Le sport a toujours occupé une grande place dans l’Hérault. La ville de Montpellier a même été élue plusieurs fois « ville la plus sportive de France » grâce à ses nombreux clubs évoluant au plus haut niveau national et à une importante dynamique universitaire. L’Hérault a obtenu de nombreux titres nationaux et internationaux dans de nombreuses disciplines. Mais deux clubs se détachent largement des autres par leur rayonnement international : le club de handball de Montpellier et le club de rugby biterrois.
Dans les années 1970-1980, le club de rugby biterrois est considéré par de nombreux spécialistes comme la meilleure équipe de club du monde.
1971 FINALE DE LEGENDE AS Béziers RC Toulon 1971 Résumé Rugby
Durant la période 1971-1978, le club a joué 94,08 % de matchs sans défaite, avec un score moyen de 30 à 7, a formé 17 internationaux. Il est resté invaincu durant quatre saisons, et cette domination a été encore plus forte à domicile puisqu’elle s’est étalée sur 11 ans et 9 mois ! À cette époque pour de nombreux spécialistes, l’ASB était plus forte que l’équipe de France et ce n’est pas le match amical de l’été 1971 qui va contredire cette opinion. En effet, l’équipe de Béziers a écrasé l’équipe de France 50 à 14.
Béziers était donc invincible et a « contribué » au plus grand exploit du quinze de France. En 1977, l’équipe de France réussit le « Grand Chelem » lors du tournoi des cinq nations, avec les 15 mêmes joueurs sans encaisser un seul essai. Ceci en adoptant la manière de jouer de Béziers sous l’égide Richard Astre à partir de la tournée de 1975 en Afrique du Sud.
Le modèle de jeu de Béziers a été adopté par l’équipe de France, mais également d’autres équipes internationales. La BBC est même venue « enquêter » sur « the Béziers Phénomène ». L’ancien numéro 9 de l’équipe d’Angleterre, alors commentateur, avait alors conseillé aux Anglais de s’inspirer de cette manière de jouer.
Comment une équipe de rugby de ville moyenne plongée dans la crise avec la crise viticole des années 1950 a-t-elle pu s’épanouir dans un contexte défavorable pour devenir une référence sportive internationale ? Comment ce club de Béziers a-t-il construit sa domination ?
Les Fondations de la Domination Biterroise
Tout commence en 1955 avec l’arrivée de Raymond Barthes en tant qu’entraineur. Il a apporté de la rigueur et de la discipline dans les séances d’entrainement et au cours du jeu. C’était un grand pédagogue qui avait la faculté d’allier autorité naturelle et sens de l’écoute, tout en responsabilisant ses joueurs dans le but de développer une meilleure cohésion de l’équipe.
Une fois les bases techniques acquises, les joueurs ont expérimenté un nouveau système de jeu qui a rapidement donné les résultats cités plus haut dans ce texte. Pierre Danos, illustre capitaine de l’ASB de cette époque, en explique le principe :
« Raymond Barthes est partisan d’un rugby de mouvement. Entendons bien, rugby de mouvement ne voulant pas dire, rugby des lignes arrières ; nous pensons qu’étant possesseurs de la balle, il nous appartient de la faire circuler : soit devant, soit derrière, de façon à provoquer le trou, le surnombre des attaquants, soit à grouper le maximum de défenseurs dans un point déterminé du terrain, pour alerter alors nos lignes arrières.
Gagner le maximum de balles, ne donner immédiatement que de bonnes balles, travailler les autres pour les rendre utilisables ou pour mettre en position d’attaque favorable, soit dans les lignes arrières, soit la troisième ligne. Nous obéissions ainsi à deux règles :
- Essayer de grouper le maximum de joueurs adverses dans une action de jeu, pour pouvoir lancer une véritable attaque ;
- Utiliser au maximum la contre-attaque qui n’est dans le fond qu’une mise en application spontanée et fortuite du principe de base précédent ».
Il faut dire que Raymond Barthes était plus qu’un entraîneur. C’était un véritable chercheur, à l’affut de toute innovation stratégique. Barthez a donc construit les bases du futur « Grand Béziers » qui seront parachevées par un de ses anciens joueurs, Raoul Barrière, alias « le sorcier de Sauclières ».
