Les confrontations historiques entre l'équipe de France de rugby et l'Afrique du Sud

L'histoire des rencontres entre le XV de France et les Springboks d'Afrique du Sud est riche en moments mémorables, en exploits et en matches qui ont marqué les esprits. Des victoires héroïques aux confrontations acharnées, retour sur quelques-uns de ces événements qui ont façonné la légende de ces deux nations du rugby.

1958 : Lucien Mias entre dans l'Histoire

Ils sont partis en juillet incognito quand rentrait d'une Coupe du monde en Suède l'équipe de France de football. Ils sont revenus un mois et demi plus tard couverts de gloire, victorieux pour la première fois des Springboks sur leurs terres en série de tests. Après un match nul (3-3) au Cap, les Tricolores du deuxième-ligne Lucien Mias furent héroïques à l'Ellis Park de Johannesburg lors du deuxième test, le16 août. Alors que les Sud-Africains menaient 5-3, Mias rameuta son pack, puis Lacaze et Martine ajustèrent chacun un drop-goal.

Les Français, épuisés au terme d'une éprouvante tournée de dix matches, l'emportèrent (5-9), célébrés en héros à leur retour. Jamais depuis 1903 et leur premier test international les Springboks n'avaient perdu une série de tests à domicile.

Le XV de France de 1958 (deuxième-test à Johannesburg, 5-9)

Le XV de France de 1958 (deuxième-test à Johannesburg, 5-9)
P. Lacaze (Lourdes) - Dupuy (Tarbes), Martine (Lourdes), Marquesuzaa (Racing CF), Stener (PUC) - (o) Haget (PUC), Danos (Béziers) - Moncla (Pau), Barthe (Lourdes), J. Carrère (Toulon) - Mias (Mazamet, cap.), Mommejat (Cahors) - Roques (Cahors), Vigier (Montferrand), Quaglio (Mazamet).Barthe, Moncla, Vigier et Quaglio lors du premier test au Cap.

1964 : Michel Crauste et les "Bestiaux"

La fédération sud-africaine fête son soixante-quinzième anniversaire à Springs, à l'est de Johannesburg. Ce n'est pas un test-match, c'est une collision, déjà... Les avants tricolores, surnommés "les Bestiaux", martyrisent le pack springbok et Pierre Albaladejo occupe le terrain au pied.

Juste avant la mi-temps, le flanker et capitaine Michel Crauste pulvérise un centre bok, le deuxième-ligne Benoit Dauga récupère le ballon et sert l'ailier Christian Darrouy qui sprinte et marque. Albaladejo transforme et la France l'emporte 6-8. Le président de la fédération sud-africaine, Danie Craven, est lui aussi défait.

Alors qu'ils profitent d'un séjour au Kruger Park en fin de séjour après avoir disputé cinq matches, les Tricolores sont invités à disputer une rencontre supplémentaire à Johannesburg face au Transvaal. Le match est d'une extrême violence mais là aussi les Tricolores s'imposent (9-21), au jeu comme au pugilat.

Christian Darrouy et André Herrero, l'un des fameux bestiaux, dans le vestiaire.

Le XV de France de 1964 (test-match à Springs, 6-8)
Dedieu (Béziers) - Gachassin (Lourdes), Capdouze (Pau), Piqué (Pau), Darrouy (Mont-de-Marsan) - (o) Albaladejo (Dax), (m) Laborde (Dax) - Crauste (Lourdes, cap.), Herrero (Toulon), Lira (La Voulte) - Dauga (Mont-de-Marsan), W. Spanghero (Narbonne) - Gruari (Toulon), Menthiller (Romans), Berejnoï (Tulle).

1993: Olivier Roumat prend la suite

Suivant le canevas tactique mis en place par leur coach Pierre Berbizier, les Tricolores jouent sobre autour de la charnière Hueber-Penaud. Après le match nul (20-20) obtenu à Durban grâce à une dernière mêlée d'anthologie, c'est au pied que Thierry Lacroix (quatre buts de pénalité et un drop-goal) et Alain Penaud (un drop-goal) scellent ce succès (17-18) en série de tests à l'Ellis Park de Johannesburg, en nocturne, ce 3 juillet.

