tournoi FIFA United : Women’s Series 2025 devant la Tunisie, ce qui constitue une performance historique pour les Tchadiennes, la sélection masculine tarde à gagner un match ou matérialiser par des résultats les progrès entrevus sur le terrain.
Une équipe plus joueuse
Redressée par l’ancien international Kévin Nicaise, dont le travail dans des conditions délicates avait permis aux Sao de retrouver une dignité et le tour principal des qualifications à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, l’équipe nationale avait vécu une chute immédiate à son départ et la nomination de Tahir Zakaria.
Avec plusieurs cadres refusant de venir en sélection, l’avenir était en suspens jusqu’à un appel à candidature pour trouver un nouveau coach.

Choisi pour sa capacité à rebâtir un groupe, Raoul Savoy, auparavant chez le voisin centrafricain, est venu avec son staff habituel, dont son historique adjoint camerounais Agbo Hans. Un choix logique et immédiatement récompensé par un nul prestigieux face au Ghana (1-1) pour l’inauguration du Stade Olympique Maréchal Idriss Déby Itno.
Si la fin des éliminatoires à la Coupe du Monde fut décevant, avec en point d’orgue une défaite sur le finish contre une République centrafricaine en pleine déroute (2-3), les observateurs remarquaient des Sao bien plus entreprenants dans le jeu.
Avec un effectif amoindri, Nicaise avait dessiné un schéma logiquement plus prudent. Bénéficiant de l’incorporation de plusieurs binationaux, Savoy a décidé une approche plus ambitieuse. Une transformation séduisante sur le terrain même si l’équilibre global s’en est ressenti, principalement lorsqu’un ou deux défenseurs titulaires venaient à manquer.
Doutes sur certains binationaux
Désireuse de se qualifier pour la première fois de son histoire à une Coupe d’Afrique des Nations, la FTFA souhaite aller vite. Probablement trop vite vu son empressement à obtenir des naturalisations de joueurs « binationaux ».
Officiellement, les nouveaux ont tous un lien de parenté (ou une grand-mère) avec le Tchad. Officieusement, des doutes existent comme à l’époque des naturalisations au Niger ou à Madagascar.
Quoi qu’il en soit, cette revue d’effectif a permis au staff de travailler sur différents plans de jeu en se satisfaisant du retour du capitaine, Marius Mouandilmadji, dont le leadership rejaillit sur l’entièreté du groupe. Privé d’autres cadres n’ayant pas trouvé de club (le milieu Eric Mbangossoum qui était capitaine face au Ghana) ou ayant encore un souci de visa (le défenseur Ahmad Ngouyamasa), Savoy a trouvé plusieurs joueurs références pour son projet.
Du grand défenseur gaucher Charles Tchouplaou à la soyeuse sentinelle Mahamat Thiam, il compte sur deux éléments dans la force de l’âge (24 ans) pour repartir proprement de derrière. Le gardien Jourdain Mbaynaïssem et le latéral droit Yves Allarabaye, un joueur évoluant au pays, complètent sont également des titulaires tandis que Haroun Tchaouna a réussi à se faire une place en attaque par sa capacité assez exceptionnelle à conserver le ballon dans des espaces parfois impossibles.
Avec un latéral gauche rompu aux joutes africaines, Dia Wah Michael (Al Merrikh), et des jeunes relativement méconnus jouant différents championnats africains (le milieu William Damba au Burkina Faso, le défenseur Wanre Daikeo au Cameroun), l’ambiance et l’esprit de travail sont loués par l’ensemble des acteurs du football tchadien. Cette cohésion a d’ailleurs été la priorité du staff, quitte à se passer d’un ou deux éléments pourtant supérieurs sur le papier.
Défense à trois privilégiée
Lors de cette trêve internationale, le Tchad a préféré disputer deux rencontres face à des équipes bien supérieures au classement FIFA et qualifiées à la CAN : l’Ouganda (85e) et le Mozambique (102e).
Un rang infiniment supérieur aux Sao (177e), l’une des pires formations africaines qui pointe toujours derrière Eswatini, le Soudan du Sud ou Maurice.
Malgré ce désavantage, les Tchadiens ont fait plus que jeu égal avec leurs adversaires. Défaits par l’Ouganda (1-2) contre le cours du jeu avec encore un but encaissé dès le début de match (un souci rédhibitoire), les Sao auraient même pu égaliser sur un penalty du capitaine Mouandilmadji, finalement raté.
Qu’importe, ce dernier a montré la voie face au Mozambique en concluant une attaque rapide.
Peu inquiété grâce à une nouvelle défense à trois où le milieu Mahamat Thiam était descendu d’un cran, le Tchad concéda finalement le nul (2-2) après une exclusion d’un nouveau binational, le virevoltant ailier Bertrand Mani, un penalty douteux et un but à la dernière seconde d’un temps additionnel pourtant dépassé depuis une minute.
Une déception, forcément, qui ne doit pas oublier la progression réelle dans le jeu d’une équipe encore nouvelle qui cherche notamment sa meilleure disposition au milieu de terrain.
Le Ministère de la jeunesse et des sports a, par arrêté du 31 octobre 2016 dissout la Fédération Tchadienne de football association. La fédération n’est pas entrée en possession de l’arrêté de dissolution. Selon l’attaché de presse de la fédération, celle-ci appris cette nouvelle à travers les médias de la place. Il estime que le ministère n’est pas habilité à prendre un tel arrêté car, dit-il, la FTFA dépend directement de la FIFA et non du Ministère.
Et de s’interroger : le comité provisoire qui sera présidé par M. Mahamat Ali Hassan travaillera avec quelle instance internationale du football et surtout, avec quels moyens lorsque le Fonds National pour le Développement du Sport (FNDS) n’est même pas mis à la disposition de la fédération? Pour l’organisation du championnat par exemple, la Fédération Tchadienne de Football Association est contrainte de s’endetter souvent et il cite au passage une dette à hauteur de deux cent trente millions de francs CFA (230.000.000 FCFA). En prenant cet arrêté, le ministère veut simplement que le Tchad soit sanctionné par les instances internationales du foot ajoute t-il.
Tableau des Joueurs Tchadiens Évoluant à l'Étranger (Exemple):
| Joueur | Division | Pays |
|---|---|---|
| Marius Mbayam | Inconnu | Inconnu |
| Mahamat Azarack | Première division | Espagne |
| C. Mbaiam | Inconnu | France |
| L. Wadar | Inconnu | France |
| C. Ninga | Inconnu | France |
Les Sao du tchad : analyse de leurs deux derniers matchs et perspectives pour l’avenir
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