L'histoire de l'équipe nord-coréenne de football est un récit fascinant, mêlant exploits sportifs, contexte politique complexe et moments de controverse. Des débuts prometteurs aux défis contemporains, plongeons au cœur de ce parcours unique.

Les Débuts du Football en Corée
Lorsqu’ils s’ouvrent à la modernité, à la fin du XIXe siècle, les Coréens se prennent de passion pour les sports occidentaux, le base-ball américain et le football européen. Ce match est même antérieur à la division. Ayant fait main basse sur le pays depuis 1910, c’est le Japon qui est à la manœuvre.
Tant qu’ils s’enthousiasment dans les stades, les Coréens asservis ne songeront pas à secouer le joug colonial. Mauvais calcul. La péninsule exulte. Mais si en août 1945 la Corée recouvre effectivement son indépendance, c’est pour tomber de Charybde en Scylla. Sous prétexte de parrainage, Washington et Moscou satellisent la péninsule en deux régimes ennemis qui, au fil des ans, se livrent à une guerre de moins en moins froide. Les bruits de bottes remplacent les clameurs de stade.
La Guerre de Corée et la Propagande Sportive
Et le 25 juin 1950, comptant sur le soutien de Staline, Kim Il-sung envahit le Sud. L’armistice de Panmunjeom signé (27 juillet 1953) ne calme le jeu qu’en apparence. Les armes s’étant tues, les deux Corées se lancent dans une guerre de propagande où le sport occupe une place de choix.
Kim Il-sung fait bâtir des stades à tout-va et baptise sa grande campagne stakhanoviste de reconstruction (1956-1961) du nom de Chollima, le Pégase coréen, qui sert de totem à l’équipe de football de Pyongyang.
Le Football Nord-Coréen sur la Scène Internationale
A la Coupe du monde de Londres en 1966, l’équipe nord-coréenne de football atteint les quarts de finale. Après 1966, où elle avait atteint avec panache les quarts du Mondial, la sélection nord-coréenne avait déjà disparu des radars. En Angleterre, elle avait battu l'Italie (1-0) en phase de groupes avant de mener 3-0 en quarts contre le Portugal d'Eusebio, finalement vainqueur (5-3)...
Quarante-quatre ans plus tard, on la revoit en Coupe du monde, en 2010, en Afrique du Sud. Dans une tout autre ambiance. Au printemps, une torpille nord-coréenne a coulé une corvette sud-coréenne. La tension est forte. Dans leur bunker en banlieue de Johannesburg, les Nord-Coréens sont cernés par les journalistes désireux de raconter le « folklore autoritaire » de cette délégation plutôt que de s'emballer pour leur jeu.
Le 15 juin 2010, à Johannesburg, Ji Yun-nam inscrit contre le Brésil (1-2) le seul but nord-coréen du Mondial. (S. Et si leur entraîneur Kim Jong-hun répète inlassablement, dans ses conférences de presse ubuesques, « si nous gagnons, cela aura un fort retentissement et cela apportera beaucoup de bonheur à notre grand leader Kim Jong-il », personne ne se fait d'illusions.
Les pleurs de l'attaquant star de l'équipe, Jong Tae-se, lors des hymnes n'y ont pas été étrangers. Né au Japon d'une mère sud-coréenne et d'un père nord-coréen, « le Rooney du peuple » assure avoir choisi cette sélection par reconnaissance envers le régime pour son investissement dans ses études.
Le 21 juin, au Cap, la Corée du Nord s'écroule contre le Portugal de Cristiano Ronaldo (7-0). (M. Leech/Off Side/Presse Sports) Un journaliste de l'AFP témoigne avoir vu 23 joueurs à l'entraînement avant la rencontre contre le Portugal, mais sont-ils vraiment des Nord-Coréens ? Pendant le match, après avoir tenu trente minutes, la Corée du Nord craque. Score final : 0-7.
De retour au pays, joueurs et entraîneur auraient subi des humiliations Après une nouvelle défaite contre la Côte d'Ivoire (0-3), le retour au pays fait aussi causer. Le 2 juillet 2010, Radio Free Asia, un média créé par la CIA et financé par le Congrès américain, rapporte que devant 400 personnes, les joueurs et leur entraîneur auraient subi plus de six heures d'humiliation publique pour manquement à la lutte idéologique.
En 2010, la sélection nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est qualifiée pour la première fois depuis 1966 en phase finale d'une coupe du monde de football. Sans avoir réussi à accéder aux huitièmes de finale, le Cheollima a impressionné, notamment par sa résistance farouche face au Brésil, en n'ayant concédé une défaite que par un but de différence (2-1).
