L'Équipe Nationale Haïtienne de Football : Une Histoire de Résilience et d'Espoir

L’équipe d’Haïti a décroché sa place pour le Mondial 2026, qui aura lieu l’été prochain en Amérique, en battant le Nicaragua mardi lors d’un match délocalisé au Curaçao (2-0). La qualification historique des Grenadiers a été fêtée dans la liesse par leurs supporters, alors que le pays vit actuellement dans un climat tendu avec des affrontements entre des gangs armés et la police locale.

Au coup de sifflet final, les joueurs du sélectionneur Français Sébastien Migné ont couru dans tous les sens, en se jetant par terre et en se prenant dans les bras. Plusieurs d’entre eux ont fondu en larmes, submergés par l’émotion, avant d’aller fêter ce moment inoubliable avec leurs supporters présents en tribunes.

Après avoir battu le Nicaragua, mardi dans un match délocalisé au Curaçao (2-0), les joueurs de l’équipe d’Haïti ont dû attendre que le nul du Honduras soit officiel pour célébrer leur qualification à la Coupe du monde 2026. Cinquante-deux ans après leur seule participation au Mondial 1974 en Allemagne de l’Ouest.

Une parenthèse enchantée dans un contexte très tendu. Des milliers de personnes se sont rassemblées aux quatre coins du territoire insulaire situé dans les Grandes Antilles et peuplé d’environ 12 millions d’habitants. De la capitale Port-au-Prince à Carrefour, en passant par Pétion-Ville, Cap-Haïtien ou Delmas, les supporters ont chanté, dansé et klaxonner une bonne partie de la nuit.

Ces dernières semaines, des affrontements entre certains gangs armés et la police locale se sont intensifiés, tout comme les meurtres, les enlèvements, les viols et les pillages.

Une Date Symbolique : Vertières et la Qualification

Le jour de la commémoration de la bataille de Vertières, une communion d’autant plus forte que cette qualification a été décrochée un 18 novembre, deux-cent-vingt-deux ans après la bataille de Vertières remportée par les troupes du général Jean-Jacques Dessalines face à l’armée de Napoléon en 1803. La dernière lutte pour l’indépendance d’Haïti (ancienne colonie française), proclamée officiellement le 1er janvier 1804.

En ce jour de commémoration nationale, appelé "Vertières Day", les Haïtiens ont envahi les rues du pays pour hurler leur joie et célébrer leur équipe nationale.

Le 18 novembre est décidément une date symbolique dans l'histoire d'Haïti. Le jour de la bataille de Vertières en 1803, synonyme de capitulation de l'armée française quelques semaines avant l'indépendance du pays, est également celui, 222 ans plus tard, de qualification à la Coupe du monde.

La Fédération haïtienne de football a publié un communiqué émouvant à l’occasion de la qualification historique de la sélection nationale pour la Coupe du monde, la deuxième de son histoire. Dans ce texte vibrant, elle établit un parallèle symbolique avec l’histoire du pays, rappelant le 18 novembre 1803, date de la bataille de Vertières : « Le 18 novembre 1803, Haïti a remporté une bataille qui a fait écrire son nom en lettres majuscules dans le grand livre où sont inscrits les noms de toutes les nations qui se sont libérées par elles-mêmes ! Le 18 novembre 2025… nous allons livrer une autre bataille. Cette fois, c’est pour inscrire notre nom sur la liste des grandes nations qui participeront à la plus grande scène du football mondial ».

Le communiqué prend une dimension encore plus forte face à la crise sécuritaire et sociale qui frappe Haïti depuis des années, avec un peuple confronté à l’insécurité, à la pauvreté et à la souffrance quotidienne. « Même date, jour pour jour, mais une autre histoire : cette fois, c’est pour mettre un sourire sur le visage d’un peuple qui pleure depuis trop longtemps », écrit la fédération, transformant la qualification en un acte de réconfort collectif. Le texte insiste sur la cohésion et l’espoir, annonçant que la « Providence va s’accomplir » et appelant les joueurs à tenir la ligne droite malgré les épreuves.

