Le hockey sur glace, sport de vitesse et d'intensité, a une histoire riche et passionnante en Suisse. Des origines modestes aux exploits modernes, découvrons ensemble les moments clés et les figures emblématiques qui ont façonné ce sport dans le pays.

Équipe de hockey suisse en 1920
Les Origines du Hockey sur Glace
Le Canada est souvent considéré comme le berceau du hockey. Le premier match s’y déroula en 1855, mettant aux prises des soldats d’une garnison britannique, à Kingston. La Fédération internationale, l’IIHF (International Ice Hockey Federation) a été fondée en 1908 et en Amérique du Nord, la NHL (National Hockey League), en 1917.
Les Caractéristiques du Jeu
Avec le hockey, tout se déroule à un rythme sidérant et une vitesse affolante (près de 60 km/h) avec les raids incessants vers les buts, sans parler du full-contact permanent, toujours à la limite de l’agressivité, entre joueurs casqués (obligatoire depuis 1980), rembourrés, extrêmement déterminés, qui se ruent vers la cage… autant que sur l’adversaire.
Les Règles Essentielles
- Six contre six !
- Un terrain de jeu de 60 mètres de long sur 30 mètres de large, ceinturé de balustrades et de parois en plexiglas.
- Trois tiers-temps de vingt minutes.
- Trois arbitres sur la glace et en chemise à rayures noires et blanches dont un arbitre en chef qui peut infliger des pénalités de deux, cinq ou dix minutes de prison, voire l’expulsion.
- Un palet en caoutchouc vulganisé de 7,62 cm de diamètre, 2,54 cm d’épaisseur, pesant 160 grammes.
- Des crosses en bois, fibre de verre ou carbone pour projeter le palet (appelé aussi puck ou rondelle) vers le but ou adresser des passes aux partenaires.
- Chaque équipe comprend vingt joueurs: deux gardiens, trois lignes de deux défenseurs, quatre lignes de trois attaquants.
Le Rôle Crucial du Gardien de But
Le gardien de but est toujours la mascotte de son équipe mais aussi l’homme de base, voire l’homme providentiel. Chaque goal est littéralement « harnaché » avec un équipement qui ne pèse pas loin de 20 kilos. Il porte un casque à grille, pour des raisons de sécurité, un plastron, d’énormes jambières larges, un bouclier d’une main pour parer les tirs violents et un gant renforcé pour saisir ou repousser le palet. Souvent le sort du match repose sur son efficacité.
L'Équipe Nationale Suisse
Celle-ci s’est affirmée comme une puissance mondiale à partir de 1956, étant même très dominatrice aux Jeux olympiques, de 1964 jusqu’à la mémorable surprise des Jeux de Lake Placid, en 1980: victoire et médaille d’or pour les Etats-Unis.

Genève-Servette HC
Les Noms d'Équipes et les Animaux
Lorsque vous regardez les calendriers des matchs de hockey sur glace, avez-vous l'impression d’y voir le rassemblement d’un zoo tout entier ? Nous nous sommes également posé la question et avons demandé plus de précisions auprès d’un expert. A l’origine, la tradition de porter un animal compagnon dans le nom de l'équipe vient des ligues professionnelles nord-américaines.
Ainsi, non seulement les équipes de hockey sur glace, mais aussi des équipes de football américain, de baseball et de basketball ont un animal en leur nom. « Il y a deux aspects : d'une part, l'animal est apparu dans les armoiries et était déjà intégré sur le logo dans les premiers jours du club. D'autre part, les clubs ont décidé de s’identifier vers la fin des années 1990, infectés par l'américanisation qui s’est propagée par le biais de logos d'animaux surtout agressifs.
Exemples d'Équipes et Leurs Origines Animales
- Quebec Bulldogs (1910): L’une des premières équipes à avoir vu le jour dans le monde entier. Ils avaient même le « dogue » sur leur photo d'équipe.
- Pittsburgh Penguins (1967): On savait que l’équipe organiserait ses matchs à domicile à la Civic Arena, et elle s’est donc renseigné pour connaître l’appellation de l’Arena dans le langage populaire. Etant donné que ce lieu événementiel était souvent surnommé « Le grand igloo », il était naturel de donner à l’équipe le surnom animalier de « pingouins ».
