L'Équipe de Beach-Volley Française Face aux Défis de Sponsoring et de la Sexualisation du Sport

L'équipe française de beach-volley, composée d'Alexia Richard et Lézana Placette, a récemment fait parler d'elle, non seulement pour ses performances sportives, mais aussi pour ses prises de position concernant le manque de sponsors et la sexualisation du sport féminin. Retour sur les revendications et les défis rencontrés par ces athlètes de haut niveau.

La paire française de beach-volley Lezana Placette (à gauche) et Alexia Richard (à droite) ont participé aux Jeux olympiques de Paris, au stade de la Tour Eiffel, le 29 juillet 2024.

Un Coup de Communication Audacieux

Le 7 juin dernier, Alexia Richard, 29 ans, et Lézana Placette, 27 ans, partenaires de beach-volley au sein de l'équipe de France, ont organisé une action choc près du Creps de Toulouse. Elles se sont dévêtues sur un rond-point, munies de pancartes affichant leurs revendications : "Non, Non ! Nous ne jouerons pas nues !" et "S.O.S Equimentier".

"On est resté 10-15 minutes postées", raconte Alexia Richard. Après des mois et des mois de recherches, elles ont donc tenté ce "coup de comm".

Ces slogans sont ceux d'Alexia Richard, 29 ans, et Lézana Placette, 27 ans, partenaires de beach-volley au sein de l'équipe de France.

Avec leurs pancartes revendicatives, Alexia Richard et Lézana Placette espèrent faire réagir et trouver définitivement un sponsor. « Non non, nous ne jouerons pas nues ». Drôle de slogan. C’est ce qu’Alexia Richard et Lézana Placette ont écrit sur leurs pancartes.

Des Performances Olympiques Insuffisantes pour Attirer les Sponsors

"Nous sommes dans l'élite de notre sport, et nous avons été la première paire féminine depuis 24 ans à se qualifier aux JO à Paris. On a joué dans l'un des plus beaux sites olympiques [au pied de la Tour Eiffel] et la billetterie pour notre discipline a été prise d'assaut.

Alexia Richard et Lézana Placette se sont fait connaître aux yeux du grand public l’été dernier à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris.

L’été dernier, elles ont participé aux Jeux olympiques, au stade de la Tour Eiffel.

Les deux joueuses figuraient dans le Top 15 mondial la saison passée, leur permettant de se qualifier pour Paris 2024 grâce à leur classement (une première dans l’histoire du beach-volley féminin tricolore).

La doublette, qui évolue ensemble depuis les JO de la jeunesse de 2014 et qui s’entraîne à Toulouse, sur les terrains du Creps, s’est lancé le défi de repartir pour une nouvelle olympiade. Avec en ligne de mire, les JO de Los Angeles de 2028.

Pourtant, elles ont réussi un petit exploit cet été : avant les Jeux de Paris, aucune paire de beach-volleyeuses françaises n’avait participé à cette compétition depuis 24 ans.

Elles avaient marqué leur sport en préférant jouer en short et non en bikini.

Même si Alexia Richard et Lézana Placette peuvent s'appuyer sur leurs deux principaux supports tout au long de la saison, que sont la Fédération française de beach-volley et l'Armée (avec qui elles ont un contrat militaire), ne pas avoir un contrat avec un équipementier personnel reste un gros désavantage.

Déplorant que la vitrine et l’élan qu’ont donné les JO parisiens soit retombé aussi vite qu’il soit arrivé, les deux complices ont décidé de monter au créneau.

Ce slogan est aussi un clin d’œil aussi à leur prise de position de l’été dernier. C’est un nouveau combat qu’elles mènent aujourd’hui.

"Le sport de haut niveau ne s’arrête pas tous les quatre ans", fustigent-elles, alertant sur la difficulté sportive et financière que représente la préparation d’une olympiade.

Leurs difficultés financières sont telles qu’elles doivent payer elles-mêmes les vestes officielles ou leurs billets d’avion pour aller aux compétitions.

Voilà dix ans qu’elles n’en n’ont pas.

Elles ne sont pas les seules à connaître ce genre de difficultés.

L'Impact des Réseaux Sociaux et la Précarité Financière

Derrière cette absence d'équipementier, Alexia Richard déplore l'effet des réseaux sociaux sur le marché des sponsors : "Aujourd'hui, on voit des sportifs qui ont un bon niveau national au mieux, et qui sont sponsorisés par des marques parce qu'ils ont 30, 40, 50, voire 100 000 followers. Nous, nous ne sommes pas des influenceuses et cela réduit de fait nos chances.

Sur les réseaux sociaux, Alexia Richard, aviatrice dans l’armée de l’air quand elle n’est pas sur un terrain, témoigne.

« Je n’ai jamais vu les gens faire autant de tours de rond-point » lâche-t-elle dans un sourire.

Elle et sa coéquipière regrettent de devoir adopter un mode de vie « d’influenceuses » pour être suivies par des sponsors, alors qu’elles sont sportives de haut niveau.