Ce fut le dernier signal envoyé par les footballeurs préférés de Kim Jong-un, troisième du nom, dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) depuis le décès de son père, Kim Jong-il, en décembre 2011. Quand le football « Chollima », du nom de ce cheval mythologique à la vitesse supersonique dans l'esprit duquel le football nord-coréen est forgé, sera-t-il de retour ?
Le football féminin nord-coréen
Depuis 2006, les sélections féminines jeunes de la Corée du Nord ont donc remporté 5 coupes du monde féminines (2 en U17 et 3 chez les U20), en 6 finales disputées. Dans la catégorie U20, le royaume ermite est la nation la plus titrée aux côtés de l’Allemagne et des États-Unis avec 3 couronnes chacun. Des pays comme celui-ci peuvent exceller dans certains sports car, de haut en bas, ils peuvent se concentrer sur la formation et rien d’autre.
Dès les années 1990, le régime dictatorial nord-coréen a investi massivement dans le football féminin. Les dirigeants nord-coréens ont donc établi des stratégies pour le développement du football aussi bien masculin que féminin en axant leurs investissements sur les installations et les infrastructures.
Un Modèle de Formation Structuré
L’école de sport de Taesong, à Pyongyang, qui a formé plusieurs joueuses victorieuses de la première Coupe du monde U20 nord-coréenne en 2006, en est l’un des meilleurs exemples, comme le relate ABC. Elle dispose de son propre programme de football féminin depuis 1999 et travaille en étroite collaboration avec l’Académie des sciences du sport pour suivre les joueuses dans plusieurs catégories d’âge ainsi que pour concevoir des programmes d’entraînement afin d’optimiser leurs capacités physiques. Un modèle étatique essentiel, puisque très peu de footballeurs nord-coréens et encore moins de footballeuses ont été autorisés à quitter le pays pour jouer à l’étranger.
Ainsi, le régime dictatorial s’est fixé un plan simple : une formation au football dans les écoles dès le plus jeune âge et des recruteurs envoyés à travers le pays. Pour les meilleures joueuses, elles ont la possibilité d’évoluer dans un noyau d’excellence et une série d’équipes de l’armée, leur permettant de s’entraîner et de se développer à plein temps aux frais de l’État.
« Là où, en Europe et en Amérique du Nord, on aiguise d’abord la notion de plaisir, les staffs nord-coréens mènent un entraînement très dur dès le plus jeune âge. Du coup, les joueuses sont directement performantes.
Relations Corée du Nord - Corée du Sud
Le 15 octobre 2019, pour la deuxième fois seulement de l'histoire, et la première depuis 1990, la sélection sud-coréenne traverse la frontière qui longe le 38e parallèle pour affronter, à Pyongyang, en match de qualifications pour le Mondial 2022 au Qatar, la Corée du Nord. Gianni Infantino, le président de la FIFA, a fait le déplacement.
« Rentrer sans être blessé constitue déjà un exploit. Les Nord-Coréens étaient vraiment à cran. Il y avait beaucoup de sales insultes », rapportera l'attaquant vedette sud-coréen de Tottenham Heung-min Son quand le vice-président de sa fédération, Choi Young-il, évoquera une véritable « guerre » sur le terrain.
A ce jour, quinze rencontres ont été organisées entre les équipes de Corée du Nord et Corée du Sud, toutes catégories confondues, principalement dans le cadre de compétitions officielles. La première a eu lieu le 22 décembre 1978, à Bangkok, dans le cadre des Jeux asiatiques de 1978.
Événements sportifs comme opportunités de coopération
Le 12 juin dernier, le président sud-coréen a accueilli à la Maison Bleue, le palais présidentiel de la République de Corée, Gianni Infantino, président de la FIFA, de passage à Séoul à l’occasion de la finale de la Coupe du monde U-20 qui se déroulait la veille au Suwon World Cup Stadium entre l’Angleterre et le Venezuela (1-0). A cette occasion, le président Moon a déclaré que plusieurs pays d’Asie du Nord-Est, y compris la Corée du Nord, pourraient accueillir la coupe du monde de football 2030.
Selon Park Su-hyun, porte-parole du président Moon, ce dernier aurait déclaré : « Si les pays voisins d’Asie du Nord-Est, y compris la Corée du Nord et la Corée du Sud, pouvaient organiser la Coupe du monde de football ensemble, cela pourrait aider à créer la paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, et en Asie du Nord-Est. Je souhaite que le président [de la FIFA] considère cette option […] et j’espère que nous en aurons l’opportunité pendant la Coupe du monde 2030.
