Au début des années 1980, l'équipe de France de rugby traverse une période de transition et de défis. Après les succès éclatants des années précédentes, notamment le Grand Chelem de 1977, l'équipe peine à retrouver sa superbe. Cet article explore le contexte, la composition de l'équipe et les moments clés de cette époque charnière.

Contexte et Défis Initiaux
En ce 17 janvier 1981, au moment d’entrer sur la pelouse du Parc des Princes pour y affronter l'Écosse et lancer son Tournoi des 5 Nations, l’équipe de France n’est plus la machine implacable, froide et sûre d’elle de 1977. Les Français sortent d’un Tournoi 1980 d’une tristesse infinie (une seule victoire face à l’Irlande), ont été écrasés par les Boks et viennent d’être battus par la modeste Roumanie au mois de novembre précédent (15-0). A l’époque, il n’en faut pas plus pour que les Bleus perdent de leur superbe et soient catalogués comme une équipe de "seconde zone".
En coulisse, tout part aussi à vau-l’eau. Les guerres intestines à la FFR font rage, Elie Pebeyre est écarté fin 1980 et Jacques Fouroux, qui a abandonné ses galons de demi de mêlée enfile la première casquette d’entraîneur-sélectionneur de l’histoire du rugby français. Il se donne alors pour mission de replacer la France sur l’échiquier du rugby européen. Pour y parvenir, le "petit Caporal" bâtit une équipe de soldats. Fait fi des clivages et de la bienséance qui sclérosent alors le rugby français.
La Composition de l'Équipe
Pour redynamiser l'équipe, Jacques Fouroux fait appel à des joueurs d'expérience et lance de nouveaux talents :
- Retours d'anciens: Imbernon, Rives, Paparamborde, héros du grand chelem de 1977, sont rappelés pour apporter leur expérience et leur leadership.
- Nouveaux talents: Laporte et Revallier, jouant pour Graulhet, sont intégrés, tout comme Berbizier et Blanco, lancés dans le grand bain du Tournoi.
Le Tournoi des 5 Nations 1981: Une Épopée Inattendue
Le Match le Plus Violent du Rugby | France vs Angleterre 1992
L'épopée de 1981 bascule dans l’irrationnel après la victoire inaugurale contre l'Écosse, acquise dans la douleur mais de manière somme toute assez logique au vu de la physionomie du match, après deux essais de Gabernet et Blanco (son premier dans le Tournoi). Avant le déplacement en Irlande, l’ouvreur Bernard Viviès se blesse et c’est Guy Laporte, ouvreur de Graulhet qui est appelé au chevet des Bleus pour le remplacer au pied levé.
Touché au genou, Yoram Moefana doit déclarer forfait dans la dernière ligne droite. Il ne lui faudra pas plus d’une poignée de secondes pour entrer dans la légende, en inscrivant un drop-goal venu de nulle part pour lancer idéalement les Bleus dans l’enfer de Lansdowne Road. Guy Laporte, tragiquement décédé en janvier dernier, aimait parler de la motivation instillée par Fouroux et de l’importance de ce premier "coup de pied tombé" : "Jacques Fouroux a su me remonter avant le match, par des mots simples. Après une causerie de Jacques, nous aurions pu nous jeter dans un ravin ! Ce drop-goal tenté et réussi après moins d’une minute de jeu m’a permis d’entrer dans mon match. Il m’a donné l’assurance nécessaire pour affronter le vent tourbillonnant et la furia irlandaise."
Laporte, sûr de lui, porte les Bleus en inscrivant au total deux drops-goals et deux pénalités. Pardo et Gabernet aplatissant chacun un essai, le XV de France l’emporte en Irlande, 19-13.
En suivant, les Bleus maîtrisent le pays de Galles à Paris, dans un match haché, où Serge Gabernet et Guy Laporte, encore eux, brillent particulièrement, inscrivant à eux deux les 19 points de la victoire bleue (un essai, deux pénalités pour Gabernet ; trois pénalités pour Laporte). Ce match final face à l’Angleterre restera comme un condensé de ce qu’était cette génération de 1981. Un juste mélange de vice, de talent et de finesse.

Au cours d’une première mi-temps de rêve, conclue sur le score sans appel de 16 à 0, les coéquipiers de Jean-Pierre Rives inscrivent l’un des plus beaux essais de l’histoire du rugby français : percée de Rives, relais de Berbizier, deux feintes de corps, service parfait vers Laporte, passe sur un pas vers Bertranne qui transmet à Pardo.
