Fédération Argentine de Football: Une Histoire Complexe et Passionnée

La Fédération Argentine de Football (AFA) a une histoire riche et complexe, marquée par des moments de gloire, des défis politiques et des évolutions constantes. De ses débuts amateurs à la professionnalisation et aux succès internationaux, le football argentin a toujours été un reflet de la société et de la culture du pays.

Aujourd’hui, nous allons explorer le pouvoir argentin et la Coupe du Monde de football en Argentine en 1978.

1978 : la coupe du monde en Argentine

Derrière ce sport, le plus populaire du monde, se cachent souvent des « affaires sensibles » qui ont marqué l’histoire d’un pays, d’une génération ou d’une institution.

La FIFA a pour slogan « For the game, for the world ». Depuis sa création, la Fédération Internationale de Football ne s’est jamais interdit de lier son histoire à un pouvoir autoritaire. En 1934, déjà, elle offre une formidable vitrine au dictateur italien, Benito Mussolini. Fascisme, propagande et sport seront les maitres mots de cette édition qui voit la victoire de l’Italie, comme espéré par le Duce.

En 1978, c’est en Argentine sous ordre de la junte militaire que les fanions de la FIFA flottent. A cette époque, dans ce pays, pour tout opposant au général Videla, seule la fuite permet d’éviter l’arrestation et les disparitions. Alors durant plusieurs mois, en France et dans plusieurs pays du monde, on s’interroge sur le fait d’aller jouer au foot pendant un mois, comme si de rien n’était, dans ce pays où la torture est quotidienne. Comme en 1936 contre les Jeux Olympiques de Berlin, une campagne de boycott est lancée contre cette coupe du monde. Initiée en France, le boycott et la coupe du monde s’invitent dans les pages d’actualité autant que les colonnes sportives.

La rue gronde. Les éditorialistes et politiques prennent parti. A la fin, aucun des pays qualifiés ne restera chez lui et la France ne remportera pas la coupe du monde. Mais que reste-t-il de cette compétition ? Comment le pouvoir argentin a profité de cette Coupe pour conforter son pouvoir ? Quel a été le succès de la campagne de boycott ? Quelle est la situation sur place depuis 1976 ?

Nous recevons Paul Diestchy, agrégé d’histoire, professeur d’histoire contemporaine à l’université de France-Comté, auteur d’une histoire du football et de histoire politique des coupes du monde de football. Avec Paul Diestchy, historien français, spécialisé dans le domaine du sport et particulièrement du football.

Les Débuts Amateurs et l'Influence Britannique

L'histoire de la Primera División argentine commence à la fin du XIXe siècle, plus précisément en 1891, lorsque le premier championnat officiel a été organisé, ce qui en a fait la première ligue de football en dehors du Royaume-Uni. Cette étape a non seulement marqué le début de la compétition dans le pays, mais a également jeté les bases du développement du football en Amérique du Sud. Les clubs fondateurs, dont Buenos Aires al Rosario Railway et Saint Andrew's, reflètent la forte influence britannique dans les débuts du football argentin.

La période amateur du football argentin, qui a duré jusqu'en 1931, a été caractérisée par une évolution et une expansion constantes. Au cours de ces premières décennies, de nombreux clubs considérés aujourd'hui comme les grands du football argentin, tels que River Plate, Boca Juniors, Independiente, Racing Club et San Lorenzo, ont été fondés. Ces institutions ont non seulement contribué au développement du sport dans le pays, mais ont également commencé à forger les rivalités intenses qui allaient définir le caractère unique de la ligue.

Carte des clubs de la Primera División argentine

Le Passage au Professionnalisme

Le passage de l'amateurisme au professionnalisme en 1931 marque un tournant dans l'histoire du football argentin. Cette étape débute avec la création de la Liga Argentina de Football, plus tard connue sous le nom d'Asociación del Fútbol Argentino (AFA), qui organise le premier championnat professionnel la même année. La professionnalisation a entraîné une augmentation significative de la qualité du jeu, de meilleures conditions pour les joueurs et un plus grand intérêt de la part du public et des médias.

Les années 1940 et 1950 sont considérées comme l'âge d'or du football argentin, une période qui a vu l'émergence de figures légendaires telles qu'Alfredo Di Stefano, Adolfo Pedernera et Juan Manuel Moreno, qui ont laissé une empreinte indélébile sur le sport. C'est aussi l'époque de la naissance de "La Máquina" (la machine) de River Plate, une équipe dont le style de jeu offensif et technique a révolutionné le football argentin.

