Au football, lors des rencontres nationales et internationales, des enfants accompagnent bien souvent les joueurs au moment de leur entrée sur le terrain. Ces petits supporters, habillés aux couleurs des deux équipes, sont appelés les "Escort Kids".

Mais, comment sont choisis ces enfants ? En Ligue 1, la plupart du temps, ces petits chanceux sont choisis parmi les effectifs des équipes de jeunes des deux clubs présents sur le terrain. Ils peuvent également être choisis parmi les abonnés du club qui reçoit la rencontre. En revanche, pour les matchs de l’équipe de France, des concours sont effectués, auprès des clubs de la région où se déroule la rencontre, pour choisir ceux qui accompagneront Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et les autres. De quoi faire vivre aux petits leur passion en grand !
L'équipe de France Espoirs a affronté ce mardi 15 octobre l’Autriche, au stade Marcel-Picot à Nancy, pour son 8e match dans la phase de groupes des éliminatoires à l'Euro 2025. Et les hommes de Gérald Baticle, successeur de Thierry Henry, ne sont pas rentrés seuls sur le terrain. Comme toujours, ils sont accompagnés d’escorts kids. Ces enfants qui leur tiennent la main de la sortie du tunnel jusqu’au chant de l’hymne national. Une apparition éclair pour les U9 du COS Villers et du GSA Tomblaine, deux clubs de Meurthe-et-Moselle, mais qui a marqué les esprits de ces gamins.
Les « escort kids » sont très souvent des enfants évoluant dans des clubs partenaires de l’équipe qui reçoit. C’est le cas d’Alexandre qui évolue au FC Septemes, club affilié à l’OM.
À l'occasion du huitième de finale de la Coupe de France Crédit Agricole opposant le Stade de Reims au Mans, le Crédit Agricole du Nord Est a permis à 23 jeunes de la région de vivre une expérience exceptionnelle, en participant au dispositif "escort kids" de la compétition. Cette initiative s'inscrit dans la volonté du Crédit Agricole du Nord Est de favoriser l'accès des jeunes au sport et de soutenir des actions porteuses de sens, au plus près du territoire. Ces 23 enfants ont accompagné les joueurs lors de leur entrée sur la pelouse du Stade Auguste-Delaune avant le coup d'envoi.
Témoignages d'enfants "Escort Kids"
On les voit au début de certains matches accompagner les joueurs depuis le tunnel jusqu’à la pelouse. Le premier joue au FC Septemes, non loin de Marseille, quand le second est licencié au club de Championnet, dans le 18e arrondissement de Paris. Tous les deux ont eu la chance d’accompagner des joueurs sur la pelouse, respectivement lors d’un match de l’OM en 2017 et du PSG en 2015.
- Alexandre : « Après un match, le coach nous a dit qu’on allait accompagner les joueurs dans deux mois. Mais personne n’y a cru. »
- Basile : « J’étais à la maison et mon père est venu me dire : "On m’a invité pour aller au Parc pour accompagner les joueurs". J’étais super content. »
Sentiments avant le match :
- A : « Quand je l’ai su, j’étais très content. »
- B : « J’étais fier, j’avais la chance d’être là. Tout le monde me regardait. »
- A: « J’étais en stress. C’était la première fois que je voyais un joueur d’aussi près. »
Joueurs accompagnés :
- B : « Pastore. »
- A : « C’était le numéro 7 de Saint-Étienne mais je ne me rappelle plus de son nom [Bryan Dabo, NDLR]. »
Jalousie :
- A : « Oui, au début. Quand on a vu les petits de l’OM avec les joueurs de Marseille, on était un peu jaloux, parce qu’ils peuvent le faire souvent. Mais dès que les joueurs de Saint-Étienne sont arrivés, on s’est dit que ce n’était pas si grave. »
Ce qui les a marqués :
- A : « C’est de voir le public, de regarder les supporters. Il y avait plein de bruit, le stade était plein et le virage Nord était en feu. »
- Mathieu, le papa de Basile : « Thiago Silva, il était cool aussi. Dans le tunnel, il rigolait avec les enfants. »
Joueur préféré :
- A : « Je le fais. »
- A : « Mandanda. »
- B : « N’importe, je les aime bien tous. »
Un Soir de Match Particulier : France-Allemagne, 13 Novembre 2015
Ce devait être un soir de fête au Stade de France. Celle du football français, d’abord, avec la réception des champions du monde en titre allemands et l’envie pour les Bleus de prendre leur revanche, un peu plus d’un an après avoir été éjectés en quarts de finale du Mondial brésilien.
La fête, aussi, pour tout le SC Le Rheu, dont une vingtaine d’enfants était conviée ce vendredi 13 novembre pour accompagner les joueurs lors de leur entrée sur la pelouse : une belle mise en lumière pour ce petit club d’Ille-et Vilaine, récompensé pour son organisation de la Journée nationale des débutants quelques mois plus tôt, et un incroyable cadeau de Noël avant l’heure pour les jeunes membres de son équipe U11.
