La Fédération Slovaque de Football a une histoire riche et complexe, marquée par des moments de triomphe et des défis structurels. Cet article explore les différentes étapes de son évolution, de sa création dans un contexte politique tumultueux à ses récentes participations aux compétitions internationales.

La Genèse de la Fédération dans un Contexte de Guerre (1938-1945)
1938. L’Allemagne nazie avance vers l’est. L’Autriche est annexée en mars, la Tchécoslovaquie est démantelée juste derrière. La Bohème-Moravie devient un protectorat du IIIe Reich, tandis qu’une République slovaque voit le jour. Un État satellite du Reich. Indépendante pour la première fois de son histoire, la Slovaquie se dote d’une Fédération avant même la fin de l’année.
Le processus est lancé, un championnat et une équipe nationale sont mis en place. Si le 20 août 1939 est une date fondatrice du football slovaque avec la première journée de son championnat, le véritable événement a lieu une semaine plus tard, à Bratislava (que les Allemands appellent Pressburg). Ce 27 août, la Repre accueille l’Allemagne nazie pour le premier match de son histoire.
« Le premier et le dernier match entre ces deux équipes étaient importants : il y avait toute une symbolique politique, c’était une manière pour le Reich de montrer sa proximité avec le régime slovaque » , analyse Hardy Grüne, historien du football. 17 000 personnes et l’ensemble du gouvernement se rendent à ce match historique. Des trains spéciaux sont affrétés, l’effervescence était à la hauteur de l’événement.
« Il allait de soi que les Slovaques jouent leur premier match international contre leurs libérateurs » , annonçait le journal Kicker avant la rencontre. Certains livres slovaques d’histoire parlent de « libération nationale » . Un sentiment certainement renforcé par l’issue du match. Les locaux l’emportent 2-0. Des débuts en fanfare. En fin de match, Jozef Luknar double la mise.
Quelques mois plus tard, le 3 décembre 1939, l’Allemagne prendra sa revanche sur la Slovaquie. Avec une vraie équipe, et Sepp Herberger aux manettes, elle s’impose 3-1 après avoir été menée au score.
En tout et pour tout, les deux équipes s’affronteront à cinq reprises, dont une dernière fois en 1942. Quelques mois auparavant, l’équipe du Reich s’était inclinée 3-2 à Berlin, face à la Suède. Devant la réaction irritée du public, Joseph Goebbels mettra progressivement fin aux rencontres internationales. L’Allemagne bat la Slovaquie une dernière fois 5-2 à Bratislava, le 22 novembre.


Drapeaux utilisés lors des matchs Slovaquie - Allemagne
La Période Tchécoslovaque et l'Héritage de 1976
Longtemps dans l’ombre de son voisin tchèque, la Slovaquie défie l’Angleterre pour une place en huitièmes de finale.
Si la Tchécoslovaquie fut finaliste des Coupes du monde 1934 (1-2 a.p. contre l'Italie) et 1962 (1-3 face au Brésil), elle a remporté le Championnat d'Europe des nations en 1976, ce qui représente son unique succès dans une grande compétition de football. En finale contre la RFA (2-2, 5-3 aux t.a.b.), huit des onze titulaires étaient slovaques. Cette réalité fut peu perceptible chez nous, pour plusieurs raisons.
Hormis le fait que les deux communautés de la sélection s'entendaient très bien, le tournoi disputé en Yougoslavie ne fut pas retransmis en France et, surtout, les « stars » de l'époque étaient tchèques : le gardien Ivo Viktor (3e du Ballon d'Or 1976), l'attaquant Zdenek Nehoda (90 sélections, record du pays) et le milieu Antonin Panenka, resté célèbre par la façon dont il a trompé Sepp Maier lors du tir au but victorieux en finale - d'un ballon piqué -, qui allait ensuite porter son nom.
