À partir de 1992, l’éclatement progressif de la Yougoslavie a laissé place à une nouvelle mosaïque dans les Balkans. La Bosnie, alors petite enclave entre la Croatie et la Serbie, sans être l’acteur majeur du football yougoslave, n’était pas du tout une quantité négligeable. Trois de ses équipes se sont mêlées régulièrement à la lutte avec les grandes équipes de Zagreb (Dynamo), de Split (Hajduk) et de Belgrade (Étoile Rouge et Partizan).
L’implosion de la Yougoslavie, au début des années 90, a ouvert la voie à un championnat bosnien, à partir de 1994. Mais le pays avait créé sa propre fédération dès 1992. Elle a dû cependant attendre 1996 pour être reconnue par la Fifa et l’UEFA.
La Bosnie se lance donc dans sa première aventure européenne avec les qualifications pour la Coupe du monde 1998. Le 1er septembre 1996, elle débute par une défaite en Grèce (3-0). Outre les Grecs, les Bosniens doivent se frotter aux Croates, aux Slovènes et aux Danois.
La course à l’Euro 2000 semble moins ardue, avec les Féroé, l’Estonie, la Lituanie, la Tchéquie et l’Écosse face à la Bosnie. Mais elle ne termine que 4e, en étant battue deux fois par les Tchèques et les Écossais. Malgré six buts d’Elvir Baljić, la Bosnie peine à se faire une place sur l’échiquier européen.
Les qualifications pour le Mondial 2002 marquent même une régression, car les Bosniens finissent à nouveau avant-derniers, devancés par l’Espagne, mais aussi l’Autriche et Israël. Pas mieux pour l’Euro 2004. La Bosnie domine pourtant cette fois le Danemark (2-0, 1-1) mais au final, elle est devancée par la Roumanie et la Norvège !

Drapeau de la Bosnie-Herzégovine
Le Mondial 2006 semble donc loin, mais pourtant les Bosniens réalisent des performances. En tenant deux fois l’Espagne en échec : 1-1, le 8 septembre 2004 à Zenica puis le 8 juin 2005 à Valence. Ils obtiennent aussi le nul à Sarajevo face à la Serbie-Monténégro (0-0) et battent les Belges (1-0) le 3 septembre 2005 à Zenica.
Toutefois les progrès existent bien et la campagne pour le Mondial 2010 le prouve. Dans un groupe éliminatoire avec l’Espagne, la Turquie, la Belgique, l’Estonie et l’Arménie, la Bosnie parvient à terminer cette fois deuxième, derrière l’Espagne, et donc à décrocher une place en barrage. La qualification s’est jouée face aux Belges, que les Bosniens ont battus deux fois en trois jours : 4-2 à Genk le 28 mars 2009, puis 2-1 à Zenica le 1er avril.
Au match aller, le 14 novembre 2009 à Lisbonne, ils résistent bien et ne s’inclinent que 1-0. Mais le 18 novembre, pour le match retour à Zenica, c’est une nouvelle défaite, 1-0. Une déception, mais aussi une fierté, la Bosnie d’Edin Dzeko a fait mieux que résister.
Coupe du Monde 2014 : focus sur la Bosnie Herzégovine
Et ce sont de nouveau les barrages que la Bosnie accroche en vue de l’Euro 2012, dans le groupe ou se trouve également la France. Jusqu’au bout les Edin Dzeko, Zvjezdan Misimović, Haris Medunjanin, Vedan Ibisević, Miralem Pjanić, Emir Spahić, Senijad Ibricić, ont inquiété les Bleus à l’image du dernier match au Stade de France soldé par un nul (1-1) qui qualifie de justesse la France mais qui permet à la Bosnie de devancer la Roumanie pour la 2e place. Toutefois, après deux places de barragiste décrochées, la Bosnie reste sur la voie montante. Les éliminatoires du Mondial 2014 le prouvent.