Rivalités et Innovations Tactiques

Les années 1960 ont vu la consolidation de grandes rivalités, notamment le Superclásico entre Boca Juniors et River Plate, qui est devenu l'un des matches les plus attendus et les plus passionnants du football argentin. En 1962, le Racing Club remporte son septième titre de champion, marquant le début d'une ère de succès qui culminera avec la victoire sur le Celtic écossais en 1967, lors de la Coupe intercontinentale.

Les années 1970 sont marquées par l'innovation tactique, notamment de la part d'équipes comme Estudiantes de La Plata et Huracán de César Luis Menotti. En 1973, Rosario Central, entraîné par Carlos Griguol, remporte le championnat national, démontrant ainsi la compétitivité croissante de la ligue. Le Club Atlético Independiente a également brillé au cours de cette décennie, remportant plusieurs Copa Libertadores et s'imposant comme le "roi des coupes".

L'Ère Maradona et la Mondialisation

Les années 1980 sont marquées par la figure de Diego Maradona, dont la présence à Argentinos Juniors puis à Boca Juniors a laissé une empreinte indélébile sur le championnat. Son transfert au FC Barcelone en 1982 constitue un record mondial à l'époque. Independiente continue de remporter des succès dans les compétitions internationales, en remportant la Copa Libertadores en 1984.

Les années 1990 ont été marquées par l'ouverture et la professionnalisation du championnat. L'introduction des tournois d'ouverture et de clôture, qui a débuté lors de la saison 1990/91, a modifié le format de la compétition, offrant deux championnats par an. Cette décennie a également vu la domination d'équipes telles que River Plate et Boca Juniors, qui ont consolidé leur statut de superpuissances du football argentin.

La mondialisation du football a eu un impact profond sur le championnat argentin au cours des années 2000, avec un nombre croissant de joueurs émigrant en Europe. Cela n'a pas empêché les équipes argentines de remporter des succès dans les compétitions internationales. Boca Juniors, sous la direction de Carlos Bianchi, a remporté plusieurs Copa Libertadores et trois Coupes intercontinentales, en jouant contre les meilleures équipes européennes.

Défis Économiques et Nouveaux Talents

Les années 2010 ont été marquées par des défis économiques et des changements dans la structure de la compétition, notamment la création de la "Superliga" en 2017, visant à améliorer l'organisation et le financement du football argentin. La décennie a également vu l'émergence de nouveaux talents et le retour de figures légendaires, comme le retour de Juan Román Riquelme à Boca Juniors et d'Ariel Ortega à River Plate.

La première division du football argentin continue de faire face aux défis du 21e siècle, notamment la nécessité de s'adapter aux réalités économiques changeantes et d'être compétitif sur le marché mondial des transferts. Le championnat reste une pépinière de talents, avec de jeunes joueurs prometteurs qui émergent chaque saison, prêts à faire leur marque tant au niveau local qu'international.

Évolution Constante du Format de la Compétition

Le championnat argentin de football se distingue par sa capacité à se réinventer constamment. Depuis sa création en 1893, cette compétition n'a cessé d'évoluer, modifiant régulièrement son format, le nombre d'équipes participantes et son format. La période amateur, qui s'étend de 1893 à 1930, est marquée par une grande hétérogénéité dans l'organisation des compétitions. Cette époque voit se succéder différents formats, tandis que des scissions au sein des associations organisatrices complexifient encore davantage le paysage footballistique argentin.

L'avènement du professionnalisme en 1931 apporte une première forme de stabilité. Pendant trente-cinq ans, jusqu'en 1966, le championnat adopte un format unique : une seule compétition annuelle, disputée en matches aller-retour, regroupant entre quinze et vingt équipes.

Tournant Majeur en 1967

Un tournant majeur intervient en 1967 avec la création du tournoi Nacional. Cette nouvelle compétition, qui vient s'ajouter au championnat Metropolitano traditionnel, répond à la volonté de fédéraliser le football argentin en intégrant des équipes de l'intérieur du pays (la province), jusqu'alors exclues de l'élite. Le Nacional adopte un format proche de celui d'une Copa de la Liga connue récemment, tandis que le Metropolitano conserve la structure historique. Ce système à deux compétitions perdure jusqu'à la saison 1985/86, où l'on revient à un championnat unique. Cette période de cinq ans est marquée par quelques expérimentations, notamment un système original où les matches nuls sont départagés aux tirs au but, offrant un point supplémentaire au vainqueur.

