L'équipe du Togo de Football: Histoire et Tragédie

L'histoire de l'équipe de football du Togo est marquée par des moments de joie et de succès, mais aussi par des tragédies qui ont profondément affecté le monde du football. Parmi ces événements, l'attaque du bus de l'équipe togolaise en 2010, alors qu'elle se rendait en Angola pour la Coupe d'Afrique des Nations, reste un souvenir douloureux.

La 30e Coupe d'Afrique des nations se déroule actuellement en Guinée équatoriale. Depuis la première édition disputée en 1957 au Soudan avec seulement quatre nations, la compétition a bien grandi. Retour sur les petites et grandes histoires de la CAN en quatre épisodes. Troisième volet de notre série : quand le bus du Togo se faisait mitrailler lors de la CAN 2010 en Angola.

CAN-2010 : la sécurité en question

L'Attaque du Bus Togolais en 2010

Le 8 janvier 2010, deux jours avant le début officiel de la 27e Coupe d'Afrique des nations organisée par l'Angola, le bus de la sélection togolaise a été mitraillé dans la région pétrolifère du Cabinda. L'attaque a été revendiquée par les Forces de libération de l'État du Cabinda, des rebelles qui demandent l'indépendance de cette enclave située dans le nord de l'Angola.

Alors qu'il se rendait en Angola, où débutera la CAN ce dimanche, le car transportant l'équipe du Togo a été mitraillé. Un chauffeur de bus est décédé et plusieurs joueurs ont été blessés.

L'incident se serait produit vers 15h15, alors que le bus togolais s'apprêtait à passer la frontière entre le Congo et l'Angola. Une bande de rebelles aurait alors mitraillé le car par l'avant selon le témoignage de Dossevi. «Ils étaient cagoulés, armés jusqu'aux dents. On est resté 20 minutes sous les sièges du bus. On arrivait du Congo où on était en stage. On rentrait en Angola pour préparer la CAN. C'est horrible. Il y avait une sécurité mais ça n'a pas suffi. Trois joueurs ont reçu des balles dans le ventre, le chauffeur a été touché.

Le bilan est lourd. Abalo Amelete, l'entraîneur adjoint, et Stanislas Ocloo, le chef de presse de la délégation togolaise, ont perdu la vie. Plusieurs joueurs ont été touchés par les tirs, parmi lesquels le défenseur Serge Akakpo et le gardien Kodjovi Obilalé. Après avoir été touché d'une balle à une vertèbre, celui qui gardait alors les cages du club amateur français de la GSI Pontivy ne put jamais reprendre sa carrière.

Carte de localisation du Togo

Témoignage de Thomas Dossevi

Thomas Dossevi était dans le bus des « Éperviers » il y a quatre ans. Aujourd'hui joueur à Dunkerque, en National, l'ex-international togolais (il compte une trentaine de sélections), 35 ans, revient sur cet épisode sanglant.

L'ancien attaquant de Valenciennes et de Nantes se souvient encore parfaitement de ce jour : « On venait de passer la frontière, après avoir effectué notre préparation et nos matchs amicaux au Congo. Il y avait 70 kilomètres à faire et la Fédération [togolaise] avait pris la décision de prendre le bus. Apparemment, il y avait eu des directives pour que toutes les équipes arrivent en avion ; ce que nous ne savions pas sur le moment, nous les joueurs. »

« Nous voyagions avec deux bus ; celui de devant transportait nos affaires. Après avoir passé la frontière, il y avait des commandos en 4 × 4 pour nous protéger, super armés, vraiment impressionnants. Ils étaient 5 par véhicule, avec des gilets par balles. Il devait y avoir une dizaine de 4 × 4. Ça nous a tellement choqués que certains joueurs les ont pris en photo. On n'a pas dû faire 500 mètres après la frontière que l'on a essuyé des tirs sur les bus. Ça a été assez violent. Il y a eu un tir de roquette pour lancer l'attaque. Le chauffeur de bus a été touché à la gorge par un sniper. Heureusement, il a réussi à rouler sur pratiquement 500 mètres pour nous dégager un peu du feu. Les commandos sont venus nous protéger. Je pense que nous ne nous en serions pas sortis sans eux. »