La suite de l’action confine au sublime : Pardo trouve Codorniou, demi-tour contact et offrande à Pardo qui avait eu la lucidité de croiser sa course. Une certaine idée du rugby, un pur morceau de "french flair". Un essai splendide qui tranche avec la deuxième réalisation, du regretté Pierre Lacans, qui marque sans opposition après un coup de filou de Pierre Berbizier, qui joue vite une pénalité, beaucoup trop vite pour les Anglais.
Malgré une pluie de pénalités en deuxième période permettant aux Anglais de recoller au score, les Bleus l’emportent 16-12. La bande à Fouroux a réussi sa mission.
L'équipe de France à la Coupe du Monde 1987
L'équipe de France a atteint la demi-finale de la première Coupe du monde de rugby en 1987, affrontant l'Australie dans un match mémorable. Voici quelques détails clés de cette période :
- Parcours en Coupe du Monde: L'équipe a montré une montée en puissance progressive durant le premier tour, avec des victoires contre la Roumanie et le Zimbabwe, ainsi qu'un match nul contre l'Écosse.
- Demi-Finale Épique contre l'Australie: Ce match est considéré comme l'un des plus grands de tous les temps, avec une victoire française à la dernière minute grâce à un essai de Serge Blanco.
- Composition de l'Équipe: L'équipe comptait des joueurs majeurs tels que Pascal Ondarts, Daniel Dubroca, Jean-Pierre Garuet, Philippe Dintrans, Alain Lorieux, Jean Condom, Éric Champ, Dominique Erbani, Jean-Luc Joinel, Laurent Rodriguez, Pierre Berbizier, Guy Laporte, Franck Mesnel, Patrice Lagisquet, Denis Charvet, Philippe Sella, Didier Camberabero, Patrick Estève, Eric Bonneval, Jean-Baptiste Lafond et Serge Blanco.
- Gestion de Jacques Fouroux: En tant que manager, Fouroux a su isoler le groupe, remonter tout le monde contre la terre entière, et s'appuyer sur des leaders de jeu comme Berbizier, Dubroca et Blanco.
Voici la composition de l'équipe de France lors de la demi-finale contre l'Australie :
| Poste | Joueur (France) | Joueur (Australie) |
|---|---|---|
| Arrière | Blanco | Campese |
| Ailiers | Camberabero, Lagisquet | Grigg, Burke |
| Centres | Sella, Charvet | Slack (cap), Papworth |
| Demi d'ouverture | Mesnel | Lynagh |
| Demi de mêlée | Berbizier | Farr-Jones |
| Troisième ligne | Rodriguez, Erbani, Champ | Poidevin, Coker, Miner |
| Deuxième ligne | Condom | Curtler, Campbell |
| Pilier | Ondarts | McIntyre |
| Talonneur | Dubroca | Lawton |
Malgré cette victoire mémorable, la France a perdu en finale contre la Nouvelle-Zélande.
Les Sud-Africains Ayant Évolué en Équipe de France
Plusieurs joueurs d'origine sud-africaine ont marqué l'histoire du rugby français. Voici quelques exemples notables :
- Pieter de Villiers : Avec 69 sélections, il est le joueur sud-africain le plus capé ayant joué pour la France. Il a remporté plusieurs titres de champion de France avec le Stade Français et a été un cadre de la sélection française, remportant quatre Tournois des Six Nations dont deux Grands Chelems.
- Bernard Le Roux : Arrivé en France en 2009, il a été sélectionné en équipe de France en 2013. Il est reconnu pour son exemplarité sur le terrain et la rudesse de ses plaquages.
- Paul Willemse : Champion du monde des moins de 20 ans avec les Baby Boks en 2012, il a rejoint Grenoble puis Montpellier. Il a été nommé dans l'équipe-type du Tournoi des VI Nations en 2022 et a remporté le championnat de France avec Montpellier.
- Brian Liebenberg : Repéré en Italie, il a rejoint Grenoble puis le Stade Français. Il a participé à la Coupe du monde 2003 et a été triple champion de France avec le Stade de France.
- Eric Melville : Le premier Sud-Africain à jouer pour l'équipe de France. Il a été naturalisé français et a remporté deux fois le championnat de France avec Toulon.
- Dries Van Heerden : Arrivé en France en 1987, il a joué pour Tarbes et a été sélectionné deux fois en équipe de France en 1992.