Cet article explore le contexte des championnats du monde de hockey sur glace, tout en évoquant l'équipe de hockey de Philadelphie et sa composition en 1976.

Championnat du Monde en Norvège : Un Défi Logistique
Pour la première fois de son histoire, la Norvège s'est vu attribuer l'organisation d'un championnat du monde en dehors du cadre olympique. La belle ambiance des JO de Lillehammer il y a cinq ans avait laissé un bon souvenir dans le monde sportif. Mais pourra-t-on la retrouver pour le seul hockey sur glace dans ce pays de ski qui ne semble guère palpiter pour ces Mondiaux ?
La Norvège est un pays au coût de la vie élevé. Même les organisateurs ont eu des doutes. La fédération norvégienne, qui ne roule pas sur l'or, a proposé lors du congrès IIHF semi-annuel de Vilamoura (Portugal) en octobre 1997 de partager le tournoi avec son homologue finlandaise, en lui laissant la moitié du premier tour et toutes les phases finales. On retournera à Lillehammer à partir des demi-finales. Le tournoi se répartira auparavant entre Oslo et la petite ville de Hamar, qui fête son 150e anniversaire en tant que municipalité à part entière (alors séparée de la ville de Vang qu'elle a récemment "avalée").
Formule du Tournoi et Enjeux Olympiques
La formule inaugurée l'an passé lors du passage à 16 équipes est reconduite. Avec quatre poules de quatre équipes, il n'y a pas de droit à l'erreur au premier tour. Les derniers de chaque groupe rentreront directement à la maison, les troisièmes auront une chance de se maintenir sans passer par la qualification, honneur réservé aux dix premiers. L'enjeu est d'autant plus important qu'il se double de la qualification olympique.
Si la NHL confirme sa participation aux JO 2002 de Salt Lake City en septembre prochain (et on sait bien qu'elle ne manquera pas cette opportunité "à domicile"), les Tchèques, Russes, Finlandais, Suédois, Canadiens et Américains seront encore directement qualifiés pour le tour principal. Parmi les autres nations, deux équipes pourront accéder à ce tournoi olympique (du moins à sa première phase) sans repasser par un long processus de qualification. Ce seront les deux mieux classés de ce Mondial.
Cinq joueurs peuvent être ajoutés au stade des demi-finales. D'ici là, il faudra gérer un effectif de 20 joueurs et 3 gardiens, sans possibilité de remplacement dès lors qu'un nom aura été officiellement déclaré.
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Le Canada en Quête de Rédemption
Après une année olympique sans la moindre médaille (même pas chez les juniors, huitièmes), le Canada a beaucoup de désillusions à se faire pardonner. Adjoint pendant quatre ans, Mike Johnston a été nommé cette saison à la tête de l'équipe nationale. Outre son adjoint toute l'année Willie Desjardins, il bénéficiera de l'appui supplémentaire Dave King, qui a très longtemps tenu ce poste d'entraîneur en chef mais est aujourd'hui assistant-coach des Canadiens de Montréal.
L'effectif n'a presque plus rien à voir avec le Team Canada à plein temps, les joueurs ont presque été tous remplacés par des pros de NHL. On change de monde. Le salaire annuel de Rob Blake représente l'équivalent du budget de ces Mondiaux, soit trois fois le budget de la fédération norvégienne de hockey sur glace. Les deux meilleurs marqueurs de l'équipe de l'an dernier, Ray Whitney et Éric Dazé, sont aussi de retour, et ils ne sont pas tout seuls.
Certes, on ne pourra pas compter sur Paul Kariya : le troisième marqueur de la saison NHL s'est fait une fracture au pied droit en bloquant un tir dimanche dernier en play-offs NHL. Après le désistement de Petr Nedved (qui a finalement renoncé à cause d'une blessure aux côtes qui guérissait trop lentement), le nom le plus attractif en attaque est Adam Graves : à la fois joueur utile qui a toujours été employé en infériorité numérique et recordman de buts en une saison de l'histoire des Rangers de New York (52 l'année du titre en 1994), Graves est revenu cette année à son meilleur niveau.