L'attaqua dure une vingtaine de minutes. Thomas Dossevi se rappelle ce long moment d'angoisse : « J'étais l'un des plus anciens, donc j'étais vers l'arrière. J'étais juste assis devant [le gardien] Obilalé, qui pensait que c'était des pétards et s'est levé. Il a pris une balle dans le dos, au niveau de la hanche. J'avais un gros casque sur mes oreilles - sur les trajets, j'écoute toujours de la musique - et quand j'ai entendu le bruit des balles sur la carrosserie du bus, j'ai plongé tout de suite à terre, sous le siège. Beaucoup de joueurs priaient. Pendant la fusillade, certains ont eu la chance de pouvoir appeler leurs parents pour leur dire ce qu'il se passait. »

La fin de la fusillade laisse place à une scène de désolation. « On assiste à un bain de sang, décrit Thomas Dossevi. Notre chargé de communication a pris une balle dans le ventre, il a perdu beaucoup de sang. Tout le sol du bus est rouge. C'est choquant. Le gardien de but est assez mal en point. L'entraîneur adjoint décédera. Les commandos nous sortent un par un du bus et nous évacuent ensuite en camionnettes. On a dû faire une vingtaine de kilomètres pour poser les blessés dans les hôpitaux. Ça ne s'est pas bien passé pour l'entraîneur adjoint et pour le chargé de communication. Ils n'ont pas été pris en charge assez rapidement. Je pense que peut-être en Europe, leurs soins auraient été mieux adaptés, qu'ils n'auraient pas autant perdu de sang et qu'on aurait été plus réactifs pour sauver leur vie. »

Les joueurs togolais sont ensuite conduits au village olympique de Cabinda, où les équipes du groupe B doivent séjourner durant le tournoi. Après le drame se pose la question, délicate, de savoir s'il faut jouer ou pas. De nombreuses discussions entre joueurs et membres du staff commencent alors.

Face à ce revirement, les « Éperviers » envisagent eux aussi de participer à la compétition. « Nous, ce qu'on pensait faire, explique Thomas Dossevi, c'était surtout aller enterrer nos morts et puis revenir jouer la CAN, surtout que la Confédération africaine de football nous avait dit : “Vous vous occupez de vos blessés et de vos morts et puis nous on vous laisse revenir.” »

Les Conséquences de l'Attaque

Dimanche 10 janvier, Pascal Bodjona, le porte-parole du gouvernement togolais, informe Emmanuel Adebayor et ses coéquipiers qu'ils sont rapatriés. Une décision confirmée quelques heures plus tard par le premier ministre, Gilbert Fossoun Houngbo : « L'équipe doit rentrer ce jour. (…) Nous avons compris la démarche des joueurs, qui voulaient exprimer une manière de venger leurs collègues décédés, mais ce serait irresponsable de la part des autorités togolaises de les laisser continuer. »

Les joueurs rentrent donc au pays dans la soirée du 10 janvier, traumatisés par l'attaque qui a fait deux morts et avec le regret de ne pas avoir pu défendre les couleurs de leur pays. Avec quatre ans de recul, Thomas Dossevi regrette toujours de ne pas avoir pu participer à la compétition.

La décision de Lomé de retirer son équipe du tournoi suscite l'ire de l'instance organisatrice. Le 30 janvier 2010, à la veille de la finale qui voit l'Égypte s'imposer sur le Ghana (1-0), la Confédération africaine de football (CAF) décide d'interdire au Togo de participer aux éliminatoires des CAN 2012 et 2013. Les dirigeants africains sanctionnent ce qu'ils dénoncent comme une « interférence intergouvernementale » des autorités togolaises.

« Ça fait partie des choses scandaleuses qu'on ne comprend pas trop, s'indigne Thomas Dossevi. On se fait tirer dessus, on a des morts, et on trouve le moyens de nous sanctionner ! »

Le 30 mai 2010, la CAF annonce dans un communiqué qu'elle lève les sanctions visant le Togo. En décembre de la même année, Joao Antonio Puati, principal suspect de la fusillade, est condamné à vingt-quatre ans de prison.

Affaibli par le forfait de certains cadres lors des éliminatoires, le Togo ne parvient pas à se qualifier pour la CAN 2012. L'année suivante, les « Éperviers » atteignent les quarts de finale de la compétition pour la première fois de leur histoire, en sept participations. Ils n'ont en revanche pas réussi à se qualifier pour l'édition 2015.

