L'Équipe du Bangladesh de Football : Une Histoire de Passion, d'Indépendance et de Soutien Argentin

Le sport principal au Bangladesh n’est clairement pas le football. L’équipe nationale est même classée 192e sur 211 au classement Fifa. Pourtant, ce pays de 160 millions d’habitants, soit quatre fois l’Argentine en termes de population, s’est pris d’une fièvre argentine.

À Dacca, dans la capitale bangladaise, il est 21h23 quand Messi ouvre la marque sur penalty pour l’Argentine, s’en suivent des périodes de joie intense, lors du but d’Angel Di Maria, puis le doute quand Kylian Mbappé inscrit un doublé en moins de deux minutes, pour revenir à 2 buts partout. Avant la libération totale pour des centaines de milliers de supporters au Bangladesh, sur l’ultime tir au but de Gonzalo Montiel.

Et les scènes de liesse au Bangladesh ont été remarquées jusqu’en Argentine. Comme un symbole, l’Argentine a décidé de rouvrir une ambassade dans le pays, où il n’en avait plus depuis 1978.

Pourtant distant de près 17 000 kilomètres par rapport à l’Argentine, le Bangladesh s’est pris d'une passion pour l’Albiceleste durant cette Coupe du monde. En effet, quatre ans après la guerre des Malouines, opposant l’Argentine au Royaume-Uni, le Bangladesh suit pour la première fois une Coupe du monde à la télévision. Un Mondial qui va rester gravé dans les mémoires grâce à deux buts extraordinaires de Diego Maradona, face à l’Angleterre : celui qu’on retiendra le plus, la fameuse « main de Dieu ».

Par ailleurs, le Qatar a accueilli une énorme communauté de travailleurs bangladais. Ils ont notamment participé à la construction des stades, des lignes de métros ou des hôtels qui accueillaient les fans. D'une certaine manière, c’est donc un peu la Coupe du monde du Bangladesh.

Ferveur au Bangladesh pour l'Argentine lors de la Coupe du Monde. Source: Onze Mondial

Une explosion de joie massive a eu lieu au Bangladesh après la victoire de l’Argentine contre le Mexique, samedi 26 novembre, à la Coupe du monde. Le soutien sans faille du pays asiatique pour l’Albicéleste s’explique par une rancœur commune contre le colonialisme britannique. “Ces images n’ont pas eu lieu à l’obélisque de Buenos Aires mais à 17 000 kilomètres de là”, s’enthousiasme le quotidien sportif Olé. “Plus précisément à Dacca, où une marée bleu ciel et blanche a envahi la capitale du Bangladesh pour célébrer une victoire qu’ils ont vécues et senties comme leur appartenant autant que nous. On l’a déjà vécu en d’autres occasions, comme lors du Mondial 2014 ou même avec les images spectaculaires des célébrations après la consécration à la Copa América au Brésil [les Argentins y ont remporté la finale en 2021, c’était la premiè

Les Origines de l'Équipe de Football du Bangladesh et son Rôle dans l'Indépendance

Ce 25 juillet 1971, dans un petit stade indien plein comme un oeuf, une équipe d’un territoire encore appelé Pakistan oriental à l’époque affrontait la formation de la région indienne du Bengale occidental. Juste avant le coup d’envoi, le capitaine du Pakistan oriental a déployé un grand étendard vert. Sur l’étoffe brandie au milieu de la pelouse par le joueur, on aperçoit distinctement les contours de sa région, devenue aujourd’hui le Bangladesh. C’est donc dans ce stade poussiéreux que les joueurs du Pakistan oriental ont marqué l’histoire ce jour-là. Pour une simple et bonne raison : c’était la première fois que le drapeau du Bangladesh, alors non reconnu, était ainsi affiché en territoire étranger. Les onze joueurs du Pakistan oriental sont ainsi devenus les icônes sportives de la guerre d’indépendance menée par leur peuple. Ils n’étaient plus simplement des footballeurs, ils étaient devenus des rebelles.

Pourquoi et comment en sont-ils arrivés à devenir les héros de la cause indépendantiste du Bangladesh ? En 1947, les dernières troupes britanniques quittent leurs anciennes colonies indiennes. Derrière elles, elles laissent alors deux Etats fraîchement constitués : la République indienne, et la République islamique du Pakistan, divisant la péninsule en deux. Obtenue de haute lutte, cette indépendance a un prix. Cette séparation du sous-continent en deux nations distinctes a provoqué un exode de masse durant les années charnières de l’indépendance, les habitants de la région choisissant de vivre de part et d’autre de la nouvelle frontière en fonction de leur religion.

Dès le départ, le Pakistan oriental a eu des relations plus que compliquées avec son voisin indien. Pourtant, les habitants de la région parlent la même langue et partagent de nombreuses références culturelles avec les provinces du Bengale et de l’Assam (côté indien), bien plus en tout cas qu’avec les cultures pachtoune et pendjabie (côté pakistanais). Ces différences internes, et les aspirations indépendantistes qui vont avec, sont exacerbées par le fait que le Pakistan oriental, pourtant beaucoup plus peuplé que le reste du pays, n’aie qu’une influence politique mineure à Islamabad, la capitale.

En 1970, le mouvement nationaliste bangladais, rangé sous la bannière de la Ligue Awami, commence à prendre de l’ampleur au Pakistan oriental. Au grand dam du général Yahya Khan, le président de la République pakistanaise, élu un an plus tôt. En mars, Sheikh Mujibur Rahman, le leader de la Ligue Awami, prononce un discours resté célèbre, bien résumé par cette phrase : « Nous luttons pour notre liberté, nous luttons pour notre indépendance.

