L'équipe de Bulgarie de football a une histoire riche, marquée par des moments de gloire et de déception. Des qualifications mémorables aux compétitions internationales, les "Lions" ont souvent déchaîné les passions et rythmé les époques.

Les débuts et l'ère communiste
La Bulgarie a fait de la figuration depuis la naissance de l’équipe nationale en 1922. Jamais qualifiée pour un grand tournoi, elle avait accumulé une série de défaites, parfois spectaculaires (ainsi un 0-13 à Madrid face à l’Espagne en 1933), dont deux face aux Bleus : 3-5 à Sofia en 1932 et 1-6 au Parc des Princes en 1938.
Mais les choses ont changé avec l’arrivée des communistes au pouvoir en 1944. Le nouveau régime a vigoureusement développé les activités sportives, sur le modèle soviétique, et le football bulgare a quitté les bas-fonds.
En clubs, le CDNA Sofia, ancêtre du CSKA, s’est taillé la réputation d’un adversaire jouable mais difficile à manier.
Le championnat de Bulgarie de football a été créé en 1924. Longtemps dominé par les deux grands clubs de la capitale, le CSKA Sofia et ses 31 titres, et le Levski Sofia et ses 26 titres, aujourd’hui, le pays doit aussi compter sur un club comme le Ludogorets Razgrad qui dispose de moyens conséquents et monte en puissance depuis 2012 avec 4 titres de champion consécutifs.
Les qualifications pour la Coupe du Monde 1962 et l'Euro 1964
Quand l’équipe de France entre sur le terrain de Colombes, le dimanche 11 décembre 1960, elle ne sait pas qu’elle va tirer les premières salves d’une longue guerre. La Bulgarie qui s’aligne à ses côtés pour les hymnes, avant ce match des qualifications à la Coupe du monde 1962, n’a pourtant rien d’un gros calibre.
Onze mois plus tard, à la dernière journée des qualifications, c’est le match retour à Sofia. Les deux équipes ayant fait carton plein contre le troisième larron du groupe, la Finlande, un nul suffit aux Bleus pour se qualifier.
Le 12 novembre, dans le vent glacial et l’ambiance brûlante du stade Vassil-Levski, les Bleus tiennent bon. Rien n’a été marqué et la porte de l’avion pour le Chili est déjà entrouverte quand survient un coup franc à l’angle de la surface tricolore à la dernière minute.
Troisième au monde en 1958, quatrième en Europe en 1960, l’équipe de France n’est même pas présente au rendez-vous mondial de 1962.
Le hasard du tirage au sort remet la Bulgarie sur la route des Tricolores en huitième de finale de ce qui s’appelle encore la Coupe d’Europe des Nations, à l’automne 1963.
À l’approche du match retour, le 26 octobre, la deuxième affaire Kopa éclate. Lui et Verriest ont pourtant accepté d’enterrer la hache de guerre, et le sélectionneur a rappelé le plus illustre des joueurs français de l’époque pour ce match capital.
Les Bulgares, dont la solidité et la cohésion sont les vertus premières, font le gros dos et attendent la baisse de régime des Tricolores.
Au coup de sifflet final, c’est lui que l’on porte en triomphe pour le tour d’honneur des vainqueurs. Les Bleus ont fait preuve d’un mental que l’on n’espérait pas et ont vengé Milan, à défaut d’avoir effacé le souvenir de M. L’aventure de l’Euro s’arrêtera en quart de finale (1-3, 1-2) face à une très belle équipe hongroise qui remportera le tournoi olympique de 1964 et se distinguera en Coupe du monde 1966.
Les Coupes du Monde 1970 et 1974
Celui qui a été trois fois "Footballeur bulgare de l’année" (1969, 1972 et 1973) participe à deux Coupes du Monde.
Au Mexique en 1970, les Lions emmenées par Georgi Asparuhov n'accèdent pas au second tour, malgré un but de Bonev face au Pérou lors de la première confrontation. La Bulgarie quitte le tournoi sans avoir gagné un seul match.
Le Mondial 1974 reste semblable au précédent, avec une nouvelle élimination dès la phase de poules. Même le but marqué contre l'Uruguay n'apportera pas la victoire tant espérée en Coupe du Monde pour la Bulgarie.
Le match France-Bulgarie de 1993 et la génération dorée
Un mois après avoir perdu contre Israël, les Bleus accueillent la Bulgarie avec pour obligation de ne pas perdre pour se qualifier à la Coupe du monde 1994.
Tout d’abord, les Bulgares vont se rendre célèbre un certain 16 novembre 1993, en remportant une victoire 2 buts à 1 au Parc des Princes, sur un rush d'Emil Kostadinov… à la 93ème minute, qualifiant ainsi son équipe pour le Mondial américain.
C'est moi qui ai donné le ballon à David (Ginola). Personne ne voulait aller au ballon, j'ai joué le coup franc en mettant le frein à mains, à deux à l'heure, pour gagner du temps, quitte à prendre un carton jaune, je m'y attendais d'ailleurs mais ça n'a pas été le cas. La seule option à ma disposition, c'est David qui me demande le ballon. Il a la tête dans le gazon, avec l'idée de provoquer et de donner le ballon à Cantona pour marquer. Après, je fais un sprint de 70 mètres sur le retour.