Devant, impérial en touche, le capitaine Olivier Roumat, qui a succédé à Jean-François Tordo, blessé, est bien épaulé par l'infatigable flanker Philippe Benetton. Dangereux jusqu'à la dernière minute, les Springboks voient le tir au but de leur arrière Theo Van Rensburg passer juste sous la barre...

Alain Penaud prend le côté fermé, avec Hueber au soutien.

Le XV de France de 1993 (deuxième-test à Johannesburg, 17-18)
Sadourny (Colomiers) - Bernat-Salles (Pau), Sella (Agen), Th. Lacroix (Dax), Saint-André (Montferrand) - (o) Penaud (Brive), (m) Hueber (Toulon) - Cabannes (Racing CF), Cécillon (Bourgoin), Benetton (Agen) - Roumat (Dax, cap.), Merle (Grenoble) - Graou (Auch), Gonzalez (Bayonne), Armary (Lourdes).Remplaçant : Campan (Agen, 56e)

2001 : Fabien Galthié contre toute attente

Benazzi, Lamaison, Castaignède, Ntamack, Dourthe, Sadourny et le capitaine Pelous absents, blessés ou en retraite internationale, une équipe de France rajeunie, remaniée et promise à l'enfer se présente en Afrique du sud. Mais c'est mal mesurer la qualité de la relève (Jeanjean, Jauzion, Merceron, Chabal, Nallet, Vermeulen, Crenca).

Doté d'un nouveau capitaine, Fabien Galthié, le XV de France sort vainqueur de l'Ellis Park, 23-32, deux essais à un, dont celui de Dominici en bout d'aile sur une action en première main derrière touche. Les Bleus perdront (20-15) la semaine suivante au terme d'un match ultra violent, non sans avoir résisté. En partageant les tests (1-1), cette génération bleue entame son ascension.

Fabien Galthié à la lutte à l'Ellis Park, sous le regard de Sébastien Chabal.

Le XV de France de 2001 (premier test-match à Johannesburg, 23-32)
Jeanjean (Toulouse) - Dominici (Stade Français), Jauzion (Colomiers), Glas (Bourgoin), Bory (Montferrand) - (o) Merceron (Montferrand), (m) Galthié (Colomiers, cap.) - Magne (Montferrand), Tabacco (Stade Français), Chabal (Bourgoin) - Brouzet (Northampton), Auradou (Stade Français) - De Villiers (Stade Français), Ibanez (Castres), Crenca (Agen)
Remplaçants : Vermeulen (Brive, 55e), Nallet (Bourgoin, 78e), Califano (Toulouse, 78e).

Il y aura bien un test victorieux en 2006 (26-36) au Cap, mais il ne s'agissait pas d'une tournée sinon d'un match unique.

1961 : Le match du siècle (0-0)

Le 18 février 1961, au stade Yves du Manoir, à Colombes, les Bleus accueillent pour la troisième fois de leur histoire l'Afrique du Sud, chez qui ils se sont imposés trois ans auparavant (9-5). Depuis, les Springboks ont repris du poil de la bête, et débarquent en Europe, invaincus depuis deux ans. "Ils étaient venus faire une tournée", racontait en 2012 le troisième ligne Michel Crauste, dans une vidéo diffusée par la Fédération française de rugby (FFR). "Ils avaient battu l'Irlande, l'Angleterre, l'Écosse et le pays de Galles, et ils rencontraient l'équipe de France pour leur dernier match, vraisemblablement pour gagner l'ultime rencontre et sortir entièrement victorieux de leur tournée."

Pour les Bleus, l'enjeu est clair : réaliser un exploit pour empêcher l'Afrique du Sud de repartir après un parcours parfait. Et la pression est rapidement montée.

