L'Équipe du Soudan de Football : Une Histoire de Résilience et d'Espoir

L'histoire de l'équipe de football du Soudan est intimement liée à l'histoire tumultueuse du pays. Marquée par des décennies de conflits, de divisions et de défis économiques, elle a néanmoins réussi à se forger une identité et à inspirer des générations de joueurs et de supporters. Cet article explore les moments clés de cette histoire, les obstacles rencontrés et les espoirs pour l'avenir.

Le football au Soudan n'est pas seulement un jeu, mais un symbole d'unité et de fierté nationale, malgré les difficultés persistantes.

Les Débuts et l'Âge d'Or du Football Soudanais

Le Soudan a participé à la première édition de la Coupe d’Afrique des Nations en 1957 et a été finaliste en 1959 et 1963. L'équipe a même remporté l’édition de 1970 face au Ghana (1-0) et a participé aux Jeux olympiques de Munich en 1972, où elle s'est relativement bien conduit malgré les trois défaites au premier tour.

Plus titré que d’autres grandes nations africaines comme le Mali et le Burkina Faso, le Soudan dispose bien d’un sacre au même titre que le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal.

Haidar Ali Sediq, surnommé "Gagarine", est une figure emblématique de cette époque. Il a passé l’essentiel de sa carrière dans la grande équipe d’Omdurman, où il s’est spécialisé dans les surfaces de réparation adverses! C’est dans cette zone de vérité qu’il plantera la bagatelle de 350 buts en douze ans, record pour un joueur soudanais, raflant au passage la palme du meilleur marqueur (19 buts) lors des différentes confrontations entre Al Hilal et El Merreikh, le plus grand derby du pays.

Avec les Faucons du désert, il remporte la Coupe d’Afrique des Nations, aux côtés d'une autre icône du peuple, Nasr Eddin Abbas, connu sous le nom de Jaksa. Le 16 février 1970 au Stade municipal de Khartoum, ils battent en finale le Ghana 1 but à 0.

Les Conflits et le Déclin

Pourtant, son histoire footballistique s’est compliquée petit à petit. Depuis 1976, le Soudan aura connu une longue traversée du désert jusqu’en 2008. Une attente de 32 ans qui sera suivie d’une élimination au 1er tour comme en 2021 lors de la dernière participation soudanaise. Le dernier éclat étant un quart de finale arraché lors de la CAN 2012.

L’une des raisons de ce déclassement du Soudan pendant de longues années est sa situation géopolitique. En effet, depuis 1955, soit peu avant l’indépendance du pays, le pays est perturbé par la guerre civile et cette dernière est toujours d’actualité.

Déchiré entre la partie nord du pays à majorité musulmane et la partie sud qui est chrétienne et animiste, le Soudan a vu la situation dégénérer quand le pays s’est approché de l’indépendance. La partie sud du pays a lancé une insurrection pour se séparer en 1955 et le mouvement s’est accéléré dans les années 1960 jusqu’à ce que le Soudan du Sud obtienne une autonomie partielle. Ce conflit aura fait entre 500 000 et 1 million de morts.

Après onze années "un peu plus calmes", la Seconde Guerre civile soudanaise débutera en 1983 et se tiendra jusqu’en 2005. Un conflit de plus de 20 ans qui fera 2 millions de morts et plus de 4 millions de réfugiés, soit l’un des conflits ayant fait le plus de victimes depuis la Seconde Guerre mondiale. Marquée par des sévices terribles, massacres, de l’esclavage et du racisme entre le Nord et le Sud du pays, cette catastrophe humaine aura encore déchiré un peu plus le Soudan.

Pays meurtri, le Soudan a donc des sujets bien plus importants à traiter et le football reste bien secondaire par rapport à la situation quotidienne de nombreux habitants.

La Séparation et la Naissance du Soudan du Sud

Il faut noter aussi que le Soudan et le Soudan du Sud ne sont plus un même pays puisque le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud a fait sécession suite à un référendum qui s’était tenu des mois avant.

Ce derby entre le Soudan du Sud et le Soudan, deux nations liées par leur histoire complexe, sera plus qu'une simple rencontre du groupe B des éliminatoires de la Coupe du monde 2026. « Ce sera un match mémorable et un événement marquant tant sur le terrain qu'en dehors, qui laissera un héritage positif à nos deux pays », imagine Victor Lual, secrétaire de la Fédération sud-soudanaise de football.

Ce sera le quatrième derby de l'histoire entre le Soudan, pays phare du football africain, et le Soudan du Sud, plus jeune pays du monde depuis la sécession en 2011. Les trois premières rencontres, disputées à l'étranger, se sont soldées par un score nul et vierge, lors de la Coupe CECAFA des nations 2015 et en amical en 2022.

La reconnaissance du Soudan du Sud comme membre de la CAF et de la FIFA en 2012 a permis l'organisation de rencontres sportives avec le voisin soudanais.