Dans le vestiaire, il n'y a pas de tonalité, pas de son, plus un bruit. C'est la désolation. Un ouragan est passé, avant que la vie ne reprenne. C'est un sentiment très brutal.
C'est un gâchis, parce qu'on avait une génération exceptionnelle. Entre 1990 et 2000 on a peut-être eu les plus belles générations du foot français, quand on voit que le nombre d'équipes françaises qui allaient dans le dernier carré des coupes d'Europe, certes dans des formats différents... On a été demi-finalistes de l'Euro 1996, puis il y a eu la Coupe du monde 1998 et l'Euro 2000. En 1988 on avait été champions d'Europe Espoirs, les seuls en France, avec les Cantona, Roche, Angloma, Blanc, Sauzée, Silvestre, moi... On a été une génération jetée à la poubelle. Et quand on voit le parcours de la Bulgarie au Mondial-1994, demi-finaliste, il y a de quoi avoir des regrets.
Cette génération dorée des Krasimir Balakov et Trifon Ivanov, emmené par le buteur caractériel Hristo Stoickhov va alors entrer dans l’histoire.
Qualifiée pour les quarts de finale avec brio, les bulgares réalisent le match parfait face à l'Allemagne, championne du monde en titre, et s’impose magistralement 2 buts à 0. Letchkov plantera même la seconde réalisation d'une superbe tête récompensant une formidable Coupe du Monde.
Quelques joueurs emblématiques de cette période:
- Hristo Stoichkov: Soulier d’or du meilleur buteur européen 1990, Ballon d’or 1994, Meilleur buteur de le Coupe du Monde 1994, 5 fois champion d’Espagne dans l’équipe de Barcelone, vainqueur de la ligue des champions en 1992.
- Yordan Letchkov: Il a également participé à l'Euro 1996 et à la Coupe du Monde en France en 1998.
- Emil Kostadinov: International dès 1987, il est titulaire lors du tristement célèbre France-Bulgarie, le tout dernier match de qualif de la Coupe du Monde US qui a eu lieu le 17 novembre 1993. C'est lui qui offre à deux secondes de la fin du temps réglementaire le but à Emil Kostadinov.
- Krasimir Balakov
- Trifon Ivanov
| Joueur | Poste | Sélections | Buts |
|---|---|---|---|
| Hristo Stoichkov | Attaquant | 83 | 37 |
| Krasimir Balakov | Milieu de terrain | 92 | 16 |
| Yordan Letchkov | Milieu de terrain | 45 | 5 |
Il raconte cette histoire insensé: "Kostadinov et Penev sont entrés en France sans les autorisations nécessaires pour passer la frontière. Cette histoire a l’air d’une légende mais elle est vraie. Les deux avaient des problèmes de visa, et, pour arriver à Paris, ont demandé l’aide de notre gardi jen Borislav Mihaylov et de Georgi Georgiev, qui jouaient à l’époque à Mulhouse. Ils ont donc passé la frontière entre l’Allemagne et la France dans une voiture conduite par Georgiev, en choisissant un poste de frontière peu sécurisé.
France - Bulgarie 1993 | Résumé et témoignages
D'autres figures emblématiques
- Georgi Asparuhov: Au Mexique en 1970, les Lions emmenées par Georgi Asparuhov n'accèdent pas au second tour.
- Hristo Bonev: Deuxième meilleur buteur de l’histoire de la Bulgarie, Hristo Bonev a porté haut les couleurs de son équipe nationale.
- Dimitar Ivankov: Gardien de but moins connu et au profil un peu plus atypique que Borislav Mikhailov, portier charismatique de Bulgarie, Dimitar Ivankov est à classé dans une autre case: celui des véritables spécialistes des tirs aux buts.
- Mihail Lozanov: Surnommé Tanka pour son tir surpuissant, Mihail Lozanov était un superbe attaquant du Levski Sofia dans les années 30.
Auteur de 39 buts en 59 matchs entre 1930 et 1937, il forme un redoutable trident offensif avec ses coéquipiers Asen Panchev et Asen Peshev et remporte le premier titre de champion des Bleus du Levski Sofia en 1933.
Il sera très performant lors de la Coupe du Monde 1986, avec un match de grande classe face à l'Argentine de Diego Maradona. Il emmène les siens jusqu'en huitièmes de finale du tournoi mexicain, éliminé par le pays organisateur.
Élément indispensable de la sélection bulgare jusqu’en 1999 (80 capes internationales), celui qui a été présent sur la pelouse du Parc des Princes lors du légendaire France-Bulgarie du 17 novembre 1993 dispute la Coupe du Monde en 1994 et 1998 ainsi que l’Euro 96.
Troisième joueur le plus capé de la Bulgarie (96 sélections) dont il a été longtemps le meilleur buteur de l’histoire (47 réalisations), il ne sera rattrapé que par Dimitar Berbatov, mais facture 10 buts de plus que le plus illustre de ses compatriotes Hristo Stoichkov.