Un Parcours Semé d'Embûches

Un exploit retentissant acquis à Curaçao, où les Grenadiers sont forcés de s'exiler depuis 2021 et leur interdiction de jouer en Haïti, au vu de la situation sécuritaire du pays. « On a peu de moyens, on joue tous nos matches à l'extérieur et sur un synthétique, le décalage horaire de 8 heures pour la plupart de nos joueurs... C'est juste incroyable ce qu'on a réussi, en 13 rassemblements », jure Alexandre Dellal, préparateur physique de la sélection depuis mars 2024.

En interne, on refuse toutefois de qualifier la performance de « surprise ». Car si Haïti s'est extirpé du groupe le plus costaud de la zone Concacaf, le succès a surtout été vécu comme une « libération », comme l'illustre Placide (79 capes), du haut de ses 37 ans dont 15 avec la sélection. En témoignent les scènes de liesse à Port-au-Prince, la capitale, et dans tout le pays.

« On voulait se qualifier à cette date », indique le gardien et capitaine Johny Placide. 51 ans après leur seule participation, en 1974 (éliminés au premier tour), les Grenadiers sont de retour en Coupe du monde, après un succès contre le Nicaragua (2-0) mardi soir combiné au nul entre le Costa Rica et le Honduras (0-0).

Une qualification obtenue sans stade, sans public, sans hymne chanté à domicile. Une lumière qui dit : Haïti existe encore. Un entraîneur sans pays, une équipe sans terre, un peuple sans stade.

Qualification d'Haïti au Mondial 2026 : "L'euphorie a gagné plusieurs quartiers de Port-au-Prince"

L'Apport des Binationaux et la Cohésion d'Équipe

« Tout le monde m'a pris pour un fou lorsque j'ai accepté ce défi, mais j'avais bien observé l'équipe, rejoue Sébastien Migné, sélectionneur depuis un an et demi. Je savais que plusieurs binationaux pouvaient nous rejoindre et qu'on avait une fenêtre supplémentaire en l'absence du Canada, Mexique et États-Unis (qualifiés d'office comme pays organisateurs). »

Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton), Josué Casimir (Auxerre) ou Hannes Delcroix (Burnley) se sont ainsi greffés au projet cette année, en attendant d'autres éventuelles nouvelles têtes. Odsonne Édouard (Lens) ou Wilson Isidor (Sunderland) sont ainsi éligibles et ont félicité la sélection sur Instagram. « On a des certitudes avec des éléments présents depuis le début de cette aventure, donc on fera attention pour ceux qui prendront le chemin en route », explique Sébastien Migné, sans « valider » de nom.

Ces binationaux se fondent dans un collectif déjà rodé, avec notamment des piliers comme Carlens Arcus (Angers, 51 capes) ou Frantzdy Pierrot (AEK Athènes, 47 capes). Un vrai saut qualitatif pour une sélection longtemps victime de son instabilité.

« On a la chance d’avoir récupéré plusieurs joueurs binationaux qui défendent les couleurs du pays avec le cœur. Johny Placide par exemple, je le remercie et continuerai de le remercier tant qu’il viendra parce qu’il a toujours fait du très bon travail. À Reims, ils doivent être vraiment contents d’avoir un gardien comme lui. On récupère aussi parfois des garçons qui ont été adoptés ou qui ont quitté le pays très jeune, comme Kim Jaggy (FC Aarau/ SUI), très bon défenseur à gauche. Lui ne parle ni créole, ni français, on est obligé de communiquer en anglais. Mais ce n’est pas grave, tant qu’on se comprend.

La nuit du 18 novembre 2025, l’émotion a été ressentie dans le cœur de tous les Haïtiens : l’équipe nationale masculine, les Grenadiers, a validé sa qualification pour la Coupe du monde FIFA 2026, pour la première fois depuis 1974. Le match décisif s’est joué à Willemstad (Curaçao), où Haïti a battu le Nicaragua 2-0. Les buteurs : Louicius Don Deedson, dès la 9ᵉ minute, puis Ruben Providence, juste avant la mi-temps.

Cette victoire permet à Haïti de terminer premier du groupe C avec 11 points, assurant une qualification directe. Chez eux, les Haïtiens ont suivi la rencontre avec ferveur, malgré l’impossibilité de se rassembler au stade. L’ambiance dans les rues a été électrique : drapeaux, klaxons, chants… un moment d’unité porté par la fierté.