Ce surnom pour autant ne retranscrit pas fidèlement la réalité car il indique un côté mystique, et met en avant une domination inexplicable alors que l’outrageuse domination biterroise s’explique tout à fait rationnellement. C’est pour cela qu’il serait plus convenable de remplacer le vocable « sorcier » par celui de « professeur ». Premièrement parce que c’est son métier, Raoul Barrière était « Professeur adjoint d’EPS » et deuxièmement par la méthode qu’il a mise en place à Béziers.
Dans un premier temps, l’élève Barrière s’est inspiré de ce qui se faisait de mieux dans le rugby de l’époque, notamment par Lucien Mias. Au cours de la fameuse tournée en Afrique du Sud en 1958, il apprit beaucoup de l’équipe de France qui a été la première à avoir battu les Springboks à domicile depuis 1896. Résultat obtenu grâce à une domination en mêlée, qui était le point fort de l’adversaire, mais aussi en adoptant des principes du jeu Sud-Africain basé sur la rudesse, la force physique et le jeu d’avant.
Pragmatique, Barrière s’est inspiré de ce qui se faisait de mieux dans le monde du rugby. C’est-à-dire le jeu des All Blacks et des Gallois, très éloigné du jeu à la française et son fameux panache ou « french flair ». À ce propos, quand la doxa rugbystique française lui reprochait ce choix, l’éducateur répondait : « Le panache… Qu’est-ce que c’est le panache ? Si c’est vaincre dans les règles alors nous avons du panache. Si ce n’est pas cela, il faut des règles de telle sorte qu’il soit obligatoire.
Nous pouvons ajouter que Raoul Barrière s’est appuyé également sur les théoriciens du rugby Julien Saby et surtout Pierre Conquet, avec lequel il discutait régulièrement. Ces échanges aboutissent à la publication en 1978 du livre « Les fondamentaux du rugby », véritable bible du rugby, pour ceux qui le définissent comme un sport de combat collectif. Pour beaucoup de spécialistes, la théorisation de Pierre Conquet et la mise en application de l’A.S.B.

C’est 1964 que Raoul Barrière met le pied à l’étrier en devenant l’entraîneur de l’équipe juniors. Il expérimente donc la fonction de « coach » et forme, en même temps, le groupe « parfait » qui deviendra champion en 1968 et dont neuf membres seront des joueurs internationaux séniors. Suite à ce succès, il est sollicité pour s’occuper de l’équipe première.
Le Triumvirat du Succès
L’organisation gagnante du « Grand Béziers » est complétée par la présence d’un président de club remarquable, Jojo Mas. Cet entrepreneur biterrois aux « reins solides », humainement proche des joueurs, a eu le génie de laisser les pleins pouvoirs à Raoul Barrière. Tout en intervenant pour rapatrier trois futurs « cracks » internationaux : Richard Astre, Jack Cantoni et Alain Estève.
Ainsi, un grand président et un grand entraîneur avec Raoul Barrière. Didier Baume décrit ce dernier ainsi : « L’homme possède la foudre et s’en sert. Ce Jupiter moderne du royaume de l’ovalie s’appelle Raoul Barrière. Un profil tout en bosses, l’archétype de l’ancien pilier, taillé dans un bloc de granit, mais un regard très clair, très droit, la parole aisée, franche, l’esprit toujours en éveil, sans cesse à l’affût du neuf. Un personnage modeste qui ne se met pas en avant, mais dont le rôle et l’influence sont filigrane sur le fanion du club. Un pédagogue avisé et un gendarme obéi, un technicien têtu ».
Il ne manquait plus qu’une personne pour compléter le triumvirat de l’A.S.B… le capitaine ! Ce dernier avait à l’époque une importance encore plus capitale. En effet, l’entraîneur était dans les tribunes et à la mi-temps les joueurs restaient sur le terrain. L’entraîneur était beaucoup moins interventionniste qu’aujourd’hui (dans le sens où il ne pouvait ni expliquer, ni rectifier, ni motiver ses troupes). Raoul Barrière devait donc trouver un capitaine qui serait son relais sur le terrain. Plusieurs joueurs de l’époque avaient cette capacité mais le choix s’est arrêté sur Richard Astre.
