Histoire de la Fédération Française de Rugby Féminin

Le rugby à XV est l’un des sports les plus pratiqués au monde. C’est en 1871 que le rugby est officiellement créé, avec sa fédération et ses règles.

Si l’histoire du XV de France de rugby remonte au 19e siècle, celle des filles commence le 13 juin 1982 avec un premier match officiel disputé à Utrecht et remporté (0-4) face à la Hollande. Il faudra ensuite attendre la fin des années 80 pour que la Fédération Française de Rugby reconnaisse cette équipe en juillet 1989.

Aujourd'hui, le nombre de joueuses a explosé et elles sont des milliers en France à pratiquer le rugby. Samedi dernier, les Bleues du XV de France ont déroulé face à l’Ecosse en s’imposant 55-0. Grâce à leurs performances, elles sont encore en lice pour réaliser le Grand Chelem avant d’affronter dimanche prochain le Pays de Galle puis de s’attaquer au mythique Crunch, face à l’Angleterre le 28 avril prochain.

Elles sont également les héritières d’une histoire du rugby au féminin longue, jalonnée d’étapes marquantes qui continue de s’écrire.

Les Débuts du Rugby Féminin en France

Les premiers matchs féminins se déroulent quelques années après, dans le nord de l’Angleterre. En France, il faut attendre le début du 20e siècle pour voir des matchs de rugby féminin, appelé alors la « barette ».

Mais revenons un siècle en arrière, si le rugby date selon la légende de 1823 (William Webb Ellis), il va de soi qu’il ne concerne que les hommes, il faut attendre encore une centaine d’années pour voir émerger une pratique féminine quelque peu ressemblante au rugby.

En France, l’histoire du rugby au féminin commence au XXème siècle par la pratique d’une discipline aujourd’hui disparue : la barette. Née au XVIIIème siècle, elle est l’ancêtre du rugby pratiqué de nos jours.

Ambiance en ce début du 20e siècle, il n’est pas question que les femmes s’adonnent à une quelconque activité physique. Le monde est rempli de personnage que l’on qualifierait de misogyne aujourd’hui. Des exemples suffisent à comprendre l’époque : le baron Pierre de Coubertin, celui-là même qui réhabilita les Jeux olympiques en 1888, déclarait à propos des femmes et le sport : "Une olympiade femelle serait inintéressante et inesthétique".

Je suis tout à fait contre ! Les femmes n’ont rien à faire sur un terrain rugby. Elles ne peuvent pas y jouer. C’est dangereux pour elles et sans élégance.

Mais les femmes ne baissent pas les bras, des sections féminines de gymnastique voient le jour en même temps que le Femina Sport, un club omnisport exclusivement féminin situé à Paris, proche de la porte d’Orléans. La doctoresse Marie Houdré à l’origine de la constitution de cette section était une membre active et en deviendra rapidement la présidente.

Pratiquer le rugby comme les hommes n’était pas envisageable pour une femme ? Qu’à cela ne tienne, les femmes joueraient, dussent-elles changer les règles du jeu. La réflexion était engagée. Restait à la formaliser.

Il s’agissait d’une autre forme de rugby, dite adaptée, aujourd’hui, on la qualifierait de "nouvelle pratique", il n’y avait que 12 joueuses sur un terrain plus petit. Pas de dribbling pour que ces dames ne chutent pas, les plaquages ne sont que des tenues, un jeu basé sur l’adresse et l’évitement. La barrette devait être gracieuse ! Elle était sous surveillance malgré la bienveillance de la Fédération féminine et sportive de France.

Le Féminin Sport profite de ces déplacements pour développer le jeu, en organisant des démonstrations à Lille, Toulouse ou Bordeaux. D’autres sociétés féminines s’initient à ce jeu et un championnat de Paris et même de France avec plusieurs dizaines d’équipes s’organise peu à peu.

En avril 1922, au Stade Élisabeth a lieu la première rencontre officielle entre deux équipes du Fémina Sport. La barrette est en plein essor, Marie Houdré utilise habilement ses bases de médecine pour expliquer que "c’est sans danger pour les femmes qui veulent pratiquer".

Dans les années 1920, la pratique féminine de la barette s’ancre dans un contexte politique particulier de post première guerre mondiale où les femmes acquièrent davantage de libertés et où se forment les luttes pour le droit de vote des femmes. En 1922 se joue le premier match de barette entre deux équipes féminines, puis la discipline continue de croître sous l’égide de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF) - présidée quelques années plus tôt par la figure Alice Milliat - dans les années suivantes pour atteindre son apogée à la fin des années 1920.