Haïti et la Gold Cup

Défenseur et capitaine d'Haïti depuis de nombreuses années, Jean-Jacques Pierre est fier de pouvoir encore représenter son pays et lui «apporter un peu de sourire», à la Gold Cup. Le néo-Tourangeau espère même aller «le plus loin possible» et le dit, avant d'affronter les Etats-Unis (samedi, 2h30 HF).

«Il s’agit de votre quatrième participation personnelle à la Gold Cup (après 2007, 2009 et 2013). Avez-vous toujours le même sentiment de fierté de représenter votre pays dans cette compétition ? Oui, c’est toujours très valorisant. On ne pense pas du tout au fait d’être une petite nation, le plus important est d’aller le plus loin possible. Ces dernières années, c’est vrai qu’on a vu certains adversaires plus progresser que nous. Mais si on arrive à avoir une meilleure organisation, qui nous permette par exemple de nous retrouver plus souvent, on pourra faire beaucoup de mal aux autres équipes de la zone.

Pensez-vous pouvoir rivaliser dès cette année avec les meilleures nations du continent telles que les Etats-Unis ou le Mexique ? Oui, je crois vraiment qu’on peut y arriver, parce qu’on a les joueurs et les qualités nécessaires. C’est jouable ! Compte-tenu du match nul face au Panama (1-1), l’objectif à présent est d’atteindre les quarts de finale. On a un groupe difficile, mais à notre portée. Face aux Etats-Unis, on peut créer la surprise, mais ce n’est pas le plus important. On doit surtout jouer notre jeu. La dernière fois qu’on les a affrontés, c’était en 2009. Ils avaient égalisé à la 92e minute (2-2 en match de poules). C’était déjà à la Gold Cup et déjà à Boston… On va se retrouver. Depuis, ils se sont renforcés. On sait qu’on a manque d’expérience par rapport à eux mais on va tout faire pour combler ce vide par notre détermination.

Bien sûr, d’autant plus que cette année, nous sommes la seule équipe francophone dans la compétition, après les éliminations de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane (ndlr, sélections non-reconnues par la FIFA mais bien par la CONCACAF) en qualifications. Je me considère d’ailleurs comme français. Quand on a été colonisés, on sait toujours qu’il y a du bon et du mauvais. Moi, je garde le meilleur. C’est ce qu’on continue tous de faire aujourd’hui.

Mais si la Gold Cup se déroule toujours aux Etats-Unis, ce n’est pas pour l’ambiance. Par rapport au cours du dollar, c’est le seul pays qui peut rapporter gros à la CONCACAF.

Dans un pays comme le nôtre qui a souvent des problèmes politiques, le football peut rassembler. L’essentiel pour nous est d’essayer d’apporter un peu de sourire, pour oublier tout le côté négatif qu’on a montré ces derniers temps. Pour moi, c’est très important de bien se comporter.

Une Équipe de la Diaspora

Les Grenadiers sont largement composés de joueurs évoluant à l’étranger :

  • Le capitaine Johny Placide, 37 ans, est gardien de but à Bastia (Corse),
  • L’ailier Louicius Don Deedson, 24 ans, qui a marqué contre le Nicaragua, évolue à Dallas (États-Unis),
  • Ruben Providence, âgé lui aussi de 24 ans, attaquant à l'Almere City Football Club (Pays-Bas), est l’autre buteur de la soirée décisive.
  • Duckens Nazon, 31 ans, attaquant pour Esteghlal en Iran, n'est qu'à cinq buts de devenir le meilleur buteur de tous les temps d'Haïti. Pendant les qualifications, il a marqué six buts, le meilleur total parmi tous les joueurs de la CONCACAF (Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes).

Un Sélectionneur Déterminé

Le Français Sébastien Migné, 52 ans, sélectionneur des Grenadiers, qui a travaillé avec plusieurs équipes sur le continent africain, n’a jamais pu poser le pied en Haïti depuis sa prise de fonction, en raison de la situation sécuritaire.

Pourtant, pendant 18 mois, il a réussi à construire une équipe solidaire, à rallier les talents de la diaspora et à motiver un groupe qui se préparait "loin de sa terre natale" en surmontant notamment des obstacles administratifs (impossible pour certains joueurs en Haïti d’obtenir des papiers à cause de la fermeture des ambassades à Port-au-Prince).