Celui-ci, « qui a toujours été capitaine depuis l’enfance » avait une autorité naturelle, non pas l’autorité d’un capitaine « fort en gueule » mais une autorité fine, intelligente, ouverte au dialogue, décuplée par le fait qu’il était un leader de jeu incontestable. De plus « Le Roi Richard » avait d’autres qualités, en plus d’avoir une vie rangée sans excès, il discutait avec Raoul Barrière et était initié à la recherche. Très rapidement, il proposa de nouvelles réflexions et prit des initiatives avec l’aval de Raoul Barrière et des autres joueurs.
La Démocratie Biterroise: Une Force Unique
Cette concertation est un élément central de la méthode biterroise. En effet, en 1968, le club n’échappa pas au refus d’une société autoritariste et une grève sera même décrétée au sein du club. Raoul Barrière retourna la situation en créant un nouveau modèle relationnel.
Raoul Barrière laissait ses troupes s’exprimer mais, il alla encore plus loin, en inventant « la démocratie biterroise » qui permettait à l’entraîneur et aux joueurs de se concerter et décider de tout ce qui concerne l’équipe, même si cette démocratie était habilement contrôlée. Par exemple en 1969, à sa prise de fonction de l’équipe première, le choix du capitanat devant être votée, et souhaitant désigner Richard Astre, il demanda à chaque joueur de composer l‘équipe titulaire. Il savait que Richard Astre, en raison de ses qualités de joueur, serait choisi par l’ensemble de l’équipe, puis expliquant les critères de choix du capitanat dans la stratégie du jeu, cela permettait de désigner celui qu’il avait déjà choisi.
Toutes les décisions étaient prises par le vote à bulletin secret. L’équipe votait à chaque match pour la composition d’équipe mais aussi pour toutes décisions importantes. Ce concept fut une vraie force puisque les joueurs sont passés de leur rôle classique de simples exécutants à une place de décisionnaires.
À ce propos, Richard Astre disait ceci : « Qui introduit la concertation entre l’entraîneur et les joueurs ? l’AS Béziers. Qui systématise les recherches pour rationaliser l’entraînement ? l’AS Béziers. Qui fait entrer tous les joueurs qui le désirent dans tous les rouages du club ? Béziers encore.
Contrairement à ce qu’on croit, tous nos dirigeants ont su favoriser le partage des responsabilités. Nous avons toujours bénéficié d’une liberté totale sur le plan technique. Le club a su évoluer progressivement vers une diversification sans cesse accrue des responsabilités. Il a ainsi progressé, hors du terrain, au même train que l’équipe sur le terrain. La création de nombreuses commissions, l’intéressement de tous, jeunes, joueurs ou dirigeants, à leur fonctionnement n’étaient en effet que la réplique au plan de la gestion des tâches et des idées entre tous. On me demande souvent d’où vient le pouvoir à Béziers. Je réponds : Il n’y a pas de pouvoir.
Une fois l’organisation posée, Barrière s’est consacré au contenu technique et tactique en innovant sur la question du jeu. Nombreux sont ceux qui pensent que le jeu de l’A.S B. est né en même temps que l’équipe junior championne en 1968, mais cela n’est pas tout à fait exact.
En effet, si les principes de Raymond Barthes et Lucien Mias avaient déjà été intégrés, le style biterrois est né un peu après. En effet, lors des deux premières saisons en première division, la jeune équipe biterroise a découvert le haut niveau et devant les difficultés rencontrées, « […] les joueurs ont ressenti le souci commun de réfléchir sur leurs succès et leurs revers ».
Raoul Barrière a ensuite encouragé cette volonté en organisant des séances d’autocritique qui permettaient d’améliorer et de créer petit à petit son propre jeu. En effet, lors du premier entrainement de la semaine, ¾ d’heure étaient consacrés à l’analyse de la rencontre précédente et chaque joueur faisait son autocritique, ainsi que celle de ses partenaires. Même si quelquefois l’échange était vif, le groupe ressortait toujours soudé après cet exercice. Cela permettait à chaque joueur de mieux connaître les représentations de ses partenaires, leur envie de gagner et plus précisément leur envie de gagner collectivement.