Moravcik : « On n'est pas considéré comme champions d'Europe 1976 » L’actuel agent de joueurs est surtout énervé par ce qu’il considère comme un manque de reconnaissance. « Les Tchèques, qui possédaient une super génération, ont été plus malins que nous, ils ont récupéré l’héritage de la Tchécoslovaquie. Nous, contrairement à eux, on n’est pas considéré comme champions d’Europe 1976 dans les palmarès par l’UEFA et la FIFA. Si j’étais président de la Fédération slovaque, je porterais plainte ! »
20/06/1976 European Championship Final CZECHOSLOVAKIA v WEST GERMANY
La Slovaquie Indépendante et les Défis de la Reconstruction (depuis 1993)
Au sein d’une Europe centrale et de l’Est qui a explosé avec la chute du Mur de Berlin en 1989, la liberté retrouvée a naturellement souligné de nouvelles difficultés pour les pays fraîchement indépendants, notamment chez les plus petits d’entre eux.
La Slovaquie est née en 1993 après sa séparation de la Tchécoslovaquie et a dû patienter jusqu’à la Coupe du monde 2010 (8es de finale) pour participer à une grande compétition et rivaliser avec sa voisine, la République tchèque (*). Les Slovaques ont été « dominateurs » en sélection durant une décennie, à partir de la fin des années 60.
Quand elle intervint dix-sept ans plus tard, la proportion des deux communautés s’était inversée. Ce fut donc compliqué d’exister pour les plus petits, qui disputèrent leur premier match, après leur indépendance en avril 1994.
« On a été obligé de repartir de zéro, se souvient Alexander Vencel, l’ancien gardien du Havre et de Strasbourg. Sachant aussi qu’il y avait davantage de grands clubs en Tchéquie, qui comptait deux fois plus d’habitants. » C’est aussi le sentiment de Lubomir Moravcik, l’ex-milieu de Saint-Etienne et Bastia. « J’avais 28 ans en 1993, le meilleur âge pour un footballeur, soupire-t-il. On était les petits voisins des Tchèques, qui avaient la capitale, Prague, et beaucoup plus de moyens. Nos politiques ne se sont pas trop occupés de sport et on s’est laissé endormir. »
A la tête d’une fédération qui compte 330 000 licenciés pour un budget annuel de 10 millions d’euros, son successeur Jan Kovacik estime que les succès de la Repre ne doivent pas camoufler les difficultés structurelles du foot slovaque. En poste depuis 2010, le dirigeant déplore notamment le « manque d’investissement dans les infrastructures sportives durant les deux dernières décennies ».
« Dans ce domaine, le gouvernement tchèque dépense 80 % plus que nous, fait-il remarquer. On n’a commencé que très récemment à lancer les travaux de construction ou de rénovation des stades. »
En outre, la Narodni Tym ne dispose pas de stade national à Bratislava. Elle doit disputer ses rencontres à domicile à Zilina, au nord du pays, ou à Trnava, plus à l’ouest, deux cités qui disposent d’arènes qui respectent les critères de l’UEFA. « C’est un problème », grimace Frantisek Laurinec. En principe, un nouveau stade de 23 000 places devrait voir le jour dans la capitale fin 2017.
Par ailleurs, les belles prestations de la sélection contrastent avec le niveau relativement faible du championnat national, la Fortuna Liga, où ne figure même pas le club de Kosice, la deuxième ville du pays. « Il y a un contraste entre notre équipe nationale, constituée de joueurs exceptionnels qui évoluent dans de grands clubs étrangers, et la Fortuna Liga, dont les clubs ont des budgets limités et multiplient les déficits, soupire Jan Kovacik. Et nos jeunes joueurs partent à l’étranger dès l’âge de 16-17 ans. »
Les Performances en Compétitions Internationales
En France, la Narodni Tym participe pour la première fois de sa jeune histoire au tournoi continental. Séduisante et solide, la « Repre » s’est inclinée (2-1), le 11 juin, contre le Pays de Galles pour son baptême du feu dans la compétition. Mais après leur victoire (2-1), grâce à un but splendide de leur maître à jouer Marek Hamsik, face à la Russie, le 15 juin, les Slovaques pouvaient encore espérer une place en huitièmes de finale en cas de bon résultat contre l’Angleterre, lundi 20 juin, à Saint-Etienne.