Mais l’été fini, elles sont retombées dans l’anonymat et donc dans la précarité financière.

"Nous ne sommes pas les plus à plaindre, mais nous sommes loin du professionnalisme que notre mode de vie engendre. Et cela fait dix ans que l'on n'a pas d'équipementier privé pour nous", remarque Alexia.

"En compétition [hors prises en charge fédérale], on doit payer l'hébergement, la nourriture et les vols, pour des destinations à l'autre bout du monde comme Dubaï ou les Philippines.

Alors pour essayer de gagner en visibilité (et peut-être toucher une marque ou deux au passage), leur agent, Jean-Louis Cazes a eu une idée étonnante.

Les deux joueuses ont posé, il y a quelques semaines, sur un rond-point… nues.

Seulement cachées derrière deux pancartes, sur lesquelles était écrite leur revendication : « Non non, nous ne jouerons pas nues ».

Avec leur slogan "Nous ne jouerons pas nues", elles veulent alerter et se faire entendre auprès de potentiels partenaires qui pourraient leur fournir un équipement de compétition.

Les deux joueuses ont donc pris la pause, munies de cartons indiquant "SOS équipementier" faisant mine de faire du stop pour Los Angeles.

Un peu plus d'un mois après avoir lancé l'initiative, la vidéo a permis d'ouvrir quelques pistes. "Nous avons été contactées par des équipementiers et des entreprises. On attend des réponses dans les prochaines semaines", affirme Alexia Richard, confiante.

Surtout, la volleyeuse a été touchée par la large mobilisation. "Certaines personnes nous ont dit qu'elles ne pouvaient pas nous soutenir financièrement, mais qu'elles nous soutenaient et qu'elles allaient partager le post et en parler autour d'elles. Ce soutien nous a fait chaud au cœur", confie-t-elle.

La Sexualisation du Corps des Sportives : Un Problème Persistant

Kim Robitaille, vice-capitaine du Quimper Volley, apporte un éclairage sur la sexualisation du corps des sportives. Elle évoque les stéréotypes et les aléas que peuvent connaître les volleyeuses de haut niveau.

Vice-capitaine du Quimper Volley cette saison, la passeuse canadienne Kim Robitaille (29 ans) vit sa deuxième année dans le Finistère.

Elle fait partie des cadres du vestiaire du Quimper Volley. Kim Robitaille en est même la vice-capitaine.

La Canadienne de 29 ans, a ainsi pu voir au gré de ses expériences le traitement alloué aux sportives, mais aussi les stéréotypes qui pouvaient exister avec le sport féminin.

Auparavant, elle a évolué dans différents pays au cours de sa carrière. Ce qui lui a permis de voir comment le sport féminin et les sportives étaient considérés.

Au fil des semaines, jusqu’à la fin de saison, elle abordera différentes thématiques propres aux athlètes féminines.

Pour Ouest-France, elle évoque les aléas que peuvent connaître les volleyeuses de haut niveau.

« Le sport est un business géré en majorité par des hommes. La principale question qui se pose alors, c’est comment on peut amener plus d’argent dans le sport féminin. Dans ces cas-là, on se tourne beaucoup vers le corps de la femme. C’est notre outil de travail et il est beaucoup sexualisé.

Je pense que lorsqu’on est sportive, on oublie un peu ces choses-là à force de pratiquer notre métier, jusqu’au jour où on est confronté à des commentaires, ou alors à une situation gênante.

Par exemple, lorsque je jouais en Allemagne (à Suhl), il était écrit sur nos shorts, au niveau des fesses : « Belle région (Prachtregion) ».

Personnellement, c’est à partir de ce moment-là, que j’ai commencé à me poser des questions sur la représentation du corps dans notre sport. Je me demandais si je voulais vraiment faire partie de ça. La réponse était évidemment non. On avait dû le faire car c’était une demande du club, mais à aucun moment, j’en avais envie.

En fait, on a l’impression qu’on avance, que ce genre de pratiques disparaît, puis ressort toujours un épisode comme celui-ci. Donc pour un pas en avant de fait, on en fait toujours quatre en arrière.

Il suffit de voir dans le milieu du beach-volley. Où le règlement imposait aux joueuses de porter un bikini (modifié en 2012 pour les leggings ou les bermudas ainsi que les t-shirts).

Il se trouve, certes, que c’est plus confortable. LIRE AUSSI. La preuve avec le tournoi au Qatar où on a voulu imposer aux joueuses de porter des tenues longues (après l’annonce du boycott de la compétition par la paire allemande Borger-Sude, la fédération internationale et les organisateurs ont décidé d’autoriser le bikini).

Ce qui va totalement à l’encontre du confort de la sportive. Ça montre qu’on est souvent considérée comme des objets et non pas comme des athlètes.

Car si on reste sur le beach-volley, les hommes peuvent par exemple jouer torse nu. Peu le font. Mais personnellement, si je pouvais le faire, je le ferais par confort.

Nous, dès l’adolescence nos tenues sont très courtes et moulantes, quand les hommes jouent avec des shorts plus larges. La fédération internationale impose que le short ne dépasse pas les 5 cm de long sur la cuisse pour les femmes.