Pourtant, une rencontre de Barette est organisée en lever de rideau opposant le XV de Paris à l’Armée française au Stade Jean Bouin. 8000 personnes assistent à ce match, un record pour des femmes.

Difficultés et renaissance du rugby féminin

Mais ce sport est jugé peu élégant et dangereux pour les femmes. La presse de l’époque renforce la pensée populaire : les femmes n’ont pas leur place dans ce sport si masculin. On juge cette pratique dangereuse, sans élégance et qui pourrait remettre en cause la fécondité selon des médecins qui estiment même qu’au regard de la constitution trop frêle des femmes, le rugby représente un danger pour elle et leur corps.

La chercheuse Lydia J. Furse, autrice de travaux récents sur la pratique féminine de la barette en France dans les années 1920[1], souligne ainsi le poids déterminant joué par le crise économique et sociale des années 1930. Les pratiques sportives deviennent pour beaucoup économiquement inaccessibles. Elle souffre de surcroît des nombreuses critiques émises par le mouvement sportif comme par le champ médical ou certains journalistes.

La Fédération Française de Rugby, loin de soutenir la pratique de la barette par les femmes décide ainsi, fin 1923, d’interdire à ses clubs de mettre leurs terrains à la disposition du rugby féminin. La discipline fait également l’objet des critiques acerbes dans des journaux reconnus comme « La Presse » ou de la part de nombreux médecins.

Le mouvement s’essouffle, en 1923, la Fédération française de rugby (FFR) interdit à ses clubs de mettre leurs terrains à la disposition du rugby féminin. La plupart des matches se déroulent alors au petit matin, sans public.

La barrette disparait à l’approche de la guerre faute de pratiquantes, les femmes retrouveront le ballon ovale grâce à de nouvelles pionnières que furent les Violettes de Bourg-en-Bresse 35 ans plus tard. Mais cette fois-ci, le rugby sera le même que pour les hommes.

Pourtant, loin de s’arrêter là, la pratique féminine du rugby renaît de ses cendres en 1965 à Bourg en Bresse grâce à l’initiative de jeunes lycéennes et universitaires. La pratique se développe et suit cette fois-ci les mêmes règles que celles observées chez les hommes. Qu’importe, les pratiquantes font fi de cette interdiction et dès 1973, l’AFRF ouvre le dialogue avec la Fédération Française de Rugby (FFR) pour que le rugby au féminin soit reconnu par la FFR.

Dans les années 60, le rugby féminin fait son apparition notamment dans l’est du pays avec les Violettes de Bourg-en-Bresse.

Tout recommence dans les années 1960. De nouvelles équipes féminines se forment dans les universités françaises. Mais l’hostilité au rugby féminin reste très forte et les clubs ont du mal à s’équiper ou s’entraîner.

En 1989, les joueuses sont enfin intégrées à la Fédération française de rugby. Les équipes féminines participent aux grandes compétitions, comme le Tournoi des Six Nations ou les Jeux olympiques.

La Fédération de rugby interdit même de prêter ses terrains aux joueuses et ce jeu disparaît rapidement.

En 1982, la première équipe nationale féminine de France voit le jour.

L’essor du rugby féminin à l’international

Les années 1980 et 1990 marquent un tournant décisif pour le rugby féminin.

L’intégration progressive du rugby féminin dans les fédérations nationales et internationales contribue naturellement à son expansion. Un premier Tournoi féminin, 100% britannique est lancé en 1996, remporté par l’Angleterre à deux reprises puis par l’Ecosse. Ce n’est qu’en 1999 que le premier Tournoi des 5 Nations est créé avec l’intégration de la France. La version 6 Nations est quant à elle, lancée en 2002, qui correspond à la première victoire des Bleues. A noter que la 6ème nation n’est pas l’Italie, mais l’Espagne. Il faudra attendre 2007 pour que les Transalpines remplacent les Espagnoles.

En 1991, la première Coupe du Monde de rugby féminin se tient au pays de Galles, bien que non reconnue officiellement par World Rugby à l’époque, l’Angleterre remporte cette édition inaugurale, posant les bases d’une compétition qui prendra une importance croissante au fil des années.

En 1998, la Coupe du Monde de rugby féminin est (enfin) officiellement reconnue par World Rugby, offrant une plus grande visibilité à la discipline. Depuis, des nations comme la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, la France et le Canada se sont imposées comme des puissances majeures du rugby féminin.

Depuis la Coupe du monde de 2014, le rugby féminin est devenu beaucoup plus médiatisé et suivi.

L’intégration du rugby féminin aux Jeux Olympiques, avec le rugby à 7 en 2016, a également contribué à populariser la pratique. La France s’est illustrée aux JO de Tokyo en 2021 en remportant la médaille d’argent.

