L'Équipe de France de Rugby 1977: Une Épopée Légendaire

Le Tournoi des VI Nations de rugby est à l’affiche jusqu’au 19 mars. Et celui de 1977 n’est peut-être pas le plus beau, mais c’est sans doute le plus abouti. En 1977, c’est un autre cocorico qui est lancé par quinze torses fiers, virils et courageux.

Ceux de l’équipe de France de rugby entraînée par Jean Desclaux, dit Toto, qui remporte le Tournoi des Cinq Nations (elles seront six en 2000 avec l’entrée en lice de l’Italie) en battant le Pays de Galles, l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande.

L’équipe de France 1977. Assis (de gauche à droite): Harize, Bertranne, Aguirre, Fouroux, Romeu, Sangalli, Averous. Debout (de g à d) : Paco, Paparemborde, Rives, Skrela, Cholley, Imbernon, Palmié, Bastiat.

Un Contexte Spécial

Il s’en est passé des choses cette année-là. «Beau le bateau, dansant sur les vagues, ivre de vie, d’amour et de vent», chante Marie Myriam à l’Eurovision.

Ce bateau c’est surement celui des Bleus qui réussissent l’exploit d’envoyer par dessus bord l’armada du Royaume-Uni sans encaisser un seul essai et sans changer un seul marin de l’équipage durant ces quatre batailles ovales.

Les Héros de 1977

Difficile de ressortir un joueur du lot. Mais s’il en fallait un, je choisirais Jacques Fouroux. Surnommé le Petit Caporal en raison de sa taille (1,63m) et de son caractère entier, sa science du jeu fait merveille.

Dés le début du match face à l’Écosse, il est victime d’une fracture du nez. Le visage en sang et avec du coton dans les narines, Fouroux reste sur le terrain, malgré l’avis contraire des médecins.

Fin janvier 1977, l’ailier Guy Novès apprend à la radio qu’il est retenu pour le match France-Galles. A 22 ans, c’est sa première sélection, la seule chose qui compte, évidemment. Las, à quarante-huit heures du coup d’envoi, une cheville endolorie va laisser passer ses rêves.

Le futur sélectionneur de l’équipe de France en 2016 sera remplacé par le Voultain Jean-Luc Averous.

Jacques Fouroux, le capitaine emblématique de l'équipe de France en 1977.

L'Esprit d'Équipe et la Préparation

Les rassemblements du XV de France ont traditionnellement lieu le jeudi en début de soirée au siège de la FFR (Fédération française de rugby). Or, à une quinzaine de minutes de là, se situe «L’Enclos de Ninon», un restaurant proche de la place de la Bastille tenu par des Ardéchois, amis de Jacques Fouroux.

«Un match ne se gagne pas qu’avec des paroles, il y a d’abord une ambiance à créer», estime le capitaine des Bleus avant le premier match du Tournoi 77. Le midi de ce fameux rassemblement, tous les titulaires se retrouvent donc pour déjeuner.

Au menu: champagne à l’apéritif, huitres, onglet de bœuf, fromage, dessert et vin à volonté. Alain Paco n’aurait jamais dû terminer ce Tournoi des Cinq Nations 77.

Admis d’urgence à l’hôpital de Béziers pour une crise d’appendicite, le 12 mars, à une semaine d’Irlande-France, le talonneur tricolore est incapable de s’alimenter. Pendant quarante-huit heures, le médecin lui applique de la glace et le soigne aux antibiotiques.

Trois jours plus tard, il quitte sa chambre et rejoint Dublin. Il offre la passe décisive à Jean-Pierre Bastiat qui aplatit derrière les poteaux irlandais. Trois mois plus tard, Paco est opéré d’urgence à Béziers. «Ce jour-là, j’ai failli mourir», confesse-t-il.

Ce n’est pas le plus médiatique des sélectionneurs français. Mais «Toto» Desclaux possède l’art de sublimer ses troupes.

Et avant le décisif Irlande-France, dernière étape du Grand Chelem, il dissimule un magnétophone à l’intérieur de son sac de sport. A quelques minutes du coup d’envoi, Desclaux fait écouter à ses joueurs le bouleversant «Va, pensiero», le chœur des esclaves, issu du Nabucco de Verdi.

«Avec cette musique-là, vous ne pourrez jamais perdre», promet-il.

Flasback en 1977 quand la France remportait le tournoi des Cinq Nations

Le Parcours vers le Grand Chelem

« Ce Grand Chelem a pris racine en 1976 quand le Pays de Galles nous en a privés. L’année suivante, avec cette équipe au jeu si décrié, mais solide dans toutes ses lignes, avec des gars comme Paparemborde, Cholley, Palmié, Bertranne, Aguirre et bien sûr le « petit » (Fouroux), on avait confiance en nos forces.

