Le football à Gibraltar, un territoire britannique de 40 000 habitants, est une religion. Malgré sa petite taille et ses ressources limitées, Gibraltar a réussi à se faire une place dans le monde du football, en témoignent les exploits de ses clubs et de son équipe nationale.

Les Débuts de l'Équipe Nationale
L'équipe nationale de Gibraltar a débuté en 1923, lorsqu'elle s'est rendue à Séville pour affronter le club de la ville. En 1993, la sélection participe pour la première fois de son histoire aux Jeux des Îles, où elle termina à la dernière place au classement. Deux années plus tard, le pays organise cet événement à la maison, et connaîtra un beau parcours en occupant la deuxième place.
L'Adhésion à l'UEFA et à la FIFA
Jusqu’alors habitué à participer aux Jeux des Îles avec Jersey, les Shetland ou Rhodes et à la FIFI Wild Cup pour se frotter au Tibet ou à la République de Sankt-Pauli, Gibraltar a changé de registre depuis son adhésion à l’UEFA en mai 2013. Son premier match officiel remonte au 19 novembre 2013 face à la Slovaquie (0-0) à Faro déjà, suivi, en juin 2014, d’un succès contre Malte (1-0), toujours en amical. En 2016, Los Llanis rejoignent officiellement la FIFA, puis connaissent la première victoire en s’imposant face à Lettonie, lors d’un match amical.
Actuellement 201ème au classement de la FIFA, Gibraltar est devenu une nation membre de l’UEFA en 2013 et de la FIFA en 2016. Situé au sud de la péninsule ibérique, Gibraltar est la deuxième plus petite des sélections membres de l’UEFA, avec 32 000 habitants, derrière Saint-Marin, qui a la population la plus réduite.
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Des Défis Contre les Grandes Nations Européennes
En dix ans, la Team 54 s’est frottée à l’Allemagne (0-4, 0-7), la Belgique (0-6, 0-9), la Pologne (1-8, 0-7) ou encore les Pays-Bas (0-7, 0-6, 0-3 le 27 mars dernier à Rotterdam), lors de matchs qualificatifs pour la Coupe du monde ou l’Euro, mais aussi au Portugal (0-5) et à la Croatie (0-4) en amicaux.
Privé de victoire depuis 2014 et un succès contre Malte (1-0), le premier de toute son histoire, Gibraltar a décroché son deuxième succès ce dimanche, en battant la Lettonie en amical (1-0). Il s'agit du premier succès du territoire d'environ 32 000 habitants depuis qu'il est affilié à la Fifa (2016). Lors de sa victoire contre Malte il y a quatre ans, Gibraltar était seulement membre de l'UEFA.Liam Walker a marqué le seul but du match ce dimanche, sur un coup franc dévié.

L'Amélioration et la Professionnalisation
Aujourd’hui, le football à Gibraltar s’améliore à l’image de l’édition 2020-2021 de la Ligue des Nations, l’équipe est promu en poule C, après avoir été invaincue face à Saint-Marin et le Liechtenstein. Une évolution qui se caractérise également par la professionnalisation de l’effectif de Gibraltar. Julio Ribas, sélectionneur depuis 2018, révèle être arrivé dans une équipe ne comptant que « trois joueurs pros », tandis que maintenant « vingt jeunes joueurs avec un bon potentiel d’avenir qui se dédient exclusivement au football ».
Les Clubs Gibraltariens en Europe
FC Lincoln Red Imps
Jeudi soir, le terrain synthétique de l’Europa Point Stadium, modeste enceinte de deux tribunes habituellement dévolue à l’équipe nationale de rugby, a été le théâtre d’une grande première. À la surprise générale, le FC Lincoln Red Imps, 152e au classement UEFA, a battu (2-1) le KKS Lech Poznan, géant du football polonais, incapable de renverser un adversaire qui avait pourtant perdu 5-0 à Mostar, en Bosnie-Herzégovine, deux semaines plus tôt.
Les joueurs de ce rocher, territoire britannique de 40 000 habitants reconnu par les instances internationales depuis 2013 malgré l’opposition de l’Espagne, avaient prévenu qu’ils ne s’étaient pas qualifiés pour la Ligue Conférence, la troisième Coupe d’Europe, pour faire de la figuration ou offrir une parenthèse touristique à leurs adversaires. L’exploit sans lendemain face au Celtic Glasgow lors du tour préliminaire de la Ligue des champions 2016 (1-0) n’est plus le seul fait d’armes international du meilleur club local, semi-professionnel mais en pleine structuration.
« C’est le résultat d’une nuit magique, s’est réjoui Rutjens, défenseur central hispano-néerlandais. On a joué avec beaucoup d’intensité. Je suis très fier pour mes coéquipiers et pour le club. Son entraîneur Juanjo Bezares renchérit : « On a eu un cœur énorme, cette victoire ne me surprend pas. »
Au fait, l’appellation FC Lincoln Red Imps est un hommage aux racines anglaises de l’institution : dans la cathédrale de la Vierge Marie de Lincoln, près de Sheffield, figure un diablotin grotesque devenu l’un des emblèmes de la ville. La légende dit qu’il avait été envoyé par Satan pour semer le trouble et qu’un ange l’avait figé dans la pierre.