Le 25 mars 1971, Islamabad lance l’opération Searchlight, et avec elle des représailles sanglantes. Militairement, le but est de supprimer tout risque d’opposition dans le Pakistan oriental. En Inde justement, un gouvernement provisoire du Bangladesh se forme à Calcutta, en Inde.

Proclamation de l'indépendance du Bangladesh. Source: Wikipedia

Une marche pour l’indépendance à Dacca, où les manifestants défilent armés de harpons, en mars 1971. Le gouvernement provisoire autorise alors Shamsul Haq à créer une association sportive baptisée Krira Samity, soit le Comité des sports du Bangladesh. Avec l’aide de Luftor Rahman, premier secrétaire du comité, d’Ali Imam, ancien footballeur devenu coach, et de Saidur Rahman, ancien joueur de l’East End Club Saidur Rahman Patel, il crée une équipe de foot.

Peu après la création de l’équipe, les radios locales ont lancé un appel, incitant les jeunes gens des camps de réfugiés de la frontière à s’inscrire aux sélections pour former cette équipe. Quelques joueurs ont rejoint l’équipe à la dernière minute. Parmi eux Kazi Salahuddin, l’un des joueurs les plus talentueux que le Bangladesh aie jamais connu, faisait à l’origine partie d’un camp d’entraînement pour guérilleros. C’est là qu’il a rencontré un photojournaliste de Calcutta, qui lui a expliqué qu’une équipe de foot du Bangladesh se montait. C’est ainsi que “l’équipe de foot du Bangladesh Libre” est née.

Zakaria Pintoo en est le capitaine, et avec lui, elle est en route pour écrire l’histoire sportive, et surtout politique, de son pays. Au mois de juillet, l’équipe fait ses débuts au stade de Krishnanagar, en Inde, où le public est venu en nombre malgré la taille réduite des tribunes. Les gens sont même obligés de grimper dans les arbres ou de squatter les fenêtres des immeubles alentours pour assister au match, qui tient toutes ses promesses. Un beau nul 2-2, auquel ont assisté les représentants du gouvernement provisoire bangladais en exil.

« Je me souviens encore de ce jour où j’ai été le premier homme à sortir le drapeau du Bangladesh à l’étranger. C’est le moment le plus marquant de ma vie et un moment historique pour notre football », se souvient avec émotion Zakaria Pintoo, plus de 40 ans après les évènements, dans une interview au Daily Star. Il a été largement controversé et critiqué après s’être affiché avec ce drapeau car l’Inde n’avait pas encore reconnu le Bangladesh comme une nation indépendante. Les officiels indiens avaient même tenté de convaincre les membres de l’équipe de ne pas sortir le drapeau, avant d’abandonner leurs négociations juste avant le début du match. Le gouvernement faisait donc la gueule.

Après cette rencontre, l’équipe indépendantiste a ensuite affronté les mythiques Mohun Bagan de Calcutta, l’une des meilleures formations asiatiques. Au terme de ce match, remporté 4-2 par les Mohun Bagan, leur capitaine Chuni Goswami n’a pas hésité à dire toute son admiration pour les joueurs du Bangladesh : « Ils ont tout notre soutien, nous sommes à leurs côtés dans leur lutte pour la liberté.

Le 14 août, jour de l’indépendance pakistanaise, les indépendantistes bangladais battent une autre équipe de Calcutta 4 à 2. D’après Kausik Bandopadhyay, historien et auteur de Bangladesh Playing: Sport, Culture and Nation, le match le plus important de l’équipe s’est tenu à Bombay. Khalid Ansari, rédacteur en chef de Sports Week, organisait le match qui se jouait contre une sélection indienne composée notamment de Mansour Ali khan Pataudi, un célèbre joueur de cricket. Après la victoire 3-1 de nos héros politiques du Bangladesh, Pataudi, mais aussi la star bollywoodienne Dilip Kumar, ont fait de gros dons à l’Armée de Libération. Au total, près de 2 000 euros ont été collectés ce jour-là.

L’équipe a ensuite joué son dernier match à Balurghat, dans le Bengale occidental. Le 3 décembre 1971, l’aviation pakistanaise lance une série de frappes sur onze sites stratégiques du nord de l’Inde. Le soir-même, la Premier ministre indienne Indira Gandi déclare la guerre au Pakistan, et défait son adversaire en moins de deux semaines. Les officiers pakistanais signent la reddition sous le regard de l’état-major indien.

Le onze du Bangladesh est alors sur le point de rejoindre Delhi pour jouer un nouveau match caritatif. Mais l’équipe reçoit à ce moment la nouvelle tant attendue : le Bangladesh vient d’accéder à l’indépendance ! Avant d’obtenir ce dont ils rêvaient, les joueurs ont donc disputé 16 matches en Inde, pour un bilan de 12 victoires, 1 nul et 3 défaites. De retour chez eux, ils sont accueillis comme des ambassadeurs de la révolution.

La plupart ont poursuivi leur carrière, dans un club local ou à l’étranger, après avoir été distingués pour leur oeuvre par le nouveau gouvernement du Bangladesh. Une reconnaissance légitime, qui a pourtant eu un écho très faible sur la scène internationale.

L'équipe de football du Bangladesh en 1971. Source: YouTube

Résumé des Performances de l'Équipe de Football du Bangladesh en 1971

Nombre de Matchs JouésVictoiresNulsDéfaites
161213

Le gouvernement du Bangladesh

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