Le Soudan du Sud : Une Nouvelle Nation, de Nouveaux Défis

Pour la première fois de son histoire, le Soudan du Sud joue un match qualificatif pour une Coupe du monde de football. La rencontre avec la Mauritanie se déroule à Juba, capitale d’un pays en guerre depuis décembre 2013.

Encore un obstacle à franchir pour le Soudan du Sud, un tout nouveau pays, indépendant depuis quatre ans mais en proie à une guerre civile depuis un an et demi. Même si un accord a été signé en août dernier entre le gouvernement et les rebelles, il ne s’agissait là que du “début de la route vers la paix”, estimait alors le Daily Maverick.

Malakal n’est pas la seule ville du pays où il est impossible de pratiquer le football. “Partout dans le Soudan du Sud, le championnat principal souffre, car de plus en plus de régions tombent, victimes de cette guerre violente”, assure The Independent. La plupart des clubs jouent donc désormais au sein de la capitale Juba, et six équipes du championnat principal ont été contraintes d’arrêter la compétition.

La sélection nationale, elle, espère jouer le rôle d’unificateur du pays, comme l’explique Chabur Goc Ali : “Elle inclut des représentants de la plupart des tribus du Soudan du Sud. Notre pays doit devenir uni comme une seule et unique tribu, et c’est ce que nous sommes en train de faire dans le football en ce moment.”

De plus, après des débuts catastrophiques en 2012, l’équipe nationale commence doucement à avoir des résultats, elle qui a enregistré sa première victoire en compétition contre la Guinée-Equatoriale le mois dernier.

La sélection sud-soudanaise, âgée d'à peine une dizaine d'années et qui dispose de moyens très réduits, stagne au classement FIFA, figurant au 167e rang (sur 210 pays).

Au-delà des difficultés matérielles et du manque d'infrastructures, le sélectionneur français du Soudan du Sud, Nicolas Dupuis, doit composer avec des joueurs peu souvent à sa disposition à cause des coûts de transport : trois quarts des joueurs appelés sont expatriés à cause de la guerre civile entre 2013 et 2020, et si la majorité évolue au Kenya et en Ouganda, certains jouent aussi en Australie, aux États-Unis ou en Corée du Sud.

Signe du développement du football en Afrique de l'Est, le derby a lieu dans le nouveau stade de Djouba, la capitale sud-soudanaise. L'enceinte de 7 000 places, dont la rénovation a été financée par le programme « FIFA Forward », permet aux Bright Stars d'accueillir des rencontres internationales dans leur pays pour la première fois depuis 2019.

Après les trois premières journées des éliminatoires pour la Coupe du monde 2026, le Soudan, 127e au classement FIFA, est en tête du groupe B avec 7 points, devant le Sénégal, quand le Soudan du Sud est avant-dernier avec 2 points.

Malgré des moyens très limités, la sélection entraînée par l’Italien Stefano Cusin est encore en lice pour la phase finale de la CAN 2024. Sa qualification serait une première.

Le Football Féminin au Soudan : Une Révolution en Marche

Hala Zakaria, 30 ans, retire son abaya (longue robe portée par les musulmanes) noire. Tandis que Rawan Samir, 22 ans, dénoue son toub (tissu couvrant les cheveux et le corps) à imprimé léopard. Toutes deux enfilent, à la place, un short et un T-shirt rouges. Ainsi que leurs crampons.

Puis, ces deux recrues de la toute première équipe nationale féminine de foot du Soudan retrouvent les autres joueuses pour trottiner, rangées trois par trois, autour d’un des terrains de l’Académie de foot de Khartoum.

Nous sommes fin juillet et, depuis un peu moins de deux mois, les 25 femmes sélectionnées se préparent, à raison de trois entraînements par semaine, au premier tournoi de foot féminin arabe.Il se déroulera au Caire, du 24 août au 6 septembre, et rassemblera onze pays, dont l’Algérie, le Liban, l’Irak ou encore la Palestine.

Or, cette participation constitue, à elle seule, une victoire pour les Soudanaises. Elles s’exposaient en effet, jusqu’en novembre 2019 - soit sept mois après la chute du régime militaro-islamiste d’Omar el-Béchir - à des coups de fouet si elles faisaient du sport en public.

L’application rigoriste de la charia n’a jamais découragé Hala Zakaria. Cette diplômée d’une licence d’économie a d’abord joué au volley avant d’intégrer la première équipe féminine de foot du Soudan, nommée Al-Tahady (« Le Challenge » en français), en 2010, neuf années après sa création.

En 2015, la jeune femme est arrêtée durant quelques heures. On lui reproche d’avoir pris part, avec son équipe, à un match mixte.