L'équipe du Togo à la CAN 2013

Emmanuel Adebayor: Une Figure Emblématique

Figure emblématique du football togolais, Emmanuel Adebayor a connu une ribambelle de clubs. Des coups de génie par instant, des coups de sang parfois avec certain coachs, il fait tout de même partie de la liste très restreinte des meilleurs attaquants africains qui ont évolué en Premier League. Il restera aussi à jamais celui qui a qualifié le Togo pour sa première et unique Coupe du Monde en 2006.

Originaire du Togo, le jeune Emmanuel tape dans la balle dans les rues de Lomé, au cœur du faubourg populaire de Kodjoviakope. Adebayor est déjà plus grand et plus talentueux que ses amis. Il joue dans le club de sa ville natale et tente de s'échapper par le football. Son ticket de sortie sera la Suède et un tournoi international où il tape dans l'œil des recruteurs du FC Metz. Il est encore adolescent lorsqu’il atterrît en France à l’aube de l’an 2000.

Lancé, fin 2001, dans le grand bain de la L1 par le duo Gilbert Gress-Albert Cartier lors d'une rencontre à Sochaux, c’est lors de l’exercice 2002-03 que cet attaquant longiligne, technique et très fort physiquement se révèle pour former un duo de feu aux côtés de Mamadou Niang à la pointe de l’attaque messine. Costaud dans les airs, les premiers matchs du numéro 29 messin sont plutôt timides. On lui reproche sa maladresse et ses mauvais choix offensifs, mais on souligne sa technique toute en finesse, inhabituel au vu de son physique. Il explosera aux yeux de tous lors de sa seconde saison avec les Grenat en Ligue 2. Du haut de son mètre 91, l'attaquant, devenu international avec les Éperviers, va tutoyer le haut niveau sur le Rocher.

Présent lors de la folle épopée des Rouge et Blanc en Ligue des Champions en 2004 (finale perdue contre le FC Porto), il passe deux saisons en demi-teinte, barré par une concurrence terrible au sein de l’effectif de Didier Deschamps: Fernando Morientes, Dado Prso et Shabani Nonda lui sont souvent préférés. Malgré tout, Emmanuel séduit Arsène Wenger qui lui trouve des qualités intéressantes pour la Premier League. Il rejoint les Gunners pour 10 millions d’euros en janvier 2006. Son profil proche de celui de Kanu séduit le coach français qui lui accorde immédiatement sa confiance. Il devient un des fers de lance de l’attaque aux côtés de Thierry Henry et Robin Van Persie. Lors de la saison 2007-2008, il explose littéralement et score à 24 reprises pour le compte des Gunners, qui lui vaudra d'ailleurs le Ballon d'Or africain. Une belle histoire qui se finit mal. À l'été 2009, il passe chez l'ennemi de Manchester City. Un mois après son arrivée, Adebayor traverse tout le terrain pour aller chambrer le public d’Arsenal après un but marqué à l’Etihad Stadium de Manchester pour une victoire des Citizens (4 buts à 2). Pour cette provocation gratuite et pour avoir volontairement chargé son ancien coéquipier Robin Van Persie, le Togolais écopera de deux matchs de suspension.

Sa première saison dans les Eastlands est positive (14 buts en 26 matchs de Premier League) mais les choses vont malheureusement se gâter. Roberto Mancini change son système et fait de Carlos Tevez son titulaire en pointe. L’arrivée de Mario Balotelli n’arrange rien à sa situation. Prêté au Real Madrid puis à Tottenham, ce sont les Spurs qui rachète son contrat pour la modique somme de 6,3 millions d’euros. Il s’impose immédiatement comme titulaire et prend la place laissée vacante par Peter Crouch en pointe. Il passe ensuite un exercice à Crystal Palace avant de s'offrir une seconde jeunesse en Turquie. D'abord l’Istanbul Başakşehir puis Kayserispor trois petit mois. Il s'est ensuite exilé en Amérique du Sud, et plus précisément au Paraguay, à l'Olimpia. Il aura seulement joué quatre petits matchs avant que la pandémie de Covid-19 ne vienne précipiter la fin de toutes les compétitions.

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