L'image de David battant Goliath est peut-être trop forte pour illustrer une simple victoire en Ligue Conférence face à un adversaire n'étant pas un cador européen, mais les Lincoln Red Imps ont tout de même réussi une performance majuscule jeudi soir.
Club phare de Gibraltar, tout petit territoire britannique au sud de l'Espagne, il s'est imposé face aux Polonais du Lech Poznan (2-1), décrochant la première victoire - et même les premiers points - d'une équipe du pays dans une compétition européenne, tours de barrages exclus.
Cette victoire vient un peu plus renforcer le statut de mastodonte des Red Imps à Gibraltar, 200e nation au classement FIFA, qui ne compte qu'environ 39 000 habitants. Un territoire minuscule, avec des clubs minuscules - aucun n'est totalement professionnel - et une figure de proue qui avait, jusque-là, perdu ses 7 matches disputés en Ligue Conférence (6 en 2021-2022, 1 cette saison).
Les Lincoln Reds Imps ont été créés en 1976 et tirent leur nom du fanatisme de leur premier sponsor, l'Anglais Reg Brealey - qui a par ailleurs été président de Sheffield United dans les années 1980 - à la passion débordante pour le club de Lincoln (aujourd'hui en D3 anglaise). Le surnom « Red Imps », lutins rouges en français, vient d'ailleurs d'une légende de cette ville des East Midlands.
Club relativement jeune par rapport aux autres équipes du pays, il est très largement le plus titré sur la scène nationale avec 29 Championnats, 20 Coupes de Gibraltar, 18 Coupes de la Ligue et 13 Supercoupes de Gibraltar. Sa domination est même presque totale au XXIe siècle avec 21 Championnats remportés sur 23 possibles.
| Compétition | Nombre de titres |
|---|---|
| Championnats | 29 |
| Coupes de Gibraltar | 20 |
| Coupes de la Ligue | 18 |
| Supercoupes de Gibraltar | 13 |
À l'international, les Red Imps ont été l'étendard de Gibraltar dès l'intégration du territoire à l'UEFA en 2013. Le club a multiplié les apparitions dans les tours préliminaires de C1, C3 et C4, signant notamment un énorme exploit en battant le Celtic Glasgow (1-0) au match aller du deuxième tour préliminaire de C1, le 12 juillet 2016.
Si la Ligue Conférence fait la part belle à plusieurs équipes de petits Championnats, les Lincoln Red Imps restent le plus petit club de la compétition. Selon Transfermarkt, ils possèdent l'effectif le moins bien valorisé de la C4. À titre de comparaison, celui-ci est 222 fois moins bien coté que celui de Crystal Palace, et 19 fois moins que celui de l'adversaire polonais de jeudi soir, le Lech Poznan, battu dans un Victoria Stadium que les Red Imps partagent avec toutes les autres équipes de Gibraltar.
S'appuyant principalement sur des vétérans (28,3 ans de moyenne d'âge, la 2e plus élevée de Ligue Conférence), le club mise surtout sur des joueurs locaux et des Espagnols - majoritaires dans l'effectif -, ce qui s'explique par une proximité géographique et linguistique dans les usages. Y figure notamment la légende locale Lee Casciaro, 44 ans, international jusqu'en 2024.
Les Red Imps comptent également dans leurs rangs un certain Ibrahim Ayew, demi-frère de Jordan et André et fils d'Abedi Pelé. À Gibraltar depuis 2016, il n'a pas eu la même carrière que les autres membres de sa famille, malgré une participation à la CAN 2010 et 7 sélections avec le Ghana. Mais il peut tout de même se targuer de jouer l'Europe, et même d'y avoir gagné un match, bien qu'il soit resté sur le banc contre Poznan.
Bruno’s Magpies
Sur le Rocher, où le foot est une religion aussi, l’un des meilleurs clubs locaux, les Bruno’s Magpies, ont été créés dans un pub du coin. À Gibraltar, la culture anglaise est imprégnée, et la plus incroyable des aventures ne pouvait naître que sur les comptoirs d’un pub. Le « Bruno’s » en l’occurrence. C’était en 2013. Ils viennent de gagner la Coupe contre la référence locale Lincoln FC, et disputent depuis deux saisons les tours préliminaires de Conférence League. Ils sont la meilleure équipe de pub du monde, en quelque sorte.
Loubière, ex-footballeur anonyme passé par Rodez, bosse alors pour l’une des nombreuses boîtes de paris sportifs qui pullulent à Gibraltar pour des raisons fiscales. Il raconte : « Louis Perry avait fait des essais dans tous les clubs de Gibraltar mais personne ne le voulait, parce que très peu de joueurs étrangers étaient autorisés à l’époque. Alors il a demandé à ses potes du Bruno’s de venir jouer dans son équipe, avec comme contrepartie bières, repas offerts et accès à la salle de sport du coin ! Moi, je cherchais un club côté espagnol, et j’étais ami avec des employés de sociétés de paris sportifs qui connaissaient bien Louis.