« Le peuple haïtien attend un signe, on va leur montrer qu'on est là. » Sébastien Migné, sélectionneur des Grenadiers, l'équipe nationale d'Haïti

Une Qualification aux Répercussions Symboliques

La phase finale de la Coupe du monde masculine 2026 se déroulera l’été prochain aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le retour d’Haïti, 52 ans après sa dernière participation en 1974 (en République fédérale d’Allemagne), est un moment d’espoir et un symbole de résilience pour un pays profondément touché par les crises.

C'est la seconde fois en 2 ans, qu'Haïti brillera sur la scène sportive mondiale. En 2023, pour la première fois de son histoire, l'équipe féminine se qualifiait pour la Coupe du monde de football. La compétition avait eu lieu en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Le Centre Technique National : Un Fief de la Fédération Haïtienne de Football

Le long d'une route cabossée, dans une périphérie nord-ouest de Port-au-Prince en chantier perpétuel, le renouveau du football haïtien se cache derrière un haut mur gris de triste mémoire. À Croix-des-Bouquets, Jean-Claude Duvalier avait sa résidence de campagne.

Le ranch de plusieurs dizaines d'hectares, dédié aux loisirs du despote, est aujourd'hui devenu le fief de la Fédération haïtienne de football. Yves-Jean Bart nous y reçoit dans un bureau ouvert sur les lauriers en fleurs. Président de la Fédération depuis 2000, ce septuagénaire à la voix éraillée présente un bilan unanimement salué.

En bras de chemise, mocassins aux pieds, il improvise une visite des infrastructures du Centre technique national progressivement sorties de terre depuis une décennie. « Le football haïtien est parti de très bas mais nous commençons à récolter les fruits de nos efforts et, je vous le garantis, vous entendrez bientôt parler de nous. On va faire des résultats. Mon obsession, c'est de ne pas mourir pour voir ça de mes propres yeux ! »

« Ça », c'est l'éclosion attendue d'un joueur ou d'une joueuse de niveau international, capable de s'imposer dans un grand club européen. Et le rêve d'une nouvelle qualification de l'équipe nationale d'Haïti pour une Coupe du monde, après le précédent de 1974. Déjà, Haïti s'est qualifié brillamment pour la Gold Cup 2019, qui réunit en ce moment les meilleures formations d'Amérique du Nord et des Caraïbes, et a débuté la compétition par une victoire sur les Bermudes (2-1).

Mais les progrès les plus marquants sont à observer chez les femmes : en septembre, l'équipe des moins de 20 ans a participé à la Coupe du monde organisée en France. Bilan médiocre, trois matches et trois défaites contre des nations bien plus expérimentées (Chine, Nigeria, Allemagne). Mais au moins deux paris de Jean-Yves Bart sont en train de prendre forme, ceux de la formation et de la mixité.

La Fédération Survit Sous Perfusion de la FIFA

Avant le 12 janvier 2010, date charnière, ces résultats étaient « inimaginables avec nos moyens », soupire le président. Ce jour-là, la Perle des Antilles avait brusquement pris des allures d'enfer. L'émoi planétaire suscité par l'un des séismes les plus meurtriers de l'histoire, au cours duquel 300 000 personnes ont perdu la vie, a paradoxalement changé en bien le visage du football haïtien.

« C'est pour ça que je dis que je ne veux pas mourir, reprend Yves-Jean Bart. Ici, tout le monde maudit le tremblement de terre. Mais ce centre est la preuve que nous avons réussi à transformer ce malheur en quelque chose de positif. Dès le lendemain du séisme, on a reçu des dizaines de promesses d'aide et de soutien de nos voisins de la Jamaïque, de Trinidad... et du monde entier. Toutes ces bonnes volontés ont servi à quelque chose ! »

Face à l'horreur, la FIFA avait décidé de reverser une partie des bénéfices de la Coupe du monde 2010 à un fonds de solidarité pour Haïti. L'instance a aussi envoyé des émissaires sur place pour aider à la (re) construction d'infrastructures dédiées au ballon rond. « 4,5 millions de dollars ont été débloqués, calcule le patron du foot local, rescapé de l'effondrement du siège de sa Fédération, dans lequel beaucoup de dirigeants ont trouvé la mort. On a présenté un plan global d'utilisation de cet argent pour le développement du football. Un ingénieur a été envoyé ici pour coordonner les travaux et s'assurer de la bonne utilisation de l'argent : le projet de centre de formation fédéral était né. Huit ans plus tard, on est champions des Caraïbes dans toutes les catégories : U14, U15, U16, U17, U20, U23 ! »

Des jeunes qui prendront peut-être la suite de Carlen Arcus (AJ Auxerre), Jeff Louis (US Quevilly-Rouen) ou Wilde-Donald Guerrier (FK Qarabag, Azerbaïdjan), rares joueurs nés sur l'île à avoir percé en Europe.