- Buffalo Sabres (1970): Les frères et propriétaires Seymour Knox III et Northrup Knox ont voulu trouver un nom d’équipe plus original et unique. Ils ont alors lancé un concours afin de définir une appellation. Parmi les nombreuses soumissions, ils ont finalement opté pour « Sabres ».
- Arizona Coyotes (1972): Initialement, l’équipe s’appelait « Phoenix Coyotes » jusqu’à ce qu’elle déménage à nouveau, cette fois à Glendale, une banlieue de Phoenix. Au début de la saison 2014/15, ils se sont rebaptisés « Arizona Coyotes », puisqu’ils ne sont pas seulement considérés comme une équipe de hockey pour Glendale ou Phoenix, mais ils voulaient vraiment représenter tout l’État de l’Arizona.
- Anhaheim Ducks (1992): Dans toute l’histoire des ligues professionnelles nord-américaines, les « Anhaheim Ducks » sont la seule équipe à avoir été nommée d'après une marque. En 1992, Walt Disney a décroché un énorme succès avec le film « Mighty Ducks - Les petits champions ». L’année suivante, la LNH a honoré la popularité du film en signant un contrat de franchise avec Disney. C’est ainsi que le club fut baptisé « Mighty Ducks of Anaheim » et a reçu le logo identique tiré du film.
- San Jose Sharks (1991): Parmi plus de 2 300 soumissions en provenance du monde entier, le nom « Sharks » a finalement gagné. À l’époque où l’on a choisi le nom de l’équipe, sept espèces de requins avaient élu domicile dans l’Océan pacifique le long de la côte californienne.
- Florida Panthers (1993): À cette époque lointaine, le chat sauvage originaire de Floride appartenait aux espèces en voie de disparition.
Les Clubs Suisses et Leurs Animaux Symboliques
Avec leurs noms d’animaux, il n’y a pas seulement en Amérique que les équipes de hockey sur glace se sentent comme à la maison, mais également en Europe où les surnoms animaliers sont très populaires. La première ligue de hockey sur glace de Suisse (abrégée LNA) est composée de douze équipes au total. En l’occurrence, cinq d’entre elles présentent un animal sur leur logo.
Etant donné que les SC Langnau (aujourd’hui SCL Tigers) possédaient un tigre comme symbole de club en des temps primitifs, la tenue des SCL put de nouveau se parer d’un tigre, malgré l’interdiction de la publicité. « Par pure coïncidence », il s’avère que l’animal en question ressemble à la tête de tigre de la société « Tiger Käse AG ». La direction du club a osé faire des choses incroyables pour l'époque.
Encore une fois, l’animal est au rendez-vous dans le choix du nom, il est utilisé à des fins de marketing et pour l’image de l’équipe auprès du public. « Avant chaque match, le Genève-Servette HC en Suisse fait s’envoler un véritable aigle (baptisé « Sherkan ») à travers le stade depuis les tribunes jusqu’au cercle d’engagement. Pendant ce temps, les conseillers dispensent quelques notions de fauconnerie sur la glace tandis qu’il est procédé à la présentation des joueurs.
L'Ère Moderne et les Champions
Le Triomphe de Zoug en 2021
Le club de Zoug est devenu champion de Suisse en dominant Zurich (3-1). Dans cette série finale, il était mené 3 victoires à 0 avant de renverser la finale (4-3). Une remontée qui n'était plus arrivée en hockey depuis 1942. Dimanche soir, l'EV Zoug a donc réalisé l'impossible : gagner une finale après avoir été mené 3-0 dans la série qui le voyait affronter Zurich, le voisin honni. Les hommes du coach norvégien Dan Tangnes l'ont emporté 3-1 dans une ferveur à la hauteur de la performance.
Pour mesurer la portée de l'événement, cette remontée n'est arrivée qu'une seule fois dans l'histoire du hockey professionnel : en NHL en 1942 quand les Toronto Maple Leafs l'avaient emporté sur Détroit à l'issue du même renversement (dans un Championnat qui n'avait à l'époque que 7 équipes). L'exploit des Zougois est donc gigantesque soulignant un peu plus l'intensité de cette finale de National League.