Le sort lui a été favorable avec un groupe sans « mastodonte » et la Bosnie devance ainsi la Slovaquie, la Grèce, la Lituanie, la Lettonie et le Liechtentstein. Avec 9 victoires, pour trois défaites et un nul, la Bosnie termine première et peut aller au Brésil disputer sa première Coupe du monde. Avec des tenors comme Dzeko, Ibisević, Misimović ou Pjanić, la Bosnie vit en rêve.
À Rio, au Maracana elle tient tête à l’Argentine, ne s’inclinant que 2-1, avec un but de l’ancien joueur de Dijon Vedac Ibisević, en fin de match, qui a fait douter Messi et les siens. Malheureusement elle perd ensuite à Cuiabá face au Nigeria (1-0) et est éliminée avant son troisième match qu’elle remporte à Bahia face à l’Iran (3-1), trois buts de Dzeko, Pjanić et Vrsajević pour une première victoire en phase finale.
La Bosnie surfe ensuite sur son aventure brésilienne pour obtenir une place de barragiste à nouveau lors de l’Euro 2016. Un Euro élargi à 24 équipes, ce qui lui permet, bien qu’ayant été devancé par la Belgique et le Pays de Galles, de jouer un tour de barrage, contre l’Eire. Mais, cette fois, cela ne passe pas (1-1, 0-2). Dans la foulée, la course au Mondial 2018 est une déception.
Revenue quelques années en arrière avec son échec à aller en Russie, la Bosnie frappe cependant un grand coup à l’occasion de la Ligue des nations 2019. Placée dans la « Ligue B », avec l’Autriche et l’Irlande du nord, la Bosnie domine ses deux adversaires (1-0, 0-0 et 2-1, 2-0) et la voilà promue en « Ligue A » pour la deuxième édition ! Mais plongée dans un groupe autrement plus relevé cette fois, Pays-Bas, Italie, Pologne, ce n’est pas la même musique !
Mais entre-temps, la course à l’Euro 2020 se passe mal. La Bosnie termine 4e sur six, devancée par l’Italie, la Finlande et la Grèce. Cinq défaites, dont celle contre l’Arménie à Erevan (2-4) lui ont fait mal. Pourtant, avec des joueurs évoluant partout en Europe (Dzeko à Rome, Pjanic à Barcelone, Kolanisac à Arsenal, Sunjic au Dynamo Moscou), la Bosnie ne manque pas d’atout.
De 152e nation mondiale à ses débuts en 1996, elle est passée à 19e en 2013. Aujourd’hui classée seulement 56e (la Croatie est 11e, la Serbie 30e, la Slovénie 62e, le Monténégro 63e, la Macédoine 65e et le Kosovo 117e), elle espère néanmoins une place de barragiste pour le Mondial 2022, derrière la France, aux dépens de l’Ukraine.
Pour la première fois depuis sa création, la Bosnie s’est tournée vers un sélectionneur qui ne vient pas de l’ex Yougoslavie. C’est un Bulgare Ovaylo Petev, vraiment très peu connu, qui a succédé aux glorieux Slisković (2002-06), Susić (2009-14) ou Bazdarević (20014-17) qui se sont succédé depuis 20 ans.
Tableau des principaux entraîneurs de l'équipe de Bosnie-Herzégovine
| Nom | Début | Fin |
|---|---|---|
| Blaz Sliskovic | 2002 | 2006 |
| Safet Susic | 2009 | 2014 |
| Mehmed Bazdarevic | 2014 | 2017 |
Depuis la fin de la guerre en 1995, la communauté internationale tente en vain d’établir un véritable Etat multiethnique bosnien. La Fifa, elle, a obtenu que la fédération de football soit vraiment nationale. Avec à la clé une qualification au Mondial de l’an prochain.
Grâce à la qualification au Mondial 2014, la Bosnie-Herzégovine a rappelé au monde son existence. Le football a autrefois divisé les Balkans, peut-être parviendra-t-il désormais à unir au moins l’un des pays de la région ?