Depuis le tremblement de terre, des bâtiments techniques, une salle de musculation, des vestiaires neufs ont été construits dans le Clairefontaine local. Avec des salles de classe pour la scolarité obligatoire des pensionnaires, et des dortoirs. Une cantine extérieure sert 500 repas par jour. Et un terrain de foot synthétique neuf, muni d'un système d'éclairage. Une rareté.

Une année de fonctionnement du centre technique coûte environ 500 000 euros. Et 400 pensionnaires âgés de 12 à 20 ans y séjournent. Une charge que le gouvernement d'un des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète est incapable d'assumer.

La Fédération haïtienne de football survit sous perfusion de la FIFA : « On est transparents, affirme Yves-Jean Bart sans ciller, on n'est pas gênés de dire d'où vient l'argent. Tous ces gamins n'auraient aucune perspective dans le sport ou dans la vie sans ce programme. Les ballons nous ont été offerts par l'Union européenne et l'UEFA, les chaussures, les uniformes, le matériel sont récupérés par différents biais. On demande aussi des sacs de riz. Mais les subventions de la FIFA sont vitales. Sans elle, tout ça n'existerait pas. »

Le Football Féminin : Une Priorité

Dès le lendemain du tremblement de terre, le développement du football féminin est devenu une priorité pour la Fédération. Son président, Yves-Jean Bart, a d'ailleurs retrouvé là un environnement qu'il apprécie. Après ses études de médecine, il avait fondé le premier club féminin d'Haïti, ces mêmes Tigresses de Port-au-Prince, qui battent ce jour-là Croix-des-Bouquets 4-0 devant une centaine de spectateurs : « La politique de formation mise en place en 2010 s'est immédiatement adressée aux garçons comme aux filles, sans différenciation. Ici, les deux se côtoient, se mélangent et s'entraînent côte à côte. La pratique féminine est encore très fragile. Mais je suis persuadé que c'est l'avenir. Surtout pour un pays pauvre comme le nôtre, car l'écart avec le haut niveau est moins grand, l'argent n'est pas encore assez présent pour faire la différence », constate-t-il.

La prochaine étape s'annonce maintenant plus ardue : tisser des liens avec les clubs, les recruteurs et les centres de formation étrangers, pour faire franchir des paliers aux joueurs et joueuses. Et leur offrir des débouchés. Une destination est privilégiée : la France, ancienne puissance coloniale dont on parle ici la langue. Des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 commencent timidement à pousser les portes de l'ancien ranch de Duvalier.

Pour attirer le regard des recruteurs, les actuelles locataires du centre disposent d'un atout considérable : leur partenaire, Melchie Dumornay. « C'est la joueuse la plus talentueuse que j'ai jamais vue », tranche son sélectionneur, Stephen De Four. À 15 ans, titulaire chez les Tigresses, la jeune femme est déjà internationale. Elle a effectué un essai à Lyon en novembre et suscite l'intérêt du PSG.

« Le but, c'est d'être identifiés comme pourvoyeurs de talents, estime le président Yves-Jean Bart. Je suis convaincu qu'on a le potentiel pour devenir un pays exportateur de talents comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Nigeria. Il y a tellement de misère, tellement de violence, que ce centre représente pour les jeunes un espoir unique de quitter l'île. C'est malheureusement ce que chaque Haïtien espère : partir d'ici pour réussir.

Joueur Âge Club
Johny Placide 37 ans Bastia (Corse)
Louicius Don Deedson 24 ans Dallas (États-Unis)
Ruben Providence 24 ans Almere City Football Club (Pays-Bas)
Duckens Nazon 31 ans Esteghlal (Iran)

tags: #equipe #nationale #haitienne #de #football