« Nous avons des joueurs qui évoluent dans de grands clubs italiens ou allemands. Notre équipe est arrivée à maturité. L’Euro 2016 est notre sommet et la récompense de nos efforts. Il sera difficile de nous battre », assure le sélectionneur, Jan Kozak, aux commandes de l’équipe nationale depuis trois ans. Le 12 octobre 2015, au terme d’une victoire (4-2) au Luxembourg, ses joueurs obtenaient leur ticket pour l’Euro.
Sur leur route triomphale, les partenaires du capitaine Martin Skrtel s’étaient même permis de battre (2-1), en octobre 2014, l’Espagne, double championne d’Europe en titre, sur leur terrain de Zilina. Ce succès venait récompenser la génération talentueuse incarnée par Marek Hamsik qui était parvenue à qualifier sa nation, cinq ans plus tôt, pour la première fois à la Coupe du monde.
En Afrique du Sud, la Narodni Tym avait fait chuter (3-2) l’Italie, championne du monde en titre, en phase de poules avant d’être éliminée (2-1) par les Pays-Bas, en huitièmes de finales.
L'équipe type de la Slovaquie en 2016:
- Gardien: Kozacik
- Défenseurs: Pekarik, Skrtel (cap), Durica, Hubocan
- Milieux: Pecovsky, Kucka, Hamsik
- Attaquants: Saloniki, Weiss, Duda
Les Joueurs Emblématiques et l'Avenir du Football Slovaque
Certains joueurs ont marqué l'histoire du football slovaque, notamment:
- Oldrich Nejedly: Meilleur buteur de la Coupe du Monde 1934.
- Ivo Viktor: Élu meilleur gardien du tournoi à l'Euro 1976 et troisième du Ballon d'Or la même année.
- Anton Ondruš: Capitaine de l'équipe tchécoslovaque championne d'Europe en 1976.
- Marek Hamsik: Figure emblématique de la Slovaquie moderne, ayant participé à la Coupe du Monde 2010 et à l'Euro 2016.
Aujourd’hui, le club phare du pays est basé à Trencin. Il a été racheté par l’ancien international néerlandais, Tchen la Ling, qui joue de ses relations avec l’Ajax Amsterdam pour axer son développement sur la formation. Seulement, les jeunes sont vite sollicités. Une génération intéressante avait fini par émerger, celle de la Coupe du monde 2010. Mais la Repre n’est pas parvenue à enchaîner les performances.
« On a été pénalisé car beaucoup de joueurs sont ensuite partis dans des clubs plus prestigieux et ont perdu de leur statut de titulaire, explique Vencel, désormais en charge du développement des programmes de formation des gardiens à la FIFA. Comme peu de grands patrons ont investi dans le foot, les agents n’ont pas hésité à venir chercher nos meilleurs jeunes, qu’on a retrouvés en Autriche, Pologne, Russie, République tchèque… A 17, 18 ans, les meilleurs ne sont déjà plus chez nous.
Les yeux déjà rivés vers les qualifications pour le Mondial 2018, en Russie, les dirigeants du foot slovaque ont longtemps rêvé de retrouvailles heureuses avec leurs frères tchèques. Objet de tractations depuis une décennie, un projet de fusion entre la Fortuna Liga et la Synot Liga - le championnat tchèque - reste dans les cartons.
« Ce serait raisonnable de se retrouver, confie Jan Kovacik. Mais j’ai l’impression qu’on discute éternellement autour d’une table mais que la partie tchèque n’est plus intéressée. »
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