Les premiers joueurs sont validés après des tests sur une plage en Espagne, vu qu’il n’y a pas de terrain pour s’entraîner. Louis Perry embauche un certain Mike Embleton, pilier du Bruno’s et ami proche d’Alan Shearer, grand fan de Newcastle. Sa condition pour coacher ? Clément Loubière a fait deux saisons avec les Bruno’s Magpies, en D2 locale, avant de partir à Malte, puis de revenir en 2017. « Et là, le niveau avait sacrément évolué, les gars n’étaient plus seulement bons à la troisième mi-temps ! Je suis ensuite parti dans un autre club de deuxième division où il n’y avait pas trop besoin de s’entraîner régulièrement, via un transfert de 100 pounds : c’est le seul fait d’armes de ma carrière ! »
Les Bruno’s Magpies montent en D1 en 2019. Louis Perry, employé d’une agence immobilière du coin, fait aussi rentrer comme co-actionnaire l’un de ses clients : Haig Oundjian, médaillé aux championnats d’Europe de patinage artistique en 1972, et ancien vice-président du Watford d’Elton John. Beaucoup d’Anglais composent encore une équipe aux nationalités très bigarrées, avec 9 joueurs locaux qui travaillent en journée.
Le Match Gibraltar-France
Avec ses coéquipiers gibraltariens, le match Gibraltar-France, comptant pour la 3e journée des qualifications pour l’Euro 2024 était devenu un sujet de conversation récurrent pour Jocelyn Kola (29 ans), le milieu de terrain français d’Europa FC depuis juillet 2022.
« J’ai dit notamment à Jayce Olivero, un défenseur, qu’il allait souffrir face aux attaquants français. Ils n’ont pas forcément peur de croiser la France. Ils savent juste qu’ils vont souffrir.Jocelyn Kola, joueur français du Europa FCAvec ou sans Kylian Mbappé, Ousmane Dembelé ou n’importe quel autre tricolore, la France n’a en théorie pas grand-chose à craindre de Gibraltar, tant la différence entre les deux sélections est immense. »
« Il y a un monde d’écart. À Gibraltar, hormis à Europa FC et à Lincoln Red Imps, deux clubs qui fonctionnent de manière plutôt professionnelle, avec presque uniquement des joueurs qui ne vivent que du football, beaucoup, dont des internationaux d’autres équipes (Manchester 62, St. Joseph’s, Bruno’s Magpies), ont un travail et vont gagner un peu d’argent avec des primes de match. Comme le territoire est petit, il y a très peu de structures, et Europa, comme d’autres clubs, doit parfois aller s’entraîner en Espagne, juste de l’autre côté de la frontière. Ici, ils sont parfaitement conscients qu’ils ont très peu de chances de battre les Bleus ou même de faire match nul, mais ils vont jouer à fond », poursuit Kola.
« Depuis le temps, Gibraltar a l’habitude d’affronter des grosses sélections européennes. Quand j’en ai parlé avec des internationaux, ils n’ont pas forcément peur de croiser la France. »
« Ici, même s’ils suivent beaucoup le foot anglais et le foot espagnol, ils sont tous d’accord pour admettre que la France est au-dessus, et qu’elle possède un secteur offensif supérieur, reprend Jocelyn Kola. Le match est évidemment attendu, mais comme il se jouera au Portugal, puisque le Victoria Stadium est en rénovation, l’engouement n’est pas le même. Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de supporters de Gibraltar présents à Faro », suppose Kola. Mais il devrait y avoir un peu plus de 350 personnes dans l’enceinte portugaise, comme ce fut le cas le 26 mars face à la Grèce (0-3).
Dans sa jeune histoire, la Team 54 n’a que rarement posé de grosses difficultés à des nations européennes, et Bernard Challandes imagine mal la France se prendre les pieds dans le tapis vendredi soir. « Elle se rendra la tâche d’autant plus facile si elle marque vite. Physiquement, les Gibraltariens risquent de souffrir, car défendre, c’est fatigant. Attention, je ne suis pas en train de dire que les Bleus vont gagner 10-0.
Avec ses vétérans - les cousins Roy et Joseph Chipolina ont 40 et 35 ans, Lee Casciaro 41 et Scott Wiseman 37 - un gamin de 18 ans (Nicholas Pozo) sous contrat avec Cadix (Espagne) et un milieu de terrain - Niels Hartman - qui évolue à Loughborough Students, en 9e division anglaise, soit le niveau Départemental 1 en France, mais sans Liam Walker (35 ans), le meilleur buteur de la sélection (5 buts), Gibraltar va disputer vendredi un des matchs les plus attendus de son histoire.