Il n'y a pas de grande équipe sans grand gardien. Ron Tugnutt a connu des statistiques exceptionnelles cette saison, tout simplement la meilleure moyenne de buts encaissés par match dans l'ère moderne de la NHL !
La Slovaquie en Quête d'un Nouveau Départ
Depuis ses débuts tonitruants aux JO de Lillehammer, la Slovaquie n'a jamais franchi un cap. Elle ne compte aucune victoire notable sur une grande nation depuis son arrivée dans le Mondial élite il y a trois ans. Le retour sur les terres de ses premiers exploits (en Norvège, car il faudra accéder au tour final pour retourner effectivement à Lillehammer) lui en donnera-t-elle l'occasion.
L'entraîneur moustachu Ján Sterbák, qui termine sa deuxième année de mandat, l'espère pour effacer la déception de l'absence au tournoi final des stars à Nagano, qui reste encore en travers de la gorge de tout un pays. La première victoire de l'histoire sur les Tchèques, pendant la préparation, doit aider les Slovaques à prendre confiance en eux sans leurs stars.
Il faudra faire sans Miroslav Satan, qualifié en demi-finale de conférence NHL avec Buffalo, et sans doute sans Pavol Demitra, bien parti pour le rejoindre avec Saint Louis. L'attaque peut quand même compter sur deux lignes fortes. D'une part, Sterbák fait confiance au trio Cíger-Kapus-Kolník, qui évolue ensemble depuis le début de la saison internationale et se connaît parfaitement au Slovan Bratislava.
Ce n'est pas le talent technique qui fait défaut à la Slovaquie. C'est plutôt la capacité à l'utiliser avec assez de vigilance défensive et de conviction. Elle ne fait pas vraiment peur à ses adversaires, mais une nouvelle présence peut la rendre plus intimidante. Zdeno Chára, 22 ans, mesure 2m05 ou 2m07 selon les sources, qui dépendent peut-être de l'escabeau utilisé pour aller le mesurer sous la toise. Il débute en équipe nationale, mais le bon géant a tout de suite été aimé de tous. Les employés de l'hôtel où réside l'équipe slovaque à Oslo se battent même pour avoir le droit de promener le petit caniche qu'il a emmené avec lui !
La Norvège et son Nouveau Style
Revenue dans l'élite uniquement en sa qualité de pays organisateur (ce qui a donné des idées à l'Allemagne dont la candidature pour 2001 se décidera au Congrès IIHF pendant ce Mondial), la Norvège n'a terminé que cinquième du dernier Mondial B. Elle reste aussi sur huit défaites consécutives en préparation, mais après avoir affronté des grandes nations pour se frotter au haut niveau.
Ces résultats semblent indiquer que le changement de mentalité que veut insuffler Leif Boork n'est pas si évident. Leif Boork veut créer un "style norvégien" : un jeu plus optimiste et intense, où les joueurs oseraient prendre le palet, ne pas trop respecter l'adversaire et créer quelque chose par eux-mêmes. Il a appuyé ce changement de stratégie par un changement d'hommes, en intégrant des joueurs de devoir - comme Geir Svendsberget ou Ketil Wold - qui n'avaient pas forcément un statut d'international.
S'il n'a pas hésité à renouveler l'effectif, c'est que Boork considère que personne n'est indispensable. Il n'a pas hésité à se priver de la figure majeure du hockey norvégien : Espen Knutsen, alias "Shampo", l'attaquant aux cheveux longs qui brille à Stockholm avec Djurgården après un passage en NHL, ne voulait pas faire la totalité du camp d'entraînement, préférant rester avec sa compagne et son fils. Boork ne voulait pas accorder de traitement de faveur à une star qui pensait pouvoir être dispensée de suivre la même préparation que les autres.