France - Afrique du Sud : World Rugby reconnait 5 erreurs d'arbitrage

"Nous ne prenions pas cela comme un match ordinaire, loin de là, mais nous étions conscients que c'était une équipe imbattable", affirmait Pierre Albaladejo, demi d'ouverture des Tricolores ce soir-là. "Nous étions de purs amateurs", rappelait-il. "La concentration était une chose difficile dans les matchs internationaux. Mais après la forte publicité autour de ce match, nous étions conscients. Dès la veille, nous ne parlions pratiquement plus entre nous, mais nous avions des gestes qui voulaient tout dire : des clins d'œil, le pouce levé..."

"Nous étions très motivés, nous avions serré les rangs et nous avions fait un match fabuleux, héroïque, pour [contenir] la fougue des Springboks", soulignait Michel Crauste. "Nous avions fait ce fabuleux match nul, dont on a dit que c'était le match du siècle." "C'était un match très engagé, très féroce", abondait Pierre Albaladejo. "Un demi-siècle plus tard, il nous est difficile d'expliquer que l'on peut jouer un match extraordinaire en ne marquant aucun point ni d'un côté ni de l'autre."

Novembre 2009 : Une victoire marquante à Toulouse

À l'heure d'affronter les champions du monde en titre, les Bleus sortent d'une tournée d'été plutôt réussie en Océanie, avec une victoire en Nouvelle-Zélande (27-22), la dernière face aux All Blacks d'ailleurs à ce jour, une courte défaite (10-14) puis un accroc plus lourd en Australie (6-22). Les Springboks viennent eux de remporter leur série de tests face aux Lions puis le Tri Nations.

Pas favoris au coup d'envoi, les Bleus l'emportent pourtant devant un Stadium comble (20-13, 11-13 à la pause). Impressionnants en mêlée fermée et dans le jeu au sol, les Bleus ont su répondre au défi physique de leurs visiteurs.

«On a fait un match quasi parfait, réagit Barcella en zone mixte. C'est une victoire qui restera gravée dans nos mémoires. Ça fait quelque chose de les voir, eux les champions du monde, têtes basses...» «Je suis très fier d'eux dans le sens où ils ont réussi à allier un engagement féroce dans le combat et une grande lucidité pour jouer et ne pas faire de fautes, souligne Didier Retière, l'entraîneur des avants. Ce qui s'est passé à Toulouse va marquer l'histoire du groupe !»

Le samedi suivant, les Bleus retrouvent le Stade de France face aux Samoa, avec une équipe largement remaniée (12 changements dans le 15 de départ). Seuls Clerc, Picamoles et Trinh-Duc conservent leur place, le tout pour une large victoire (43-5, 33-0 à la mi-temps).

Mais l'équipe de France a acquis des certitudes qui lui permettront d'enchaîner avec le Grand Chelem au Tournoi 2010, le dernier acquis par le XV de France.

Tournée d'automne 2025 : La désillusion au Stade de France

Deux ans après l’élimination en quarts de finale de la Coupe du monde 2023 face à ces mêmes Springboks, le XV de France retrouvait l’Afrique du Sud, dans un contexte, quoi qu’on en dise, chargé d’émotion. Mais le scénario a viré au cauchemar : défaite 17-32. Tout avait pourtant bien commencé. Portés par un Damian Penaud étincelant, auteur de deux essais en première période, les Bleus menaient 14-6 à la demi-heure de jeu.

En seconde période, les doubles champions du monde en titre ont infligé un cinglant 19-3 aux Français. Des chiffres qui traduisent une vérité : la France a eu le ballon, mais l’Afrique du Sud en a fait bien plus.

Fabien Galthié, sélectionneur des Bleus, résumait parfaitement ce moment de bascule en conférence de presse d’après-match. Avant d’ajouter, admiratif : « Leur deuxième mi-temps a été très puissante et efficace. Car si les Bleus ont dominé par séquences, ils ont aussi subi physiquement dans les rucks et se sont désunis défensivement après l’heure de jeu. L’Afrique du Sud, elle, a prouvé une nouvelle fois sa résilience. Pour le centième match de son capitaine Siya Kolisi, les Boks ont livré une masterclass de rigueur et d’intensité.