« Les événements footballistiques [constituent] une bonne opportunité de coopération et de conversation entre la Corée du Sud et la Corée du Nord », ajoute-t-il, avant de rappeler que « les événements sportifs organisés entre les deux pays ont par le passé aidé à améliorer les relations ».
North Korea & Middlesbrough; North Korean World Cup football team of 1966 (The Game of Their Lives)
Rumeurs et Controverses Autour de l'Équipe Nord-Coréenne
Malgré ce parcours, les rumeurs ont pris corps tout au long de la phase finale de la compétition, suite notamment à la sévère défaite face au Portugal (7-0). L'AAFC analyse comment chacune de ces rumeurs a pris corps, qui ne sont pas nouvelles dans le cas de la République populaire démocratique de Corée : déjà, en 1966, la sélection nationale nord-coréenne avait été réputée punie sur la base d'une désinformation alors entretenue par le régime militaire sud-coréen, avant qu'un documentaire du Britannique Daniel Gordon ne mette en lumière le culte entretenu autour des héros de l'épopée de 1966.
Les prétendues défections de joueurs
Kim Myong-won, An Chol-hyok, Kim Kyong-il et Pak Sung-hyok : un journaliste italien couvrant la coupe du monde en Afrique du Sud relève que ces quatre joueurs nord-coréens sont inscrits "absents".
L'incroyable histoire des "faux supporters"
Si dans les rangs des supporters nord-coréens (photo à droite), on comptait des ouvriers du bâtiment venus de Corée du Nord travailler sur les stades sud-africains, l'attention des médias occidentaux s'est portée davantage sur les supporters chinois ayant reçu un millier de billets. Ce choix a priori surprenant trouve en fait son explication dans la relation particulière qu'entretiennent la Chine et la République populaire démocratique de Corée : la Chine compte une minorité coréenne de 2 millions de personnes, qui se sentent proches des Nord-Coréens.
Les joueurs n'ont jamais été envoyés dans des mines de charbon
Une rumeur diffusée notamment sur les blogs chinois a ensuite répandu l'idée que les joueurs nord-coréens, après leurs trois défaites, seraient envoyés aux mines de charbon. A l'appui de cette fausse information, il avait été diffusé une photo montage du joueur vedette du Cheollima Jong Tae-se, ému aux larmes lorsqu'avait retenti l'hymne de son pays à l'ouverture du match contre le Brésil, mais portant un casque de mineur.
La rumeur américaine d'une punition des joueurs et de leur entraîneur : la FIFA siffle la fin de partie
Selon RFA, les joueurs nord-coréens et leur entraîneur Kim Jong-hun auraient été punis, les premiers ayant dû faire publiquement leur autocritique, ainsi que celle de leur entraîneur, puis ce dernier aurait été prétendument envoyé non plus dans une mine de charbon, mais sur un chantier de construction. La rumeur a pris à nouveau des proportions telles que la FIFA, une fois encore, est intervenue, en interrogeant la fédération de football de la RPD de Corée.
Évolution du Championnat Sud-Coréen (K League) : Un Parallèle Intéressant
Bien qu'il ne s'agisse pas directement du championnat nord-coréen, l'évolution de la K League (championnat de Corée du Sud) offre un contraste saisissant et un contexte utile pour comprendre les dynamiques sportives dans la péninsule.
Lancée en 1983 sous l'impulsion du pouvoir militaire en place en Corée du Sud, la K League voit tout d'abord cinq équipes prendre part à sa première édition. Le format inaugural divise le championnat en deux phases : une première où chaque équipe s'affronte chacune deux fois et une seconde où elles s'affrontent de nouveau chacune deux fois. Après seize matchs joués pour chacun des cinq clubs, celui qui a obtenu le plus grand nombre de points est alors désigné vainqueur.
Tableau récapitulatif des formats de la K League
| Année | Nombre d'équipes | Format du championnat | Système de points |
|---|---|---|---|
| 1983 | 5 | Deux phases | 2 points pour une victoire, 1 pour un nul |
| 1984 | 5 | Deux phases, finale aller-retour | 3 points pour une victoire, système spécial pour les nuls |
| 1985 | 8 | Ligue simple | 2 points pour une victoire, 1 pour un nul |

L'histoire de l'équipe nord-coréenne de football, marquée par des moments de gloire et des défis persistants, continue de susciter l'intérêt et la curiosité à travers le monde. Entre espoirs de coopération et réalités politiques complexes, l'avenir de cette équipe reste incertain, mais son passé témoigne d'une passion indéniable pour le sport roi.