Des rencontres d'un haut niveau technique et tactique, jouées au couteau et qui ont permis à Zoug de conserver son titre (son troisième avec celui de 1998). Lors de cette finale, il fallait un héros et bien souvent dans ce genre de dramaturgie au hockey, il se trouve devant les filets. Le portier zougois Leonardo Genoni s'est fait mur à partir du 4e match, n'encaissant que 3 buts en quatre rencontres (sur 112 tirs, soit 97,3 % d'arrêts). Lors du 6e match de la série, Genoni a écoeuré à lui seul les Zurichois, avec un blanchissage à 36 arrêts. Le gardien helvète a ainsi enlevé son septième titre de National League, égalisant le record d'une autre légende du hockey suisse Jörg Eberle.
Le Sacre de Genève-Servette en 2023
En dominant Bienne (4-1) jeudi soir lors du match 7 de la finale de National League, Genève-Servette HC a été sacré champion de Suisse pour la première fois en 118 ans d'existence. Ce fut décidément une saison des premières pour le Genève-Servette HC. Après avoir remporté la saison régulière de Ligue nationale suisse pour la première fois de leur histoire, les Grenats ont glané leur premier titre de champion de Suisse de Première Division en battant Bienne, jeudi soir, lors du match 7 de la finale (4-1). Fondé en 1905, le club genevois n'avait remporté jusque-là que deux Coupes de Suisse (1959, 1972), deux Coupes Spengler (2013, 2014) ainsi que deux titres en LNB (1964, 2002), la Deuxième Division.
29/11/2022 HC Ambri-Piotta 2-3 Lausanne HC
Le Cas du ZSC Lions Zurich
Zurich se veut toujours un club pionnier en matière d'équipement : après avoir construit la première glace artificielle en 1930, le nouvel objectif est de se doter d'une patinoire couverte. Quand on constate que, certains dimanches particulièrement ensoleillés, le coup d'envoi des matches doit être repoussé de près de deux heures en attendant que l'astre solaire, qui empêche la bonne tenue de la glace, veuille bien décliner, cela apparaît effectivement comme une solution d'avenir et une nécessité.
Les Zurichois pensent que leur patinoire pourrait devenir le point névralgique du hockey suisse, destiné à accueillir les rencontres de l'équipe nationale. Mais quand ils vont demander l'appui de la fédération, celle-ci les reçoit froidement. Le ZSC connaît également une grave crise en interne à cause de ce déménagement. Il ne concerne en effet que les hockeyeurs, alors que les patineurs artistiques et de vitesse restent sur la Dolder Eisbahn. La scission du club apparaît inéluctable, et la section hockey est menacée de ne plus pouvoir porter le nom de l'entité originelle.
Zurich a beau posséder un outil de travail ultra-moderne avec le Hallenstadion, les résultats ne suivent pas pour autant. Les vainqueurs de 1949 ont en effet mis fin à leur carrière et il faut rebâtir l'équipe avec des joueurs issus de la réserve. Le podium de 1952 est ainsi le dernier avant six ans. La saison suivante (1952/53) Zurich est en grande difficulté malgré la qualité de ses joueurs, dont la star suédoise Gösta Johansson et le Canadien Stan Obodiac. Son dirigeant Fredy Bieler doit rechausser lui-même les patins pour assurer que son équipe s'éloigne de la zone de relégation.
Un Incident Marquant : La Retraite de Hans Bänninger
Date marquante de cette fin de cycle, la retraite brutale du gardien Hans Bänninger, qui avait été formé à l'EHC Zurich-Enge avant de rejoindre le ZSC. Lors d'un match à Arosa en 1953, il reçoit un palet dans le visage. En un temps où les portiers jouent encore tête nue, quelques années avant que Jean Ayer ne soit le premier Suisse à en porter un, ce n'est évidemment pas la première fois que ça lui arrive. Sa figure est couverte de cicatrices, de même que ses mains, faiblement protégées par les gants. Il a eu plusieurs fois le nez cassé et des doigts fracturés, il avait même failli s'étouffer deux fois après avoir pris un tir au niveau de la gorge.
Bänninger avait pris l'habitude de se jeter sur tous les palets avec son style brut de décoffrage. Mais ce jour-là, le palet pris de plein fouet lui vaut une sérieuse commotion cérébrale, la quatrième de sa carrière. L'absence de Bänninger se fait ressentir puisque la défense zurichoise devient une des plus friables du championnat. L'équipe est alors en pleine reconstruction.