Il est judicieux de parler du contexte de l’époque et du changement de règles qui a bouleversé la pratique rugbystique. Avant les années 70, lors des mêlées, on pouvait taper directement en touche en dehors de ses vingt-deux mètres et répéter cette opération pour gagner petit à petit du terrain. Une nouvelle règle vient abroger l’ancienne et change la manière d’appréhender le rugby qui se transforme en « un jeu de passes » d’une autre dimension.
En France, l’adaptation à cette règle se réalisa ainsi : les avants devaient gagner le ballon et les trois-quarts devaient aller marquer eu usant d’un jeu de passes. Il y avait donc deux types de joueurs dans la même équipe : les attaquants et les défenseurs. Raoul Barrière a réfléchi et a renversé ce paradigme rugbystique en décidant que les avants seraient les premiers attaquants et les trois quarts seraient, comme le reste de l’équipe, des conservateurs qui attaqueraient dans un second temps.
Le Triomphe de 1978: Un Chef-d'œuvre Tactique et Humain
Un club peut vraiment se vanter d’avoir réinventé le rugby devant nos yeux : l’AS Béziers des années 1971-1984, phalange fantastique et fantasmée, capable de conquérir dix Boucliers de Brennus en treize ans. L’apogée de cet imperium eut lieu ce 29 mai 1978 qui vit les Héraultais s’imposer 31 à 9 en finale face à Clermont au terme d’un épilogue majestueux : trois essais en dix minutes dont une action de quatre-vingts mètres initiée par une relance insolente de Richard Astre, et poursuivie par neuf partenaires jusqu’au talonneur Alain Paco.
Parce que Béziers, c’était ça. Un club tellement fort et tellement en avance sur son temps qu’il suscitait du rejet et de la mauvaise foi (à la différence de Toulouse dix ans après). On parlait des avants monstrueux de l’ASB, de la terrible allure d’Alain Estève et d’Armand Vaquerin, de leur soi-disant manie de « cacher le ballon ». On opposait les Languedociens à l’autre rugby : pour aller vite, l’école basco-landaise, chérie de la presse parisienne. On osa même dire que l’ASB ne jouait pas « à la française ».
Aujourd’hui encore, on trouve des gens pour résumer le grand Béziers à du jeu d’avants au sens restrictif du terme. Yvan Buonomo, numéro 8 aux cinq Boucliers en était conscient quand nous avions parlé avec lui en 2018 : "Oui, on nous accusait de plein de choses, d’être des tricheurs, des brutes, de cacher le ballon. C’était ridicule. On arrivait dans les regroupements liés, alors on faisait mal. On jouait les mauls dans la règle avec le ballon devant. Oui, les trois-quarts de l’ASB touchaient beaucoup de ballons, il fallait être d’une aigreur coupable pour affirmer le contraire.
Pour les 40 ans de la finale, Richard Astre nous avait confié : "Nous cherchions de la reconnaissance et nous voulions faire taire les caciques." Quand on revoit cette finale 1978, on se rend compte combien toutes ces polémiques étaient stupides. Béziers avait tout simplement dix ans d’avance avec son jeu de conservation, même si le mot n’était pas encore utilisé.
"Je pense que pour le grand public, ce fut la révélation de notre façon de multiplier les passes entre avants, ce jeu fait de soutien et de replacement. Le jeu de Béziers était extrêmement offensif, il se basait sur une idée simple venue du penseur René Deleplace : attaquer, c’est avancer, porter le ballon chez l’adversaire, aussi bien par les trois-quarts que par les avants. Cette finale 1978 reste donc le chef-d’œuvre des Languedociens, une palette de toutes les nuances de leur jeu de force, de justesse et de précision.
Avec nos yeux d’aujourd’hui, les chocs nous semblent moins intenses, les coups de reins moins électriques. C’est du rugby en léger ralenti, presque sous Lexomil mais les actions y gagnent en limpidité, en grâce et en volupté. "Tout s’est joué sur un regroupement à la 72e. Si la balle était sortie pour les Auvergnats, on aurait peut-être perdu", expliqua le centre Henri Mioch.
"Le Clermontois Gasparotto avait fait une belle charge. Mais nous nous étions entraînés à retourner nos adversaires pour leur piquer le ballon. Un truc très dur à faire. Ça a marché, Georges Sénal lui a chipé le ballon", poursuivit Richard Astre, le demi de mêlée aux yeux de lynx.
