Histoire de l'équipe des Philippines de football : Un parcours vers la reconnaissance mondiale

L'équipe des Philippines de football, surnommée les "Filipinas", a connu une ascension remarquable ces dernières années, culminant avec sa première participation à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA.

Les débuts et l'influence de la diaspora

L'histoire de l'équipe nationale féminine des Philippines remonte à 42 ans. Le football philippin commence à s’intéresser à la diaspora à partir de 2005, après le recrutement des frères Younghusband. Une réussite qui s’explique par l’influence du football anglais sur les jeunes joueurs, dont la plupart sont nés à l’étranger.

Du fait de l’histoire des Philippines, colonisées pendant près de 50 ans par les États-Unis au siècle dernier et dont les premières vagues d’immigration remontent même au XVIe siècle, c’est logiquement au pays de l’Oncle Sam, où réside la plus grande diaspora mondiale de citoyens philippins (4 millions environ), que le camp de détection est installé.

Butchie Impelido en fait partie. Père de deux anciennes internationales, l'employé en informatique à Chicago a toujours voulu aider son pays d'origine. Conscient de l'importante diaspora des siens aux États-Unis - environ 4 millions d'immigrés selon le gouvernement américain -, il s'est mis en quête de talents à naturaliser dès 2012. « J'allais sur les terrains et quand une joueuse ressemblait à une Philippine, j'allais la voir, rembobine-t-il. C'était dur de les convaincre, surtout que je faisais ça dans mon coin, sans le soutien de la Fédération. La plupart croyaient que je voulais les arnaquer. »

Ensemble, ils s'organisent et parcourent les forums universitaires pour dénicher des potentiels talents. Les premières joueuses obtiennent leur passeport philippin en quelques mois et intègrent la sélection. Chaque année, le contingent américain grossit et le travail d'Impelido, qui estime avoir importé trente joueuses pour l'équipe première et soixante pour les jeunes, commence à être reconnu par la Fédération.

La qualification historique pour la Coupe du Monde Féminine

Si le tableau est idyllique pour cette fan de JK Rowling et Stephen King, il l’est aussi sportivement pour les Philippines en apparence : depuis 2018, les féminines se sont donc qualifiées pour leur première Coupe du monde, ont terminé sixièmes en 2018 puis en demies en 2022 de la Coupe d’Asie, sans oublier leur victoire dans le Championnat d’Asie du Sud-Est l’an passé.

Personne ne rêve de perdre son premier match en Coupe du monde. Pourtant, au coup de sifflet final de Philippines-Suisse (0-2) à Dunedin en Nouvelle-Zélande, les Filipinas sont là, à communier avec leurs fans, sachant pertinemment qu’elles viennent de marquer l’histoire : 42 ans après la création de l’équipe nationale féminine, les protégées d’Alen Stajcic viennent de disputer les premières minutes du pays - avant les hommes - en phase finale de la plus grande compétition internationale de foot.

Même en étant sortie à la 70e minute, préservée par son coach australien pour le second match de mardi face à la Nouvelle-Zélande, Quinley Quezada savoure. « Nous étions très excitées, très fières de chanter notre hymne national, nous confie la comeilleure buteuse de la sélection (22 buts) depuis l’autre bout du globe. C’est presque mieux que dans mes rêves. »

Pour Quinley comme les Philippines, tout a changé un beau jour de novembre 2017. Alors qu’elle est à l’université de Riverside, à une heure de Pasadena où elle a grandi en Californie, le coach de son équipe universitaire Nat Gonzalez s’approche d’elle et lui fait : « Hey Q, t’es originaire des Philippines, toi, c’est ça ? Parce qu’ils organisent des essais pas très loin pour rejoindre la sélection, tu devrais y aller ! »

Quinley tape dans l’œil du staff, tellement qu’elle ne sortira plus jamais du groupe à compter de cette date. « Je ne savais même pas que jouer pour les Philippines était une option pour moi à ce moment-là, avoue la deuxième joueuse la plus capée de la sélection avec 50 apparitions.

Si Quinley n’avait jamais envisagé au préalable de défendre les couleurs de la 46e nation au classement FIFA Féminin, c’est parce qu’elle-même n’a pas vraiment baigné dans la culture philippine plus jeune. Des Philippines, elle n’en entend que la langue parlée par ses grands-parents les week-ends et sa mère raconter les pluies diluviennes des confins de Bataan. « Je n’étais jamais allée aux Philippines de ma vie avant le premier rassemblement, explique Quinley.