Reconstruction et Nouveaux Talents
L'ancien joueur et arbitre Heiri Gysler découvre l'ailier droit Erich Ehrensperger au EHC Illnau-Effretikon et le fait venir à 17 ans au ZSC, où il passe sa première saison aux côtés de Silvio Rossi et Walter Guggenühl, deux champions 1949 en fin de carrière. Aprés cinq années passées à osciller entre la quatrième et la cinquième place, ce n'est qu'en 1958 que le club retrouve le podium.
Les Années 1960 et les Défis de l'Amateurisme
En 1960/61, le ZSC monte en puissance et termine champion avec quatre points d'avance sur Viège. Mais cette saison exceptionnelle reste sans lendemain. L'effectif est mal géré, et le dernier Zurichois encore international, Hans Keller, passe ses meilleures saisons dans l'autre club zurichois, le Grasshopper Club, et non au ZSC. Il faut de nouveau rajeunir l'équipe dont les membres partent à la retraite les uns après les autres. Mais à la différence de la décennie précédente, la réserve interne n'offre plus les mêmes possibilités de remplacement : l'écart s'est en effet creusé, et la deuxième équipe du club perd finalement sa place en Ligue B en 1964/65 face à une concurrence accrue.
Cette année-là, la première équipe a fini avant-dernière en Ligue A. C'est sans compter sur le caractère imprévisible du ZSC. En 1965/66, les joueurs de Dave MacGuire, que plus personne n'attend, occupent longtemps la tête du classement. Le Hallenstadion, où règne l'odeur de la saucisse et de la bière, reste un atout de taille, car il n'y a que deux patinoires couvertes dans le pays (l'autre est celle des Vernets, à Genève). Les visiteurs habitués à jouer en plein air sont moins habitués à cet environnement.
Sans l'international Muhlebach victime d'une double fracture du péroné et d'une déchirure musculaire au jarret en match de pré-saison en octobre, le ZSC redevient pourtant la meilleure équipe zurichoise en 1966/67. Le joueur-clé est le centre Peter Wespi, meneur offensif capable de donner de belles mises en échec en milieu de glace. Malheureusement, il se blesse en janvier et son absence limite les ambitions.
Les temps changent et l'amateurisme n'est plus une valeur aussi sacrée. Le club licencie Dave McGuire, entraîneur depuis trois ans, après seulement un match dans le championnat 1967/68. S'ensuit un capharnaüm. Les négociations échouent avec l'Allemand Markus Egen, qui n'aurait pu être que partiellement à disposition, et le Canadien finalement embauché, Frank Trottier, constate sur le banc l'étendue du chantier pendant la défaite 0-5 contre la Chaux-de-Fonds... avant de rendre son tablier !
Il faut beaucoup de persuasion pour convaincre l'ancien joueur Otto Schläpfer d'aider le club, et les rumeurs de son renoncement continuent de courir pendant des semaines. Il faut dire que la situation est difficile. Zurich finit l'année 1967 à la dernière place avec trois points de retard, après une défaite devant 5000 spectateurs dans un Hallenstadion...
Il faut se rendre à l'évidence. Le hockey sur glace est en train d'être dépassé dans la ville par le football et ses deux clubs (le FC Zurich et les Grasshoppers). Il ne peut plus soutenir lui aussi deux clubs de Ligue A, plus un en proche banlieue avec Kloten. Et comme Davos remonte au classement, il est clair qu'il n'en restera qu'un. Le ZSC et le Grasshopper Club font un chassé-croisé pour la lanterne rouge.
L'attaquant Kurt Loher amène des points importants, avec un doublé en troisième période pour une victoire à Viège, et avec un triplé à Davos. Tout se joue à la dernière journée, sur la glace en plein air du Dolder, chez les Grasshoppers, devant 3500 spectateurs. Le ZSC, débarrassé de la concurrence de son rival, pense ainsi pouvoir suivre alors que l'argent commence à devenir le nerf de la guerre.
Le club perd le contrôle sur l'équipe première en 1969. Elle est désormais gérée par un comité de trois hommes, un représentant du club et deux membres de la Hallenstadion AG, la société privée qui dirige la patinoire et qui est désormais en charge des finances de l'équipe-fanion.