Midi-Olympique publia ce message d’un lecteur : "Comment Diable, Astre a pu se retrouver en possession de la balle alors que Clermont attaquait dans les vingt mètres ?" Le rédacteur en chef Raymond Sautet répondit : "Comment la balle sortit dans pareilles conditions du côté biterrois ? Derrière le règne du grand Béziers, il y avait un entraîneur majuscule, Raoul Barrière, décédé en 2019 à 91 ans. Cet ancien pilier international (une sélection) fut le premier technicien de club vraiment médiatisé, jusqu’alors on parlait surtout des capitaines.
Pour bien saisir la situation, il faut comprendre qu’il avait conduit Béziers au titre de champion Reichel en 1969 avec treize joueurs qui seraient champions tout court en 1971. Et il faut avoir à l’esprit que l’AS Béziers a conquis ses dix titres avec des effectifs composés aux trois-quarts de joueurs formés sur place, ça dénote un savoir-faire local incontestable. Chaque année, à l’université de Montpellier, Barrière faisait faire des tests sanguins, cardiaques, physiologiques, à tous ses joueurs pour mesurer le degré de leur forme. Il fut l’un des premiers à mesurer la VO2 max.
Il n’appréciait pas en revanche, la musculation, il la jugeait contre-productive au déplacement de ses avants. Il expérimenta aussi la sophrologie et programma trois entraînements par semaine en période de phase finale. Il expérimenta même une sorte de démocratie interne un peu comme les footballeurs brésiliens des Corinthians de Socratès.
Raoul Barrière fut bien sûr à l’origine de la façon de jouer des Biterrois, en disciple de René Deleplace et en observateur de la tournée des All Blacks de 1967. Il parlait d’une théorie : « Le losange des All Blacks », nous rappela Richard Astre. Il rêvait d’un mouvement perpétuel avec des avants qui intervenaient dans toutes les zones. Sur les dix titres de l’ASB, il n’en a vécu que six car en 1978 justement, les joueurs avaient voulu se rebeller et tuer le père.
L’un des joueurs les plus emblématiques de la grande AS Béziers s’appelait Alain Estève, deuxième ou parfois troisième ligne huit fois champion de France. Il fut le premier international à deux mètres et savait se rendre effrayant, ça faisait partie de son arsenal. Alain Estève fut un joueur de rugby extraordinaire, rapide, adroit, doué du sens du jeu. Il aurait mérité bien plus que ses 20 sélections. Il aurait pu être titulaire dans l’équipe du grand chelem 1977. Mais il n’était pas facile à gérer, c’est vrai; Les Biterrois avaient aussi du mal à investir le XV de France. On le résume aussi trop souvent à la fameuse affaire de la finale 1971.
Derrière le masque du méchant, il y avait pourtant un joueur qui représentait tout le savoir-faire de Raoul Barrière qui n’avait pas son pareil pour révéler les hommes à eux-mêmes. Il y aurait des dizaines de façon de parler des exploits de l’AS Béziers des années 70-80. Une chose est sûre : le groupe avait une marge énorme sur ses adversaires, certains disaient même que le club champion était meilleur que l’équipe de France.
On ne tranchera pas le débat, mais on se souvient de cette confidence de Richard Astre à propos du sacre de 1978 : "En demi-finale, face à Toulouse, nous avions volontairement caché notre jeu. J’avais averti Raoul Barrière que je ne prendrai pas de risques si nous menions à la marque et que je ferai beaucoup de côtés fermés, déjà parce que Rives et Skréla plaquaient beaucoup, mais aussi pour surprendre en finale… Qu’est-ce qu’on n’a pas dit sur le moment ? Il paraît que nous étions fatigués, que nous avions trop joué depuis le début de la saison. Programmer son jeu sur… cent soixante minutes, ce n’est pas donné à tout le monde. L’ASB l’a fait, forte de la confiance offerte par ses cinq titres en sept ans. "Après des demies brillantes et des finales ternes, on voulait faire le contraire.
| Saison | Championnat de France | Challenge Yves du Manoir |
|---|---|---|
| 1971-1984 | 10 titres | 3 titres |