Le capitaine Ole Eskild Dahlstrøm a aussi plaidé en sa faveur : "Nous n'avons pas de hiérarchie et c'est sans doute ce qui nous distingue des autres sports collectifs en Norvège. Leif Boork représente quelque chose de nouveau. En tant que membre soi-disant établi de l'équipe, je n'étais pas habitué être critiqué pour mon effort. Boork a ignoré qui j'étais, et bien sûr c'est comme cela qu'il faut faire. Au début, j'ai beaucoup pondéré ce qu'il me disait. Progressivement, il a peu à peu atteint mon cœur. Leif Boork a fait un changement générationnel.
L'autre inquiétude est l'état de santé du gardien numéro 1 Robert Schistad, qui a souffert toute l'année d'une pubalgie. C'est le pire type de douleurs musculaires pour un gardien car elles peuvent revenir de manière récurrente dès qu'il se met en mouvement de grand écart un peu trop prononcé.
L'Italie et le Renouvellement
Robert Oberrauch, qui était le capitaine de l'Italie depuis les JO d'Albertville (donc pendant trois tournois olympiques en sept saisons), a fait le choix d'arrêter sa carrière après le dernier Mondial, alors qu'il était encore au sommet à 32 ans et que l'équipe nationale comme son club espéraient qu'il continue. À l'heure de trouver un nouveau capitaine, on a choisi Gates Orlando... qui tirera lui-même sa révérence !
Orlando est un choix logique pour ses mérites rendus pendant une décennie, mais c'est aussi un choix symbolique : un Italo-Canadien de 36 ans dans une équipe où les Nord Américains sont majoritaires et plus tout jeunes. Ils sont tous présents depuis plusieurs années mais leur renouvellement pose de plus en plus question. Avec plus de 29 ans de moyenne, l'Italie est l'équipe la plus âgée de ce Mondial.
Les deux oriundi les plus importants sont donc absents : Zarrillo mais aussi l'habituelle assurance tous risques Mike Rosati. Le gardien avait grandement aidé à garder l'Italie dans l'élite mondiale l'an passé avec ses 95% d'arrêts (notamment en blanchissant les États-Unis en poule de maintien). Rosati est retourné cette saison en Amérique du Nord pour tenter de jouer enfin en NHL, à plus de 30 ans : il a réussi l'exploit de ne pas y prendre de buts, mais sa carrière n'y aura duré que 28 minutes (il est rentré en cours de jeu pour remplacer Kolzig). Les Washington Capitals l'ont prêté au Manitoba Moose pour la fin de saison d'IHL et les playoffs, et il n'est donc pas disponible. Le deuxième gardien de la sélection nationale Mario Brunetta s'est gravement blessé au cours de la saison avec les Eisbären de Berlin.
La Suède et sa Nouvelle Gestion
Cette saison, la Suède s'est piquée d'innover dans la gestion de son équipe nationale. Elle n'a plus de forbundkaptén - sélectionneur national - qui dirige l'équipe. Elle s'inspire des méthodes nord-américaines - paraît-il... - en nommant un manager général, Peter Wallin, qui est censé avoir le pouvoir et qui en quelque sorte le directeur des ressources humaines.
Pour que le public suédois se déshabitue à identifier l'équipe nationale à un homme, les entraîneurs étaient en duo... et tournaient à chaque tournoi ! Pendant les quatre étapes de l'Euro Hockey Tour, la Tre Kronor a été conduite par quatre duos différents, impliquant au total sept entraîneurs : Nicklas Wikegård et Tommy Boustedt lors de la première manche, Dan Hobér et Roger Melin lors de la deuxième, Stephan Lundh et Sune Bergman lors de la troisième, Nicklas Wikegård et Lars Molin lors de la quatrième. La nomination finale du duo Lundh-Bergman apparaît somme toute logique puisqu'ils ont eu les meilleurs résultats, avec 4 victoires en 4 rencontres à Moscou.
Mais, alors qu'il n'est déjà pas facile de reprendre une équipe championne du monde, ce mode de désignation n'affaiblirait-elle pas leur autorité ? L'impitoyable presse scandinave a pointé dans cette liste de coaches l'absence totale des entraîneurs des clubs à succès, comme Per Bäckman de MoDo ou Bo Lennartsson de Färjestad, avec qui la fédération n'a tout simplement pas réussi à se mettre d'accord. Au lieu d'illustrer le luxe d'un choix infini, l'élargissement des candidats mettrait donc plutôt en exergue que la sélection se fait par défaut.