Je ne suis pas sûr que ça aide à l’acceptation de soi. J’ai la chance d’être assez fine, mais lorsque je pense aux femmes qui ont plus de formes que moi, ce n’est pas la taille du short qui peut les rendre à l’aise de sauter, courir ou plonger au sol. C’est presque normal de tirer son short vers le bas quand on bouge dans tous les sens sur un terrain. LIRE AUSSI.

Il faut se dire qu’on reste comme tout le monde. On aimerait tous changer quelque chose dans notre physique, sauf que nous, il est exposé aux yeux de tous. On n’a pas d’autres choix que de faire avec. Je pense que lorsque tu es jeune, c’est encore pire, car c’est vraiment l’âge où tu ne veux pas trop te montrer et où tu complexes. Même si c’est peut-être en train de changer. Je vois au Canada et aux États-Unis, de plus en plus de jeunes remonter leurs shorts. Est-ce que c’est lié aux réseaux sociaux comme Instagram ou la mise en avant du corps est importante ?

Mais quand on est adulte, il faut se rendre compte que ces tenues ont d’autres conséquences. Si je n’ai jamais trop senti en match le regard des gens sur mon corps, il arrive qu’après les matches, certains spectateurs se retrouvent à avoir les mains baladeuses. Il faut dans ces cas-là remettre la personne à sa place, en lui rappelant qu’on est dans une relation professionnelle. Mais du coup, on essaye de vite oublier aussi tout ça, parce qu’on l’a intégré.

Pour faire une bonne réception, les volleyeuses sont en position de squats. Une position « qui attire le regard ».

De toute façon, comme on est souvent en position de squat (mouvement qui consiste à descendre le dos droit, les fesses en arrières), on est forcément regardé. C’est un mouvement qui attire le regard que ce soit à la salle de fitness, en jouant, dans la rue quand on se penche, il y en a toujours qui regardent. Et c’est naturel. Même moi je regarde, car c’est sous mes yeux. Mais la différence, c’est toute la réflexion que ce regard peut engendrer. Et c’est là, où on pourrait éduquer les gens.

J’ai conscience que mettre en avant notre corps permet aux clubs, aux fédérations, etc. d’attirer un nouveau public qui peut par la suite se prendre de passion pour le sport. À l’image des calendriers sexy. Les filles qui le font sont peut-être à l’aise de le faire. Mais dans le principe de ne pas sexualiser la sportive, malheureusement ça fait reculer les mentalités. LIRE AUSSI. Ou sans forcément aller jusque-là, c’est vendre de la féminité et plus du sport.

À Suhl, nous avions fait un calendrier, où nous étions habillées en tenue de soirée. Nous choisissions notre robe, mais jamais on nous a laissé la possibilité de dire qu’on ne souhaitait pas y participer. Le principal problème derrière tout ça, c’est que les sportives ne sont jamais consultées sur la façon dont on pourrait faire évoluer les choses pour promouvoir le sport.

En Russie, certaines équipes jouent avec des jupettes. Je doute qu’on ait demandé aux joueuses ce qu’elles en pensaient. Personnellement, si on me demandait, ça serait non. Mais typiquement, ça me fait aussi penser à ça.

En Allemagne, toujours, notre entraîneur nous avait demandé en début de saison, de nous maquiller pour les matches. Personnellement, je le fais parce que c’est quelque chose qui me plaît. Mais je ne le fais pas pour plaire… On performe quand on se sent bien dans notre peau. Se sentir belle peut y contribuer. Mais encore une fois, c’est pour nous que nous le faisons. Pas pour les autres. Car l’essence du sport, c’est d’être performante. Le problème, c’est que l’attrait sportif est remplacé par l’attrait physique.

Jusqu’à la rémunération. Lors de ma dernière année universitaire, je souhaitais participer à un défi au Canada. Le défi des têtes rasées afin de récolter des fonds pour lutter contre la leucémie. Mais on m’a dit de ne pas le faire, car je n’aurais pas eu la même visibilité avec la tête rasée, sous prétexte que j’aurais été moins féminine. On m’a dit d’attendre d’être plus connue pour le faire… Ça m’avait choqué.

Le sponsoring sportif est un enjeu majeur pour les athlètes de haut niveau.

Tableau Récapitulatif des Défis et Revendications

Athlètes Sport Défis Revendications
Alexia Richard & Lézana Placette Beach-volley Manque de sponsors, précarité financière Recherche d'un équipementier, dénonciation de la dépendance aux réseaux sociaux
Kim Robitaille Volley-ball Sexualisation du corps, stéréotypes Prise de conscience et éducation sur la représentation du corps dans le sport

En conclusion, les défis rencontrés par Alexia Richard, Lézana Placette et Kim Robitaille mettent en lumière les difficultés persistantes dans le monde du sport féminin, qu'il s'agisse de la recherche de sponsors ou de la lutte contre la sexualisation du corps des athlètes.

FOCUS - L'hypersexualisation des athlètes

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