Il le fallait pour se croire capable de battre les Gallois des frères Williams et de Gareth Edwards, ce qu’ils firent d’entrée de Tournoi, au Parc, 16-9 avec deux essais à la clé (Harize et Skrela) et 8 points ajoutés par le pointu de Jean-Pierre Romeu. Loin du french flair tant redouté par les Anglo-Saxons, les Français avaient proposé un jeu plus clinique, basé sur un pack qui n’avait peur de rien, fait d’engagements et de volonté, de discipline collective, et de réalisme offensif avec le talent des trois-quarts, l’élégance d’Aguirre, la vista de son coéquipier bagnérais Bertranne.

C’est d’ailleurs Sangalli qui fit la différence à Twickenham pour le second match. Grâce à un pack de fer renouvelé en début de compétition (Cholley, Imbernon, Palmié rejoignaient Paparemborde et Paco), à la générosité légendaire de Rives… et à la faillite du buteur anglais, Alastair Hignell (cinq échecs sur six !), le XV de France avait su se hisser à la hauteur de l’événement, sans répondre aux provocations, sans tomber dans le piège savamment orchestré par la presse anglaise qui qualifiait la France de « horde sauvage ».

Plus que la victoire face aux Gallois, ce succès étriqué dans le Crunch symbolisait les vertus d’un groupe courageux, à l’intelligence collective affirmée, en acte fondateur de ce Grand Chelem 1977. Mené de main de maître par le « Petit caporal », plus rien ne pouvait arrêter ce XV de France là.

Ni l’Ecosse, laminée au Parc 23-3 avec quatre essais à la clé (Paco, Harize, Bertranne et Paparemborde), ni l’Irlande terrassée à Lansdowne Road (15-6) après une seconde période de très haut niveau qui paracheva le succès tricolore, et lui offrit la légitimité d’un beau vainqueur.

Célébration de la victoire du Grand Chelem en 1977.

L'Héritage et la Nostalgie

« Nous étions plus qu’une équipe de rugby, souligne Jean-Claude Skrela, une vraie famille qui vivait super bien ensemble, sur le terrain comme en dehors. C’est d’ailleurs loin de l’en-but de Cardiff ou de Twickenham que s’est construit ce deuxième Grand Chelem, lors des convocations du jeudi soir pour des rassemblements qui donnaient lieu à des soirées très animées.

« Un match ne se gagne pas qu’avec des paroles, disait Jacques Fouroux, organisateur en chef des troisièmes mi-temps. Il faut aussi créer une ambiance. Celle de 1977 s’est bonifiée à L’Enclos de Ninon, un restaurant proche du siège de la Fédération dont le propriétaire ardéchois était un ami du Petit Caporal.

Loin de la diététique du rugby moderne, les victoires de la bande à « Toto » Desclaux, l’entraîneur, ont aussi pris racine devant un bon fromage, une bonne bouteille de vin et une viande rouge à souhait, pour des moments de convivialité qui « nous permettaient aussi de nous dire les choses, souligne Skrela, de ne rien laisser enfoui. On s’engueulait parfois, le ton montait haut, mais, au final, tout le monde acceptait ce fonctionnement pour le bien d’un groupe qui était toujours dans la bienveillance et l’empathie.

Et ce n’est pas Alain Paco qui dira le contraire, lui qui puisa dans ce supplément d’âme la force nécessaire pour ne pas abandonner ses potes avant le dernier match en Irlande. Admis aux urgences de l’hôpital de Béziers une semaine avant, victime d’une crise d’appendicite, l’avant biterrois ne s’alimenta plus pendant deux jours.

Pas la préparation idéale avant un tel choc. Il tint malgré tout à être présent au coup d’envoi, contre l’avis des médecins et des dirigeants de la FFR qui voulaient le remplacer. C’était sans compter sur sa détermination et la confiance de tout un groupe pour son talonneur. Au final, c’est lui qui offrit la passe décisive à Jean-Pierre Bastiat pour l’essai libérateur.

Peu importe qu’il se fasse opérer trois mois plus tard après des complications qui faillirent lui coûter la vie. L’essentiel était fait. La France avait décroché son 2ème Grand Chelem. Alors qu’il devait fêter sa première cape internationale, Guy Novès a dû déclarer forfait avant le premier match face au Pays de Galles.

Blessé à une cheville, l’ailier du Stade Toulousain laissa sa place à Jean-Luc Averous de La Voulte qui ne la quitta plus de tout le Tournoi.

Quarante ans après avoir remporté en 1977 sous le capitanat de Jacques Fouroux le seul Grand Chelem disputé par seulement quinze joueurs, treize des héros de cette épopée se retrouvent à L'Equipe. L'occasion de les revoir en action. Et hors du terrain.

Résultats de l'Équipe de France en 1977
Date Match Résultat
5 février 1977 France - Pays de Galles 16 - 9
19 février 1977 Angleterre - France 3 - 4
5 mars 1977 France - Écosse 23 - 3
19 mars 1977 Irlande - France 6 - 15

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