Pour tous ces jeunes qui rêvent de devenir footballeurs pros, c’est la grande première à l’extérieur. « J’avais déjà été Escort Kid une fois à Rennes en Coupe de France, aux côtés de Vincent Pajot. Mais bon, le stade n’était pas plein, et rien à voir avec l’équipe de France et 80 000 personnes dans le stade ! » sourit Costa, 20 ans aujourd’hui.
Samuel, 9 ans en 2015, se remémore le protocole du Stade de France : « Dans les vestiaires, on est rangés en deux lignes : on ne le savait pas encore, mais l’une tiendrait la main des Français, et l’autre celle des Allemands. […] Moi je suis tombé côté allemand, avec Matthias Ginter, de Dortmund… Un peu déçu, car je ne le connaissais pas (rires), mais bon, de toute façon, on voyait tout le monde de très près. » Pas davantage d’amertume pour Louis, accroché du haut de ses 10 ans à la paluche de Jérôme Boateng : « Au moins, côté visiteur, tu peux porter la tenue de l’équipe de France ! »
C’est sur l’expérimenté Patrice Évra que Costa, lui, a le plaisir de tomber : « Il a commencé à me checker et à me demander comment j’allais. Il m’a rassuré et m’a dit que ça allait bien se passer, que l’ambiance serait exceptionnelle, il a été super cool. » Si l’entrée des artistes sur la pelouse de Saint-Denis suivie des hymnes restera bel et bien un souvenir impérissable pour l’ensemble des jeunes, le défenseur international français n’imaginait pas encore que l’une de ses prises de balle sur son flanc gauche, pourtant anodine, ferait une petite demi-heure plus tard le tour de toutes les chaînes d’infos.
« La première détonation, tout le monde pense à un pétard, on n’y porte pas vraiment attention. Trop jeunes pour avoir un téléphone portable, les Escort Kids du soir font certainement partie des rares spectateurs à profiter pleinement de la suite de la rencontre et de la cinquième victoire consécutive des Bleus qui se profile alors, grâce à des réalisations de Giroud et de Gignac. »
Tandis que le petit groupe de jeunes profite du match, et puisque décision est prise au sommet de l’État de ne pas l’interrompre afin d’éviter tout mouvement de foule, c’est depuis la tribune VIP qu’Hervé, président du club et père de Louis, sent bien que quelque chose ne tourne pas rond : « À la mi-temps, ça commence à jaser dans les loges, et d’ailleurs, on ne revoit pas François Hollande à la reprise, lui qui était assis non loin de moi. » Thierry, papa de Baptiste et accompagnateur du groupe d’enfants, se souvient lui aussi de ces instants de flottement en tribunes : « Je n’avais plus de batterie sur mon téléphone à cause de toutes les photos que j’avais envoyées aux parents pendant la journée, je n’étais donc au courant de rien. »
Alors qu’une partie du public s’est retranchée sur la pelouse à la suite d’un mouvement de foule, c’est à l’extérieur de l’arène, sur le parvis du stade, que la vingtaine d’enfants et leurs deux accompagnateurs se retrouvent tout à coup plongés en plein chaos.
« Ce qui m’a marqué, c’est la vision des adultes affolés qui couraient partout : on aurait dit des animaux paniqués qui courent sans savoir où aller, c’était la cohue. Nous, enfants, on ne se rendait pas vraiment compte, mais en voyant la peur dans les yeux des adultes, on se disait peut-être qu’il fallait avoir peur nous aussi », témoigne Louis. Costa, lui, se rappelle ces « centaines de policiers partout, des gens qui pleuraient, et certains qui hurlaient même qu’on allait tous mourir… C’était la panique, sans pour autant vraiment comprendre pourquoi. »
Responsable d’un groupe d’enfants au beau milieu de ce décor de guerre, Thierry revient, non sans émotions, sur ces moments qui resteront gravés à jamais : « Les CRS nous indiquent des directions vagues, on ne sait pas comment regagner notre bus. On entend qu’il y a des morts dans Paris, et l’un des gamins me demande s’il s’agit d’un sniper, là-haut : effectivement, il y en avait sur tous les toits… Les enfants ne tiltent pas, mais on passe à proximité d’une tente blanche, avec des hommes habillés en blanc de la tête aux pieds. »
Après plusieurs heures (!) d’errance et d’indications contradictoires, le groupe, sain et sauf, regagne finalement son bus aux alentours de 2h du matin, escorté par une délégation de la FFF et les forces de l’ordre. Le moment pour Thierry de répondre, enfin, aux centaines de messages de parents affolés et restés sans nouvelles des heures durant, mais aussi de prendre la pleine mesure des atrocités commises dans la capitale au cours des dernières heures.
Dix ans après les évènements, si tous les membres de la délégation rheusoise présents à Saint-Denis ne gardent pas tout à fait le même souvenir de cette soirée si spéciale, tous ont aujourd’hui conscience d’avoir échappé au pire, si les assaillants étaient parvenus à accéder à l’intérieur du stade comme initialement planifié.
À l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, France Inter et Konbini s’associent à l’UNICEF et consacrent une journée spéciale : « Les enfants d’abord ! »