Ce revers ne condamne pas le XV de France, mais il interroge. Comment une équipe capable de mener au score, en supériorité numérique, peut-elle s’effondrer à ce point ? Face à une Afrique du Sud pragmatique et implacable, ces failles se paient cash. Perdre contre les doubles champions du monde n’a rien d’infamant. Mais tomber de cette manière, à domicile, face à une équipe réduite à 14 pendant plus de quarante minutes, a de quoi inquiéter.

Chiffres clés des confrontations France - Afrique du Sud

L'histoire tourne ovale entre l'Afrique du Sud et la France depuis plus d'un siècle. D'ailleurs, alors qu'on commémore le centenaire de l'armistice de la Grande Guerre, il est bon de rappeler que des Sud-Africains et notamment des rugbymen sud-africains sont venus combattre en France et sont morts au front.

  • 43 : C’est le nombre de rencontres disputées par les deux formations, dont la première fut remportée par les Sud-Africains 38-5 en 1913 le 11 janvier à Bordeaux, au Bouscat.
  • 18 : C'est le nombre de matches contre l'Afrique du Sud joués à domicile: cinq victoires, un nul et douze défaites.
  • 42 : C’est l'écart de points le plus important après la plus lourde défaite encaissée par les Bleus face aux Springboks. Défaits sur un résultat sans appel, 52 à 10, au Parc des Princes, le 22 novembre 1997. Le plus grand écart de points lors d’une victoire française se monte quant à lui à 20 points, et remonte au 9 novembre 2002 à Marseille.
  • 1 : Malgré cette longévité sur la scène internationale, la France et les Springboks ne se sont affrontés qu’à une seule reprise en Coupe du Monde.
  • 6 : C’est le nombre de victoires consécutives de l’Afrique du Sud face à la France, une série entamée le 12 juin 2010 et marquée au fer rouge par l’enchaînement des trois défaites désastreuses du XV de France lors de la tournée d’été 2017. Avec une moyenne de 36 points encaissés par matchs pour seulement 13 points inscrits par les Bleus.
  • 13 novembre 2009 : Lorsque l’on cherche la dernière victoire du XV de France face aux Springboks. Le XV de France une fois de plus donné outsider s’était imposé 20 à 13 en dominant physiquement des Sud Af’s au sommet de leur art.

Le match avait pourtant démarré comme dans un rêve pour les Bleus, avec un premier essai planté par Damian Penaud sur une merveille de passe au pied dans la diagonale de Thomas Ramos (4e). L'ailier droit de l'UBB a aplati des ballons plus difficiles, mais celui-là restera dans les annales, car il lui permet de dépasser Serge Blanco et de devenir, avec 40 unités, le meilleur marqueur de l'histoire des Bleus.

Mais il était dit que Penaud n'en resterait pas là. Il récidiva un peu plus tard sur un magnifique mouvement au large magnifié par une longue passe de Ramos et conclu d'un plongeon en coin (27e).

C'est ainsi que l'ouvreur Sacha Feinberg-Mngomuzulu sanctionna de deux pénalités l'indiscipline tricolore (10e, 12e) et que le demi de mêlée Cobus Reinach transperça un peu trop facilement le rideau défensif des Bleus avant de jouer au pied pour lui-même dans le dos de Penaud et de marquer à son tour, permettant aux siens de recoller au score (14-13, 33e).

Et puis, il y a eu cette action juste avant la mi-temps, ce plaquage à l'épaule du deuxième-ligne sud-africain Lood de Jager sur la tête de Thomas Ramos. Un geste dangereux, logiquement puni d'un carton rouge, qui obligea les Springboks à évoluer à 14 contre 15 pendant une bonne partie de la seconde période.

Résultat ? Trois essais inscrits en moins d'un quart d'heure par Andre Esterhuizen sur un ballon porté (65e), Grant Williams sur un départ au ras après une feinte de passe (72e) et l'inévitable Feinberg Mngomuzulu sur une belle action collective (77e).

tags: #equipe #de #france #rugby #afrique #du