Patrik Lundh (champion 1990 et 1991 avec Djurgården) et Sune Bergman (champion 1995 avec HV 71) ne sont évidemment pas les premiers venus, mais ces "co-entraîneurs" vont devoir gérer cette situation qu'ils n'ont pas choisie : d'une part ils ont eu moins de temps pour mettre en place leur système, d'autre part ils subissent une cohabitation qu'ils n'ont pas demandée. On leur demande bien d'agir et de communiquer à égalité pour être sûr qu'une aucune tête ne dépasse.
Pour compliquer encore l'équation, les deux meilleurs compteurs du Mondial 1998 Peter Forsberg et Mats Sundin devraient aller loin en play-offs NHL et ne sont plus là. Néanmoins, la Tre Kronor n'avait pas gagné la triste finale (1-0 et 0-0) grâce à eux, mais grâce au gardien Tommy Salo et à sa défense. Cette prédominance tactique de la Suède survivra-t-il à ce qui peut être perçu comme un reniement du rôle de l'entraîneur ? Ou, au contraire, cela permettra-t-il à des joueurs ne manquant pas de talent pur (Markus Näslund, Michael Nylander...) de mieux s'exprimer ?
La Suisse et la Jeunesse
Demi-finaliste l'an passé à domicile, la Suisse peut-elle revivre le même cauchemar qu'en 1993 ? Trop confiante, elle était passée tout droit d'une quatrième place... à la relégation. Malgré ce précédent, n'attendez pas du sélectionneur Ralph Krueger qu'il dise viser le maintien. Il répondra qu'il n'aborde jamais une compétition pour terminer dixième, mais pour la gagner.
Krueger veut éviter toute euphorie au sein de sa formation, invaincue pendant la préparation, avant le premier match contre les Lettons qu'il craint. Un duel dans lequel il voit la "clé du tournoi" : l'accès à la deuxième place de poule - pour laquelle la France n'est pas citée comme une adversaire si dangereuse du point de vue helvétique - devrait donner non seulement l'accès à la seconde phase de compétition mais aussi la qualification directe pour les prochains Jeux Olympiques de Salt Lake City.
C'est d'autant plus important pour la Suisse qu'elle est tombée dans le piège des tournois de qualification pour Nagano et qu'elle avait manqué la précédente édition à Lillehammer... justement à cause de la relégation de 1993. La Suisse aborde ce championnat du monde avec la plus jeune équipe de la compétition. Elle est la seule dont la moyenne d'âge est en dessous de 25 ans. Ralph Krueger a réussi à introduire de nouvelles têtes et il commence à y avoir une concurrence jusque là inconnue en équipe nationale, où les joueurs avaient plus l'habitude de se faire prier. Les places ne sont plus protégées.
La Lettonie et ses Ambitions
La Lettonie a remporté la poule de maintien l'an passé en battant les États-Unis au dernier match décisif. Elle se sent toujours capable d'éviter la relégation en cas de besoin, mais elle vise plus haut : la qualification pour la seconde phase. Si les Baltes n'avaient eu aucune chance face à la Russie et à la Finlande, ils se croient tout à fait capables de battre la Suisse.
Pourtant, la Lettonie n'a vraiment pas la faveur des pronostics pour ce premier match qui déterminera la suite de la compétition. La raison pourrait bien en être le massacre qui a eu lieu au lycée de Columbine dans le Colorado, où deux adolescents armés de fusils ont abattu 13 de leurs camarades et en ont blessé 24 autres avant de se donner la mort. C'est un effet collatéral mineur après un tel drame, mais le début de la série de play-offs entre San José et Colorado a été décalé de trois jours pour respecter une période de deuil.
Si l'on dit parfois que le gardien représente 50% d'une équipe de hockey sur glace, ce dicton n'est jamais aussi vrai que dans l'équipe de Lettonie.

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