Le rugby féminin créé sa propre coupe du monde en 1991 aux Etats-Unis, seulement 4 ans après les hommes. Depuis sa 2e édition en 1994, l’événement se déroule tous les 4 ans avec les meilleures équipes nationales dont la France.

Les bleues se sont hissées à 5 reprises en ½ finale sans jamais parvenir à atteindre la finale.

Le Tournoi des 4 nations sur le même principe que les hommes a vu le jour en 1996 sans la France. Cet oubli britannique a été réparé en 1999 avec l’apparition des bleues à la 2e place pour leur première participation. Un rang qu’elles conserveront deux ans avant la consécration en 2002 pour leur première victoire, ponctuée d’un grand chelem, dans le désormais tournoi des VI nations (avec l’Espagne, remplacée depuis 2007 par l’Italie).

La Coupe du monde féminine de rugby à XV, organisée tous les quatre ans depuis 1991, a vu la domination de certaines nations :

  • Nouvelle-Zélande : 6 titres (1998, 2002, 2006, 2010, 2017, 2021)
  • Angleterre : 2 titres (1994, 2014)
  • États-Unis : 1 titre (1991)

La France s’est illustrée en décrochant la troisième place à plusieurs reprises : 1991 (place partagée), 1994, 2002, 2006, 2014, 2017, 2021.

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Le Développement du Rugby Féminin en France

En France, le rugby féminin débute officiellement en 1965 avec la création d’un premier club à Toulouse, ainsi qu’à Paris, le Racing Club de France féminin, créé en 1965 par Évelyne Contesse. La pratique féminine se développe progressivement dans des villes secondaires, notamment dans le sud ouest.

Cependant, la première compétition officielle féminine n’a vu le jour qu’en 1971, avec la création du championnat de France de rugby à XV féminin. Ce dernier s’est progressivement structuré. En 1982, la Fédération Française de Rugby (FFR) reconnaît officiellement la pratique du rugby féminin et organise un championnat national. L’Angleterre a remporté le trophée 15 fois, et reste sur 6 titres consécutifs depuis 2018.

Les écoles de rugby s’ouvrent d’autant plus volontiers à la mixité que cette évolution est un des critères pris en compte par la FFR pour la labellisation.

Le chemin de la féminisation reste long et exigeant. Il traverse des questions essentielles d’encadrement, d’infrastructures, de statuts des joueuses de haut niveau, de visibilité et de financement.

L’engouement pour le rugby féminin en France ne cesse de croître, porté par des performances de haut niveau et une médiatisation accrue. Certaines joueuses internationales ont acquis une notoriété quasi équivalente à celles des hommes.

De plus en plus de clubs amateurs encouragent la pratique chez les jeunes filles, les fédérations investissent davantage pour son développement. La Coupe du Monde féminine attire un public grandissant, témoignant de l’intérêt croissant pour la discipline.

Avec la création d’un TOP 16, puis d’un Top 8, et enfin d’une Elite 1, des joueuses françaises sont devenues semi-professionnelles. Les niveaux inférieurs, Elite 2, Fédérale 1 et Fédérale 2 sont également bien structurés désormais.

Figures emblématiques du rugby féminin français

Nathalie Amiel a marqué l’histoire du XV féminin dès son arrivée en bleue à seulement 16 ans ! Très polyvalente, elle a longtemps été considérée comme la meilleure joueuse du monde et a accumulé les titres : championne de France (avec St Orens), coupe de France (avec Narbonne), championne d’Europe, avant de ponctuer sa carrière par un grand chelem en 2002.

Annick Hayraud : excellente buteuse, elle a détenu le record de sélections durant plusieurs années (65). Double championne de France avec Romagnat, et multiple championne d’Europe, elle est aussi du grand chelem de 2002.

Estelle Sartini : c’est la recordwoman du nombre de sélection avec 82 caps entre 1995 et 2006, dont elle a été capitaine lors de ses deux dernières années. Au poste de demi d’ouverture, elle a conquit 3 grands chelems avec les bleues, 3 titres de championne d’Europe, 3 titres de championne de France avec Caen et des 3e place en coupe du monde.

Danièle Irazu : cette joueuse propose l’un des plus beau palmarès avec ses 3 grands chelems, mais aussi ses 4 titres de championne de France avec les Pachys d’Herm, ainsi que 3 coupes du mondes disputées.

Au fil du temps, le rugby féminin prend une part de plus en plus importante dans le sport. Elles disputent désormais le Tournoi en même temps que les hommes. Le championnat de France féminin, qui fêtera ses 40 ans l’année prochaine, a connu des évolutions significatives ces dernières années.

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