La capitale de la Bosnie-Herzégovine, Sarajevo, a accueilli avec enthousiasme la qualification historique de l’équipe nationale pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil.
Un moment historique pour la Bosnie-Herzégovine. Elle a obtenu mardi soir en Lituanie (0-1) sa qualification pour le Mondial brésilien, le premier tournoi majeur de son histoire. Un succès fêté dans la liesse dans une partie du pays, qui n’en pouvait plus d’attendre cette consécration depuis la victoire en Slovaquie le mois dernier.
Ce résultat, ajouté à l’éclosion de plusieurs joueurs de talent comme Pjanic, Ibisevic et Dzeko, ont décomplexé l’équipe et l’ont convaincue qu’elle pouvait rivaliser avec de grandes sélections.
Le départ, pas très élégant, de Blazevic et l’arrivée sur le banc de Safet Susic n’a pas brisé la dynamique enclenchée. Forte de son noyau de sept-huit joueurs de très haut niveau, la Bosnie a été à un penalty de Nasri de se qualifier directement pour l’Euro 2012. Soyons honnêtes, malgré le résultat nul, les Français ont pris ce soir-là une leçon de football, sur le terrain et dans les tribunes.
Pendant quatre ans, la Bosnie a payé cher pour apprendre, elle a échoué deux fois sur la dernière marche, mais elle est devenue une sélection respectée sur la scène internationale, tout en grappillant des places au classement FIFA.
Souvenez-vous, c’était en 2011, la FIFA annonçait que la Fédération de Bosnie était suspendue. En réalité, cette suspension a sauvé la vie du football en Bosnie. Avant la suspension, la Fédération était un repaire de corruption et de cooptation ethnico-politique, où des gens incompétents détournaient des fonds sans s’occuper du développement du football. Les joueurs eux-mêmes avaient déjà fait grève en 2007 pour dénoncer cette situation.
En Bosnie, c’est la légende Ivica Osim (dernier entraîneur de l’équipe de Yougoslavie) qui, malgré son âge et sa santé fragile, a traversé le pays de part en part. Il y a négocié avec les autorités politiques, en particulier avec le président de la partie serbe de la Bosnie, afin de trouver un compromis sur de nouveaux statuts qui empêcheraient une partie (serbe, croate, bosniaque) de paralyser toute prise de décision, comme c’est trop souvent le cas au niveau des institutions politiques. Ce long travail a porté ses fruits.
Aujourd’hui, le nouveau président élu Begic jouit d’une solide légitimité. Sa priorité, outre le développement des infrastructures dans le pays, très en retard en raison de la guerre et du manque d’investissement, est de parcourir le monde à la recherche de jeunes joueurs d’origine bosnienne qui évoluent à l’étranger.
Evidemment, le succès actuel rend la sélection de Bosnie plus séduisante pour d’éventuelles recrues.
La dernière en date se nomme Izet Harjovic. Il a fait ses classes à Arsenal et débuté cette année aux Grasshopper Zurich. C’est lui qui a donné la victoire à la Bosnie en Slovaquie en septembre.
On ose espérer que tous les citoyens de Bosnie ont au moins de la bienveillance pour cette équipe, même si les Croates de Bosnie soutiennent la Croatie, et pareil pour les Serbes.
Si d’aventure les barrages se passaient mal pour la très inquiétante équipe croate, dont le sélectionneur Igor Stimac vient de présenter sa démission, la Bosnie serait la seule sélection issue de l’ex-Yougoslavie au prochain Mondial.
Si il ne fait pas partie des plus grands de tous les temps, il a marqué la nouvelle génération dorée du foot bosnien comme Edin Džeko et Miralem Pjanić qui raconte: "C'était magnifique. Je suivais les résultats, et j'étais tellement content quand ils inscrivaient des buts. L'après-midi, quand je voyais que Sergej Barbarez avait marqué, le soir, je n'attendais qu'une chose, être devant la télévision et voir ça.