Au coup de sifflet final mardi, certaines ont pleuré, d'autres se sont enlacées et le banc a couru retrouver ses héroïnes. Les Philippines venaient de surprendre les Néo-Zélandaises à domicile (1-0) et de glaner la première victoire de leur histoire en Coupe du monde.

Malmenées presque toute la rencontre face aux Néo-Zélandaises, sur leurs terres, les Philippines ont accroché un succès historique mardi (1-0). La qualification pour les huitièmes de finale est relancée dans le groupe A. Après leur premier match de Coupe du monde, vendredi, contre la Suisse (0-2), les Philippines ont réalisé une performance historique dans l'histoire de leur sélection. Mardi, contre les hôtes néo-zélandaises, elles ont obtenu leur première victoire dans la compétition (1-0).

Suite à un coup franc lointain, la défense néo-zélandaise n'a pas su se dégager et le centre suivant sur la tête de Sarina Bolden a fait mouche (24e). Après avoir vu sa frappe heurter le poteau (64e), Jacqui Hand, l'attaquante des « Football Ferns », a pensé inscrire le but égalisateur, finalement refusé pour un hors-jeu millimétré (68e). La gardienne philippine a ensuite été impeccable sur sa ligne et a sauvé les siennes à la 90+3e.

Avec ce succès historique, les Philippines remontent provisoirement en tête du groupe A avec la Nouvelle-Zélande et la Suisse, toutes à 3 points (avant Suisse-Norvège à 10h ce mardi). Les deux adversaires du jour iront chercher une qualification en huitièmes de finale, dimanche à 9h. Les Philippines affronteront la Norvège tandis que le pays hôte défiera la Suisse.

Les défis et l'avenir du football féminin aux Philippines

« Aux Philippines, le foot n’est ni le sport numéro 1, ni même numéro 2 ou même 3, glisse Ryan Fenix, commentateur philippin présent au Mondial.

Pour l’ancien adjoint de Philippe Troussier, d’autres facteurs entrent en jeu, et notamment la faible représentation des locaux (seulement 2 des 23 joueuses présentes au Mondial sont nées au pays) : « Quand on est revenus en 2018 de la Coupe d’Asie, on n’a même pas été invités par les autorités, notamment parce que le gouvernement ne considérait pas qu’on était une équipe féminine des Philippines. Plutôt une équipe philippino-américaine… Les locaux ont un peu du mal à accrocher, car quand elles étaient sur les plateaux télé, elles parlaient anglais pour la majorité. C’est difficile de s’identifier. Peut-être que là, avec l’exposition mondiale, ça va plus accrocher. »

En attendant de le savoir, les Filipinas espèrent décrocher leurs premiers points et marquer leur premier but dans la compétition. « J’espère que les gens regardent ce que l’on fait et sont fiers, appuie Quinley Quezada. On a beaucoup progressé et travaillé pour arriver là. Nos principaux objectifs ont toujours été d’inspirer, d’aider au développement du foot aux Philippines, et que le soutien grandissant dont on bénéficie aujourd’hui se poursuivra après la Coupe du monde pour que cela donne des opportunités aux futures générations. »

Un discours engagé qui ne doit pas non plus faire oublier aussi qu’au niveau personnel, les joueuses philippines bénéficient là d’une opportunité rare pour se montrer au reste du monde.

Au pays, peu importe s'il ne reste qu'une native de l'archipel, on se réjouit de la montée en puissance de l'équipe. « Ça a été dur pour les joueuses natives au début mais quand elles ont réalisé l'écart de niveau, elles ont accepté d'être remplacées, raconte un supporter qui a fait le déplacement en Nouvelle-Zélande. La nation doit être représentée par ses meilleures joueuses.

L’entraîneur McMenemy souhaite que ces premiers succès contribuent à ancrer une culture footballistique aux Philippines. “Nous espérons créer un effet boule de neige”, confie-t-il.

Voici un tableau récapitulatif des performances récentes de l'équipe des Philippines :

Année Compétition Résultat
2018 Coupe d'Asie Féminine 6ème place
2022 Coupe d'Asie Féminine Demi-finales
2022 Championnat d'Asie du Sud-Est Vainqueur
2023 Coupe du Monde Féminine Première participation

Le rôle de la diaspora dans le développement de l'Afrique !? | Malick DIOUF | TEDxÉcoleCentraleLyon

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