« La Fédération de foot ne montre pas autant d’intérêt pour nous que pour les équipes masculines, constate Hala Zakaria. Peut-être parce que c’est un sport nouveau pour les femmes, d’un point de vue officiel. C’est sûr qu’un homme qui serait payé aussi peu que nous pour un entraînement refuserait de continuer à jouer. » Elle-même n’a pourtant pas hésité à quitter son poste de serveuse pour se consacrer à la préparation de la compétition. Redevenant, par conséquent, dépendante financièrement de ses parents.

Mervat Hussein, la présidente du Comité de football féminin explique, de son côté, chercher des entreprises acceptant de soutenir, à l’avenir, l’équipe nationale. Par ailleurs journaliste sportive, elle se réjouit, en tout cas, d’« écrire une nouvelle page pour le sport féminin au Soudan. J’espère que l’équipe va bien s’en sortir dans la mesure où des millions de Soudanaises attendent beaucoup de cette expérience. »

Les lignes sont en train de bouger comme en témoigne cette naissance d’un championnat féminin de football pour la première fois dans l’histoire du pays. 21 équipes composent ce nouveau championnat, quatre villes accueilleront des matchs.

La formation d'une équipe nationale est également en projet.

La pratique n'était pas interdite mais mise à l'écart : manque de financement, de lieu d'équipement, méfiance des autorités, critiques des membres des familles de certaines joueuses qui voyaient le foot comme un sport uniquement de garçons, mais il y avait aussi des pionnières, comme Salma Almajidi première femme à entraîner une équipe masculine dans son pays.

Le Soudan Aujourd'hui : Entre Espoir et Réalité

Malgré les défis persistants, le Soudan est en train de vivre un nouvel âge d’or après celui de la fin des années 1950 au milieu des années 1970 et la période 2008-2012 où le pays avait su sortir la tête de l’eau.

Si le football soudanais a connu des longs passages à vide, son championnat n’est pourtant pas ridicule. Neuvième meilleur d’Afrique, il permet d’avoir un niveau solide à l’échelle continentale. Le club d’Al Hilal Omdurman a connu deux finales de Ligue des Champions Africaine (1987 et 1992) tandis que le deuxième plus grand club du pays, Al Merreikh a atteint la finale de la Coupe de la Confédération en 2007.

Cependant, le championnat est arrêté depuis le conflit de 2023 et les deux principaux clubs, Al Hilal et Al Merreikh évoluent en attendant dans le championnat mauritanien. Cette saison Al Hilal est d’ailleurs leader quand Al Merreikh est onzième, mais avec trois matches en moins.

Le Soudan a aussi été 2 fois troisième du Championnat d’Afrique des Nations en 2011 et 2018, une compétition qui réunit uniquement des joueurs évoluant en Afrique.

Avec quelques références au niveau local, mais peu de confirmation à l’échelle de la sélection, le football soudanais souffre beaucoup de son environnement. D’ailleurs, les joueurs soudanais ont du mal à s’exporter hors du continent.

Pourtant les nombreux conflits qui ont touché le pays l’ont privé d’une partie de sa diaspora. Ancien de Benfica et Salzbourg, l’Allemand Hany Mukhtar qui évolue à Nashville et qui a été international U21 avec l’Allemagne aurait pu jouir du statut de star au Soudan.

Pour autant, malgré son statut d’outsider, le Soudan a su surprendre tout son monde et souhaite soulever encore des montagnes.

«J’aime notre équipe, car nous n’avons peur de personne et nous ne pensons pas à l’autre équipe. Peu importe qu’ils aient Neymar, Ronaldo ou Jordan Ayew, nous ne pensons qu’à nous-mêmes. Nous sommes courageux et nous avons tellement de cœur» a d’ailleurs glissé Abdelrahman Kuku dans un entretien pour The Guardian.

Ce dernier explique d’ailleurs que la situation difficile de leur pays apporte une motivation à l’équipe soudanaise : «la guerre fait avancer l’équipe. C’est un gros coup de pouce pour nous, sachant que nous sommes pratiquement la seule raison pour laquelle les gens sont heureux au Soudan. Quand nous jouons, c’est tout ce qui se passe dans le pays.

Lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, les Crocodiles du Nil ont impressionné Accrochés par le Togo (1-1), ils ont ensuite battu la RD Congo (1-0), la Mauritanie (2-0) et le rival historique, le Soudan du Sud (3-0). Leader de son groupe avec deux points d’avance sur le Sénégal et trois sur la RD Congo, le Soudan a son destin en main.

«C’est quelque chose dont nous parlons. Même notre entraîneur dit que si nous participons à la Coupe du monde, cela mettra fin à la guerre. Il suffit de regarder ce qu’a fait Drogba. Le football est bien plus qu’un simple jeu. Il a rassemblé les gens en Côte d’Ivoire et nous espérons qu’il contribuera à mettre fin à la guerre» a appuyé Abdelrahman Kuku.

« Ça dépasserait l'aspect sportif, ce serait un tremblement de terre extraordinaire de joie et une immense fierté pour le Soudan du Sud, note Lassana Camara. Même faire match nul contre le Soudan serait une victoire pour eux. »

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