Introduction des Tournois Courts en 1990

1990 marque le début d'une nouvelle ère avec l'introduction des tournois courts : le Clausura (paradoxalement disputé en ouverture de saison) et l'Apertura. Cette formule, qui voit vingt équipes s'affronter en matches simples, prévoit initialement une finale entre les vainqueurs des deux tournois pour désigner le champion de la saison. Cette année-là, le Newell's Old Boys de Marcelo Bielsa s'impose face au Boca Juniors d’Óscar Tabárez aux tirs au but. Cependant, la controverse née de la finale 1990/91 (Boca, invaincu lors de son tournoi en décembre 1990, perd la finale en juillet 1991 avec une équipe privée de ses meilleurs éléments, notamment ceux partis préparer la Copa América) conduit à modifier le règlement dès la saison suivante. Les vainqueurs du Clausura et de l'Apertura sont désormais sacrés champions sans disputer de finale. Ce format, qui permet aux clubs modestes de rivaliser avec les grandes écuries grâce à des compétitions plus courtes, s'installe durablement jusqu'en 2011/2012.

Parallèlement, en 1983, est introduit le système des moyennes pour les relégations. Les descentes ne sont plus déterminées par le classement de la saison en cours, mais par une moyenne calculée sur les trois dernières années.

Instabilité Chronique (2011-2024)

La période 2011-2024 est marquée par une instabilité chronique. Les tournois Apertura et Clausura sont rebaptisés Initial et Final, avant un bref retour au système de la finale entre vainqueurs, rapidement abandonné. En 2015, une expansion incroyable porte le nombre d'équipes à trente, mais ce format s'avère peu attractif. S'ensuivent diverses tentatives de réorganisation, avec des tournois de transition, des systèmes de zones et des modifications constantes du nombre d'équipes participantes.

L'augmentation du nombre de clubs en première division argentine révèle une stratégie politique subtile de la fédération. En multipliant les équipes modestes dans l'élite, l'AFA s'assure un soutien majoritaire lors des votes, chaque club disposant d'une voix égale indépendamment de sa taille ou de son histoire. Les petits clubs, reconnaissants de leur accession et soucieux de la conserver, tendent naturellement à s'aligner sur les positions du président de la fédération.

Cette inflation du nombre d'équipes a également eu pour effet de diluer la compétition, rendant la relégation des clubs historiques presque impossible mathématiquement.

Officiellement, la pandémie de COVID-19 en 2020 vient encore perturber l'organisation du championnat, suspendant notamment les relégations prévues.

Depuis 2021, le format s'est stabilisé autour d'une ligue classique complétée par une Copa de la Liga, avec vingt-huit équipes participantes.

Pour 2025, rebelote. Annulation des descentes annoncé peu avant la fin de la saison, saupoudrée d’une nouvelle formule : deux groupes de quinze équipes, avec une première phase de seize journées incluant des matches de groupes, un match interzonal tiré au sort et une journée de clásicos. Les huit meilleures équipes de chaque groupe se qualifient pour une phase finale à élimination directe, culminant avec une finale sur terrain neutre. Une formule tirée de la Copa de la Liga déclinée donc en deux tournois Apertura et Clausura.

La "Selección Fantasma" de 1973: Une Anecdote Étonnante

En 1970, l'Argentine ne s'est pas qualifiée pour la Coupe du Monde, une humiliation pour un pays passionné de football. Face à cette situation, et avec l'intention d'organiser le Mondial 1978, la Fédération argentine a mis en place une stratégie audacieuse pour assurer sa qualification pour la Coupe du Monde 1974 en Allemagne.

Omar Sivori, le sélectionneur de l'époque, a eu une idée délirante : composer une deuxième sélection nationale parallèle. Cette équipe, surnommée la "Selección Fantasma" (l'équipe fantôme), avait pour mission de s'entraîner en altitude pour s'habituer au manque d'oxygène, en vue d'un match crucial en Bolivie.

Composée de joueurs de second plan, cette équipe a vécu un véritable cauchemar. Les conditions d'hébergement et de nourriture étaient déplorables, et les joueurs ont dû organiser eux-mêmes des matchs amicaux pour gagner de l'argent et subvenir à leurs besoins. Malgré ces difficultés, la "Selección Fantasma" a permis à l'Argentine de se qualifier pour le Mondial 1974, en battant la Bolivie à La Paz grâce à un but d'Oscar Fornari, surnommé "El Fantasma".

L'histoire de la "Selección Fantasma" est une anecdote étonnante, qui témoigne de la passion et de la détermination du football argentin, ainsi que des difficultés rencontrées par les joueurs de l'époque.

Joueur Poste Club
Ubaldo Fillol Gardien Racing (futur River)
Jorge Tripicchio Gardien San Lorenzo
Rubén Glaría Défenseur San Lorenzo
Oswaldo Cortés Défenseur Atlanta
Néstor Chirdo Défenseur Estudiantes
Reinaldo Merlo Milieu River Plate
Ricardo Bochini Milieu Independiente
Mario Kempès Attaquant sans club

Composition partielle de la "Selección Fantasma" de 1973

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